‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 120 sur 163 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

J'espère que le public n'aura pas moins d'indulgence pour ce dernier ouvrage, qu'il on a fait paraître pour le premier. Pourraisje craindre d'en être désapprouvé, si, avant de rendre compte de mon travail, je lui en découvre l'origine? Un cœur touché de reconnaissance, et sensible aux intérêts delà religion ne saurait lui déplaire.

Feu monseigneur le duc d'Orléans et M.

le maréchal duc de NoaiMes, ayant lu te* Preuves de la religion, voulurent en connaître l'auteur ; ils l'exhortèrent à continuer de travailler ; ils l'honorèrent de leurs bienfaits. Telle est l'origine de cet ouvrage. La taire, ne serait-ce pas manquer de reconnaissance ? Ne serait-ce pas aussi négliger les intérêts de la religion ?

Il n'est point d'Etat policé sans une reli-

mulliy voit talents l'ordi-

gion. Ceux qui gouvernent sont attentifs à la protéger et à la maintenir. De là suit naturellement que l'homme est fait pour la religion comme il est fait pour la société. Les esprits forts en concluent au contraire, que la religion n'est qu'une invention de la politique pour contenir le vulgaire imbécile dans le devoir, par la crainte et par l'espérance.

Jamais conséquence ne fut plus mal déduite. C'est comme si l'on avançait que la bonne foi, la justice, la fidélité ne sont que des inventions humaines , parce que, dans tous les Etats policés, ceux qui gouvernent sont occupés à conserver et à resserrer ces premiers liens de la société. D'ailleurs, quand il serait vrai qu'il y eût quelque religion qui dût sa naissance à la politique, cela ne regarderait point la religion chrétienne, dont l'établissement s'est fait malgré toutes les puissances de la terre.

Cependant, pour combien déjeunes gens une conséquence si peu juste et si fausse 'n'est-elle pas un oracle? Un moyen bien «Tourt pour les détromper, est de leur montrer des hommes religieux et éclairés, aussi distingués par la noblesse des sentiments que par l'élévation de la naissance. L'histoire de la religion en fournit une tude d'exemples éclatants. Et si l'on des esprits forts, célèbres par leurs et par leurs dignités, ils sont pour naire encore plus fameux par leurs vices et par leurs désordres. Mais il en est des exemples anciens comme des objets éloignés : ils ne frappent que faiblement : des exemples vivants ont toute leur force, toute leur activité. Ici s'otfrent d'eux-mêmes mes illustres bienfaiteurs.

Le prince n'est plus ; mais sa personne auguste vit dans tous les cœurs. Les larmes que sa mort a fait verser coulent encore. Les preuves de ses profondes connaissances en tout genre ne périront jamais. Les monuments de la grandeu»,de sa foi sont exposés à tous les yeux. Le souvenir de son humble et vive piété, de sa charité immense et éclairée pour les pauvres, est ineffaçable. Le maréchal est plein de vie et de santé. Que ne m'est-il permis de tracer une légère image de son cœur, dont les traits me sont chaque jour présents 1 Mais je crains de lui déplaire. Toute l'Europe connaît l'étendue de ses lumières, sa tendresse pour sa patrie, son zèle pour son roi, sa fidélité à tous les devoirs de la religion et de la société. En un mot, l'amour seul de la religion a pu être le motif des bontés de monseigneur le duc d'Orléans et de M. le maréchal duc de î^oailles pour l'auteur des Preuves de la religion. Par quel autre motif, Sa Majesté vient-elle d'étendre sur le môme auteur ses regards et ses dons ? Je rends compte de mon travail.

Après un assez ample exposé des sentiments des incrédules de nos jours sur l'âme, sur la Divinité, sur la vie future, sur les règles des mœurs, je les discute dans une première partie. Et dans uno seconde par-

tie, je réduis la controverse sur la religion révélée, à l'examen- de la vérité des miracles et des prophéties consignés dans les Livres sacrés des Juifs et des Chrétiens.

Je ne dissimule rien de ce que les incrédules disent de plus spécieux contre les premiers dogmes du genre humain, contre la certitude des miracles et des prophéties, contre les Juifs, contre les Evangiles, contre les évangélistes, contre les Chrétiens, contre Jésus-Christ même Notre-Seigneur. En sorte que les incrédules n'auront plus à se plaindre qu'on supprime leurs difficultés, qu'on les déguise, qu'on les affaiblit pour les combattre.

On me dira sans doute que si les incrédules n'ont pas sujet de se plaindre, les Chrétiens se plaindront, à juste titre, qu'on expose leur foi à des doutes, ou, du moins, à des inquiétudes, en leur mettant devant les yeux tant de misérables difficultés, qui ne sont bonnes qu'à être laissées dans les ténèbres d'où elles sont sorties.

Si ces difficultés n'existaient que dans des livres réduits à un petit nombre d'exemplaires cachés dans quelque coin de biblior thèque, sans doute il n'y aurait pas de sagesse à les tirer de l'obscurité pour les exposer au grand jour. Mais ces livres sont malheureusement multipliés à l'infini : ils sont entre les mains des ignorants comme des savants. Faut-il laisser les jeunes gens ex-

posés aux pièges

dangen

qui leur sont

tendus, dans cet amas confus de mots d'où ils ne peuvent se débarrasser ? Faut-il, sans venir à leur secours, laisser leurs oreilles s'accoutumer à entendre des blasphèmes qui flattent les liassions? Etaler les difficultés des incrédules, sans les combattre, ce serait leur attirer de favorables spectateurs plutôt que des adversaires; ce serait faire passer les auteurs de ces difficultés pour des écrivains dont les sentiments méritent d'être connus. Mais j'ai la confiance que quiconque lira cet essai sans prévention, sera dans l'étonnement que des hommes à qui on ne peut refuser d'ailleurs de l'esprit et des talents, soient capables d'abjurer le christianisme sur des prétextes si faibles et si frivoles.

On peut encore me demander pourquoi ayant des preuves invincibles de la religion révélée, je ramène mes lecteurs à des raisonnements abstraits, qui sont si peu à la, portée du commun des esprits : au lieu d'à m'en tenir à la révélation, qui étant démontrée, décide et fixe tous les doutes avec une autorité souveraine.

il faut écrire pour tout le monde. S'il est des lecteurs à qui la métaphysique ne plaît pas; il en est un grand nombre qui la chérissent. On ne peut trop accoutumer les jeunes gens à descendre en eux-mêmes oour apprendre à se connaître. C'est en s étudiant; c'est en suivant leur âme dans ses sentiments intimes , dans ses désirs, dans ses opérations ; c'est en se rendant attentifs aux idées primitives gravées dans le fond de son être, qu'ils sentiront toute

l'illusion de l'incrédulité. Tandis qu'ils ne feront usage que de leurs yeux et de leurs oreilles, le matérialiste , l'athée, le déiste, le pyrrhonien leur paraîtront des adversaires redoutables. Ils auront, à la vérité, des armes invincibles dans les faits qui constatent la révélation : mais en connaîtront-ils tout le prix et le mérite? Il en faut revenir à la science des principes, à la science des idées, je veux dire à la métaphysique. Sans ectto science, quelle sera la lumière, quelle sera la certitude de la physique et de l'histoire même? C'est à la métaphysique qu'il appartient de démontrer l'existence de Dieu et ses perfections infinies ; de prouver la spiritualité de fume, et sa distinction d'avec le corps; de montrer la différence du juste et de l'injuste, et de découvrir dans les lois éternelles de l'ordre, la base de toute morale; de nous assurer qu'il y a un monde matériel, et queee monde, avec toutes les merveilles qui y .reluisent de toutes parts, est l'ouvrage d'une sagesse toute-puissante. C'est à elle qu'il appartient de dévoiler la force des faits qui servent d'appui à la révélation, et d'en développer les rapporls avec la vérité éternelle. C'est à

elle qu'il appartient de dissiper les nuages que les ennemis de la religion opposent à son éclat. De plus, pourquoi ne tournerionsnous pas contre ces ennemis leurs propres armes? La plupart d'entre eux paraissent nous abandonner la révélation, pourvu que nous leur abandonnions la philosophie.

Nous ne vous envions pas, disent-ils, la lumière surnaturelle; la naturelle nous suflit. Soyez, ajoutent-ils, des illuminés; permettez-nous de n'être que raisonnables. Poupquoi leur céderions-nous un titre qu'ils s'arrogent injustement pour nous insulter avec plus d'audace? Il fallait faire voir que le Chrétien seul mérite le nom de philosophe. Je supprime tout détail au sujet des secours que j'ai eus pour exécuter cet ouvrage. En ai-je tiré tout l'avantage que je devais? Voilà ce que cherche le lecteur. Voilà ce qui l'intéresse. La grâce que je lui demande, c'est d'avoir la patience de tout lire, avant de prononcer. Au reste, si la défense de la religion ne lui paraît pas aussi complète qu'il le désirerait; le défenseur est ici le seul coupable : la cause est telle qu'elle n'a besoin, pour triompher, que de juges qui ne soient point corrompus.

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