A MISTRISS D
Votre pauvre ami peut à peine vous écrire; une pleurésie l'a mis celte semaine aux portes du tombeau. On le saigna trois fois jeudi ^ et les vésicatoires lui furent appliqués le lendemain. Les médecins disent que je suis mienx : Dieu le sait ! car je me sens bien mal ; et si j'en reviens, de long- temps je ne recouvrerai mes forces. Avant que de vous avoir écrit la moitié de cette lettre , ma faible main sera obligée de se reposer plus de douze fois.
Votre mari eut la bonté de me faire hier une visite. Je sentis à sa vue des émotions inexprimables , et il arrêta le cours de mes douleurs en me parlaQt de vous. Engagez^le, ma chère D...., de venir me voir demain ou après-demain ; car je n'ai ni beaucoup de jours, ni peut» être beaucoup d'heures à vivre. J'ai une faveur à lui demander, et je vous la demanderai aussi si je me trouve mieux , si je sors conquérant de cette lutte terrible. .. Mais mes esprits m'abandonnent....; ils s'enfuient.... : quel passage!....
Ne pleurez pas, ma chère D...., vos Urmes sont trop précieuses pour couler sur moi
enfermez -les du moins dans votre sein^ et qu'elles n'en sortent plus.... O la plus chére^ la plus aimante ^ la plus spirituelle ^ la meilleure des femmes! que la santé ^ la paix et le bonheur soient toujours à votre suite! Si je meurs ^ cbë- , rissez ma mémoire^ et pardonnez les folies que. vous avez si souvent condamnées... : c'est mon cœur et non ma tête qui les enfantait....
Si ma Ljdia perdait sa mére^ si elle était orpheline^ prenez-la dans votre sein; vous êtes la seule femme sur la terre à laquelle je puisse recommander cet acte de bienfaisance; Je lui écrivis il y a quatre jours quelle confiance elle
doit mettre en vous. Que M. D lui serve de
père! il la protégera contre les insultes; car il porte une épée qui a servi sa patrie , et qu'il lirera aussi de son fourreau pour défendre l'innocence. Recommandez-moi à son souvenir^ comme je vous recommande à cet Etre bon et puissant qui prend sous sa garde les êtres bons et généreux.
Adieu... adieu... : votre malheureux ami.....
FIN DES LETTRES DE StERNE.
Le morceau sui^^ant est une essai de traduction dans une langue que Von pourrait presque appeler morte , si sa précieuse naïveté ne la faisait rncore* chérir des amateurs de ce genre piquant de Littérature. L^estiroable Traducteur du Voyage Sentimental de Sterne , n'a pas fait attention , sans doute , dans les chapitres septième et huitième de la seconde Partie de ce charmant ouvrage, que la mauvaise feuille de papier, dans laquelle le bon La Fieur porta un« bouquet i son Maître , était gothiquement écrite et imprimée, et que Sterne la jugea être du temps de Rabelais. Il feignit de la traduire en An-* glais; mais le traducteur en nous transmettant par une version , cet ouvrage , aurait pu s'amuser à rendre à ce fragment Français la rouille précieuse de son siècle , que Sterne avait eu tant de peine à lui ôter. C'est ce que nous avons essayés de faire ici.