‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 253 sur 333 · LA TORTUE ET LES DEUX CANARDS · texte numérisé non relu

LA TORTUE ET LES DEUX CANARDS

'ne Tortue estoit, à la teste légère, -Qui lasse de son trou voulut voir le pays. Volontiers on fait cas d'une terre étrangère : (Volontiers gens boiteux haïssent le logis.

Deux Canards à qui la Commère

Communiqua ce beau dessein, Luy dirent qu'ils avoient dequoy la satisfaire :

Voyez-vous ce large chemin?

Nous vous voiturerons par l'air en Amérique.

Vous verrez mainte République^ Maint Royaume, maint peuple ; et vous profiterez Des différentes moeurs que vous remarquerez. Ulysse en fit autant. On ne s'attendoit guère

De voir Ulysse en cette affaire.

La Tortue écouta la proposition.

Marché fait, les oiseaux forgent une machine

Pour transporter la pèlerine.

Dans la gueule en travers on lui passe un baston. Serrez-bien, dirent-ils; gardez de lascher prise : Puis chaque Canard prend ce baston par un bout. La Tortue enlevée on s'étonne par tout

De voir aller en cette guise

L'animal lent et sa maison.

Justement au milieu de l'un et l'autre Oison. Miracle, crioit-on ; Venez voir dans les nues

Passer la Reine des Tortues.

La Reine : Vrayment ouy ; Je la suis en effet ; Ne vous en moquez point. Elle eût beaucoup mieux fait De passer son chemin sans dire aucune chose ; Car laschant le baston en desserrant les dents,

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