‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 119 sur 163 · CS · texte numérisé non relu

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tr.LVRES COMPLETES DE LE FRANÇOIS.

la soif qui nous tourmentent, qne par la vieillesse qui nous engourdit, que par les maladies qui nous affligent, que par la mort qui nous fait frémir? 11 est vrai que pour nous consoler dans nos misères, vous nous ilattez d'une félicité pure dans une autre vie : mais vous la faites dépendre cette félicité de l'amour et de la pratique de la vertu sur la terre. Y pouvons-nous prétendre? Nous vous avouons avec ingénuité que nous sommes du grand nombre qui, selon vous, est celui des vicieux. C'est votre faute, direz-vous. Nous ne savons qu'en penser : c'est Dieu , dites-vous , qui fait vouloir. C'est lui qui est le principe de l'amour que vous vous vantez de sentir pour lui. Cette prédilection qu'il a eue pour vous, quoique vous ne fussiez pas meilleurs que nous, ne donne-t-elle point un sujet légitime de regarder votre Dieu comme un être capricieux et injuste, qui destine les uns a la vertu, et laisse les autres dans le vice, qui par une conséquence nécessaire destine les uns à être punis et les autres à être heureux avant qu'ils soient nés. Vous accusez les Chrétiens de donner lieu, par le mystère de la prédestination, aux blasphèmes que nons venons de répéter d'après vous; mais suivant vos propres discours, ce reproche que vous affectez de faire aux Chrétiens, ne relombet-il pas sur votre prétendue religion naturelle? Quelle preuve que vous ne raisonnez que d'après l'évidence!

Enfin votre Dieu, comme le souverain monarque, veut des hommages; mais pourquoi bornez-vous la nécessité de ces hommages à des sentiments purement intérieurs d'admiration, de respect, de soumission? L'homme est composé, selon vous, de deux parties : l'empire du souverain monarque ne s'étendil pas sur toutes les deux également ? Et de plus, entre ces deux parties la liaison est si intime, que les sentiments de l'une sont toujours suivis des mouvements de l'autre. Si donc l'une ne doit rien, c'est une conséquence que l'autre est exempto de toute dette. Permettez-nous d'ajouter que si nous étions faits pour honorer Dieu, nous serions aussi visiblement faits pour l'honorer en commun, et par conséquent par des signes extérieurs, que nous sommes faits pour vivre en commun ; car Dieu est le souverain monarque de la société humaine, comme il l'est de chaque homme en particulier. Nous ne formons tous qu'une seule et même famille, un seul et même corps dont il est le Père, le soutien, le Seigneur. Nous raisonnons dans vos principes. S'il était donc vrai, comme vous le prétendez, qu'il nous eût laits pour le connaître, pour l'aimer et l'honorer, n'est-il pas évident que la société humaine aurait été faite, et qu'elle subsisterait pour la même fin ? N'est-il pas évident que, comme chacun de ses membres, elle devrait des hommages à son roi ? Or, il est manifeste qu'il est aussi impossible qu'il y ait une société religieuse sans l'établissement d'un culte public, qu'il est impossible qu'il y ail une société civile sans lois, sans statuts, sans réglé-

es*

menls extérieurs; puisqu'il ne peut y avoir aucune association entre les hommes sans la communication de leurs pensées et de leurs sentiments par des signes connus, extérieurs, publics. De plus, une de vos maximes est qu'on peut présumer de toute pratique universelle quelle a son p rincipe dans la nature même. Or, dans tous les temps, toutes les nations ont pratiqué un culte extérieur par des sacrifices, par des offrandes, etc., et il faut que vous n'ayez jamais lu ce qui nous reste de l'histoire des premiers hommes pour avancer le contraire. Cependant vous ne voulez pas que l'on en conclue la nécessité du culte extérieur , ne trouvez donc pas mauvais de nous entendre nier la nécessité de l'intérieur, et attribuer l'un comme l'autre à la crainte, à l'imbécillité, à la superstition.

Vous nous fournissez encore une autre preuve contre vous-même, vous convenez que la diversité du culte a donné lieu dans tous les temps à des désordres affreux contraires au bonheur de la société, à des mépris r à des animosités, à des haines, à des meurtres entre les différentes sectes. Vous ne pouvez disconvenir que les cultes des différentes sectes ne peuvent tous plaire au souverain monarque ; car il yen a eu et il en est encore d'extravagants, de cruels et d'impies. Or commentée monarque, s'il exigeait de nous des hommages, n'eût-il pas prévenu tant de désordres ? 11 connaît sans doute de quelle manière il veut être honoré; comment donc ne nous eût-il point fait connaître là-dessus ses volontés et son goût ? 11 ne l'a point fait de votre aveu, nous en inférons qu il n'exige aucun culte. Nous sommes peu touchés delà preuve que vous apportez de son silence. S'il s'était expliqué, dites-vous, il eût pris soin d'en informer tous les hommes. Cette preuve nous paraît faible et peu digne d'un philosophe tel que vous vous annoncez. Votre Dieu est-il obligé défaire les mêmes biens à tous ? D'où vient donc cette inégalité de talents et de vertus entre les hommes ?

Quoique vous regardiez comme indifférent lar lui-même tout culte extérieur, vous vouez cependant qu'on se conforme à celui dan* lequel on est né. N'est-ce pas vouloir qu'on soit hypocrite et menteur, car pratiquer le culte extérieur dans lequel vous êtes né, c'est faire croire à tous ceux qui vous le voient pratiquer , que vous avez de ce culte l'idée qu'ils en ont, c'est-à-dire que vous le regardez comme prescrit par la volonté de Dieu et comme propre à l'honorer. Où est la sincérité et la piété ?

Nous ne ferons point de remarques sur les devoirs que vous nous imposez à l'égard de nous-mêmes. Dès que vous nous passez l'amour-propre, la recherche des plaisirs des sens, la satisfaction de nos passions, nous n'avons rien à opposer à une morale si accommodante. 11 est vrai que vous mettez des bornes à la jouissance des plaisirs; mais ce sont des bornes arbitraires; laissez agir l'instinct, il est sage, il ne bronche jamais. Au reste, nous nous renfermerons volontiers

dans les

limites que vous indiquez, nous sommes des épicuriens circonspects par amour-propre. Nous passons aussi condamnation sur les devoirs auxquels vous nous assujettissez envers nos semblables; vous nous avez donné la clef de vos discours sur ce sujet : Il riest point, dites-vous, d'amour désintéressé. Quiconque asupposéqu'onpuisse aimer quelqu'un pour lui-même, ne se connaissait guère en affection. L'amour ne naît que du rapport entre deux objets, dont l'un contribue au bonheur de l'autre. Nous consentons d'aimer nos semblables quand ils contribueront à notre bonheur. Si votre système est préférable au nôtre, le nôtre est bien mauvais ; car il faut convenir que le vôtre est composé de pièces qui ne peuvent être plus mal assorties.

En effet, ce système ne forme point un tout. 11 contient de grandes vérités, mais qui, pour être à l'abri des contradictions des épicuriens, doivent être liées à d'autres vérités connues par la révélation. Il n'est propre, par les incertitudes, les variations, les inconséquences, les erreurs de ses partisans, qu'à faire sentir la nécessité de la révélation. Kcoiltez ces hommes si spirituels et si religieux, vous ne saurez plus ni ce que c'est que Dieu, ni ce c'est que l'homme, ni quels sont vos devoirs, ou du moins vousne saurez plus àquoi vous en tenir surces articles importants

VI. Ces prétendus beaux esprits, comme il est aisé de le voir dans leurs écrits dont le public est inondé, se forment, chacun selon leur caprice, une idée de l'Etre suprême. Ceux qui nous croient libres, lui ôtent la connaissance de nos déterminations futures ; d'autres lui en accordent la connaissance pour en conclure que nous ne sommes pas libres. Les uns, faisant les zélés pour son repos, veulent qu'il ne se mêle point du gouvernement du monde, qu'après avoir fabriqué et monté cette machine immense, il la laisse se mouvoir toute seule, selon certaines lois qu'ils imaginent; les autres le font agir ici incessamment et le soumettent dans ses opérations, à des lois aussi nécessaires et aussi immuables que lui-même; ce qui revient, en d'autres termes, au destin, à la fatalité des philosophes et des poètes du paganisme; ceux-ci le dépouillent de toute justice à l'égard de l'homme; ceux-là ne, lui refusent point cet attribut, mais ils en règlent l'exercice, ils prescrivent à Dieu ce qu'il doit et ce qu'il ne doit pas.

Qu'est-ce quo l'homme ? Quel est son état présent ? Quel sera son état après cette vie ? nouveaux sujets de dispute et de division entre ces hommes si éclairés. Selon les uns, l'homme est le résultat de deux portions de matière, l'une grossière et visible qui constitue le corps, l'autre fine et déliée douée do la faculté de penser qui est l'âme ; selon les autres, le principe de la pensée est un être simple, indivisible, immatériel. Ils sont moins divisés sur l'état présent do l'homme, mais ce n'est que pour en donner une idée monstrueuse ; ils le représentent comme un tout,

en partie brute, en partie raisonnable, en attribuant à chaque partie ses fonctions, ses droits, ses plaisirs, son bonheur. La partie raisonnable peut poursuivre la vérité et la vertu, si elle peut y atteindre ; mais elle empiéterait sur les droits de la partie brute, si elle s'ingérait de présider à ses opérations, d'en diriger les mouvements, d'en arrêter les saillies. Celle-ci a son instinct, ses appétits, ses sens, ses passions, qu'elle doit suivre, contenter et satisfaire. Y résister, ce serait méconnaître les dons de la nature ; car l'araour-propre, les appétits, les passions, vers quelque objet qu'ils se portent, ne sont pas des maladies héritées d'un premier homme ; ce sont des ingrédients nécessaires qui entrent dûns notre composé.

ils sont moins d'accord entre eux , sur ce qui regarde notre état après cette vie : les uns nous font espérer un bonhour parfait dans quelque autre sphère. En quoi consiste ce bonheur? ils le laissent à deviner. C'est une pleine satisfaction, sans doute, c'est le rassasiement entier des sens et des passions. Les autres, moins libéraux et plus rigides, nous menacent de châtiments, si nous négligeons nos devoirs. Mais ils méritent bien notre reconnaissance : ils ne nous effrayent par ûe's menaces, que pour nous rassurer aussitôt par de flatteuses promesses : les châtiments, disent-ils, préparés au vice, ne sont que des châliments de correction : ils auront une fin, et seront suivis d'un état heureux. Vous souhaiteriez que ces génies sublimes qui savent si clairement ce qui se passe dans l'autre monde, vous apprissent quelle est la nature de la félicité qu'ils vous promettent, et quelle doit être la destinée de voire corps. Comme ils placent le bonheur de la vie présente dans les plaisirs des sens, vous pouvez en inférer que, selon eux, le bonheur de l'autre vie est du même genre. Quant à la destinée des corps humains, il y a apparence qu'ils n'en auront point d'autre que de tomber en poussière, pour servir à la formation des végétaux et des animaux par une circulation infinie.

Mais quels sont ces devoirs à l'accomplissement, ou au violement desquels il leur plaît d'attacher un bonheur, ou un malheur au moins passager dans une autre vie?

Qu'est-ce que l'homme se doit à lui-même ? que doit-il à ses semblables? que doit-il à son Créateur?

Doit-il suivre son amour-propre, contenter ses appétits, flatter ses sens, satisfaire ses passions, dans toutes les circonstances et sans limitation ? N'est-il précisément tenu que d'éviter les excès qui iraient à la destruction de ses organes ; jusqu'à quel point même est-il obligé de veiller à sa propre conservation? N'y a-t-il pas de la grandeur d'âme à se délivrer de la vie, quand elle devient pénible par la vieillesse, ou par la maladie, ou par l'indigence et la misère? La

supporter alors, n est-ce pas le caractère d'un lâche et d'un po.ltron?

Doit-il toujours aimer ses semblables, lors môme que son amour-propre, nu lieu

d'y trouver du retour, n'éprouve de leur part que des dédains, des injures, de mauvais traitements? Leur doit-il une justice inviolable, qui aille, dès qu'il s'agit de leurs biens et de leur personne, jusqu'à réprimer Ions les mouvements de ses appétits, et toutes les saillies de ses liassions? Sur quoi la division des biens est-elle fondée? Est-ce sur la nature, ou n'a-t-elle point d'autre source que la volonté arbitraire des législateurs? D'où vient "à ceux-ci l'autorité qu'ils exercent sur les peuples? N'est-ce pas des peuples mômes? Les peuples ne peuvent-ils pas défaire ce qu'ils ont fait?

Enfin, qu'est-ce que l'homme doit à son Créateur ?.I1 lui doit des hommages, répondent les déistes. Mais quels sont ces hommages ? Ce n'est pas la louange ; la voix d'un faible mortel ne peut glorifier le souverain Etre. Ce n'est pas la prière : le souverain Etre ne changera pas l'ordre de l'univers pour se conformer aux désirs d'un vermisseau. Ce n'est pas le sacrifice ; le souverain Etre n'a pas besoin de nos offrandes et de nos vktiraes. Quels sont donc les hommages qui peuvent lui plaire? C'est la reconnaissance et l'amour. Il est vrai que le dieu des déistes, qui n'exige d'eux ni pureté, ni fuite des plaisirs, ni gêne, ni mortification des sens, ni renoncement à eux-mêmes, ni oubli des injures, ni foi, ni pénitence, ni humiliation, qui leur laisse une entière liberté de tout voir, de tout entendre, de tout dire, de tout toucher, est un Dieu commode et aimable pour un cœur voluptueux et superbe. Mais s'il nous dispense de le louer, parce qu» nous sommes incapables de le glorifier ; s'il nous dispense de le prier, parce que l'ordre de l'univers est immuable; s'il nous dispense de lui offrir des sacrifices parce qu'il n'a pas besoin de nos biens ; ne s'ensuit-il pas qu'il nous dispense de reconnaître ses bienfaits et de l'aimer? A-t-il plus besoin de ces sentiments de nos cœurs, que de nos louanges, de nos prières, de nos sacrifices? Les mérite-t-il même, s'il est vrai qu'il ne nous a fait que le bien qu'il n'a pu ne nous point faire? De plus, si l'amour était un devoir indispensable, ne serions-nous pas tenus à tous les devoirs qui découlent de ce premier, comme des conséquences nécessaires; par exemple, de travailler sans cesse à affaiblir en nous-mêmes notre amour-propre, à nous détacher le plus qu'il nous serait possible des créatures ? Car il est manifeste que l'amour de nous-mêmes et des créatures, comme fin dernière, est incompatible avec l'amour de Dieu comme souverain bien : par exemple encore, de n'être occupés qu'à inspirer des sentiments de reconnaissance et d'amour à nos semblables, pour notre bienfaiteur commun, à nourrir ces sentiments dans leurs cœurs, à les y faire croître , ce qui emporterait, comme il est évident, la nécessité d'un culte extérieur. Ajoutons que si nous devons indispensablement la reconnaissance et l'amour au Créateur ; il n'est pas douteux que nous ne l'offensions, lorsqu'il nous arrive de manquer

à ces devoirs : or, dans ce cas, que devonsnous faire pour réparer nos offenses ? Suffil-il de recommencer à l'aimer, sans satisfaire à sa justice? S'il faut satisfaire à sa justice, quelle satisfaction digne de sa Majesté pouvons-nous lui offrir?

Nous pourrions ajouter une foule d'autres questions sur des sujets également importants, et toutefois ou niés, ou disputés : mais que faut-il de plus que ces incertitudes, ces opinions contradictoires des naturalistes de nos jours, en matière de mœurs et de religion, pour sentir la nécessité de la révélation ? Si la voie du raisonnement ne conduit ceux qui se piquent d'y exceller, qu'à ne savoir ce qu'ils doivent penser de Dieu, de l'homme, de leurs devoirs; si elle n'a conduit les plus grands génies du paganisme qu'au doute, à l'erreur, au crime, au fanatisme ; quoiqu'il ne s'en soit point trouvé parmi eux qui, reconnaissant un Etre suprême, se soient cru permis de lâcher la bride à toutes leurs passions, en bornant le culte qu'ils lui devaient à un certain amour, et à certaines vertus de société, dont on pouvait se dispenser dans des occasions critiques; en un mot, si par la voie seule du raisonnement, jamais il n'y a eu d'homme qui ait été vraiment vertueux et religieux; la croirez-vous suffisante pour opérer <je prodige sur vous?

VII. Dieu seul peut instruire l'homme de tous ses devoirs, et lui apprendre la manière dont il veut en être servi et honoré. C'est là un principe connu de tous les peuples dans tous les temps. C'est la vue de ce principe imprimé dans tous les esprits, qui engageait ceux qui voulaient réunir des peuples entiers dans une même religion, en leur faisant embrasser un même culte, de supposer pour fondement des règlements qu'ils leur donnaient, une entière persuasion, qu'ils ne proposaient rien que ce qu'ils avaient reçu et appris des dieux. C'est ainsi que se conduisit Minosà l'égard des Cretois, Numa Pompilius à l'égard des Romains, Lycurgue à l'égard des. Lacédémoniens, Zoroastre à l'égard des Perses : c'est aussi ce qu'assurent des Egyptiens, Platon (in Tim.) et Josèphe. (Cont, Appion , lib. i.)'On sait bien que toutes ces prétendues communications des fausses divinités, étaient feintes et inventées pour en imposer plus aisément aux peuples; mais il en résulte clairement que le sentiment universel a toujours été que sans la révélation, on ne peut établir une religion, ni donner des règles certaines pour réunir les peuples dans un même culte : car par quel autre motif les législateurs eussent-ils eu recours à l'imposture?

Ce sentiment commun et général naît de la raison même; car si l'on ne peut reconnaître un Dieu, sans se croire en même temps obligé de reconnaître par quelque culte le souverain domaine qu'il a sur sa créature; il est évident qu'on ne lui doit rendre aucun honneur qui ne lui soit agréable : or quelle preuve est-il possible d'avoir qu'un culte qu'il n'a pas réglé lui-même,

peut lui plaire? Rien donc de plus bizarre que de vouloir se fix«er à une religion naturelle. Jamais il n'y a eu de peuple qui ait donné dans ce travers, je veux dire qui ait admis une divinité qu'il se soit contenté d'honorer intérieurement : preuve manifeste qu'une religion purement intérieure est contre la nature, parce qu'elle est sans culte certain; et que vouloir s'y borner, c'est vouloir n'en point avoir.

Les idées de Dieu et do l'ordre gravées dans notre âme , qui forment la révélation naturelle, et qui font comme les principes de la raison, nous montrent que nous ne sommes faits que pour honorer et aimer le principe et la fin de notre être , mais elles ne nous découvrent ni la manière dont nous devons l'honorer et l'aimer pour lui plaire, ni les signes par lesquels nous lui devons manifester nos sentiments, ni tous nos devoirs, ni les moyens d'obtenir de sa bonté les secours qui nous sont nécessaires pour l'honorer. Elles ne nous montrent même rien en nous ni hors de nous , dans l'état actuel où nous sommes , qui soit digne de sa grandeur. Bien loin de nous inviter à nous en approcher, elles nous en éloignent plutôt en quelque sorte par le sentiment qu'elles nous donnent de noire indignité et de notre corruption. La destination de ces idées primitives paraît être de nous faire sentir le besoin où nous sommes de nouvelles lumières , de nous les faire désirer, et de nous mettre en état de les discerner d'avec les fausses qui pourraient nous être présentées. Avec ces idées on n'a pas la religion, puisqu'un homme vraiment religieux, avec ces seules idées, sans nul autre secours, est un phénomène qui n'a jamais paru et qui ne paraîtra jamais. On sait simplemeut qu'on doit en avoir une, et qu'on ne doit rien négliger pour découvrir la véritable. En un mot, on a la raison sans laquelle on est incapable de religion.

Or, parcourez les régions du monde ; examinez les religions anciennes et modernes que vous y verrez établies; vous n'en trouverez aucune qui soit plus digne <le la Majesté suprême, plus convenable à la dignité de l'homme, plus assortie à ses besoins, jdus propre à le rendre heureux que la religion chrétienne, que je ne distingue pas de la religion juive qui lui a servi de préparalion. Elle réunit en elle tous les genres de preuves qu'une raison saine peut souhaiter; prophéties certaines, miracles authentiques, établissement divin , propagation et perpétuité surnaturelles, avec une doctrine admirable; elle fait connaître Dieu autant qu'il peut être connu sur la terre; elle expose tous les devoirs dont l'homme est capable; elle propose au cœur les motifs les plus intéressants, les plus engageants, les plus déterminants; elle offre tous les secours dont la faiblesse humaine [peut être soutenue. Dans toutes les autres religions, vous ne trouverez ni preuve, ni doctrine qui puissent vous satisfaire. Par conséquent, la religion chrétienne est une religion révélée, la

seule qui le soit, la seule où Die*U veut être servi; par conséquent on ne peut lui en préférer une autre, que par un abus manifeste de la raison.

VIII. Ne dites pas avec les esprits forts, que toutes les religions sont indifférentes; qu'il est permis de vivre tranquillement dans celle où l'on est né ; que Dieu se tient également honoré par le Chinois, par l'Indien, par le mahométan, par l'idolâtre, par le Chrétien; qu'il reçoit et que c'est à lui' que s'adresse le culte offert parles hommes à quelque divinité que ce puisse être, sous le nom ou de Jupiter , ou de Junon , ou du ciel, ou du soleil, sous la forme ou de Mercure, ou de Vénus, ou de Priape.

Comment osez-vous répéter des discours si monstrueux? C'est comme si vous disiez qu'il est indifférent de connaître le vrai Dieu, ou de ne le pas connaître; d'être instruit de ses lois, ou de les ignorer; d'avoir pour guide la vérité, ou de ne se conduire que par le mensonge et l'erreur; d'obéir au Créateur, ou de lui désobéir; de l'adorer, ou d'adorer la créature; de tout attendre de sa miséricorde, ou d'adresser ses vœux à des statues de bois et de pierre ; de lui sacrifier, ou de sacrifier à ses propres passions. C'est comme si vous disiez que tout est égal à Dieu, la sagesse et la folie, le mensonge et la vérité, le crime et la vertu. C'est comme si vous disiez qu'on peut lui plaire et l'honorer par la représentation des hommes les plus corrompus, parles images des objets les plus infâmes, par l'attribution des crimes les plus honteux.

Les esprits forts de nos jours ne diffèrent en rien de ces philosophes du paganisme, qui, désespérés de l'inutilité de leurs efforts pour empêcher la ruine de leurs fausses religions, et pour arrêter les progrès de l'Evangile, prétendaient que Jupiter, Junon, Mars, et les antres dieux , n'étaient au fond qu'un seul et même dieu exprimé par différents noms , et représenté sous diverses formes (Aug. De civ. Dei, 1. îv, c. 10, 11) : car dire que toutes les religions ne sont au fond qu'une seule et même religion, et dire que tous les dieux des païens n'étaient au fond qu'un seul et même dieu , est une même chose. Il ne reste plus à messieurs les esprits forts , pour honorer leur dieu, que de dresser des temples et des autels au grand Jupiter, de prostituer les vierges à l'honneur de Vénus , d'égorger des victimes humaines à la gloire de Saturne, de brûler de l'encens à celle de Priape. Il ne leur reste plus qu'à retirer des mains des Chrétiens l'Evangile , et de mettre à sa place les histoires impures des dieux, leurs infâmes généalogies , leurs impudiques amours, leurs fêtes et leurs mystères abominables. Il ne leur reste plus qu'à effacer do tous les esprits le nom de Jésus-Christ, pour venger les idoles de leur destructeur. En vérité, qu'est-co que c'est que ces prétendus beaux esprits, sinon des hommes enveloppés des ténèbres d'un sens réprouvé, et livrés à leur propre aveuglement ? H faut que la religion

GDI OEUVRES COMPLETES DK LE FRANÇOIS

chréliehnn soit bien raisonnable, puisqu'on ne peut ce déclarer contre elle, sans tomber dens des excès qui font horreur à la raison.

IX. Faites encore usage de la vôtre, mon cher Eusèbe, malgré l'affaiblissement et l'obscurcissement où je suppose qu'elle fût tombée : que la religion de Jésus-Christ

vous paraîtra dilférenlede tous ces systèmes des impies de nos jours 1 Vous la trouverez liée, suivie, soutenue: elle vous paraîtra un tout admirable dont les parties tiennent tellement ensemble, qu'avant de pouvoir nier quelque chose, il faut s'être mis en état de tout nier Jusqu'à Jésus-Christ , jusqu'à Dieu même. Les promesses ramènent à la morale, la morale aux secours, les secours aux mystères, les mystères à la révélation, Ja révélation à la simple notion de Dieu, et de cette notion, on descend jusqu'aux promesses.

On vous propose de grandes récompenses; donc vous avez de grands devoirs à remplir. Les remplirez-vous? Les connaîtrez-vous même tous ces devoirs dans l'état des ténèbres et de corruption où vous êtes, si le souverain législateur ne dissipe vos ténèbres par la lumière, et ne remédie à votre corruption par sa grâce ? Mais au lieu de ces effets de sa bonté, ne devez-vous pas craindre ceux de sa justice , à cause de votre corruption même, s'il ne vous procure un médiateur qui vous réconcilie préalablement avec lui? Mais quelle certitude aurez-vous qu'il vous aura accordé tant de biens et de faveurs, s'il ne vous en assure lui-même par des signes de vérité qui soient infaillibles? En pourriez-vous désirer de plus infaillibles, que des prophéties et des miracles faits en son nom? il est la bonté , la vérité, la sagesse, donc des prophéties et des miracles faits en son nom ne peuvent être des témoignages du mensonge. Après être monté des promesses jusqu'à l'idée de Dieu, descendez de cette idée jusqu'aux promesses.

Dieu est la bonté, la puissance, la vérité, la sagesse, la justice ; donc il vous a fait ; donc Ja raison, la conscience, les idées de l'ordre qui font partie de vous-même, viennentde lui ; donc la raison, la conscience, les idées de l'ordre ne peuvent être des principes d'erreur; donc les devoirs de vertu et de religion fondés sur ces principes ne peuvent être faux ; donc les épaisses ténèbres qui obscurcissent en vous ces devoirs, et les penchants impétueux si contraires aux mêmes devoirs , que vous éprouvez, n'ont pas la même origine que les principes de ces devoirs ; donc ces ténèbres et ces penchants étant des défauts qui vous sont communs avec tous les hommes, viennent du premier homme le père commun ; donc vous avez besoin de lumières et de secours. Or qui peut vous éclairer sûrement , vous fortifier et vous guérir, si ce n'est'Dieu seul? Mais quelles lumières vous donneia-t-il, s'il ne vous apprend ce qu'il est , ce que vous lui devez, ce que vous.vous devezà vous-même, co que vous devez à vos semblables, ce que

vous avez à espérer de sa bonté, ce que vous avez à craindre de sa justice ? Quel secours vous donnera-t-il , s'il ne vous inspire son amour, seul capahlo de régler celui que vous vous devez à vous-même, et à vos semblables ? C'est ce que Jésus-Christ a fait.

Mais êtes-vous bien assuré que c'est Dieu lui-même qui vous instruit et qui vous guérit dans la personne de Jésus-Christ? Qu'estce que Dieu? la puissance, la bonté, la vérité, la justice : donc il ne peut employer son nom et sa puissance pour vous tromper; donc les prophéties et les miracles faits en son nom ne peuvent être des preuves du mensonge. Mais êtes-vous bien a-ssuré des propbéties et des miracles de Jésus-Christ? Qu'est-ce que Dieu? la bonté, la vérité, la sagesse, qui ne peut vous tromper : donc vous êtes certain que ce que vous voyez de vos yeux est réel et non un jeu de votre imagination : or les faits de l'Evangile ne sont pas moins certains que ce que vous voyez de vos yeux. Donc le système de la religion doit vous paraître du moins vraisemblable, quelque affaiblie que soit votre raison ; donc si les passions vous laissent

Quelques étincelles de sens commun, vous evez vous attacher à la religion ; car le sens commun ne permet pas de préférer le faux au vrai : or dans la supposition que nous avons faite, le vraisemblable doit vous tenir lieu du vrai, et le non vraisemblable doit vous tenir lieu du faux. Or, attachez-vous à la religion , suivez sa morale , bientôt vos passions s'affaibliront à leur tour, votre raison reprendra ses forces, le sentiment du vrai recouvrera sa vivacité, et la religion son évidence.

X. Mais peut-être que, fermant les yeux à ce reste précieux de lumière qui vous montre le système de la religion comme l'unique vraisemblable, vous n'écouterez que la voix impérieuse des passions ennemies de toutes les vérités gênantes. Où vous conduis ront ces guides aveugles? à un doute universel. Car ne prétendez pas disposer en souverain des vérités de la religion, conserver les unes, abandonner les autres. 11 faut ou les retenir toutes, ou renoncer à toutes : elles sont liées ensemble indissolublement. Laquelle épargneriez-vous? L'existence d'une intelligence suprême? Cette première vérité est inséparable des autres : elle en est le principe et le terme.

S'il est une intelligence souverainement parfaite, elle a pu créer des esprits, les rendre capables de connaissance et de choix, leur imposer des lois, leur faire des promesses et des menaces, les réserver à une autre vie, pour les récompenser ou les punir du bon ou du mauvais usage de leur liberté. EHe a pu, pour notifier ses volontés, se servir de certains hommes et autoriser leur mission par des prophéties et par des miracles. En un mot, tous les faits, tous les dogmes consignés dans les Ecritures, sont possibles à l'Etre infini en sagesse et en puissance. Vous ne pourriez donc reconnaître l'Etre infini, et nier en même temps la pas-

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sibilité d'aucun article de la religion. Vous retrancheriez-vous sur le fait? Je veux dire en accordant qu'un Etre souverainement parfait a pu faire tout ce que la religion enseigne; nieriez-vous qu'il l'a fait? Mais il est démontré qu'il n'y a rien d'assuré, si les faits de l'Evangile- sont incertains, puisqu'on ne peut en douter qu'en supposant l'homme livré à une illusion générale et universelle, illusion qui ne viendrait que du Créateur, qui dès là même n'étant ni bon, ni véritable, fie serait plus un Etre infiniment parfait.

Il faut donc, pour douter de la vérité de la religion, douter aussi de l'existence d'une suprême intelligence : or le doute sur ce point entraîne avec soi un doute universel. Il n'y a plus pour vous ni vrai moral, ni vrai mathématique. L'évidence n'est plus qu'une chimère, elle n'a point d'objets certains; la raison n'est qu'un rêve, elle n'a plus de règle immuable. S'il est douteux que Dieu soit, il est douteux dès là même que vous soyez autre chose que l'ouvrage d'un caprice aveugle, que l'eflet d'un concours fortuit d'atomes. Vos connaissances, votre âme, les objets qui agissent sur vous, ne sont peut-être que l'assemblage de quelques corpuscules. Ce n'est peut-être que par hasard que le tout est plus grand que sa partie, qu'une même chose ne peut pas être et n'être point : le contraire est possible. Ce qui vous paraît clair et évident dans la combinaison présente, vous paraîtrait faux, si les corpuscules dont votre âme et les objets sont le résultat, se trouvaient différemment combinés.

C'est jusqu'au fond de ce gouffre que doit vous précipiter le doute sur la vérité de la religion,. à moins que vous ne soyez un imbécile ou un lâche : un imbécile, si vous ne voyez pas les conséquences de vos principes ; un lâche, si vous n'osez pas les tirer ces conséquences.

XI. E5t-il encore pour vous un moyen de revoir la lumière? Le voici : il n'est pas possible que les accès de votre frénésie n'aient quelques intervalles : il est des moments où les passions éloignées des objets gardent le silence. Saisissez un de ces moments heureux, où, rendu à vous-même, vous pouvez réfléchir sur votre état.

Je doute si l'être qui pense en moi est quelque chose de spirituel et d'invisible, ou si ce n'est qu'un peu de matière subtilisée. Je doute s'il y a un Etre supérieur qui m'a fait, ou si mon corps n'est qu'une combinaison fortuite de quelques grains de poussière mue éternellement par elle-même. Je doute si la mort me détruira pour toujours; si je ne suis qu'un jeu de la nature, ou si je suis placé sur la terre pour une fin; si la vertu vaut mieux que le vice; si ma raison est un guide plus sûr que mes passions. Enfin je doute s'il y a quelque chose de vrai dans tous les faits que l'histoire nous a conservés touchant la religion , ou si tous ces faits n'ont pas été inventés par l'imposture et reçus par la superstition. 11 me semble. que j'ai soigneusement examiné tout ce que 1 on

dit pour et contre sur ce sujet, et que je n'ai rien négligé pour l'approfondir; car dans un sujet de cette conséquence, où l'erreur peut avoir des suites terribles, je n'ai pas cru devoir me contenter d'un examen superficiel.

Mais dans l'étude que j'ai faite de la religion, étais-je libre et dégagé de tout autre intérêt que de celui de la vérité? N'auraisje point été fâché de trouver la religion vraie? En ai-je pesé les preuves avec exactitude? Les ai-je suivies dans leur enchaînement? Ne me suis-je point arrêté plus longtemps aux objections qu'aux preuves? Aije discuté les réponses qui ont été faites à ces objections? En un mot, l'intérêt de mes passions n'est-il entré pour rien dans mon examen? N'y a-t-il influé en aucune sorte? Je n'ose pas prononcer sur ce dernier article; car je ne puis me dissimuler à moimême que je ne me suis appliqué à l'étude de la religion, qu'après m'être livré à bien des désirs que la religion désapprouve; qu'après avoir essuyé bien des reproches intérieurs contre ma conduite. Ainsi ;e devrais me défier d'une entière impartialité dans mon examen ; s'il était constant que le cœur eût quelque empire sur l'esprit, qu'il fût capable de le troubler dans ses opérations et d'en obscurcir les lumières?

Ce que je ne puis me cacher, c'est que, malgré l'intérêt de mes passions, je n'ai pu franchir les bornes du doute, ni aller au delà des peut-être. Si les preuves de la spiritualité de l'être qui pense en moi ne m'ont pas paru persuasives, celles de sa niatérialilé m'ont paru avoir le même défaut. Si l'existence d'un Créateur n'est pas appuyée sur des démonstrations, l'existence par ellemême de la matière ne l'est pas non plus. Si l'immortalité de l'âme n'a pour fondement que des arguments faibles , le sentiment contraire pèche par le même endroit. Il n'est point évident que les pussions méritent mieux que la raison le litre de règles, il n'est point évident non plus, que les faits merveilleux que l'on apporte en preuves de la religion chrétienne soient faux. Il est vrai que l'histoire fournit un grand nombre do faits semblables qui no sont que les fruits de l'imposture qui a abusé de la crédulité du genre humain; mais outre que les circonstances ne sont pasabsoluxnent les mômes, on ne peut conclure d'un fait à un autre fait. En un mot, je n'ai trouvé la religion ni évidemment vraie, ni évidemment fausse.

Dans cet état même,, devais-je prendre parti contre la religion, en ne faisant rien de ce qu'elle prescrit, et en faisant toutee qu'ell»défend? Quand j'aurais été pleinement convaincu de sa fausseté, aurais-je tenu une conduite différente? Qu'est-ce qui m'a fait sortir de mon doute? Qu'est-ce qui m'a décidé ?-Est-co la lumière? Est-ce la raison? Il est manifeste que. je me suis déterminé pai lo seul intérêt de mes. passions. Dans toute autre matière ne me condamnerais-je pas moi-même, si je me déterminais par ce seul motif? Si je voulais me déterminer par mou

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intérêt, il fallait, pour n'ôtre point coupable de l'imprudence la plus grossière, me déterminer par mon [dus grand intérêt: or, n'estce point dans la religion qu'il se trouve?

Les promesses et les menaces de la religion sont réelles ou ne le sont pas; c'est-àdire, ou il y a un Dieu puissant et juste qui veut êire le rémunérateur éternol de la vertu, et le vengeur éternel du vice, ou il n'y en a point : ici l'alternative est nécessaire.!! est évident que si les promesses et les menaces de la religion sont réelles; je ne puis ni les anéantir, ni les changer par mes doutes. Il est évident qu'il s'agit de grands biens et de grands maux. Il est évident qu'en prenant pour lois mes penchants déréglés, je ne puis éviter les maux dont la religion menace; et qu'en renonçant à mes penchants déréglés, je ne puis manquer de parvenir aux biens que la religion promet. Pesons le gain et la perte : qu'est-ce que je risque pour tout gagner, et qu'est-ce que je gagne pour tout perdre? Pour gagner des biens éternels, je risque la privation de quelques satisfactions passagères. Pour perdre ces biens et me précipiter dans un malheur éternel, je gagne quelques plaisirs momentanés, ou plutôt je me ilatte de les goûter : car souvent je les poursuis sans pouvoirlesatteindre. Je risque donc bien peu en résistant à mes passions, pour gagner beaucoup ; et je gagne bien peu en suivant mes passions pour perdre beaucoup. Je suis donc fou de ne pas risquer co peu pour tout gagner, et de vouloir ce peu pour tout perdre. 11 faut donc m'attacher à la religion.

Si vous ne tiriez pas celte conséquence, il ne me resterait que la douleur de vous voip prendra le parti de vouloir courir le hasard d'un alîreux avenir, qui, quand il ne serait que douteux, doit cependant faire trembler les plus intrépides. Mais j'ai une meilleure opinion de vous et de voire salut (Hebr. vi, 9) '.j'ai une ferme confiance que celui qui a commencé le bien en vous ne cessera de le perfectionner (Philip, i, 6) , en vous conservant plein de

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raison pour sentir la vérité de plein de foi pour ses mystères, de fidélité pour sa morale, d'espérance pour ses promesses, de crainte pour ses menaces.

XII. Aimons Jésus-Christ; méditons sa parole; suivons ses exemples : c'est le moyen unique, mais sûr et infaillible de demeurer fermes dans Jps vérités que nous avons découvertes, et de n'ôtre ébranlés ni par nos passions déréglées, ni par les opinions insensées des incrédules. Tout est lumière en Jésus-Christ. Il ne parle que de Dieu, que de nos devoirs, que de notre fin. II n'agit que pour Dieu; il ne fait que sa volonté; il n'est occupé que de l'autre vie. Ainsi nous trouvons dans sa parole, dans ses. actions, dans ses vues, la révélation Haturelle dont il est la source, non-seulement confirmée et autorisée, mais développée, étendue, mise dans le plus beau jour. Il rend témoignage aux patriarches, à Moïse, aux prophètes; il accomplit leurs prédictions; il vérifie les promesses divines qui leur sont adressées; il est la vérité des figures de la loi ; il est la raison de la conduite, du Créateur à l'égard d'Abraham et de sa, famille, et de tous les miracles opérés en sa faveur; il est la fin de tout. Ainsi la révélation faite à Moïse devient non-seulement claire par ses rapports à Jésus-Christ, qui en est l'auteur; mais elle reçoit des caractères de divinité plus frappants que les miracles qui en sont l'appui et le fondement. En un mot, nous trouvons tout en Jésus-Christ, et le Dieu qui nous a faits, puisqu'il est une môme chose avec son Père, et le médiateur qui seul peut nous en rapprocher, et le pontife par lequel seul nous pouvons l'adorer» et la victime seule que nous pouvons lui offrir, et le médecin qui seul peut nous guérir, et la force qui seule peut nous soutenir, et la seule règle que nous devons suivre, la seule vérité que nous devons aimer, la seule vie où nous devons tendre et dont nous devons jouir éternellement.

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