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mômes ce' qu'ils savent de bon et de vrai ? N'ej>t-ce pas dans la religion qu'ils s'efforcent de détruire, mais contre laquelle ils ne font que de vains efforts, parce qu'elle nesaurait périr?
Plus d'excellence en poésie, en peinture en musique, lorsque la superstition (c'est ainsi que les esprits forts appellent la religion) aura fait sur le tempérament fouvrage de la vieillesse. Discours extravagant ; la religion ne change rien au tempérament quand il n'est pas vicieux, elle ne change que le cœur; à la place de motifs bas, injustes, honteux, elle en inspire d'élevés, de grands, de purs, de nobles, et conséquemment une plus grande activité, des soins plus assidus, une plus forte application. 11 est vrai qu'elle retranche des arts, l'abus que l'on n'en fait que trop souvent ; la poésie chrétienne ne s'exerce pas sur des matières capables d'alarmer la pudeur, et de corrompre les mœurs. Elle touche mais sans séduire, elle plaît sans favoriser les passions, elle attache sans amuser par des contes frivoles et ridicules, elle ins- Vuit sans rebuter le sens commun, elle fait connaître Dieu sans le représenter sous des images indignes de la Divinité ; elle surprend, sans promener parmi.des merveilles chimériques. La musique chrétienne n'est ni j:;oins sage ni moins retenue. La peinture et !a sculpture sont aussi chastes et aussi réservées. Quelle perte pour le genre humain s'il était privé, par exemple, de toutes les saletés et de toutes les ordures que Bayle a ramassées dans son Dictionnaire 1 La religion bannit du commerce, la fraude et l'infidélité, elle y établit la bonne foi et la justice ; estce un malheur pour la société? La religion prescrit des règles pour prévenir tout désordre entre les deux sexes, et elle renferme le penchant de l'un pour l'autre, dans les bornes d'un légitime mariage; il n'y a que des cyniques qui soient capables d'improuver des règles si sages, si avantageuses, si honnêtes, si propres à bannir de la société la confusion et la brutalité, à éloigner des familles l'opprobre et l'infamie , à y entretenir la tendresse, la paix et la concorde. Mais, dit-on, le nombre des hommes n'est pas tel qu'il était autrefois. Cette assertion a-t-elle quelque fondement? Le nombre des hommes est-il aujourd'hui plus petit? La partie de la terre où règne le christianisme, est-elle moins peuplée que les autres? Si elle l'est effectivement moins peuplée, quelle en est la cause? c'est ce qu'il est inutile d'examiner. Qu'importe qu'il y ait un plus grand ou un plus petit nombre d'hommes sur la terre ? Le monde n'a été fait que pour la religion , il ne subsiste que pour elle , il no doit durer qu'autant qu'elle. Il importe donc peu qu'il y ait un grand nombre d'hommes. Ce qui est important, c'est que tous soient de véritables disciples de Jésus- Clirist.
Le reproche en question a, sans doute , pour fondement le célibat d'un grand nomlire de Chrétiens, qui renoncent au mariage, non oar indifférence, par humeur, par ca-
price, par l'amour d'eux-mêmes , mais par la crainte des dangers inséparables de cet état, parle sentiment de leur propre faiblesse , par l'amour des biens invisibles, par le désir d'obéir à Dieu en suivant l'attrait de sa grâce, d'être a lui sans partage , de le servir avec liberté , de se sanctifier dans la retraite, le travail, la prière, l'humilité, la mortification, la pénitence.
On ne peut nier que ce genre de vie ne soit un des caractères propres au christianisme , qui le distingue de toutes les autres religions qui, dans les premiers^ siècles de son établissement, lui attirait l'admiration de ses persécuteurs mêmes, et lui gagnait une multitude de prosélytes ; qui manifeste la [naissance de son Auteur, qui montre sensiblement que ce qu'il plaît aux épicuriens de nos jours d'appeler lois de la nature, je veux dire les désirs corrompus de leur cœur, ne sont pas des lois insurmontables, que l'iiomme n'est point comme les bêtes, nécessairement dominé par les sens et par les passions; que tout ne dépend pas en lui des organes, des esprits animaux, de l'air, du climat, etc., comme le prétendent les défenseurs de la passion la plus dangereuse.
Mais s'il e5t vrai que la terre soit l'ouvrage d'un Etre infiniment sage qui l'a créée, qui la régit, qui la conserve pour sa gloire, je serais curieux d'apprendre de ces hommes si zélés pour la multiplication dugenrehumain. ce que deviendrait la terre si Te christianisme en était banni. Serait-elle plus peuplée ? Serait-elle même habitée ? Je les défie d'appuyer l'affirmative sur la plus faible preuve. Otèz le christianisme de dessus la terre, vous en ôtez dès là même la religion véritable. La Divinité n'y a donc plus de vrais adorateurs. Elle n'y voit que des créatures ingrates et injustes. Il ne s en trouve aucune qui remplisse la fin que Dieu s'eit proposée dans la création, qui est d'en être glorifié. Il ne saurait y avoir d'élus. Comment donc le monde pourrait-il subsister, puisque c'est pour les élus que Dieu Va fait et qu'il le conserve, comme nous le verrons bientôt ? Il est donc insensé de reprocher à la religion chrétienne la pureté de ses enfants les plus parfaits. Leur vertu lui est nécessaire, comme elle est nécessaire elle-même à la conservation du monde. Car quoiqu'elle n'impose à personnne la nécessité d'embrasser la continence, et qu'elleexige seulement de ceux qui s'y engagent, d'être fidèles à leur vœu, elle se glorifiera toujours tant qu'elle subsistera jusqu'à la consommation des siècles, d'avoir des enfants qui suivront ses conseils, comme elle se glorifiera toujours d'en avoir qui suivront ses préceptes ; parce qu'il n'est aucune espèce de vertu qui ne lui soit essentielle.
Enfin s'il est vrai que la terre soit aujourd'hui moins peuplée qu'elle ne l'était autrefois, est-ce à la religion qu'il faut en attribuer la cause ? N'est-ce pas plutôt au violement de ses lois ? N'est-ce pas au crime de l'impudicilé qu'elle condamne et qu'elle déteste, et que les nouveaux épicuriens, par
leurs discours, par leurs'exemples, parleurs écrits multipliés, s'efforcent de justifier, de rendre aimable, d'introduire dans tous les étals, de faire régner dans tous les cœurs, comme le seul Dieu ? car ils«ne rougissent pas de lui donner ce nom. Si leurs efforts et leurs principes prévalaient jamais, que deviendrait le genrehumain?
L'amour-propre, je veux dire cet amour aveugle et déréglé, par lequel l'homme se mettant à la place de Dieu, ne tend qu'à soi, rapporte tout à soi, se fait sa dernière fin, et les passions qui en sont les suites, je veux dire ces penchants et ces mouvements impétueux qui entraînent l'âme vers les objets sensibles, sont si contraires à l'ordre, que par eux-mêmes ils ne peuvent être principes que du mal. C'est un bien, sans doute, que 'les hommes soient unis entre eux, qu'ils forment dçs sociétés, qu'ils conlractent des alliances, qu'ilsse prescrivent des lois, qu'ils peuplent les villes et les campagnes, qu'ils inventent et qu'ils cultivent les arts Mais d'où vient ce bien aux hommes, sinon d'une Providence bonne, sage et attentive qui retient dans certaines bornes comme les flots de la mer, l'amour-propre et les passions, et qui par les misères, dont elle punit les hommes coupables parles besoins auxquels elle les assujettit, par l'inégalité debiens, de lumières, de talents qu'elle leur distribue, les force pourainsidire, de ne pas se laisseremporter par ce qu'il plaît aux esprits forts d'appeler instinct, mais d'écouter la loi naturelle, la voix de la conscience, la raison qui leur montre leur sûreté dans l'union et dans le travail, et une perte immanquable dans le désordre des passions, et dans l'injustice de l'amour-propre.
Les effets naturels de l'amour-propre et des passions, sont la haine et la discorde, la jalousie et l'envie, les procès et les guerres, les impudicités et les adultères, les vols et les meurtres, en un mot la cupidité ne tend qn'à établir la loi du plus fort. Persuadez aux hommes que l'amour-propre et les passiens qui nous asservissent, sont un présent du Créateur, qu'en suivanl ces penchants funestes, on ne fait que lui obéir ; vous effacez dès, là même en eux,toutsentiment du juste et de l'injuste, vous étouffez la voix de la conscience, vous anéantissez la raison; vous les armez les uns contre les autres ; l'ambition portera partout le fer et le feu, et ne fera qu'un tombeau des provinces !et des royaumes ; l'avarice envahira tout, dépouillera la veuve et l'orphelin, et fera périr les pauvres de faim et de misères; l'impudicité déshonorera les familles et dépeuplera le monde.
Ne me dites pas avec les esprits forts que pour prévenir tous ces désordres, il n'y aquà établir une juste harmonie entre les passions, en les balançant les unes par les autres. Je ne vous ferai pas remarquer la contradiction où tombent ces messieurs, en conseillant un si bel expédient ; puisqu'un de leurs principes est quo l'homme est toujours assujetti à une passion dominante, qui dépend elle-
même de la quantité et de la qualité des esprits animaux. Mais vous vous trompez avec eux, si vous croyez l'expédient praticable. Les passions ne sont pas des animaux qu'on dompte en leur lâchant la bride ; ce ne sont pas des ennemis qu'on subjugue en capitulant avec eux ; ce ne sont pas des tyrans qu'on adoucit en rendant Jes armes. Il faut ne leur accorder rien , leur tout refuser, les combattre jusqu'à la mort ou consentira être leur vil esclave. On ne fait que les irriter, en leur résistant sans les vaincre. Les passions les plus faibles dans leurs commencements, entretenues et fomentées, croissent, se fortifient et conduisent à des excès les plus étranges et les plusfunestes. L'unique moyen efficace d'en triompher, c'est de les assujettir à la raison par i'amoufde Dieu, c'esteonséquemrnent de faire régner la morale de Jésus-Christ.
Mais, disent les esprits forts , cette morale n'est qu'une belle idée. Où sont les Chrétiens humbles et modestes , désintéressés et tendres pour leurs frères, vertueux et ennemis des plaisirs sensuels? Ils sont rares, je l'avoue ; mais il y en a eu depuis que Jésus-Christ a été promis à la terre, c'est-à-dire, depuis l'origine du monde, et il y en aura jusqu'à la consommation des siècles. Moïse nous a conservé l'histoire d'un grand nombre de justes qui l'ont précédé; il en est lui-même un accompli. Leslivres de sa nation nous en montrent sans interruption, jusqu'à Jésus-Christ. Mais depuis la venue de ce Sanctificateur des hommes, on ne peut plus les compter . 11 n'a enseigne que ce qu'il a pratiqué lui-même. Ses premiers disciples ont marché sur ses traces. Les apôtres ont arrosé la terre de leur sang, après y avoir répandu de toutes parts la connaissance du Créateur, la véiiié et la sainteté. Quelle union, quelle tendresse , quelle piété, quelle vertu dans l'Eglise de Jérusalem formée par leurs travaux 1
Parcourez les annales do la société chrétienne, vous y trouverez les modèles parlaits de toutes les vertus évangéliques, surtout de la charité et de la pureté, ces vertus si inconnues aux esprits forts, qu'ils n'en conçoivent pas seulement la possibilité. Vous verrez des Chrétiens se faire esclaves pour délivrer d'autres Chrétiens ; vous en verrez se vendro pour nourrir les pauvres du prix de leur liberté ; vous en verrez se mettre en prison pour en tirer des prisonniers ( S. Clem., Epist. ad Corinth.); vous en verrez se livrer à toutes les horreurs de la peste pour assister gratuitement leurs persécuteurs : vous en verrez donner leur vie pour sauver celle de leurs frères; vous en venez un nombre infini de tout âge, de tout sexe, de toute condition, se dépouiller de tout, renoncer à tout, consacrer à Dieu leur corps et leur âme, pour ne vivre que pour Dieu. (S. Cyprian.) Les maximes des esprits forts ne peuvent plaire qu'à des vicieux. Mais il n'est point do siècles qui ne fournissent des hommes vertueux depuis l'établissement de
l'Evangile. C'est que Jésus-Christ est le maître des cœurs et des esprits : il a apporté la vérité et la grâce. (Joan. I, 17.)
V11I. Je ne crois pas devoir vous avertir que la matière où nous allons entrer est aussi peu du goût des esprits forts, que celle que nous venons de traiter. Il fout leur rendre justice, ils sont ici conséquents. La liaison est intime entre les vérités de la morale et le vérités de la grâce. On ne peut attaquer les unes sans attaquer les autres. On ne peut établir la cupidité qu'aux dépens de la charité. On ne peut étendre les droits de la cupidité, sans resserrer ceux de la grâce. Si les lois de l'Evangile sont divines et indispensables, il faut, par une conséquence nécessaire, que la cupidité soit mauvaise, et que la charité prenne sa place dans notre cœur: la charité ne nous peut venir que de Dieu. Si la cupidité au contraire, est un don du Créateur, qu'il faille en suivre les attraits; qu'y résister ce serait résister à la nature ; il saute aux yeux que la grâce n'est d'aucun usage. Il est vrai que parmi les esprits forts il en est qui se flattent d'aimer Dieu : mais ou ils entendent parler, avecSpinosa, d'un amour des objets sensibles comme faisant partie de l'univers qui est l'unique dieu de Spinosa; ou ils entendent parler d'un amour dont le principe est un instinct que la nature nous inspire pour tous ceux qui nous font du bien. Or, l'amour de Spinosa n'est point l'amour du vrai Dieu, et l'amour des déistes n'est véritablementque l'amourdc soi-même. 11 n'est donc pas étonnant que ces messieurs ne veulent point de grâces. Pour nous qui sommes pleinement convaincus de la vérité de la morale de l'Evangile, et qui ne le sommes pas moins de notre impuissance, pour régler nos esprits et nos cœurs sur cette morale divine, nous ne pouvons trop vite apprendre quels secours Jésus-Christ nous promet et nous prépare.
SECTION III