L'AMOUR ET LA FOLIE
|outest mystère dans l'Amour, [son Enfance- Ses Flèches, son Carquois, son Flambeau, Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour, Que d'épuiser cette Science.
Je ne prétends donc point tout expliquer ici. Mon but est seulement de dire à ma manière
Comment l'Aveugle cjue voici (C'est un Dieu) comment, dis-je, il perdit la lumière : Quelle suite eut ce mal, qui peut-être e^t un bien ; J'en fais Juge un Amant, et ne décide ^ien.
La Folie et l'Amour joiioient un jour ensemble.
Celui-ci n'étoit pas encor privé des yeux.
Une dispute vint : l'Amour veut qu'on assemble
Là dessus le Conseil des Dieux.
L'autre n'eut pas la patience.
Elle lui donne un coup si furieux
Qu'il en perd la clarté des Cieux.
Venus en demande vengeance.
Femme et mère il suffit pour juger de ses cris :
Les Dieux en furent étourdis ;
Voulut le délivrer de l'importun éxaim.
Le Renard ayma mieux les garder et fut sage.
Vois tu pas, dit il, que la faim Va rendre une autre troupe encor plus importune? Celle cy desja soûle aura moins d'aspreté. Trouver à cette fable une moralité
Me semble chose assez commune.
On peut sans grand effort d'esprit
En appliquer l'exemple aux hommes.
Que de mouches void on dans le siècle où nous sommes ! Cette fable est d'Esope ; Aristote le dit. ^