L'HOMME ET LA COULEUVRE
n homme vid une Couleuvre.
\' ' ~' ' • , ' * ' ^.'cn vais lairc une
rs, [œuvre
A cei m«jlî l'jninui pervers (C'est le serpent q^uc |e veux dire, Et non l'homme, on pourroit aisément s'y tromper.) A ces mots le serpent se laissant attraper Est pris, mis en un sac, et c* qui fut le pire, On résolut sa : able ou non.
Afin de le pay.: . ^^on,
^ L'autre luy ht cette harangue.
Symbole des ir — Ion aux méchans
C'est estre s(.: .- : ti olrrf» rt tps dents
Ne me nuiront pHUi». Lt Serp* Reprit du mieux cu'il rut : S :
Tous I' * au monde,
A qui p<'urr' :. M ;i ji.ir i;unner **
Toy-mesme tu te fais ton procès. Je me fonde Sur tes propres leçons ; jette les yeux sur toy.
292 Fables choisies.
Mes jours sont en tes mains, tranche les : ta justice C'est ton utilité, ton plaisir^ ton caprice;
Selon ces loix condamne-moy :
Mais trouve-bon qu'avec franchise
En mourant au moins je te dise,
Que le symbole des ingrats Ce n'est point le serpent, c'est l'homme. Ces paroles Firent arrester l'autre; il recula d'un pas. Enfin il repartit. Tes raisons sont frivoles : Je pourrois décider ; car ce droit m'appartient : Mais rapportons nous en. Soit fait, dit le reptile. Une vache estoit là, l'on l'appelle, elle vient, Le cas est proposé, c'estoit chose facile. Faloit-il pour cela, dit-elle, m'appeller? La Couleuvre a raison, pourquoy dissimuler } Je nourris celuy-cy depuis longues années; Il n'a sans mes bienfaits passé nulles journées; Tout n'est que pour luy seul; mon lait et mes enfans Le font à la maison revenir les mains pleines; Mesme j'ay rétably sa santé que les ans
Avoient altérée, et mes peines Ont pour but son plaisir ainsi que son besoin. Enfin me voila vieille ; il me laisse en un coin Sans herbe ; s'il vouloit encor me laisser paistre ! Mais je suis attachée, et si j'eusse eu pour maistre Un serpent, eust-il sceu jamais pousser si loin L'ingratitude? Adieu. J'ay dit ce que je pense. L'homme tout étonné d'une telle sentence Dit au serpent : Faut-il croire ce qu'elle dit ? C'est une radoteuse, elle a perdu l'esprit. Croyons ce Bœuf. Croyons, dit la rempante beste. Ainsi dit, ainsi fait. Le Bœuf vient à pas lents. Quand il eut ruminé tout le cas en sa teste.
Il dit que du labeur des ans Pour nous seuls il portoit les soins les plus pesans, Parcourant sans cesser ce long cercle de peines Qui revenant sur soy ramenoit dans nos plaines Ce que Cerés nous donne, et vend aux animaux.