CHAPITRE IV
CONCLUSION DE l/OUVIUCE.
La religion chrétienne a tous les caractères de divinité el d'évidence que la raison exemple de passions peut souhaiter. — Elte a tous les caractères de certitude et de vérité que la raison affaiblie par les passions est capable d'apercevoir. — Comparaison de la religion avec les systèmes de ses adversaires. — Elle a tous les caractères de force que la raison abrutie par les passions est capable de sentir. — \ rai moyen de lui demeurer inviolablemenl attaché.
I- II est doux d'étudier la religion avecuno personne qui l'aime. On se sent soutenu, fortifie, animé par son application, par son goût, par son avidité. Suivez, mon cher Eusèbe, un si heureux attrait. Lisez et méditez les Livres saints. Tout y est lumière, tout y est vérité. C'est à celte source pure et féconde que nous avons puisé l?s connaissances qui vous charment, et qui vous persuadent si vivement que, pour vouloir n'être pas Chrétien, il faut vouloir n'être pas raisonnable. De quelque côté que nous ayons envisagé la religion de Jésus-Christ, nous l'avons trouvée divine.
Elle est divine dans ses principes : elle a pour base les idées de Dieu et de l'ordre : or, quelle est l'origine de ces idées, si ce n'est Dieu même? Elle est divine dans son auteur: c'est le Créateur lui-même qui se manifeste à l'homme [tour la lui enseigner. "Elle est divine dans son établissement; contraire à tous les préjugés de l'enfance et de l'éducation, à tous les penchants de la nature corrompue, elle pénètre dans les esprits, elle fixe son trône dans les cœurs, sans violence, sans contrainte, sans secours humain, malgré les puissances de la terre, par sa seule force. Elle est divine dans ses effets ; elle abat les idoles muettes, elle dissipe l'erreur, elle répand la vérité, elle éclaire les esprits, elle règle les cœurs, elle donne au Dieu vivant des adorateurs sincères.
Elle est divine dans ses premiers maîtres; des gens pauvres, en petit nombre, sans étude, sans science, sans crédit, tout à coup se trouvent savants et confondent les philosophes, tout à coup se trouvent forts et résistent à toutes les puisssances liguées contre eux. Elle est divine dans ses progrès ; elle s'accroît du sang de ses premiers disciples, elle ne fait que souffrir, et c'est en soutirant qu'elle terrasse ses ennemis. Elle est divine dans sa durée ; les royaumes tombent sous le poids de leur propre grandeur ; pour elle, les siècles la respectent, toujours Ja même, sans armes et sans défense, toujours attaquée, elle subsiste par la seule vérité. Elle est divine d;ms son antiquité : elle a commencé avec le monde; toujours le Dieu Créateur a été l'unique objet de ses hommages; toujours le Dieu Rédempteur a été l'unique objet de ses désirs, comme iJ est aujourd'hui celui de sa reconnaissance. Elle est divine dans ses mystères : les idées qu'elle donne de la Divinité , sont grandes et sublimes ; si elles étonnent la
raison humaine par leur profondeur, elles consolent le cœur par leurs proportions avec ses besoins. Elle est divine dans sa morale; elle éclaire l'homme, elle le guérit, elle le rend heureux, en le tendant juste et adorateur en esprit et en vérité de l'Etre suprême. Elle est divine dans ses secours ; elle porte dans l'esprit une lumière qui lui fait voir la beauté de la vertu et de la justice, la réalité des biens invisibles, le néant des créatures; elle remplit le cœur d'un saint amour qui le rend sensible à la piété, qui le dégoûte des choses visibles, qui l'entraîne doucement vers l'infini, qui l'y attache comme à son souverain bien ; le cœur ne désire, ne veut plus que Dieu, et ne se console que par l'espérance de lui être uni éternellement. Elle est divine dans la conservation de l'Eglise, que le schisme ne peut diviser, que l'erreur ne peut séduire, que le vice ne peut corrompre, que la persécution ne peut abattre. Elle est divine dans ses promesses : elle ne connaît point d'autre rémunérateur, ni d'autre récompense que Dieu même. Elle est divine dans ses menaces : le vice pâlit au seul nom des supplices qu'elle lui prépare.
Elle est divine dans la connaissance qu'elle donne de Dieu et de l'homme : Qu'il est grand et tout à la fois qu'il est aimable, le Dieu des Chrétiens 1 le Chrétien n'est plus un mystère à lui-même; il sait ce qu'il a été et ce qu'il est devenu; la cause de ses misères, et les moyens de s'en délivrer. La religion introduit dans les secrets de la sagesse éternelle; elle rend raison de tout, et des ténèbres qui cachent Dieu, et des lumières qui le montrent. Avec elle tout s'éclaircit: sans elle, tout est obscur et plein de contradiction. Sans elle, l'homme ne connaît que très-imparfaitement l'auteur de son être , et ne se connaît pas mieux luimême.
Ajoutez à tant de caractères divins de la religion, une multitude de prophéties qui l'ont annoncée, prophéties claires, supérieures à toutes les conjectures do l'esprit humain, conservées religieusement durant un grand nombre de siècles par un peuple entier, vérifiées par l'événement dans toutes leurs circonstances. Ajoutez une multitude de miracles de toute espèce qui ont servi à la fonder, à la soutenir, à l'étendre, miracles possibles au seul Maître de la nature. Ajoutez une multitude de promesses qui l'ont allermie, perpétuée, défendue , promesses que le seul Créateur pouvait exécuter, et dont nous voyons de nos yeux l'accomplissement. Ces prophéties, ces miracles , ces promesses sont des faits aussi certains que l'existence des hommes qui nous ont précédés. 11 faut douter de tout, pour former Je moindre soupçon contre leur vérité. Il faut douter non-seulement du passé, il faut douter du présent, parce que ces faits subsistent et sont visibles dans leurs elfets qui sont sous nos yeux.
Ne me dites pas que ces faits ne sont pas évidents : je vous ai montré qu'ils sont evi.-
déminent possibles ; j'ai plus fait, je vous ai montré par l'idée de l'Etre pariait qu'ils sont évidemment vrais. Cependant je veux bien vous accorder que ces faits ne sont pas évidents en eux-mêmes, si, par évidence, vous entendez celle qui est fondée sur l'idée directe que nous avons de l'essence des choses : mais vous ne pouvez nier, sans renoncer à la bonne foi, que vous êtes aussi certain de ces faits que vous l'êtes de ceux que vous voyez ; or, cet aveu me suflit. Dites après cela, si vous le voulez, que ce que nous concevons par idée , est plus évident que ce que nous connaissons par les sens; je vous laisse le maître. Mais êtesvous plus certain que deux et deux font quatre, que vous ne l'êtes que vous vivezavec d'autres hommes? Je m'en rapporte au témoignage de votre conscience.
Les esprits forts pour éluder les faits de l'Evangile qui les écrasent, ne pouvant en ébranler la vérité, leur opposent , comme vous, leur non évidence : misérable défaite ! qu'importe que ces faits ne soient pas évidents, s'ils sont certains et indubitables? Si vous me demandiez : Croyez - vous que j'existe ? et que je vous répondisse : Cela ne m'est pas évident comme un axiome de mathématique : vous ririez sans doute de ma réponse.Que m'importe, répliqueriez-vous, que cela vous soit évidentou non évident comme un axiome? Ma question est, si vous êtes moins assuré de mon existence, que de la Vérité d'un axiome; si vous trouvez en vous-même quelque différence entre ces deux certitudes, vous ne pouvez disconvenir, si vous êtes sincère, que l'une ne soit égale à l'autre. Je ne vous en demande pas davantage, mon cher Eusèbe, pour les faits de l'Evangile.
II. Qu'elle est donc belle, qu'elle est auguste, qu'elle est admirable, la religion de Jésus-Christ 1 Peut-on être raisonnable et n'être pas Chrétien? Mais peut-être, direzvous avec certains déistes : cette religion a un défaut qu'on ne peut pas couvrir ; elle n'est pas à la portée des simples; or la religion véritable doit être également à la portée des simples comme des savants, puisque tous doivent honorer Dieu comme il veut être honoré.
Je vous accorde que c'est là un des caractères de la véritable religion, mais il ne manque certainement pas à celle de Jésus-Christ, comme nous l'avons remarqué plusieurs fois. Les preuves de cette religion sont si naturelles, si conformes à nos idées et aux principes du sens commun, qu'il n'y a personne, hors l'insensé et l'homme tout à fait imbécile, qui ne puisse les comprendre, si ce n'est parfaitement et dans toute leur étendue, ce qui est réservé aux plus éclairés, du moins suffisamment pour en sentir la force. C'est ici un fait dont nous voyonsja preuve dans ces milliers de simples et d'ignorants convertis à la prédication des apôtres par tout l'univers.
Ils comprirent, ces hommes simples, que le Dieu que leur annonçaient les apôtres était
le vrai et le seul Dieu, et que les dieux qu'ils avaient crus et adorés jusque-là n'étaient ri.cn ou n'étaient que des démons. Ils comprirent qu'il fallait que Jésus de Naza-, reth fût ressuscité, et que s'il était ressuscité, il fallait que la religion prêchée par les apôtres fût véritable. Ils comprirent qu'une religion qui enseignait tant de vertus aux hommes, et qui proscrivait si sévèrement tous les vices, ne pouvait être fausse. Ils comprirent qu'une religion que des prédictions certaines avaient précédée, que tant de merveilles accompagnaient, que de premiers témoins et après eux, tant de gens sensés défendaient jusqu'à l'effusion de leur sang, devait être la religion véritable. Ils comprirent qu'une religion comme celle-là ne pouvait pas s'établir comme elle faisait, ayant tant d'ennemis et d'obstacles à vaincre, si ello n'était protégée, et par conséquent envoyée du ciel. Qu'on tourne la chose comme on voudra, il faut que la religion ait été à la portée des plus petits esprits, qu'ils aient pu sentir la force de ses preuves, lorsqu'ils l'ont embrassée aux dépens de tout, et au péril évident de leur vie. C'était, dit-on. l'exemple; mais l'exemple se fait-il ainsi suivre, lorsqu'il y va de tout, et jusque do la vie pour ceux qui le suivent? Mais par qui avait commencé cet exemple? c'était par les petits et les ignorants. Saint Paul le remarque en ces termes exprès. (1 Cor. \, 26.)
Les preuves de la religion de Jésus-Christ sont donc à la portée des simples, puisqu'elles firent une si vive impression sur tant de simples dans le siècle des apôtres et dans les siècles suivants. Or, ces preuves n'ont rien perdu de leur sensibilité et de leur évidence : c'est le même Dieu créateur de l'univers que la religion annonce aujourd'hui : c'est le même ordre qu'elle établit dans le monde : c'est la même union qu'elle forme entre les hommes. Ce sont les mêmes récompenses qu'elle offre : ce sont les mêmes vertus qu'elle propose : ce sont les mêmes hautes idées qu'elle donne; les mêmes grands sentiments qu'elle inspire. Ce sont les mêmes dogmes, les mêmes préceptes, les mêmes promesses, les mêmes menaces, conformes aux sentiments naturels, avantageux aux particuliers, désirables pour la société. Son établissement dans le monde et le changement qu'elle y a apporté par des moyens qui devaient l'empêcher, et malgré des obstacles qui paraissaient invincibles, sont aussi constants de nos jours qu'ils l'étaient dans le siècle des apôtres : l'ouvrage est visible, il est réel et subsistant. Les railleries et les blasphèmes des impies, les menaces et les fureurs des tyrans, les fourberies et les emportements des hérétiques, la corruption de tant de mauvais Chrétiens, le temps à qui il est donné de renverser ou d'altérei les choses humaines, tout n'a servi qu'à affermir et consolider ce grand ouvrage.
Les prophéties qui l'annonçaient sont encore produites par les ennemis mêmes, e.t se vérifient chaque jour. Les prédictions de Jésus-Christ ne sont ni moins constantes, ni
moins conformes à l'événement. Tous les faits qui lui ont servi d'appui ont la même certitude qu'ils avaient il y a cent ans, il y a deux cents ans; ainsi en remontant jusqu'au troisième, deuxième, premier siècle de la fondation. Le témoignage des apôtres touchant la résurrection de Jésus-Christ, n'a pas moins de poids et de force que dans les jours qu'ils le rendaient : la sincérité de ces témoins, leurs lumières, leur persuasion, leur constance, leur courage, leur piété, leur désintéressement, sont palpables dans leurs écrits. Tant d'hommes de toute espèce, de toute nation, qui ont reçu ce témoignage, et qui, convaincus de sa vérité ont tout perdu, ont tout souffert, ont vécu si saintement, déposent en sa faveur, comme ils déposaient, au milieu des tourments, en présence des empereurs idolâtres. En un mot, tant de miracles qui ont servi à fonder la religion; ceux de Jésus-Christ, nécessaires pour manifester sa puissance, pour autoriser son ministère, pour lui faire l'application des prophéties; ceux de ses apôtres, nécessaires pour effectuer ses promesses, pour faire éclater la grandeur et l'efficace de son nom, pour arracher le monde à l'erreur et au vice, dans un temps où les prophéties qui regardaient les Juifs et les gentils commençaient seulement à s'accomplir, et la profonde sagesse de l'Evangile à se développer; tous ces miracles, reconnus et avoués par les ennemis mômes, ;ne peuvent êtres niés sans donner encore un plus grand jour à la divinité du christianisme; la conversion du monde sans miracles, serait te plus grand des miracles.
Cet amas de preuves est capable de persuader toute créature humaine. S'il ne produit pas son effet sur l'esprit, cherchez-en la cause dans quelque passion, dans quelque mauvaise disposition du cœur. C'est où il en faut revenir. Rien ne manque à la religion chrétienne pour pouvoir persuader les hommes de sa vérité. Rien ne manque aux plus simples, du côté de la raison; pour juger que cette religion est véritable. Mais on ne se porte qu'avec indifférence à être éclairé : on ne veut pas donner l'attention dont on est capable. Le cœur vicieux se plaît dans les ténèbres, redoute une religion qui le condamnerait, détourne l'esprit de 1 évidence de ses preuves. Il faudrait beaucoup moins que des preuves aussi sensibles, et des raisons aussi fortes, pour persuader invinciblement les plus simples de toute autre chose, ou qui leur tiendrait un peu au cœur, ou seulement qu'ils n'auraient pas d'intérêt à rejeter. Ce n'est donc pas la raison qui rend incrédule; c'est le mauvais cœur.
Travaillez, mon cher Eusèbe, à perfectionner votre raison ; ne l'asservissez ni aux sens qui rétrécissent, ni à l'imagination qui la trouble, ni aux passions qui l'enchaînent. Appliquez-la ensuite à la religion. Etudiezen les preuves : méditez-en les mystères, la morale, les secours, les promesses, les menaces. Plus vous l'approfondirez, pi us
ces preuves vous paraîtront certaines et évi-
dentes, ses mystères sublimes et majestueux, sa morale pure et divine, ses secours nécessaires et consolants, ses promesses grandes et magnifiques, ses menaces terribles et équitables. La religion ne craint que de n'être pas assez connue : elle n'a point de plus dangereux ennemis que ces esprits vains et superficiels, qui n'en ont point d'autres idées que celles qu'ils puisent dans la lecture rapide de quelques discours aussi superficiels qu'eux-mêmes.
J II. Puis-je me flatter que votre raison se soutiendra toujours saine et entière? Nous sommes convenus, et quel homme en disconviendra s'il pense, que nous portions en nous-mêmes le fond de la plus étrange corruption? Pour en arrêter la fureur, nous ne pouvons trouver de digue sûre et insurmontable que dans la pratique constante de la loi de Jésus-Christ. Rompez la digue : c'est un torrent qui, enflé et précipité par les maximes, les coutumes, les exemples, les applaudissements du monde, vous entraînera dans l'amour des honneurs, des richesses, des plaisirs. Vous ne vous occuperez plus de la religion : votre indifférence pour elle suivra de près votre inapplication. Le sentiment vif que vous avez de la vérité, s'affaiblira : vous ne la verrez plus, l'aimable vérité, que comme dans un lointain obscur. Elle s'éloignera à proportion que vos liassions deviendront violentes. Ce qui vous paraît évident ne vous paraîtra plus que vraisemblable. Je vous montre le danger pour vous exciter à le fuir. Je veux cependant vous suivre dans ces ténèbres, en cas que vous ayez le malheur d'y tomber, et vous fournir les moyens de revenir à la lumière.
Dans cet état d'affaiblissement et d'obscurité où votre raison serait jetée par les passions, elle serait, si je puis m'expriraer ainsi, sur la point de rendre les derniers soupirs; elle aurait déjà perdu le sentiment du vrai, puisqu'elle ne le discernerait plus du faux. Elle ne serait pas néanmoins éteinte; puisqu'elle serait encore capable d'apercevoir le vraisemblable. Avec ce reste de raison, examinez la religion de Jésus- Christ.
11 est impossible qu'il ne vous paraisse vraisemblable qu'il y a un Dieu"; que ce Dieu vous a fait pour le connaître et pour l'aimer ; qu'entre lui et vous, votre injustice met une distance infinie ; que, pour vous rapprocher, vous avez besoin qu'il vous prenne par la main, qu'il vous instruise, qu'il vous ramène lui-même ; que les prophéties et les miracles sont des preuves non suspectes de sa présence ; qu'il 'vous a administré ces preuves pour vous faire reconnaître sa voix et pour vous y rendre attentif.
Il est impossible qu'il vous paraisse vraisemblable qu'il n'y a point de Dieu; que vous ne devez pas l'aimer ; que votre corruption ne vous rend pas indigne de lui; quil ne s'est pas manifesté pour vous rappeler à lui. Parce qu'il est impossible que vous ayez rien de sensé à opposer aux témoignages que
vous trouvez dans le fond de votre âme, dans vos idées les plus claires, dans vos sentiments les plus intimes, dans une multitude défaits certains et éclatants, dans la nature entière, et de l'existence de Dieu, et d'un ordre immuable, et de vos misères, et de la religion. Entassez hypothèses sur hypothèses : ayez recours à celles des athées et des déistes ; fabriquez-en de nouvelles, plus il vous restera de pénétration, plus ces hypothèses vous paraîtront fausses et absurdes. Vous ne verrez, dans tous les systèmes de l'irréligion, qu'il plaît à leurs auteurs et à leurs partisans de décorer du beau nom de philosophie, qu'une brutale impétuosité des passions contre la raison, une aveugle contradiction de la religon chrétienne, une confusion d'idées, un assemblage de mots, un amas de conjectures et de suppositions, sans principe, sans suite, sans point tixe, sans dogme stable, sans règle dans les pensées, sans autorité. Vous n'y verrez qu'une philosophie qui s'enveloppe tout entière dans la chair et qui ne cherche qu'à confondre l'homme avec la bête.
IV. Que découvrircz-vous dans le système de l'athée ? Vous y découvrirez un cœur scélérat qui s'efforce de s'aveugler luimôme, pour ne pas voir une vérité que lui montrent tous les objets qui l'environnent, qui cherche, qui fouille, qui s'épuise pour contredire le témoignage de la nature, pour effacer une idée gravée dans son âme. Si vous aviez besoin d'une nouvelle preuve de l'existence de Dieu, je vous renverrais à la faiblesse, à la puérilité, à l'obscurité des raisons employées pour la détruire. Quoi de plus capable d'établir cette grande et première vérité, que l'impuissance d'y donner atteinte avec tout l'intérêt et toute la volonté possible 1
Qu'apercevrez-vous dans le système du déiste, qui, reconnaissant un Dieu, se le représente comme un Etre qui ne prend aucun intérêt à la conduite des hommes, ne se tient pointfilfcnsé par leurs injustices, ni honoré par leurs hommages, n'a ni récompense pour leurs vertus, ni punition pour leurs crimes, n'exige rien d'eux, les met au niveau des brutes, les regarde comme de vils automates, dont toute l'intelligence et l'industrie consistent dans un heureux mécanisme, et leur laisse jouer sicr la face de la terre un rôle passager qui finira par leur anéantissement.
Qu'apercevrez-vous dans ce système ? si ce n'est un cœur détestable, qui, ne pouvant réussir à se défaire de l'idée incommode d'un premier litre Créateur, travaille sur cette idée, la mutile et la défigure» pour s'en former une à son gré, dont il prend le modèle dans le paganisme le plus grossier, c'est-à-dire pour se faire un Dieu tel qu'il veut, ou plutôt tel que le vice veut qu'il soit; un Dieu qu'on ne puisse ni aimer, ni craindre, ni servir, ni respecter; un Dieu qu'on ne puisse croire sans renoncer, non à des préjugés, mais à la raison.
S'il est un Etre suprême, il faut que tout le glorifie. Il n'a besoin ni de nos respects
ni de notre culte: mais c'est assez que nous soyons ses créatures, pour devoir des hommages à sa gloire qui est sa grandeur, son Etre même. Lui refuser ceux dont nous sommes capables, c'est mépriser le Dieu qui nous a faits, c'est insulter à son excellence et à sa qualité d'Etre suprême. Or c'est lace que Dieu ne peut souffrir, dès là qu'il est Dieu. On interrogera tous les hommes ; on renversera en soi toutes les idées, avant que d'en trouver une autre que celle-ci sur Ja Divinité, et ce qu'il doit à sa propre gloire. Est-il permis à un homme de bâtir des systèmes de religion sur des idées que l'esprit humain rejette? L'impie dira : Je le pense ainsi. Mais si personne ne le pense avec lui, il est censé penser contre la nature. Dès là sa pensée est un monstre en genre de pensée, et ce qu'elle enfante doit faire peur à tous les hommes; c'est penser contre la raison; c'est ne consulter que l'intérêt seul qu'on a de rejeter l'idée naturelle de Dieu, pour rejeter en même temps toute religion, et Dieu lui-même s'il le faut.
Est-il rien de plus absurde et de plus révoltant pour la raison humaine, que l'idée de l'impie sur l'homme? S'il le dégrade ainsi de l'honneur où Dieu l'a mis en l.e créant à son image; s'il s'abaisse jusqu'à l'entière ressemblance avec les bêtes ; s'il se croit aulomate ; s'il attribue son intelligence et son industrie à la matière organisée, il est visible qu'il ne s'outrage lui-même, son esprit et la raison, que par le malheureux intérêt qu'il a contracté de n'être pas immortel.
Espérez-vous de trouver quelque chose de plus raisonnable et de plus satisfaisant dans le système des déistes qui veulent bien une religion, mais qui n'en veulent point d'autre que la naturelle? llsadmettcnt un Dieu Créateur de l'univers, qui lésa tirés du néant; un Etre intelligent, infiniment parfait, dont la majesté, la sagesse, la bonté, la vérité, Injustice, la puissance n'ont point de bornes ; de qui ils tiennent tous les avantages du corps, de l'esprit et du cœur dont ils jouissent ; qui veille à leur conservation ; qui saura pourvoir à leur félicité, et qui leur prescrit de s'aimer eux-mêmes, et d'aimer leurs semblables comme eux-mêmes.
Ce sont là des vérités précieuses; mais qui ne peuvent se défendre contre les attaques des ennemis de toute religion, parce que ces vérités doivent être unies à Ja religion révélée, dont on les sépare; et dont on ' ne peut les séparer, que par un abus manifeste de la raison.
Un tel système peut vous paraître, au premier coup d'œil, avoir quelque chose de spécieux et d'éblouissant. Envisagez-le de près : ses partisans ne seront plus à vos yeux, que des ingrats, des injustes, des superbes, des inconséquents, de petits génies, des capricieux, des voluptueux, des insensés, des frénétiques, des imbéciles.
Ce sont des ingrats , qui méprisent la source où ils puisent: eussent-ils jamais été assez heureux, sans la révélation de Jésus-
Christ, pour atteindre aux vérités qui composent leur système ? Qu'ils jugent de leurs forces par celles des plus grands génies du paganisme. Ce sont des injustes, qui s'attribuent des richesses qu'ils volent à Jésus- Christ; et qui ne les emploient que pour diminuer le nombre de ses disciples, et pour faire blasphémer son nom. Ce sont des superbes, qui, enflés de leur prétendue intelligence* l'érigent en souveraine arbitre de ce qu'ils doivent croire ou ne pas croire; sans s'inquiéter si les dogmes qu'ils rejettent viennent de Dieu, ou n'en viennent pas. Ce sont des inconséquents qui n'ont point d'autre raison de nier certains dogmes de Jésus-Christ, que l'incomprchensibilité de ces dogmes; tandis que ceux qu'ils font profession d'admettre, ne sont pas moins incompréhensibles que ceux qu'ils nient.
Ce sont de petits génies qui se séduisent eux-mêmes, où se laissent séduire par de vains sophismes, dont ils ne sont pas capables de démêler le faux. Ce sont des capricieux, qui sans principe et sans règle, affirment et nient ce qu'il leur plaît. Ce sont des voluptueux, qui ne travaillent qu'à justifier et à autoriser les passions; qui ne se déclarent contre la révélation, que parce qu'elle leur est contraire; qui ne parlent et n'écrivent que pour se maintenir dans la liberté de se livrer au vice de l'impureté ; ou du moins de repaître leur esprit et celui des autres des images dangereuses de ce vice infâme.
Ce sont des insensés qui se ferment les yeux pour ne pas voir la divinité de Jésus- Christ dans les prophéties qui l'ont annoncé, dans ses miracles, dans ses prédictions , dans sa doctrine , dans sa sainteté, dans le zèle et la sagesse qu'il a inspirés à ses premiers disciples, dans les prodiges qu'il leur a fait opérer, dans le changement des esprits et des cœurs qu'il a produit par leur ministère, dans la force et l'intrépidité qu'il a fait éclater dans les martyrs, dans la piété, la pureté, le désintéressement, les lumières, la vertu qu'il a fait briller dans un nombre infini de personnes de tout âge, de tout sexe , de toute nation , dans l'établissement et la conservation de son Eglise.
Ce sont des frénétiques qui', pour un aussi vil intérêt que celui de leurs passions, foulant aux pieds la pudeur, la vérité, l'évidence, le sens commun, veulent faire passer les prophètes pour des rêveurs, Jésus-Christ pour un fourbe, les apôtres pour des imposteurs, Jes miracles pour des fables, la propagation subite de l'Evangile pour un enchantement, les martyrs pour des fanatiques, les plus grands hommes du christianisme pour des dupes de leur crédulité, la durée de l'Eglise pour un prestige de la politique. Car c'est jusque-là qu'il en faut venir, quand on ne veut point de religion révélée.
Mais quoi 1 les prophètes , ces hommes si vertueux , si respectés et si dignes de l'être par le peuple juif, auront prédit l'avenir aussi clairement que les historiens racontent le passé; leurs prédictions auront été vérifiées par l'événement avec la dernière
exactitude , et les prophètes no seront que des rêveurs? Jésus-Christ, puissant en parole et en œuvre, la sagesse , la sainteté même, aura dissipé toutes les erreurs du genre humain, aura éclairé l'univers des plus vives lumières de la vérité, aura donné une foule d'adorateurs en esprit à l'Etre suprême, et Jésus-Christ ne sera qu'un fourbe? Les apôtres, si désintéressés, si zélés pour la gloire de Dieu , si tendres pour le salut de leurs frères, si ennemis de tout mensonge et de toute duplicité, si pleins des idées d'une autre vie, auront tout sacrifié, repos, liberté, biens, vie, [tour détruire les idoles et pour faire adorer le vrai Dieu, et les apôtres ne seront que des imposteurs? Les miracles de Jésus-Christ , les miracles de ses premiers disciples, miracles publics, notoiies, variés, multipliés , reconnus parjeurs plus grands adversaires , auront forcé le genre humain de sortir de ses ténèbres , de renoncer à ses passions, et ces miracles ne seront que des fables? L'Evangile, si sublime et si pur dans sa doctrine, si contraire par conséquent aux sens qui veulent tout voir, à l'orgueil qui veut tout comprendre, aux passions qui veulent être flattées, sans être aidé de l'éloquence, sans être autorisé par les princes, sans être soutenu par l'exemple des magistrats et des pontifes , malgré les princes , malgré les magistrats et les pontifes, malgré le fer et le feu mis en usage pour l'etouttèr dans sa naissance, aura pénétré par sa seule force dans l'esprit et le cœur d'une infinité de simples, par tout le monde connu , en un très-petit nombre d'années, et une propagation si subite ne sera qu'un enchantement ? Les martyrs, si détachés du monde et d'euxmêmes, ne craignant que Dieu, n'aimant que Ja vérité , témoins et voisins des faits qu'ils attestaient, si instruits par conséquent ou si à portée de s'instruire, auront cimenté de leur sang leur témoignage , et les martyrs ne seront que des fanatiques? Les (dus grands hommes, aussi distingués par l'étendue et par la profondeur de leurs connaissances que par la vivacité de leur foi, auront embrassé, pratiqué, enseigné l'Evangile dont il leur élait infiniment iacile de découvrir le vrai ou le faux, et ces hommes célèbres ne seront que les dupes de leur crédulité ? Enfin l'Eglise, malgré la férocité des puissances conjurées contre elle, malgré la haine des hérétiques soulevés contre elle, malgré l'opprobre dont la couvrent un grand nombre de ses enfants rebelles à ses lois, se sera établie, se soutiendra dans toutes les parties de la terre depuis dix-huit cents ans., selon les promesses de son fondateur, et l'Eglise ne sera qu'un prestige de la politique ?
Quels hommes sont les déistes, s'ils sont capables de se persuader tant de chimères l Quels hommes sont ceux qui les écoutent, s'ils sont capables de se laisser persuader tant d'absurdités 1 Le christianisme est trop raisonnable pour des hommes qui le sont si peu. Il n'v a que Dieu qui puisse former un vrai Chrétien de créance et de mœurs. Le vice suffit seul pour former un déiste.