I. HORAT., Ars poet.y v
i6 Préface.
Il ne reste plus qu'à parler de la vie d'Esope. Je ne vois presque personne qui ne tienne pour Fabuleuse celle que Planude nous a laissée. On s'imagine que cet Auteur a voulu donner à son Héros un Caractère, et des avantures qui répondissent à ses Fables. Cela m'a paru d'abord spécieux ; mais j'ay trouvé à la fm peu de certitude en cette Critique. Elle est en partie fondée sur ce qui se passe entre Xantus et Esope : on y trouve trop de niaiseries : et qui est le Sage à qui de pareilles choses n'arrivent point? Toute la vie de Socrate n'a pas esté sérieuse. Ce qui me confirme en mon sentiment, c'est que le Caractère que Planude donne ^ Eso est semblable à celuy que Plutarque luy a domic dans son Banquet des sept-Sages, c'est-à-dire d'un homme subtil, et qui ne laisse rien passer. On me dira que le Banquet des sept-Sages est aussi une invention. Il est aisé de douter de tout : quant à moy je ne vois pas bien pourquoy Plutarque auroit voulu imposer à la postérité dans ce Traité-là, luy qui fait profession d'estre véritable par tout ailleurs, et de conserver à chacun son Caractère. Quand cela seroit, je ne sçaurois que mentir sur la foy d'autruy : me croira-t-on moins que si je me m'arreste à la mienne ? car ce que. je puis est de composer un tissu de mes Conjectures, lequel j'intituleray Vie d'Esope. Quelque vraysemblable que je le rende, on ne s'y asseurera pas ; et Fable pour Fable le Lecteur préférera toujours celle de Planude à la mienne.