‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 161 sur 333 · LFS ANIMAUX MALADES DE LA PESTE · texte numérisé non relu

LFS ANIMAUX MALADES DE LA PESTE

n mal qui répand la terrfur.

■ Mal que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, »La peste (puis qu'il faut l'appeller par son Capable d'enrichir en un |our l'Acheron, [nom)

Faisoit aux animaux la guerre.

Ils ne mouroient pas tous, mais tous estoient frappez.

On n'en voyoït point doccupez A chercher le soutien d'une mourante vie; Nul mets n'excitoit leur envie. Ni Loups ni Renards n'épioient La douce et l'innocente proye.

Les Tourterelles se fuyoïent; Plus d'amour, partant plus de joye.

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers anus. Je crois que le Ciel a permis Pour nos pèche? cette infortune; Que le plus coupable de nous

i88 Fables choisies.

Se sacrifie aux traits du céleste courroux, Peut-estre il obtiendra la guerison commune. L'histoire nous apprend qu'en de tels accidens

On fait de pareils dévoûmens :

Ne nous flatons donc point , voyons sans indulgence

L'état de nostre conscience.

Pour moy, satisfaisant mes appétits gloutons

J'ay dévoré force moutons;

Que m'avoient-ils fait.? nulle olTense : Mesme il m'est arrivé quelquefois de manger

Le Berger.

Je me dévoûray donc, s'il le faut; mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moy : Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le Renard, vous estes trop bon Roy; Vos scrupules font voir trop de délicatesse; Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce, Est-ce un péché? Non non : Vous leur fistes Seigneur

En les croquant beaucoup d'honneur.

Et quant au Berger l'on peut dire

Qu'il estoit digne de tous maux, Estans de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le Renard, et flateurs d applaudir.

On n'osa trop approfondir Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mastins, Au dire de chacun estoient de petits saints. L'Asne vint à son tour et dit : J'ay souvenance

Qu'en un pré de Moines passant La faim, l'occasion, l'herbe tendre et, je pen-se

Quelque diable aussi me poussant, Je tondis de ce pré la largeur de ma langue. Je n'en avois nul droit, puis qu'il faut parler net. A ces mots on cria haro sur le baudet. Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue

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