CHAPITRE V
Beauté, sagesse, divinité de la morale de Jésus- Christ.
Akticle I. — Beauté de la morale de Jcsus- Clirisl.
I. La morale de Jésus-Christ plaît par son évidence, mais ce n'est pas par ce seul endroit qu'elle plaît. Les proportions que je découvre entre elle et le bonheur de l'homme, me montrent une nouvelle beauté qui me charme. Vous n'êtes pas né dans l'innocence, mon cher Kusèbe, de là cette foule de misères qui vous font gémir. Au milieu de ces misères, ne vous croiriez-vous pas néanmoins heureux dans une certaine mesure, si vous viviez en paix avec les autres hommes, et avec vous-même; et si, dans vos maux, vous aviez une consolation toujours présente qu'on ne pût vous enlever? Que vos jours seraient sereins et tranquilles! Que votre joie serait pure et douce 1 Or la morale de lésas-Christ est manifestement faite pour vous procurer ce bonheur.
IL Pour vivre en paix avec les autres
hommes, il est nécessaire que vous n ayez avec eux ni guerres, ni procès, ni disputes, et que vous en soyez aimé. Soyez Chrétien, c'est-à-dire, aimez vos semblables, rendezleur ce que vous leur devez ; que vos paroles et vos désirs soient réglés sur la justice, sans envie, véritable dans vos discours, fidèle dans vos promesses, doux, patient, compatissant, mettant en œuvre la tendresse et la force de la charité pour pénétrer jusque dans leur cœur, afin de les gagner à Dieu, vous réjouissant de leurs biens, mêlant vos larmes a celles qu'ils versent; prodiguant en leur faveur, vos richesses, vos soins et vos talents, leur marquant votre disposition sincère de donner votre vie pour leur salut., et que vous ne vous estimez heureux qu'autant que vous leur êtes utile. Sûrement vous en serez aimé, et vous aurez la paix avec eux.
III. Pour l'avoir avec vous-même, il est nécessaire que votre conscience ne vous trouble point par ses reproches amers; et que vous ne soyez pas l'esclave de vos passions, ces tyrans durs, impérieux, insatiables. Soyez Chrétien, c'est-à-dire, rendez à Dieu ce qui est à Dieu, comme vous rendez aux hommes ce qui est aux hommes; votre conscience se taira. Pénétré de voire bassesse, ne regardez la terre, avec toutes ses richesses et ses grandeurs, que comme un néant encore bien au-dessous du vôtre; ne donnez à vos sens que ce qu'une indispensable nécessité ne vous permet pas de leur refuser; fuyez le monde et ses folles joies; ne vous croyez en sûreté que dans la retraite et l'obscurité; usez de tout comme n'en usant point. Quel empire auront sur vous l'orgueil qui veut tout s'assujettir; l'ambition qui ne souffre point de concurrent; l'avarice, qui ne dit jamais c'est assez; la volupté que le plaisir irrite? Vous voilà donc à l'abri des noirs orages qu'excitent les passions tumultueuses. Votre conscience, de son côté, vous rend le plus consolant témoignage. Vous jouirez donc de la paix avec vous-même et avec les hommes.
IV. Vous ne serez pas impénétrable à la doujeur, aux maladies aiguës, aux revers imprévus, aux accidents fâcheux, aux contradictions injustes, aux coups terribles de la mort. Non, mon cher Eusèbe ; mais soyez Chrétien ; ces misères si affreuses aux yeux delà chair, réjouiront votre foi, en lui rappelant son auteur et son consommateur, qui lui ouvre un asile dans son cœur; qui ne la frappe que pour la purifier ; qui la convainc, que sa gloire consiste à lui ôlre conforme, qui l'exhorte à lever la tête, parce que sa rédemption approche, qui fait briller à ses yeux la couronne immortelle qui lui est préparée.
V. C est une vérité de sentiment que la morale de Jésus-Christ est faite pour le bonheur de l'homme, qu'un Chrétien est heureux , et que lui seul est heureux. Qu'cllccsl donc, belle la morale de Jésus- Christ! Pour le mieux comprendre,. représentez-vous une société composée tout entière de vrais Chrétiens. Croiric.i-v.ous la
ŒUVRES COMPLETES l>K LE FRANÇOIS.
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terre digne de porter de si heureux mortels? La sagesse de cette morale mérite encore notre attention.
Article IL — Sagesse de la morale de Jésus- Christ.
I. La sagesse paraît dans la proportion des moyens avec la fin. Je suis fait pour Dieu. Ma corruption m'en rend indigne. J'ai donc besoin d'une morale qui me guérisse de ma corruption, qui me rende capable de Dieu, qui m'en rapproche, qui me dispose à en jouir. C'est là l'effet propre de la morale de l'Evangile. Je me sentais entraîné par des penchants impétueux vers les honneurs, vers les richesses, vers les plaisirs sensuels; et ces penchants prenaient leur source dans un amour désordonné de moi-même. Jésus- Christ veut que je travaille sans cesse à tarir cette source impure. 11 me prescrit un renoncement si entière moi-même, que je ne pense plus que j'existe, sinon pour me juger injuste et digne d'opprobres, et pour confesser que nulle injure ne peut me mettre si bas devant les hommes, que je ne sois encore plus bas devant Dieu par ma corruption. Il ne me permet de chercher ma gloire qu'en Dieu. 11 m'ordonne de vivre de peu, de presque rien, et d'attendre ce peu de la Providence divine. Il m'interdit les plaisirs sensuels comme dangereux et funestes ; il me présente la croix comme le sort et l'héritage des enfants de Dieu. Ainsi détruit- il tout ce qui m'éloignait de ma fin. Il m'en rend capable, il me dispose à en jouir, il m'en met en quelque sorte en possession, en m'apprenant à ne vivre sur la terre que d'amour, de reconnaissance, de louange et d'adoration.
IL Je suis encore né pour vivre en société avec d'autres hommes. C'est là, pour ainsi dire, ma seconde fin. Au lieu de contribuer au bonheur de la société, je ne serai propre qu'à en troubler la paix, à y jeter le désordre et la confusion, si j'ai un autre intérêt que le bien commun. Quelle sûreté y aural-il avec moi ? Il est prudent de me prévenir. J'immolerai à mes passions tout ce qui s'y opposera; il n'est rien que je n'emploie pour les faire triompher ; j'aurai recours à la ruse, si la violence ne peut réussir. Tous les membres de la société me ressemblentils? Sont-ils dominés chacun par leur intérêt particulier? Nous ne serons plus qu'une troupe d'ennemis furieux, dont la crainte n'arrêtera que les plus faibles. Il faut donc aux hommes, pour les rendre parfaitement .sociables, une morale qui retranche ce qu'on appelle intérêt particulier. Telle est la morale de Jésus-Christ. Elle réduit tout à la charité qui veut le bien de ses frères. Le riche Chrétien n'a de richesses que pour le pauvre ; le savant n'a de lumières que pour l'ignorant ; le puissant n'a d'autorité et de force que pour le faible. Qu'elle est sage la morale de Jésus-Christ! Elle est évidemment divine.
Article III. — Divinité de la morale de Jésus- Christ.
I. Pour donner un corps de morale si étendu et si parfait, il fallait connaître Dieu, l'homme, les rapports de l'homme avec Dieu, les rapports des nommes entre eux, la grandeur de l'homme et sa bassesse, l'origine de sa grandeur, les causes de sa bassesse, sa chute et les effets de sa chute; en un mot, sa corruption et les restes précieux de sa première dignité et de sa destination. Qui connaît Dieu que lui-même? Qui connaît ce qui lui est dû, ce qu'il exige de l'homme, ce qu'il est à l'homme, à quoi il le destine, ce que l'homme lui est, ce qu'il peut lui offrir? Le Créateur de l'homme connaît seul l'homme, ses maux et le remède à ses maux, ce qu'il doit à ses semblables, ce que ses semblables lui doivent dans toutes les situations, dans tous les temps, dans toutes les circonstances.
Il est vrai qu'ayant les premières notions de l'ordre, nous portions au fond de notre être les principes de ,1a morale de Jésus- Christ. Mais eussions-nous tiré les conséquences que renfermaient ces principes?
Quelle étendue, quelle force d'esprit n'étaient pas nécessaires pour embrasser un système aussi vaste ? Car, outre les préceptes généraux et communs, il fallait régler et sanctifier tous les états de la société humaine. Jésus-Christ le fait. Par lui le mariage est réduit à sa forme primitive (Matlh. x ; Marc. xu ; Luc. xvi) : l'époux et l'épouse (/ Cor. vu; Ephes. v; / Petr. m; Coloss. ni; lit. n), les vierges (1 Cor. vu), l'enfant {Ephes. vi ; Coloss. m), le père (Ephes. vi), le serviteur [Ephes. vi ; / Tim. v ; TU. u ; 1 Petr. il), le maître (Ephes. vi ; Coloss. iv ; // Tim. v), la veuve (/ Tim. v), le vieillard (TU. n), le jeune homme (Ibid.), le prêtre (1 Tim. m, 4, 5; TU. î; 1 Petr. v), le simple fidèle (/ Thess. v; Hebr. xm), les sujets et les rois [TU. in; Rom. xm ;/ Petr. n), tous sont instruits de leurs devoirs.
IL Tous ces devoirs sont proposés si clairement qu'il ne faut qu'un peu de bon sens pour les entendre. Ils sont si conformes à la nature humaine qu'on ne peut les rejeter sans la combattre. Ici, j'atteste la conscience du libertin le plus déterminé. Il hait la morale de Jésus-Christ; il ne hait même Jésus- Christ qu'à cause de sa morale. Sa haine va-t-elle jusqu'à mépriser un vrai Chrétien autant qu'il méprise un libertin semblable à lui? Dispensons-le de répondre. Ses plaintes si amôres et si fréquentes contre la perfidie et les excès de ses amis vicieux sont un témoignage authentique du cri de la nature en faveur de la morale de l'Evangile. Lui-même n'est-il pas souvent contraint de se parer des dehors de cette morale pour dérober une partie de ses horreurs à d'autres libertins, qui le fuiraient comme une bête féroce s'il se montrait à découvert?
III. Lisez, mon cher Eusèbc, la morale de Jésus-Christ ; méditez celte divine morale; rapprochez de cette lumière pure et