CHAPITRE IL
lié flexions générâtes sur la nécessité de la grâce de Jésus -Christ, et rétablissement de son Eglise.
Articlk I. — Réflexions sur la grâce de Jésus- Christ.
I. Le Créateur qui aime les âmes qu'il a faites, et qui ne veut pas la perte des hommes, a toujours répandu les effets de sa bonté sur toutes les nations de la terre. (Sap. xi.) 11 n'a jamais cessé de rendre témoignage de ce qu'ilesten faisant du bien aux hommes.
(Act. xiv.) Il a rendu comme visibles et palpables ses perfections, sa puissance, sa divinité, par le spectacle de la nature. (Rom.i.) Sa lumière éternelle a toujours percé par divers rayons jusque dans les esprits lesplus ténébreux. ( Joan. i. ) Sa Providence n'a jamais manqué à personne. Sa bonté a toujours appelé les hommes à la pénitence. Tous ontils reconnu Dieu dans les témoignages qu'il a donnés de sa présence ? Tous ont-ils suivi la lumière qu'ila fait brillerau milieud'eux? Tous ont-ils embrassé la pénitence à laquelle il les appelait ? N'ont-ils pas méprisé les richesses de sa bonté. et de sa patience avec une dureté également incompréhensible et volontaire qui les rend inexcusables? (Rom. i, h.)
IL Vous avez lu l'histoire du monde, vous avez donné sans doute une attention particulière à l'état de la religion sur la terre : quel était son empire avant le déluge? il est vrai que des adorateurs fidèles de la suprême majesté se succèdent sans interruption les uns aux autres ; il est nécessaire qu'il y en ait : mais le nombre n'en est pas grand. La malice des hommes était extrême; toutes les pensées de leur cœur étaient appliquées au mal. La terre était corrompue et remplie d'iniquité; elle était souillée et impure ; la piété et la justice en étaient bannies; la violence et la fourberie étaient universelles. Toute chair avait dépravé sa voie. (Gen. v, 13, 11, 12.) La fureur de la cupidité ne connaissait plus ni bornes ni devoirs. Bientôt après le déluge, les passions s'érigent en divinités. On oublie le Créateur. Si l'on en conserve une idée confuse, ce n'est que pour la transporter à de viles créatures. Abraham est enlevé à cette inondation d'erreurs et de vices. L'Etre suprême se manifeste à lui, le comble de bienfaits, lui confie son culte, et lui fait les plus grandes promesses. 11 en tire un peuple nombreux, prend ce peuple sous sa protection, lui donne des lois, le rend dépositaire de ses oracles, le conduit comme par la main, tandis qu'il laisse marcher toutes les autres nations dans leurs voies. Mais ce peuple si privilégié, au milieu duquel Dieu se choisit et se perpétue des adorateurs véritables, conspire-t-il tout entier à n'adorer que son bienfaiteur? Ah 1 vous le savez, mon cher Eusôbe, ce peuple ingrat et grossier est entraîné vers les idoles muettes par son penchant, comme un torrent qui l'emporterait pour toujours sans des châtiments redoublés que lui ménage une providence attentive.
Enfin Jésus-Christ se montre à la terre. L'Evangile est prêché. La connaissance de Dieu est répandue. Naissent de toutes parts des adorateurs en esprit et en vérité, mais au milieu des idolâtres qui demeurent aussi aveugles, aussi inflexibles qvie leurs divinités de bronze et de pierre. La lumière de l'Evangile va croissant, gagne au loin, remplit la terre. Elle ne luit pas néanmoins encore chez des nations entières. Elle se retire de dessus d'autres qu'elle avait éclairées ; et ces nations retombent dans d'affrousesténè-
bres. Cette lumière divine paraît fixée sur une société respectable par son antiquité et par son étendue, et brille sur elle de tout son éclat. Entrez dans cette société, vous serez surpris d'y voir un grand nombre d'hommes spirituels qui trouvent leur gloire et leurs délices à marcher sur les traces de leur Chef auguste. Vous ne le serez pas moins de les voir mêlés avec un plus grand nombre encore d'hommes de chair qui ne vivent que de passions. Je vous prie de m'assigner l'origine d'une différence si étonnante entre des hommes qui sont tous d'une même nature; qui tiennent les uns aux autres par une infinité de liens; qui naissent avec les mêmes idées de Dieu et tle l'ordre ; qui vivent sous les mêmes lois, et souvent sous un même toit. L'univers n'est pas l'effet du hasard. Le crime et la vertu ne sont pas des mots vides de sens. L'homme a d'autres lois que ses caprices et ses passions. Il n'y a pas divers dieux dont les uns soient honorés par le vice, et les autres par la vertu. Il n'y a qu'un Dieu qui n'est pas seulement attentif aux mouvements de la matière pour les régler avec sagesse ; il l'est nécessairement aux actions des hommes; il est essentiellement ordre, sainteté, justice; il ne peut aimer le contraire, ni l'approuver. Quelle est donc, encore une fois, l'origine de la différence qui se trouve entre les hommes?
Vous me répondez que Dieu, dont les jugements sont impénétrables, et les voies incompréhensibles, souffre avec une patience extrême les vases de colère préparés pour la perdition, afin de faire paraître les richesses de sa gloire sur les vases de miséricorde qu'il « préparés pour la gloire (Rom. xi, 33 ; ix, 22,23); laissant à la liberté des uns d'abuser de ses dons, et faisant faire un saint usage des mêmes dons à la liberté des autres. Je demeure sans réplique. L'histoire du monde n'est plus à mes yeux que l'histoire tfe la justice de Dieu sur des pécheurs, et de sa miséricorde sur des justes.
III. Nous pourrions ignorer l'histoire, et n'avoir pas moins de facilité à nous convaincre qu'un juste est l'ouvrage de la miséricorde infinie. Nous n'aurions qu'à nous étudier nous-mêmes ; car nous connaître, c'est connaître le reste des hommes. Qu'êtes-vous ? Que suis-je?Ne nous déguisons pas nous-mêmes à nous-mêmes. Nous ne nous attachons qu'aux biens sensibles. Tout ce qui n'est pas présent est un songe pour nous. Nos desseins sont pour la terre. Notre cupidité est notre règle ; la volupté, notre fin. En un mot, notre esprit et les pensées de notre cœur sont portés au mal. ( Gcn. vm, 21.) Nous sommes chair. {Gen. vi, 3.) Si l'on nous montre donc un juste, qui méprise les biens de la terre, qui fuit les plaisirs sensibles, qui ne vit et qui ne soupire que pour les biens éternels, qui aime Dieu, et qui trouve sa joie dans une parfaite soumission à ses volontés ; douterons-nous qu'un tel "homme si dissemblable à l'homme ne soit redevable à la grâce?