‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 116 sur 333 · LA VIEILLE ET LES DEUX SERVANTES · texte numérisé non relu

LA VIEILLE ET LES DEUX SERVANTES

^I cstoit une Vieille ayant deux Chambrières.

Elles filoient si bien que les sœurs filandieres

jNe faisoientque brouiller au prix de celles*

La Vieille n'avoit point de plus pressant soucy Que de distribuer aux Servantes leur tasche. Des que Thetis chassoit Phœbus aux crins dorez, Tourcts (•• ' en jeu, fuseaux estoicnt tirez,

D( i, vous en aurez ;

Point de cesse, point de rcIAchc.

Dés q^ue l'Aurore, dis-je, en son char remontoit, Un misérable Coq à poinct nommé chantoit.

A cor plu^ ' 'e

eux et ti' , ;

Aiiumoil une lampe et couroil droit au lit Où de tout leur pouvoir, de tout leur appétit,

Dormoicnt les deux pauvres Servantes.

L'une en! loit un bras;

Et Di-^.jcnt entre icurs dents, Maudit Coq tu mourras. Comme elles l'avoient dit, la beste fut gripée. Le Kévcillcmalin eut la gorge coupée.

148 Fables choisies.

Ce meurtre n'amanda nullement leur marché. Nostre Couple au contraire à peine estoit couché, Que la Vieille craignant de laisser passer l'heure Couroit comme un Lutin par toute sa demeure.

C'est ainsi que le plus souvent^

Quand on pense sortir d'une mauvaise affaire,

On s'enfonce encor plus avant :

Témoin ce Couple et son salaire.

La Vieille au lieu du Coq les fit tomber par là

De Caribde en Sylla.

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