DES ATTRIBUTS DE D1EC
Dieu est un esprit infini, simple, immuable, un, éternel, immense, intelligent, libre, tout-puissant , qui a tout créé, qui conserve tout, qui gouverne tout, sage, bon, juste, véritable dans sa parole, et fidèle dans ses promesses.
Tout ce qui est en nous , fout ce qui est hors de nous démontre l'existence de Dieu. Vous me paressez vivement frappé du tableau que je viens d'exposer à vos yeux quoiqu'on raccourci: J'espère que vous sentirez encore mieux les conséquences qui en résultent invinciblement par la lecture des ouvrages plus étendus qui ont été composés sur cette matière , et qui sont entre les mains de tout le monde; que vous les méditerez ; et que vous joindrez vos méditations à l'heureuse expérience d'une Providence qui veille sur vous , qui vous remplira de joie lorsque vous vous soumettrez pleinement àelle, qui vous soutiendra par des secours assidus, lorsque vous y aurez recours avec une humble confiance.* Ces preuves qui sont du ressort du cœur se font tout autrement^ sentir que celles qui n'appartiennent qu'à l'esprit.
L'objet principal de vos méditations doit être l'idée même de Dieu ; car quoique nous ne comprenions pas l'Etre souverainement parfait; et que nous ne comprenions pas même jusqu'à quel point il est incompréhensible , on n'en peut pas conclure que
nous n'en avons aucune idée. Et si le naturaliste voulait tirer cette conséquence, il serait aisé de lui faire sentir combien elle est peu juste. Nous n'aurionsqu'à lui dire: Vous avez sans doute l'idée'*de l'univers qui est votre idole : s'il est donc nécessaire de comprendre une chose pour en avoir l'idée , le comprenez-vous cet univers ? Savez-vous quelle est la nature du soleil? Nous nous contenterons de bien moins ; apprenez-nous qnelle estlanaturedu grain de sable. Il nous est impossible de satisfaire à une si mince question. Il serait donc ridicule de conclure que nous n'avons aucune idée de Dieu; parce que nous ne le comprenons pas. Nous le connaissonstelleraent,que nous savons dire tout ce qu'il n'est pas, et que nous lui attribuons les perfections qui lui conviennent , sans aucune crainte de nous tromper; d'être, par exemple, un Esprit infini , simple , immuable, un , éternel , immense, intelligent, libre, tout-puissant, qui a tout créé, qui conserve tout , sage , bon , juste, véritable dans sa parole et fidèle dans ses promesses. Ces perfections ne sont que le développement de l'idée d'un Etre existant par lui-même. Les plus simples réflexions vont vous persuader.
AnTiCLE I. — Dieu est un esprit infini, simple, immuable, un.
I. Dieu est un esprit. Nous concevons l'être pensant et l'être matériel. Outre ces deux espèces que l'être renferme, il en est peutêtre une infinité d'autres possibles dont nous n'avons aucune idée. Pour découvrir si Dieu est un être pensant ou matériel, nous avons déjà observé qu'il ne faut pas considérer l'esprit dans le degré d'imperfection où notre âme l'est ; il ne faut pas non plus considérer la matière dans tel et tel corps. Mais il faut considérer ces êtres en eux-mêmes, et examiner si , par leur nature , c'est-à-dire dans l'idée que nous en avons, ils renferment des bornes et conséquemment des imperfections. Suivant cette règle, il est clair que moins la pensée et bornée , plus elle est parfaite : au lieu que la matière ne peut être conçue sans une forme quelconque , et par conséquent sans bornes ; puisque la forme n'est que la matière terminée par une surface. Il est donc évident que l'Etre par soi ne peut être matière, puisqu'il ne peut être imparfait. Il est évident , au contraire, qu'il peut être un esprit, puisque la pensée n'a rien dans son idée qui soit incompatible avec la souveraine perfection.
Je conçois fort bien , direz-vous, que l'Etre par soi est l'être dans le suprême degré, qu'il a en soi la plénitude de l'être, et que par conséquent il ne peut avoir de barne : mais je ne conçois pas si bien , ajouterez-vous, qu'en niant de lui qu'il est matière , ou même esprit dans lesensquenous le sommes , ce ne soit pas lui donner des bornes. Car notre esprit , tel qu'il est , et la matière ne sont pas des néants ; et par conséquent les exclure de l'Etre par soi , c'est lui donner des bornes.
ii est vrai que notre esprit et la matière
ne sont pas néant; mais vous ne pouvez, disconvenir qu'ils ne renferment un néant « Puisqu'ils ont des bornes, et que qui dît ornes , dit négation d'une perfection ultérieure. Par conséquent on ne pourrait attribuer à l'Etre par soi d'être matière, et même esprit, dans le degré où nous le sommes, sans lui attribuer des bornes , que d'exclure de lui ces êtres imparfaits. De même que ce n'est pas attribuer des bornes à son éternité infinie, que de nier qu'elle est composée de durées infinies ; puisqu'on la détruirait en la composant ainsi ; car le fini ajouté au fini ne peut devenir infini. Si vous concevez donc bien l'Etre par soi , comme l'être dans le suprême degré, incapable de bornes, vous êtes forcé d'en exclure tous les êtres particuliers et finis : car en le composant de ce* sortes d'êtres , vous lui donneriez des bornes à l'infini. L'idée de l'Etre pour soi renferme toutes les perfections, mais elle n'en renferme que d'infinies.
IL Dieu est infini. Il est vrai que nous ne pouvons épuiser l'infini, ni le comprendre, c'est-à-dire le connaître autant qu'il est intelligible ; mais nous discernons très-nettement ce qui lui convient et ce qui ne lui, convient pas ; nous n'hésitons jamais à en, exclure toutes les propriétés des nombres et des quantités finies ; et ce que nous exprimons par ce terme, infini, est si précis et si positif, qu'il est impossible de nous faire jamais prendre toute autre chose pour cellelà. Or, quelle est la source d'une si grande idée dans des esprits aussi petits que les nôtres ? C'est sans doute l'Etre par soi qui se rend présenta nous, quand nous le concevons. Lui seul est l'infini véritable: qui aurait mis des bornes à son être? S'en serait-il donné? Il n'est pas sa cause. En aurait-il reçu? Il n'a point de cause. En aurait-il par sa nature? Nous ne leconcevonsexistant par lui-même , que parce que nous concevons sa nature si parfaite, que nous ne pouvons la concevoir sans existence. L'Etre par soi ne peut être néant sous aucun rapport ; car qui dit l'Etre par soi , dit la plénitude de l'être : or la plénitude de l'être et le néant sont contradictoires. En un mot , l'Etre par soi ne peut être infini ; donc il l'est , car il est tout ce qu'il peut être.
Il faut que le naturaliste se rende à des raisonnements si simples, ou qu'il démontre l'impossibilité de l'infini. Mais comment y réussirait-il, puisqu'il ne connaît même le fini que par l'infini? Car on ne conçoit le fini qu'en lui attribuant une borne, qui estime pure négation d'une plus grande étendue. Ce n'est doncque la privation de l'infini ; or on ne pourrait jamais se représenter la privation de l'infini , si on concevait l'infini même , comme on ne pourrait concevoir l'ignorance, si on concevait la science , dont elle est la privation. C'est qu'on ne connaît le néant que par l'être : car connaître le rien, c'est ne point connaître ; comme penser à rien, c'est ne point penser.
Peut-on ouvrir les yeux sans penser à l'infini? Tous les objets qui nous environ-
OEUVRES COMPLETES DE Lis" FRANÇOIS.
lient nous en rappellcntTidée. Ils portent, pour ainsi dire , sur leur front , leur dépendance d'un Être sans bornes, car tous ces objets n'ont qu'une certaine mesure de l'être. On ne peut pas dire qu'ils l'ont par leur nature; ce serait se mentira soi-même. Il saute aux yeux qu'iln'est point de corps qui ne puisse avoir plus ou moins d'étendue; point de mouvement qui ne puisse être plus vite ou plus lent; point de figure qui ne puisse être plus grande ou plus petite; point de ligne qui ne puisse être plus longue ou plus courte. Puisque les objets que nous Yoyons n'ont point, par leur nature, leur mesure d'être, il faut qu'ils l'aient reçue d'une cause illimitée, et que par conséquent ils aient reçu l'être même , puisque leur être n'est que la mesure précise de l'être qu'ils ont. Je sais bien que le naturaliste ne manquera pas d'avoir ici recours à ce qu'il appelle nécessité ; mais je suis persuadé qu'il rit le premier d'un si misérable subterfuge qui n'a point de sens. Avançons.
III. Dieu est simple. C'est une suite nécessaire de son infinie perfection: car l'infini ne peut être composé. Qui dit composition, dit parties et bornes , changement et séparation au moins possibles. Cela est évident : un être n'est composé que quand il a des parties dont l'une n'est pas réellement l'autre , et dont l'une a son existence indépendante de l'autre. Or premièrement, l'infini ne peut avoir des parties dont l'une ne soit pas réellement l'autre ; car d'un côté, ces parties ne sauraient être infinies: qui dit partie, dit quelque chose de moindre/ que le tout : or ce qui est au-dessous de
I infini n'est point infini. D'un autre côté , si ces parties sont unies, il ne peut résulter de leur assemblage un tout qui soit infini ; car le fini ajouté au fini demeure toujours fini. Secondement, dans les parties d'un tout qui ont chacune leur existence indépendante de l'autre, on peut en concevoir une désunie, et la retrancher des autres. Il est manifeste qu'en la retranchant ainsi, et ne la concevant plus unie aux autres, on amoindrit le tout, qui cesse dès là même d'être infini : car ce qui est moindre est borné. Il n'est cependantmoindre que par le retranchement d'une unité. Il est donc manifeste qu'il n'était point infini, avant même ce retranchement: car peut-on faire l'infini d'un composé fini , en lui ajoutant une seule unité?
II est donc essentiel à l'infinie perfection d'être souverainement une et indivisible.
Si l'infini, direz-vous, doit être si un et si simple , pourquoi'distinguons-nous donc en Dieu tant d'attributs ? N'est-ce pas le composer et le détruire?
L'Etre par soi est ce qu'il a. Il n'en est pas de lui comme de sa créature. Notre âme peut avoir certaines vertus, par exemple , Ja justice , la sagesse : mais elle n'est pas ces vertus ; parce qu'elle n'est pas ce qu'elle a, elle peut les perdre sans cesser d'être. Au lieu que l'Etre par soi ne peut être sans ce qu'il a, de même qu'il ne peut être sans
. ce qu'il est. Ainsi comme il est un , toutes ses perfections ne sont qu'une.
Si nous les multiplions , c'est par la faiblessse de notre esprit. Ne pouvant embrasser d'une seule vue l'infiniment Parfait , nous sommes contraints de nous représenter cet Etre unique par diverses faces, suivant les divers rapports qu'il a à ses ouvrages ; c'est ce que nous nommons perfections ou attributs. Et nous avons un fondement de le considérer ainsi, de distinguer ses perfections, de les envisager l'une sans l'autre: parce qu'en lui , l'unité est équivalente , et infiniment supérieure à la multitude. Continuons donc d'étudier les perfections de la Divinité.
IV. Dieu est immuable. On ne conçoit un être capable de changement , que par rapport à son être , ou à ses manières d'être. La matière , par exemple , peut cesser d'exister, peut souffrir une diminution de ses parties qui la composent, peut perdre les modifications qu'elle a , et en recevoir de nouvelles.. Notre esprit acquiert des connaissances, et ne conserve pas toujours celles qu'il avait acquises. Or, l'Etre par soi, l'Etre simple, l'Etre infini est incapable de tous ces changements. L'Etre par soi a toujours la même raison d'exister , et la même cause de son existence qui est son essence même. L'Etre simple n'est pas moins immuable par rapport à ses parties, que son tout , puisqu'il n'a point de parties. Les modifications sont les bornes de l'être, l'infini est incapable de bornes; il n'a donc point de modifications ; il ne peut donc en changer. Dieu est immuable.
V. Il n'y a qu'un Dieu. Un seul Etre par lui-même suffit dans la nature pour tirer du néant tout ce qui en a été tiré , et tout ce qui peut en sortir: un autre être par luimême est donc inutile. L'un ne serait que la répétition de l'autre , et il n'y aurait pas plus de raison à en admettre deux qu'un nombre infini. Nous reconnaissons l'infini à cause de l'idée que nous en avons: or un seul infini remplit cette idée. Une infinité d'infinis n'y ajouterait rien. Us se d'étruiraient les uns les autres, et leur assemblage ne serait qu'un tout fini.
De plus, il ne peut y avoir deux êtres infiniment parfaits , parce qu'on peut en concevoir un d'une perfection supérieure. Car ou ces deux êtres ne peuvent agir l'un sans l'autre , ou ils peuvent agir indépendamment l'un de l'autre. Si ces deux êtres ne peuvent agir l'un sans l'autre, il est manifeste que ces deux puissances réciproquement dépendantes l'une de l'autre sont imparfaites et bornées l'une par l'autre , et qu'une puissance indépendante est plus parfaite. Si ces deux puissances sont mutuellement indépendantes, et que l'une ne puisse rien sur l'action ni sur les ouvrages de l'autre ; il est encore manifeste qu'il est plus parfait de réunir en soi la toute-puissance, que de la partager avec un autre être égal à soi. Ajoutez que chacun de ces deux êtres n'aurait aucun pouvoir surtout
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ce que l'autre auraitfait; ainsi sa puissance serait bornée; et nous en concevons une autre bien plus grande , je veux dire cel e d*un premier êlre qui réunirait en lui la puissance des deux êtres. Donc un seul Etre par soi est quelque chose de plus parfait que deut êtres qu'on supposerait avoir par euxmêmes l'existence. Et par conséquent il ne peut y avoir deux êtres infiniment parfaits. 11 n'y a donc qu'un seul Dieu.
Article H. — Dieu est éternel, immense, intelligent et libre.
I. Dieu est éternel. L'Etre par lui-même est sans commencement et sans fin. 11 est sans commencement, parce qu'il n est pas produit. 11 est sans fin, parce qu'il a toujours la même raison et la même cause de son existence qui est son essence même. Souvenez-vous que l'Etre par soi, est l'Etre infini, 'Etre simple, l'Etre immuable. Son éternité par conséquent n'est que son être même qui subsiste par lui-même sans variété et sans changement.
N'imaginez donc aucune succession dans l'éternité; ce serait la confondre avec la durée de la créature. Qui dit succession , dit passage d'un état à un autre et par conséquent changement et variété. Tout cela convient à notre durée finie et divisible. Nous n'étions pas avant d'avoir reçu l'existence : nous ne sommes que parce que nous la recevons : nous ne serons qu'autant que nous la recevrons. Ainsi nous ne sommes pas d'une manière fixe et permanente.^ 11 y a dans notre existence un passé, un présent, un avenir. Nous passons d'une existence à une autre , et noussommes renouvelés sans cesse par une création continuée. 11 ne faut rien imaginer de semblable dans; l'Etre par lui-même. En lui rien ne dure, parce que rien ne passe. Rien n'a été, rien ne sera, mais tout est
Dieu n'était-il pas éternellement, direzvous, avant qu'il nous eût créés; et ne serat-il pas éternellement après nous avoir créés ? Que voulez-vous dire par ces expressions ? prétendez-vous qu'il y a en Dieu deux éternités, ou que la création de notre être partage l'éternité en deux ? Ne sentez-vous pas que deux éternités ne seraient pas plus qu'une seule, car rien n'est au-dessus de l'infini ? Ou ne voyez-vous pas qu'une éternité partagée qui aurait une partie antérieure et une partie postérieure ne serait pas une véritable éternité, parce qu'une partie serait nécessairement la borne de l'autre, par le bout où elles se toucheraient ? Vous voulez sans doute dire que l'existence infinie de Dieu surpasse infiniment notre existence bornée et finie ; mais vos expressions sont impropres.
Qui dit éternité, s'il entend ce qn il dit, ne dit que ce qui est. Sans doute, Dieu existant nous a créés nous qui n'existions pas. Dieu a un présent infini , il est sans temps dans tous les temps de la création ; il n'y a en lui ni avant, ni après, ni plutôt, ni td'us tard. Ces rapports n'ont lieu que dans