SECOURS DE JÉSUS-CHRIST
Jésus-Christ a des élus qu'il éclaire, qu'il rend fidèles observateurs de ses lois, qu'il sanctifie dans son corps, qui est l'Eglise.
Article I. — J ésus-Clirisl a des élus.
Avant que d'en venir aux citations, je vous prie d'observer qu'en vous mettant devant les yeux ce que Jésus-Christ opère pour les élus, mon dessein n'est pas de restreindre aux seuls élus la volonté que Dieu a de sauver les hommes,^ ni de borner à eux seuls les elfets de sa mis'éricorde, ni de prouver qu'il n'y ait qu'eux qui reçoivent des grâces, qui soient justifiés, qui soient membres de l'Eglise ; ni que les élus naissent avec la justice; que tous conservent la justice dans chaque instant de leur vie, après l'avoir, reçue : un
semblable dessein serait contraire à la révélation. Je considère ici les «ecours de Jésus- Christ par rapport aux élus : parce que sous ce point de vue ils me paraissent propres à expliquer la fin principale de Dieu dans la création et la conservation du monde; adonner des effets éternels à l'incarnation du Verbe; à vérifier des promesses magnifiques faites à l'Eglise en faveur des élus; à fermer Ja bouche aux libertins qui enveloppent tous les hommes dans une même destinée ; à relever la puissance et la bonté de Dieu qui fait triompher l'horamo de sa faiblesse et de sa corruption par l'amour de la justice et par Je don de la persévérance ; à faire goûter aux Chrétiens la joie la plus pure et la plus douce, dans la confiance qu'ils doivent avoir qu'ils sont du nombre de ceux que Dieu sauvera par Jésus-Christ ; à remplir les justes d'une vive et humble reconnaissance ; à inspirer aux pécheurs le courage de revenir à Dieu, et de rompre les liens qui les attachent au monde, sans être arrêtés dans les premiers désirs de conversion qu'ils reçoivent, ni par la vue de la pureté et de la sainteté de la religion, ni par la profondeur de leurs plaies, ni par la crainte de leur faiblesse : la lâcheté et le désespoir des pécheurs ne viennent point de leur impuissance au bien, mais de leur attachement au mal, et de l'abus qu'ils font, et de l'ignorance où ils sont des ressources qu'on trouve en Jésus-Christ. Après cette remarque , venons aux citations.
II. Quoique Dieu veuille que tous les hommes soient sauvés, et qu'ils parviennent à la connaissance de la vérité ( / Tim. u, 4) ; qu'il ait envoyé son Fils dans le monde... afin que le monde soit sauvé par lui [Joan. m, 17) ; que co Fils incarné soit mott pour tous (II Cor. v, IV; Uebr. n, 9) ; qu'il se soit livré lui-même pour être le prix de la rédemption de tous (1 Tim. u, 6), la victime de prepitiation pour les péchés de tout le monde (I Joan. ii,2), il faut cependant reconnaître en Dieu et dans son Fils, une bonté spéciale envers un certain nombre d'hommes; et que les fruits delà mort de Jésus-Christ ne sont pas appliqués à tous avec une égale mesure.
III. Il y en a beaucoup d'appelés, dit Jésus- Christ en parlant du royaume des cieux, mais peu d'élus. (Matth. xxn, 14; xx, 16.) Ces élus sont les enfants du royaume céleste; les justes, qui à la fin du monde, brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père (Matth. xiu, 38, 43) ; à qui Dieu fera justice [Luc. xviii, 7) ; les bénis par le Père éternel, à qui le royaume a été préparé dès le commencement du monde (Matth. xxv, 34); c'est pour l'amour d'eux que saint -Paul endure tout avec joie. (// Tim. u, 12.) Il paraît même que le monde est fait et subsiste spécialement .pour eux; car les événements et la durée en sont réglés pour leur bien. Si ces jours, dit Jésus-Christ dans la prédiction de la ruine de Jérusalem et du monde entier, n'avaient 'été abrégés, nul homme n'aurait été sauvé: mais ces jours seront abrégés en fa-
veur des élus, qui ne périront jamais. // s'élèvera, continue Jésus-Christ, dans ces jours d'afflictions, de faux christs, de faux prophètes, qui feront de grands prodiges, et des choses étonnantes, jusqu'à séduire même, s'il était possible, les élus. Ils sont le petit troupeau; il a plu à leur Père de leur donner son royaume. (Luc. xii, 32.)
IV. Jésus-Christ les reçoit de son Père : Tous ceux, dit-il, que mon Père me donne,
viendront à moi la volonté de mon Père, qui
m'a envoyé, est que je ne perde aucun de tous ceux qu'il m'a donnés ; mais que je les ressuscite tous au dernier jour. (Joan. yi, 37, 39.) Ce sont ces brebis qui entendent sa voix. Je les connais, dit cet aimable pasteur, et elles me suivent : je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront jamais; et nul ne les ravira d'entre mes mains. Ce que mon Père m'a donné (selon le grec, mon Père qui m'a dbnné), est plus grand que toutes choses : et personne ne saurait ravir de la main de mon Père. Mon Père et moi nous sommes une même chose. {Joan. x, 27 seq.)Quel avantage d'être du nombre de ces brebis privilégiées!
C'est Jésus-Christ qui les choisit : Ce n'est pas vous, dit-il à ses apôlres, qui m'avez choisi; mais c'est moi qui vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous marchiez, que vous rapportiez du fruit, et que votre fruit subsiste. (Joan. xv, 16.)
Dans l'admirable prière qu'il adresse à son Père avant sa passion, combien est-il occupé de ses élus 1 11 a puissance sur tous les hommes afin qu'il donne la vie éternelle àtous ceux qui lui ont été donnés. Ils étaient à vous, dit-il à son Père, et vous me les avez donnés. C'est pour eux que je prie. Je ne prie point pour le monde ; mais pour ceux que vous m'avez donnés, parce qu'ils sont à vous. Ils sont dans le monde, et je m'en retourne à vous. Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme nous. Ils ne sont point du monde, comme je ne suis point moi-même du monde. Sanctifiez-les dans ta vérité. (Joan. xvn, 2 seq.) Les apôtres ne sont pas les seuls élus pour lesquels il prie efficacement. Je ne prie pas pour eux seulement, mais encore pour ceux qui doivent croire en moi par leur parole; qui sont l'objet spécial d'un amour éternel, vous les avez aimés, comme vous m'avez aimé : qui sor.t du nombre de ces brebis chéries dont il dit: J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie : il faut aussi que je les amène. Elles écouteront ma voix ; et il n'y auraqu'un troupeau et qu'un pasteur. (Joan. x, 16.)
V. Paul vase d'élection, choisi parle Dieu de ses pères pour connaître sa volonté, pour voir le juste, et pour attendre les paroles de sa bouche (Act.xxu, H), vient avec Barnabe, à Antioche de Pisidie, annonce Jésus-Christ. Plusieurs Juifs écoutent et embrassent la foi ; un grand nombre résiste et blasphème. Paul abandonne ces derniers, parle anx gentils, cl tous ceux qui avaient été prédestinés à la vie éternelle embrassèrent la foi. (Act. xui, 48.1 Apprenons du même Apôtre quels sont les effets merveilleux do la prédestina-
tion. Nous savons, dit-il, que tout contribue au bien de ceux .qui aiment Dieu, de ceux qu'il a appelés selon son décret, pour être saints. Car ceux qu'il a connus dans sa prescience, il les a aussi prédestinés pour être conformes à l'image de son Fils, afin qu'il soit l'aîné entre plusieurs frères. Et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés; il les a aussi justifiés ; et ceux qu'iî a justifiés, il les a aussi glorifiés. (Rom. vm, 28, 29, 30.) I! fait paraître les richesses de sa gloire sur les vases de miséricorde qu'il a préparés pour sa gloire. (Rom. îx, 23.)
VI. Personne n'a droit à ce choix. Je ferai miséricorde, dit Dieu (Exod. xxxin, 19), à qui il me plaira de faire miséricorde ; et j'aurai pitié de qui il me plaira d'avoir pitié. Cela ne dépend donc ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. (Rom. ix, 15, 16.) Personne n'a droit de se plaindre. 0 hommes qui étes-vous pour contester avec Dieu? un vase d'argili dit-il à celui qui Va fait : Pourquoi m'avezvous fait ainsi? le potier n'a-t-ilpas le pouvoir de faire de la même masse d'argile un vase destiné à des usages honorables, et un autre destiné à des usages vils eu honteux ? (lbid.,Z0, 21.)
Quels Juifs embrassent la foi et persévèrent dans la pratique des bonnes œuvres? Un petit nombre réservé selon l'élection de fa grâce. (Rom. xi, 5.) La chute de ce peuple qui rejette le Messie, n'est-elle pas contre les promesses qui lui avaient été faites? Saint Paul résout cette difficulté, en distinguant les enfants de la promesse des enfants selon la chair : Tous ceux qui descendent d'Israël ne sont pas pour cela Israélites.... ceux qui sont enfants selon la chair, ne sont pas pour cela enfants de Dieu; il n'y a que les enfants de la promesse. (Rom. ix, 6, 8.) Et il donne pour exemple Jacob et Esaii, dont il est dit : Avant qu'ils fussent nés, et avant qu'ils eussent fait aucun bien ni aucun mal (par eux-mêmes), afin que le décret de Dieu demeurât ferme selon son élection, non à cause de leurs œuvres, mais à cause de l'appel et du choix de Dieu ; l'aîné sera assujetti au plus jeune. (Ibid., 11, 12.)
Terminons cette matière par le beau trait du même saint Paul dans son Epître aux Ephésiens : Béni soit le Dieu et le Père de Notre - Seigneur Jésus - Christ, qui nous a comblés en* Jésus-Christ de toutes sortes de bénédictions spirituelles pour le ciel; ainsi qu'il nous a élus en lui, avant la création- du monde, par l'amour qu'il nous a porté, afin que nous fussions saints et irréprochables devant ses yeux; nous ayant prédestinés par un effet de sa bonne volonté, pour nous rendre les enfants adoplifs de Jésus-Christ, afin que la louange et la gloire en soient données à sagràce. (Ephes. i, 3 seq.) Des textes si clairs et si décisils, démontrent que Jésus-Christ a un certain nombre d'âmes choisies qu'il appelle, qui le suivent, qu'il sanctifie <!ans le temps, et qu'il rend heureuses dans l'éternité. Suivons-le dans la conduite qu'il tient sur ces âmes.
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