JESUS-CHR1ST. -PART. L
seau est fait pour s'élever et se soutenir dans les airs.Quiconque h 1 aspect d un pois, son, de son corps enduit de co le, couvert d'écaillés, de sa tète aiguisée, de sa queue large, forte et agile, et de ses nageoires, doute si le poisson est fait pour vivre dans l'eau est semblable à un aveugle, incapable d'entendre tout ce qu'on peut lui dire des couleurs. En un mot, ne regardenez-vous pas comme un fou, celui qui refuserait a faculté de penser à un auteur dans les écrits duquel on verrait une suite d idées, de propositions, de conséquences, de raisonnements? Or l'univers, que dis-je 1 univers, le mécanisme d'un insecte, l aile d un papillon, l'œil d'un ciron, offre ues traces mille fois plus distinctes d'ordre, de sagacité, de conséquences ; offre des preuves mille fois plus chires d'une intelligence, que 1 on ne trouve d'indices de la faculté de penser dans l'écrit le plus conséquent et le plus raisonné de quelque auteur que ce soit. Il est donc mille fois plus fou de nier qu'il existe un Dieu, que de nier qu'un auteur systématique pense. Terminons cette matière par une réflexion bien propre à nous remplir de reconnaissance
VIL Pour qui est le monde, cet ouvrage si parfait? Si je vous réponds que c'est pour l'homme; ma réponse vous paraîtra-t-elle croyable? L'homme, direz-vous, n'est qu un point par rapport à la terre qui le porte : celte terre elle-même est si petite, quand on la compare avec le soleil ; et le soleil disparaît à son tour en comparaison des espaces où il circule : et qu'est-ce que ces espaces en comparaison de ceux où roulent cette infinité d'astres que nous n'apercevons que confusément : est-il donc vraisemblable que l'homme, ce point imperceptible, soit la fin de cette machine immense? cela n'est pas douteux, mon cher Eusèbe.
Si le soleil se lève, c'est pour éclairer l'homme. S'il se couche, c'est pour lui procurer du repos. Pendant l'absence du soleil, les étoiles ne brillent dans le firmament que pour ravir l'homme par leur magnificence, pour le guider danssesvoyages, et pour régler ses travaux. La lune lui offre un flambeau durant la nuit pour le conduire ; elle varie ses phases pour l'aider à partager son temps, et à mettre de l'ordre dans ses affaires. Pour disposer insensiblement ses yeux délicats à l'éclat éblouissant du soleil, l'air plie ses rayons de cet astre avant qu'il paraisse vers l'horizon. 11 lui rend le même service, après que losoleil a disparu, pour le préparer a la perte de la lumière. L'air se prête à l'impression des corps sonores pour le flatter par une douce harmonie, ou pour l'avertir de quelque danger qui le menace , et aux mouvements variés de sa langue le lier avec ses semblables. De concert avec le feu, l'air élève les vapeurs, les tient suspendues sur ses ailes, les laisse ensuite retomber pour arroser son habitation. Le feu lui est soumis, toujours prêt à lui dissoudre les i»ierres, à lui rendre liquides (es-
métaux, et à plier le fer à toutes ses volontés.
La mer couvre ses tables de mets délicieux; entretient les fontaines pour sa boisson ; le transporte d'une extrémité de la terre à l'autre, et le ramène chargé de richesses. La terre est un grand laboratoire, où se forment sans cesse des pierres et des métaux pour le défendre du froid et de la chaleur, des vents et des orages, et pour lui fournir des vases utiles et commodes. Elle lui offre d'elle-même une multitude de plantes qu'elle élève pour ses besoins; et elle n'attend que ses soins et son industrie pour lui donner toutes sortes de fruits, de grains et de légumes. Elle est peuplée pour lui d'animaux de toute espèce. Les uns charment ses oreilles par la douceur de leur chant; et les autres ses yeux par la beauté de leur figure. Ceux-ci pleins de force, de patience et d'adresse le soulagent dans ses travaux. Ceuxlà caressants, dociles, fidèles, l'amusent, se dressent comme il lui plaît et veillent à sa garde. Les uns lui présentent leur toison pour le vêtir ; les autres lui filent de riches étoffes; les autres lui donnent des ruisseaux de lait pour le nourrir. Tous ne semblent se multiplier que pour lui fournir des aliments en abondance.
S'il en est d'un naturel féroce, sauvage, traître, carnassier, ils l'évitent et le fuient, comme s'ils le respectaient; ils attendent la nuit pour quitter le fond des bois et des déserts : et ils y rentrent aussitôt que le jour dissipe les ténèbres, comme s'ils craignaient de le troubler dans ses occupations. Us servent, s'il le veut, à exercer sa hardiesse, sa force et son adresse. S'il en est qui l'incommodent et le fatiguent, il a besoin de quelques peines mêlées avec ses commodités.
S'il en est qui lui paraissent inutiles, ce n'est que lorsqu'il est distrait et inappliqué ; car lorsqu'il est tranquille et attentif, le plus petit insecte lui montre combien la façon de l'ouvrier surpasse la vile matière qu'il a mise en œuvre, et l'élève à l'admiration et à i'amour de son Auteur.
11 n'est pas douteux que l'homme , ce point imperceptible, ne soit le centre de l'univers ; c'est qu'il est 13 seul être qui soit capable de le posséder, parce que, malgré son énorme petitesse, il est le seul qui ait reçu l'intelligence, sans laquelle l'univers n'est point connu, la lumière n'est point aperçue; la magnificence des globes qui embellissent le ciel, n'a point de spectateur, les sons ne sont point entendus, les pierres et les métaux ne sont point mis en œuvre; les fleurs ne sont ni vues, ni senties; les bonnes qualités des animaux ne sont d'aucun usage. En vain supposeriez-vous que les autres planètes de notre tourbillon sont habitées par des créatures intelligentes, et que chaque étoile a ses planètes également peuplées; la supposition est de pure fantaisie : mais en vous l'accordant, en sera-t-il moins vrai que l'homme est la fin du monde? que le soleil, les étoiles, la lune, la lumière, l'air sont pour lui? que l'ordre qui règne dans cette vaste
machine, est établi en sa faveur;* que l'auteur de tous les corps l'a eu en vue, ouisqu'il les fait tous servir à son usage?
Le naturaliste conviendra volontiers que l'homme fait tourner tout à son profil; mais il ne peut convenir dans son système, que tout est fait pour l'homme. C'est uno nouvelle preuve de la fausseté de ce système , qui met les défenseurs dans la nécessité de nier que les yeux soient faits pour voir, les oreilles pour entendre, les pieds pour marcher, les mains pour tâter les corps voisins, pour les saisir, les lancer, les attirer, les repousser, les démêler, les détacher les uns des autres. N'est-ce pas une idée pitoyable que nous sommes bien plus faits pour les animaux, qu'ils ne sont faits pour nous; parce que nous prenons soin d'eux? N'estce pas l'effort d'un rare génie de fairo dire à un oison qu'on engrasse : Voyez l'homme , il est pour mon service; quel soin pour me garder, pour me loger, me nourrir, et me bien traiter! Pourquoi ces beaux esprits ne fontils pas dire aussi à un potiron: Voyez l'homme , il est pour moi ; quel soin pour me semer, pour m'arroser et me cueillir 1 pourquoi ne prêtent-ils pas le même discours au marbre , puisque l'homme le tire des carrières, le taille et le polit? Est-il possible que de si mauvais plaisants trouvent des admirateurs dans le monde 1 Laissons les naturalistes extravaguer à leur aise. Pour nous, pleins de reconnaissance et d'amour pour notre Créateur, appliquons-nous à le connaître autant que nous en sommes capables.