‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 83 sur 333 · A MADEMOISELLE DE SE VIGNE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE SE VIGNE

\\smé, de qui les attraits ^ Grâces de modèle.

les toute belle.

'A. voslre inditference pré«;,

Pourricz-vous eslrc favorable Aux jeux innocens d'une Fabler' El voir sans vous espouvanler Un Lion qu'amour sçeul dompter' Amour est un estrange raaistre.

Heureux qui peut ne le connoistre Que par recil, luv nv ses coups!

U int vous,

La habie au moms se peut souffrir.

Ccllecy prend bien l'asseurance

De venir i vos pieds s'offrir,

Par zèle et par reconnotssance

112 Fables choisies.

Du temps que les bestes parloient Les Lions entre-autres vouloient Estre admis dans nostre alliance.

Pourquoy non? puisque leur engeance Valoit la nostre en ce temps-là, Ayant courage, intelligence, Et belle hure outre cela.

Voicy comment il en alla.

Un Lion de haut parentage En passant par un certain pré, Rencontra Bergère à son gré.

Il la demande en mariage.

Le père auroit fort souhaité Quelque gendre un peu moins terrible.

La donner luy sembloit bien dur; La refuser n'estoit pas seur.

Mesme un refus eust fait, possible, Qu'on eust veu quelque beau matin Un mariage clandestin.

Car outre qu'en toute manière La belle estoit pour les gens fiers, Fille se coëffe volontiers D'amoureux à longue crinière.

Le Père donc ouvertement N'osant renvoyer nostre amant, Luy dit : Ma Fille est délicate; Vos griffes la pourront blesser Quand vous voudrez la caresser, Permettez donc qn'à chaque pâte On vous les rogne ; et pour les dents. Qu'on vous les lime en mesme temps :

Vos baisers en seront moins rudes, Et pour vous plus délicieux; Car ma Fille y répondra mieux Estant sans ces inquiétudes.

Le Lion consent à cela. Tant son ame estoit aveuglée.

Sans dents ny griffes le voila.

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