A SIR W
Vous êtes le plus plaisant origioal du monde, de me railler sur ce que je vous ai écrit que tous les matins je me jetais dans le berceau de Vénus ] c'est la mer où je me baigne. Pouviez-vous en induire que Je parlais du lit de nos jolies femmes? Ah! mon ami, la chair vous guide et l'esprit me conduit. Je viens d'écrire la lettre la plus bizarre à Lady.... 11 y est question en même temps et de l'esJprit et de la chair. Elle m'a rendu vain, en disant qu'elle était tout à moi Mais, au reste, ne fatiguez
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point votre esprit en vaines conjeclures ;
c'est lady telle ou lady l'autre , et puis tout est pour moi sentimental. J'aime mieux élever dans le cœur d'une jolie femme une flanime pure et amoureuse^ que de me sentir moimênfie échauffé d'un désir plus terrestre. Je prends Dieu à témoin que mon badinage est innocent, et que les gaietés de ma plume ressemblent à celles de mon enfance, lorsque j'enjambais un bâton , et que je galopais sur lui. Je l'ai déjà dit, et c'est la vérité : ma plume me gouverne^ et je ne la gouverne pas. Adieu.
LETTRE LIV
A LADT P
Je veux faire une expérience sur l'effet mécanique que peut produire l'action d'écrire un billet doux à la distance d'un jet de pierre de la beauté qui remplit la télé et le cœur de son amant. Yorick doit dîner dans votre voisinage. Le voilà cheminant de son logis au café qui a voisine le plus votre hôtel : il y entre^ demande une feuille de papier à tranches dorées^ et s'assied pour vous écrire son credo.
O ma chère Lady, qu'avez-vous fait de mon ame ? qu'avez-vous fait de moi? Mais voilà une
LETTRES. 55l
introduction bien familière , tandis que ma situation auprès de vous Test si peu. Dieu sait à quelle distance vous me tenez 5 il fiiut que je désespère d'avancer auprès de vous d'un seul pouce, quelques détours que je fasse , quelques niouvemens que je me donne. Un homme de bon sens fuirait diamétralement de vous, autabt que ses jambes s^y prêteraient, plutôt que de s'exposer imprudemment à un combat oà sa raison lui montre de nouvelles pertes, si ce n'est pas une entière défaîte. Pourquoi me dites-vous que vous êtes bien aise de me voir ? Trouvez-vous quelque plaisir a voir un mal- Leureux? Vos yeux et votre bouche doiventils triompher d'avoir fait un sot d'un homme que toute la ville coui'tise comme un sage? Oui, je suis le sot le plus faible, le plus ductile, le plus tendre, dont jamais femme se soit amusée^ aucune suite dans mes propos, aucune constance dans mes projets de résipiscence. 11 y a une heure à peine que je jurais, un genou à terre, de ne jamais m'approcher de vous : je disais mon Pater; et je me rappelle que, lorsque je prononçais e£ ne niinduisez poùU en tentation y je me suis levé en héros chrétien^ prêt à combattre en champ clos le monde, la chair et le diable, ne doutant point de les écraser sous mes pieds. Et pourtant me voici au-
près de vous, et aussi près de vous que je le puis, à la distance d'un jet de pierre de voire cabinet : je m'y sens entraîné par le tourbillon impétueux qui a enveloppé et abîmé mon cœur; et quoique j'aie entre mes mains un billet de comédie, je suis porté sur la ligne qui aboutit à vous.
Serez- vous seule à sept heures? Voulez «vous me permettre de passer la soirée avec vous ? Vous y vérifierez ce que je viens de vous dire* Je dîne chez M. C— , où je resterai jusqu^à sept heures à y attendre votre réponse. Si mon attente est trompée , j'en conclurai que... Je prendrai un méchant fiacre; il me cahotera ; je maudirai la vie.... Je ne connais que le chagrin..^, le plaisir de vous aimer....
A SA FILLE
Tu m'écris , ma chère Lydîa , que mon Voyage sentimental est admiré à Yorck : il l'est autant ici, et co n'est pas être vain que de lé dire. Que m'en reviendrait-il? Je suis accablé de maladies^ et la vanité ne peut plus occuper une place dans mon sein. Ne sois pas cependant alarmée ; peut-être en reviendraijc, et vous rcjoindrai-je le premier de mai. Si î'cn échappe , ce ne sera pas pour long-temps ,
mon enfant, a moins qu'une retraite tranquille et le repos dePespril ne me restaurent. Ta lettre m'a surpris. Celle qui t'a dit que si je survivais à ta mère je te laisserais comme un lej;s à....^, connaît bien peu la délicatesse de mes sentiment. Non, ma Lydia, ce serait a une temme adorable dont tu pourrais imiter les vertus que ja confierais ma fille. Ce serait de celle dont je t'ai si souvent entretenue, que tu apprendrais k devenir une mère tendre^ une femme estimable, une amie sincère. Tu ne l'aurais pas £réquentée quelques in^tans, qu'eile await fait couler dans ton cœur un pou de ce lait qui circule dans le sien , et dont elle rafakliiisait la clialeur et la vivacité de ton caractère. Ljdia n'aurait pas besoin d'aller dans les Indes pour y chercher delà protection ; cette Ceoime aimable en a de plus puissantes encore en Angleterre. Mais^ que dis-je? Lydia, ta mère va me survivre ; ne la clia<,'riue pas encorç ayec tes. craintes. Je vous envoie quel* ques bijoux de toilette ; ma fille ne pouri^ ja^ mais former un choix que je ne le réalise. Je ne suis jamais seul , et les bontés de mes amis sont toujours les mêmes. Je voudrais que ce fut ma fille qui me çervit ; mais Dieu m'a aussi refuse çt'la... £cn$*moi deux fois par semaine. Adieu,-
LETTRE LVI