CHAPITRE IV
Réfutation générale des objections des incrédules.
Article I. — Récapitulation générale des objections des incrédules.
1. Eusèbe.«Jc ne puis vous refuser la satisfaction que vous désirez. C'est ainsi, disent mes incrédules, qu'en discutant toutes choses avec une critique exacte, on parvient à éclaircir un fait. C'est ainsi quen examinant avec attention te point fondamental de la foi chrétienne, qui est le fait historique de l'Evangile, on parvient enfin à le connaître* ou plutôt c'est ainsi qu'en voulant approfondir ce fait on le voit absolument disparaître de la réalité, et ne plus exister que dans l'imagination des Chrétiens. Il semble que le christianisme soit dans son origine et dans son progrès ce qu'est un grand fleure. Voyez celui-ci dans sa force, et dans su plus grande largeur, il roule ses eaux abondantes avec majesté; on ne s'imagine point qu'il doive être ailleurs différent de ce qu'on le voit. Mais remontez à la source, vous trouverez à peine un ruisseau dont les herbes nous dérobent la vue. Les habitants du pays qui le voient naître, ne le connaissent souvent pas, dans l'ignorance o%\ ils sont que ce ruisseau devient dans la suite un fleuve célèbre. Su
médiocrité présente empêche d' g faire attention. Il en est de même du christianisme. Qu'on le considère dans sa splendeur : rien ne parait plus majestueux, plus respectable, plus divin. Les miracles de Jésus-Clirîst ont alors acquis, par une longue suite d'années et par le grand nombre de fidèles, un éclat qui ne permet pas qu'on les révoque en doute. On s'imagine que toutes choses se sont passées de la même manière que le racontent les écrivains sacrés. Mais remontons à l'origine de cette auguste religion : vous voyez une poignée d'hommes qui tâchent par leur fanatisme de se tirer eux-mêmes de l'obscurité, et n'y parviennent pas; ils sont toujours inconnus à leurs compatriotes. Vous cherchez le Messie lui-même au milieu des Juifs, et vous ne l'y trouvez point.
II. Que reste-t-il donc aux Chrétiens pour les soutenir dans leur foi? Il leur reste uniquement le témoignage d'un petit nombre d'hommes qui parurent alors persuadés des miracles et de la résurrection de Jésus-Christ, et qui tâchaient de le persuader aux autres. Or ce petit nombre d'hommes est-il croyable sur les choses qu'il publie ? C'est où se réduit toute la question. On voit d'un côté une poignée de Juifs obscurs et à peine connus de leurs frères, qui avancent des faits contre lesquels la raison se révolte, et qui soutiennent que ces faits se sont passés dans leur pays avec éclat, et à la vue de toute leur nation; de l'autre on voit tous les hommes raisonnables de la terre qui traitent la nation juive avec le dernier mépris, qui regardent la Judée et le judaïsme comme le séjour et l'école du fanatisme. Mais il y a plus : on voit le peuple juif même se ranger du parti le plus nombreux, et regarder comme autant de visionnaires cette poignée d'hommes qui s'élèvent dans son sein. Voilà les premiers Chrétiens désavoués par leurs propres frères; les voilà méprisés par les Juifs mêmes. Le peuple fanatique se croit raisonnable en comparaison d'eux. Leurs contemporains démentent tous les faits qu'ils publient : on leur en démontre la fausseté ; on leur en fait voir" l'absurdité. Il est vrai qu'on ne les convainc point : les disciples de Jésus-Christ ne se piquent pas de savoir ; ils laissent les raisonnements aux enfants du siècle ; on les voit subsister dans leur opinion , ils sont prêts, si l on veut, à la sceller de leur sang. Mais n'attendez pas d'eux d'autres raisons ni d'autres preuves des faits qu ils avancent, que leur foi et leur persuusion.
III. Voilà quels étaient les premiers sectateurs du Messie. C'est à leur témoignage seul qu'on est obligé de s'en rapporter sur ses miracles et sur sa résurrection, comme si Jésus-Christ n'était venu au monde que pour le salut d'un petit nombre d'élus. On dirait qu'il a voulu passer sa vie au milieu de ses disciples sans daigner se faire connaître au reste des hommes. Sa nation même ne l'a pas connu. Il a fait tous ses miracles en Judée ; mais il semble que ses disciples en aient été les seuls témoins, comme ils le furent en «7/W, ainsi que de sa résurrection. Il ne fut
pas aisé apparemment de persuader aux Juifs que celui qui, pendant sa vie, avait fait tant de miracles dont ils n avaient rien vu, était ressuscité après sa mort. Une seule apparition de Jésus-Christ aux pharisiens, aux docteurs de la Loi, aux hommes éclairés, au peuple même, eût fait sans doute plus d'impression sur l'esprit des incrédules que toutes les assurances que donnaient ses disciples de l'avoir vu ressuscité.
C'est donc ainsi, mon eher Eusèbe, que vos incrédules chantent la défaite de la religion. Que leur triomphe est chimérique! Il n'a pour fondement que leurs chicanes contre l'Evangile, chicanes miséiab'es, fondées uniquement, comme nous l'avons vu, sur la mauvaise foi , le déguisement, l'ignorance, le fanatisme. Nous pourrions donc mépriser cette insolente conclusion : mais reprenons-la par partie.
Article IL — Réponse à la conclusion générale des objections des incrédules.
1. C'est ainsi, disent lès incrédules, qu'en examinant avec attention le point fondamental de la foi chrétienne, qui est te fait historique de l Evangile, on parvient enfin à le connaître; ou plutôt c'est ainsi qu'en voulant approfondir ce fait, .on le voit absolument disparaître de la réalité, et ne plus exister que dans l imagination des Chrétiens.
C'est ainsi, répliquent \es Chrétiens, qu'en examinant avec attention le fait historique de l'Evangile, on ne peut s'empêcher d'en voir la réalité, il dissipe par son éclat tous les nuages dont on voudrait l'obscurcir. Semblable à l'astre du jour, pour n'en pas voir la lumière, il faut être privé de l'organe de la vue, ou s'opiniâtrer à n'en faire aucun usage.
Voyez, continuent les incrédules, un grand fleuve dans sa largeur: il roule ses eaux abondantes avec majesté , on ne s'imagine point qu'il doive être ailleurs différent M ce qu'on le voit ; mais remontez à la source, vous trouverez à peine un ruisseau de*.£ les herbes nous dérobent la vue. Il en est de même du christianisme. Qu'on le considère dans sa splendeur; rien ne paraît plus mujestueux , plus respectable, plus divin. Les miracles de Jésus-Christ ont alors acquis, par une longue suite d'années et par le grand nombre de fidèles, un éclat qui ne permet pas qu'on les révoque en doute. Mais remontons à l'origine: votis voyez une poignée d'hommes qui tâchent par leur fanatisme de se tirer de l'obscurité et n'y parviennent pas; ils sont toujours inconnus à leurs compatriotes. Vous cherchez le Messie au milieu des Juifs, et vous ne l'y trouvez point.
Sans doute notre religion, répondent les Chrétiens, est dans son progrès ce qu'est un grand fleuve dans sa largeur. Elle couvre de
ses eaux une étendue immense de terres; elle y porte la fécondité et l'abondance. Malheur aux régions que ce fleuve n'arrose pas! elles sont arides, tout y languit, tout y est mort. Ce n'est cependant pas dans soa progrès que sa beauté éclate avec plus de
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majesté : combien entrent dans son lit do ruisseaux bourbeux qui ternissent la clarté de ses eaux? Pour voir ee ileuve dans sa beauté, il faut remonter à sa source : c'est là que ses eaux paraissent éternelles, salubres, sans mélange, plus pures que les rayons du soleil. Parlons sans figure : ce n'est pas seulement la multitude des Chrétiens qui constitue la beauté du christianisme ; c'est leur lumière, leur sainteté, leur zèle, leurs œuvres. Or considérez avec les yeux d'une raison saine le christianisme dans sa source : quelle lumière, quelle sainteté, quelle puissance dans son auteur ! Quelle sagesse, quel désintéressement, quelle grandeur d'ârae, quelle charité, quelles œuvres dans ses fondateurs 1 Quelles mœurs, quelle persuasion, quelle élévation de sentiments dans ses premiers sectateurs 1
Est-ce la vérité et non le mensonge qui vous inspire, quand vous avancez que les miracles de Jésus-Christ riont acquis que par une longue suite d'années et par le grand nombre de fidèles, un éclat qui ne permet pas quon les révoque en doute '( Jamais ces miracles ont-ils été révoqués en doute ni dans les temps qu'ils arrivèrent, ni dans les siècles suivants, ni dans le pays qui en fut le théâtre, ni dans les pays où la connaissance en fut portée? Ils étaient trop publics en Judée et en Syrie, pour n'y être pas crus universellement; et leur publicité en ces lieux avait été trop éclatante, pour qu'ils trouvassent des contradicteurs dans les autres parties de la terre. Ils donnèrent lieu à des divisions et à des disputes dans le temps parmi les Juifs et parmi les gentils : mais ces divisions et ces disputes ne peuvent servir qu'à en constater la certitude. Roulaient-elles sur la réalité des faits ? Elles roulaient uniquement sur le principe des faits. Tous convenaient que les faits étaient indubitables: mais, par rapport au principe , les uns, dociles à la raison, les attribuaient à Dieu; les autres, pleins de faux préjugés, ou guidés par leurs passions, les attribuaient à un esprit étranger. S'ils s'acquirent donc de l'éclat par la suite des années et par le nombre des fidèles, c'est qu'on vit l'accomplissement des promesses dont ils avaient été accompagnés , et dans les miracles des apôtres, et dans les miracles de leurs disciples, et dans l'établissement delà religion chrétienne, et dans les progrès de cette religion, et dans sa perpétuité, malgré l'opposition des puissances de la terre et de renier. II. Vous nous reprochez de vous dire des injures, quand nous vous disons que vous ne vous déclarez contre notre sainte religion, que par l'intérêt de vos passions. Mais ]>ar quelle autre impression pouvez-vous traiter de fanatiques nos apôtres ? Que découvrez-vous dans leurs discours et dans leurs démarches qui puisse vous autoriser à les traiter ainsi? Pourricz-vous bien nous indiquer une seule de leurs actions qui ne porte pas l'empreinte de la vertu? Pouniezvous bien nous citer une seule do leurs paroles qui no soit pas dictée par la sagesse?
Leurs adversaires les pius animés osèrent ils jamais attaquer leur probité ? Osèrent ils jamais démentir leurs discours? Quelles autres armes employa -t-on contre eux, que les menaces et les supplices? En quoi faites-vous donc consister leur fanatisme ? C'est sans doute à publier les miracles de leur Maître, et à prétendre en faire eux-mêmes. Mais les miracles qui révoltent si fort votre raison, sont-ils impossibles ? Répondez nettement. Si c'est là ce que vous pensez, que ne le déclarez-vous tout d'un coup, en vous déclarant bon spinosiste? Car vous ne pouvez admettre un Créateur sans admettre la possibilité des miracles. Mais si les miracles sont possibles, pourquoi ceux de Jésus-Christ ne seraient-ils pas réels ? pourquoi les apôtres seraient ils fanatiques enlespubliant?pourquoiseraient-ils fanatiques en croyant en opérer eux-mêmes ? III. Vous appelez une poignée d'hommes les premiers publicateurs des miracles de Jésus-Christ. Mais c'est vous trahir vousmêmes : car, quelque bonne contenance que vous affectiez, vous ne sauriez disconvenir que celte poignée d'hommes persuada une multitude infinie de personnes de tout sexe et de toute nation; qu'elle les guérit de leurs préjugés; qu'elle les tira de leurs erreurs; qu'elle les détacha de leurs fausses divinités ; qu'elle les arracha à leurs passions ; qu'elle les attacha au Dieu véritable. Ne trouvez-vous en cela rien de merveilleux ? Un tel événement, s'il était arrivé par les ressorts de la politique armée de la puissance et de l'éloquence, tiendrait du prodige. Mais qu'un tel événement doive sa naissance à une poignée d'hommes obscurs, pauvres, sans étude, sans crédit, combattus par les princes, par les philosophes , n'estce pas le plus grand des prodiges? Mais quel est votre dessein? C'est sans doute de réduire à cette poignée d'hommes les témoins des miracles du Sauveur. Quel indigne et misérable artifice 1 Les apôtres furent peut-être les premiers qui, après la mort de leur Maître, publièrent ses miracles : ma s en avaient-ils été les seuls témoins? Quel Juif ne les avait pas vus de ses yeux, ou n'avait pas pu les voir? Ce qu'il y a de constant, c'est que le témoignage que rendirent les apôtres à ces miracles , fut reçu par des milliers de personnes dans la Judée et hors de la Judée : or toutes ces personnes sont autant de témoins que vous ne pouvez refuser de joindre aux apôtres : car un témoignage rendu à des faits récents et publics se multiplie par le nombre de tous ceux qui le reçoivent; parce qu'il n'est pas possible de faire croire des faits récents et publics comme réels, cl de les faire croire comme furent crus les faits dont il s'agit, s'ils n'étaient qu'imaginaires. Ainsi supposonsque du temps des apôtres, il y eut cent mille Chrétiens, il s'ensuit qu'il va eu cent mille témoins contemporains des miracles de Jésus-Christ.
IV. Votre conscience, si vous en avez, ne vous reproche -t-elle pas voire injustice , quand vous représentez les apôtres comme des hommes <jiti lâchent de se tirer eux-mémes
tle Vobscurxté? l'arut-il jamais sur la terre des hommes plus humbles, moins avides d'une vaine réputation, plus indépendants du jugement des hommes, plus jaloux de la gloire du Créateur, plus pénétrés de l'idée que lui seul est grand, et que la créature n'est rien? Quel est le but unique de leurs mouvements et de leurs travaux, si ce n'est de l'aire connaître au monde qu'il est le seul Dieu , et que Jésus - Christ son Fils est le seul médiateur par lequel on peut avoir accès au trône de sa grâce ? N'est-il pas absurde défaire des hommes de ce caractère martyrs de la vanité?
Ajouter que ces hommes sont, toujours demeurés inconnus à leurs compatriotes, c'est mentir trop grossièrement pour vouloir être cru. Quoi 1 des hommes publiant de la manière la plus solennelle la résurrection du Sauveur au milieu de Jérusalem, y opérant des prodiges, y fondant une Eglise nombreuse et fervente, traduits devant le tribunal le plus auguste de la nation, jetés dans les prisons publiques, prêchant dans toutes les synagogues établies dans presque toutes les villes de l'empire romain, sont des hommes inconnus à leurs compatriotes I De même , avancer qu'on cherche le Messie au milieu des Juifs et qu on ne l'y trouve point, n'est-ce pas «ncore mentir impudemment? Faut-il chercher, quand il ne faut qu'ouvrir les yeux? Quel objet plus visible que Jésus-Christ au milieu des Juifs? Or Jésus-Christ est le Messie prédit par les prophètes. (48) H se montre dans le temps fixé par les prophètes pour son avènement; il naît ; il instruit; il cpère des miracles; il se fait des disciples; il est persécuté par sa nation ; il meurt; il ressuscite; il renverse les idoles; il répand de toutes parts la connaissance du vrai Dieu par ses disciples; il punit sa nation ingrate et aveugle; en un mot, il réunit dans sa personne tous les caractères que le Messie prédit par les prophètes doit avoir. On trouve donc le Messie au milieu des Juifs, soit des Juifs 'qui reconnaissent Jésus-Christ pour le Messie, soit des Juifs mêmes qui le méconnaissent, parce qu'un des caractères du Messie est d'être méconnu par le corps de la nation.
V. Que reste-t-il donc aux Chrétiens, disent les incrédules, pour les soutenir dans leur foi? Il leur reste uniquement le témoignage d'un petit nombre d'hommes qui parurent alors persuadés des miracles de Jésus- Christ, cl qui tâchaient de le persuader aux mitres.
Non, répondent les Chrétiens, nous n'en sommes pas réduits là. Nous avons pour témoins des miracles du Sauveur, non-seulement ses premiers disciples, mais toute la Judée, où la réalité de dos miracles ne fut jamais un sujet de doute et de dispute : les contemporains, faux zélateurs de Moïse, les attribuaient à un esprit étranger : leurs descendants les attribuèrent dans la suite à la vertu du nom Jéhova, dont ils s'imaginèrent que Jésus-Christ avait découvert la pronon-
ciation. Nous avons encore pour témoins de ces miracles les diverses provinces de l'empire romain, où ils furent publiés et confirmés par des prodiges de même genre. On ne les révoquait pas en doute, mais on les attribuait à la magie, et on leur opposa, dans la suite, les merveilles de certains philosophes , par exemple , d'un Apollonius de Tyane. Mais ce n'est pas de ce témoignage forcé, pour ainsi dire, que nous nous appuyons principalement, c'est do celui des Juifs et des gentils contemporains, qui, en croyant ces miracles, embrassèrent la doctrine qu'ils autorisaient : parce qu'il n'y a que des témoins de ce caractère qui nous paraissent vraiment éclairés, persuadés, judicieux. Or fut-il petit le nombre de ces témoins raisonnables?
Si vous procédiez donc ici avec toute la bonne foi que demande l'importance de la matière, au lieu de n'être occupés qu'à tout confondre et à tout brouiller, vous distingueriez trois classes des témoins contemporains des miracles du Sauveur. Dans la première, vous mettriez le gros de la nation juive, qui avouait la réalité des miracles sans en reconnaître la divinité. Dans la seconde, vous placeriez les apôtres et tous les autres disciples, soit publics, soit secrets , qui, ne doutant en aucune sorte des miracles, crurent en Jésus-Christ. Vous composeriez la troisième classe de cette multitude de Juifs et de gentils qui, immédiatement après la résurrection du Sauveur, crurent la divinité de ses miracles et embrassèrent la doctrine prêchée par les apôtres, et confirmée par les miracles qu'ils opéraient en son nom. Selon ces vues naturelles et seules vraies, vous considéreriez moins les apôtres comme témoins des miracles du Sauveur, que comme des hommes sensés, attentifs à en faire remarquer la divinité. Entendez, en etfet, saint Pierre, dans son premier discours aux Juifs de toute nation rassemblés autour de lui : se répand-il er. preuves pour les convaincre que Jésus-Christ a fait des miracles? il n'y pense seulement pas : il les en suppose aussi- pleinement convaincus, que de sa mort sur la croix. Que fait-il donc? il les en prend à témoin ; il leur en indique l'origine; il leur dévoile les desseins de la suprême sagesse, qui avait permis que l'Auteur de la vie périt par leurs mains; il leur montre ensuite que tout avait été prédit : O Israélites, écoutez les paroles que je vais vous dire. Jésus de Nazareth était un homme que Dieu avait autorisé parmi vous par les miracles, les prodiges et les effets surprenants qu il a opérés par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. (Act. ii, 22; x, 37 ; xxvi , 26.)
En suivant cette méthode , fondée sur l'histoire, vous auriez supprimé cette question ridicule : Les apôtres étaient-ils croyables sur les choses qu'ils publiaient ? C'est comme si vous demandiez : les apôtres étaient-ils croyables sur des faits publics et vus, ou du moins reconnus pour indubi-
Vou. ci-dessus, Preuves de la religion de Jésus-Christ, sect. i et 3.
DEFENSE DE LA RELIGION. — PART. If.
tables par tous ceux qu'ils on entretenaient? Vous n'auriez jK)int appelé les miracles des choses qui révoltent la ixiîson. Les miracles ne peuvent révolter qu'un spinosiste, c'està-dire, l'homme le moins raisonnable qu'il y ait sur la terre. Vous vous seriez épargné ces mensonges grossiers : Le peuple juif regarde les apôtres comme autant de visionnaires; il les désavoue; il dément tous les faits qu'ils publient ; il leur en démontre la fausseté, et leur en fait voir l absurdité. Dans quel monument de l'antiquité avez-vous trouvé que le peuple juif traita les apôtres de visionnaires, qu'il démentit les laits qu'ils publiaient, qu'il leur en démontra la fausseté, qu'il leur en fit voir l'absurdité? Kst-ce que chez vous, des menaces, des outrages, des supplices, sont des démonstrations? Ce fut là, cependant, toute la ressource des pharisiens, des sadducéens, des pontifes, des magistrats, de la nation contre les apôtres. Une telle conduite n'estelle pas une démonstration de la vérité des faits publiés par les apôtres? On n'a pas recours à la violence pour détruire des faits, quand il' suffit de les nier pour les anéantir.
VI. Que vos plaisanteries sont déplacées! qu'elles sont indécentes! En supposant sans aucune preuve et contre toute vérité qu'on démontre aux apôtres la fausseté des faits qu'ils publient, on ne les convainc pas, ditesvous ; les disciples de Jésus-Christ ne se piquent pas de savoir; ils laissent les raisonnements aux enfants du siècle ; on les voit Jtersister dans leur opinion; ils sont prêts, si 'on veut, à la sceller de leur sang : mais n'attendez pas d'eux d'autres raisons ni d'autres preuves des faits qu'ils avancent, que leur foi et leur persuasion.
Qui osa tenter de convaincre les apôtres? S'avise-t-on de vouloir convaincre un homme qui a de bons yeux, qu'il n'a pas vu ce qu'il a vu, et ce que ceux qui seraient assez fous pour vouloir le dissuader ont vu comme lui? Les disciples de Jésus -Christ ne se piquent pas de savoir. Non , les disciples de Jésus-Christ ne se piquent pas de savoir tout ce que savent les prétendus sages de leur temps; mais ils so piquent de savoir Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié (/ Cor. H, 2), parce qu'en sachant Jésus-Christ ils savaient ce qu'il y a de plus intéressant à l'homme de savoir, qui est de connaître Dieu, et de se connaître soi-même. Jls laissent les raisonnements aux enfants du siècle. Ont-ils tort? Les laits se prouvent-ils par raisonnements? VA d'ailleurs est-il nécessaire de raisonner pour prouver des faits non contestés, publics, avoués universellement, tels qu'étaient les miracles du Sauveur? S'ils en parlent au milieu de Jérusalem, ils en appellent aux yeux de leurs auditeurs; s'ils en parlent hors de Jérusalem, ils indiquent les lieux où les faits se sont passés, les personnes qui en ont été l'occasion et le sujet, celles qui en ont été les témoins, les diverses circonstances qui les
ont accompagnées; afin de mettre tout le d
OEUVRES COMFL. DE LK Vl\ ANÇOIS. II.
monde en état de vérifier ce qu'ils disent : ef pour épargner la peine de la vérification à leurs auditeurs, ils font en leur présence des mi-racles pareils à ceux qu'ils racontent. Voilà leurs preuves; assurément il n'en est point de meilleures en matière de faits, et de faits miraculeux. Aussi quel est le parti que prennent les auditeurs? Est-ce celui de nier? Les uns renoncent à leurs préjugés, demeurent convaincus que les miracles de Jésus-Christ ont Dieu pour principe, reçoivent la doctrine qu'ils autorisent, et en preuve de la sincérité de leur conviction, ils y conforment leurs pensées et leur conduite. Les autres persistent dans leurs préventions, ne veulent pas que ces miracles viennent de Dieu, et n'opposent aux prédicateurs que la violence. Si les prédicateurs avaient cédé à la violence, ils vous paraîtraient sans doute raisonnables. Mais quelle différence entre eux et des hommes de votre caractère 1 La vérité ne vous est rien, et les disciples de Jésus-Christ la préféraient à leur vie.
VIL Voilà, disent les incrédules, quels étaient les premiers sectateurs du Messie C'est ù leur témoignage seul qu'on est oblige de s'en rapporter sur ses miracles ; comme si Jésus-Christ n'était venu au monde que pour le salut d'-un petit nombre d'élus. On dirait qu'il a voulu passer sa vie au milieu de ses disciples sans daigner se faire connaître au reste des hommes. Sa nation même ne l'a point connu; il a fait tous ses miracles en Judée, mais il semble que ses disciples en aient été les seuls témoins.
Quand nous serions obligés, répondent les Chrétiens, de nous en rapporter au témoignage seul des premiers sectateurs do Jésus-Christ sur ses miracles, nous ne serions pas fort à plaindre. Un tel témoignage vaudrait mille fois plus que celui d'un million d'hommes semblables aux incrédules de nos jours, par rapport auxquels la vérité et le mensonge sont des choses égales. Mais on ne peut pas trop le répéter contre des adversaires de mauvaise foi : il est faux que nous soyons obligés de nous en rapporter sur les miracles de Jésus-Christ au témoignage seul des apôtres. Il faut joindre au témoignage des apôtres celui des Juifs contemporains qui, en avouant la réalité des miracles de Jésus-Christ, les attribuaient à un esprit étranger. Il faut joindre au témoignage des apôtres celui des Juifs contemporains qui entendant publier la résurrection de Jésus-Christ, la crurent, et reconnurent que ses miracles avaient eu Dieu pour principe. Il faut joindre au témoignage de.s apôtres celui îles gentils, qui, en voyant les miracles opérés par les t»pôtres et par leurs disciples au nom de Jésus-Christ ressuscité, embrassèrent le christianisme. Il faut joindre au témoignage des apôtres celui de leurs plus grands adversaires qui n'ont jamais osé nier les miracles de Jésus-Christ. En un mot, dès le siècle des apôtres, il y avait dans le monde un nombre infini de Chrétiens persuadés intimement des mi raies e Jésus-Christ : or ces Chrétiens n'avaient
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pu le devenir que par l'évidente des faits. Ce .sont donc autant de témoins qu'il faut joindre aux apôtres.
Si vous aviez quelque idée du Messie annoncé par les prophètes, vous ne seriez pas surpris devoir Jésus-Chris! borner son ministère à la Judée, y être méconnu, méprisé, crucifié, malgré l'éclat de ses miracles, ne s'y faire qu'un petit nombre de disciples durant sa vie, ne se montrer qu'à eux après sa résurrection, les charger de porter son nom et sa doctrine par toute la terre. C'est ainsi que devait se conduire, et que de vait être traité lo Messie.
VJJ1. V7ous ajoutez qu'une seule apparition de Jésus-Christ, après sa résurrection, aux pharisiens, aux docteurs de la loi, aux hommes éclairés, au peuple même eût fait sans doute plus d'impression sur l'esprit des Juifs incrédules, que toutes les assurances (pue donnaient ses disciples de ravoir vu ressuscité.
Mais qui vous l'a dit ? Outre que pour convertir les cœurs, il faut d'autres miracles que ceux qui frappent les sens : est-il vraisemblable que des hommes assezaveugles pour attribuer les miracles du Sauveur à Béelzébulh, ne l'eussent pas été assez pour attribuer à la même cause une apparition? Est-il vraisemblable que des hommes assez prévenus et déraisonnables pour ne pas se rendre aux miracles que les apôtres opéraient en preuves des assurances qu'ils donnaient d'avoir vu Jésus-Christ ressuscité, ne l'eussent pas été assez pour se refuser à une apparition? Eh 1 quel besoin avaient les pharisiens , les docteurs de la loi, les magistrats juifs que Jesus-Christ se montrât à eux pour leur notifier un fait dont ils ne pouvaient douter? N'en avaient-ils fias des preuves invincibles, et dans l'inutilité de toutes les précautions qu'ils avaient prises pour empêcher l'accomplissement de la promesse que le Sauveur leur avait faite de se ressusciter le troisième jour après sa mort; et dans le témoignage des gardes qu'ils avaient mis à son sépulcre ? Chaque soldat était pour eux un témoin irrécusable, puisqu'ils l'avaient euxmêmes choisi.
De plus, fallait-il que Notre-Seigneur, pour complaire à vos incrédules, manquât à sa parole? Il avait été envoyé aux brebis perdues d'Israël {Mat th. xv, 24) pour les faire rentrer dans le bercail. Que ne fit-il pas pour leur procurer ce bonheur inestimable? 11 faut l'entendre parler lui-même : Jérusalem, Jérusalem...; combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne l'as point voulu. (Matth. xxm, 37-39 ; Luc. xni.) Sa mission particulière à leur égard est désormais finie. Il ne les entretient plus que des maux prêts à fondre sur eux, à cause de leur ingratitude et de leur cruauté, et il leur déclare qu'ils ne le verront plus, jusqu'à ce qu'ils disent : Béni soii celui qui vient au nom du Seigneur. Il ne pouvait donc leur apparaître sans contredire lui-même sa propre prédiction. A qui devait-il apparaître? A ceux qu'il destinait à porter son
nom par tout l'univers dont il venait d'acquérir l'empire par son sang. Il apparaît en elfel h ces hommes .choisis pour un ministère si auguste : il boit, il mange, il converse avec eux, il s'en fait toucher. (Act.i.) Toute puissance, leur dit-il, m 'a été donnée dans le ciel et sur la terre : allez donc, instruisez toutes les nations [Matth. xxvm, 18, 19), etc. Il n'excepte pas même la nation juive ; oubliant, si j'ose parler ainsi, comme monarque universel, les injures qu'il avait reçues comme leur roi particulier.
Au reste, pour revenir à vos incrédules, si une apparition de Jésus-Christ aux pharisiens, aux docteurs de la loi, aux hommes éclairés eût fait impression sur la nation juive, quel effet cette impression aurait-elle sur le cœur de vos incrédules? La nation juive ne leur en paraîtrait qu'un peu plus fanatique. Qu'il est indifférent pour des hommes raisonnables d'avoir un grand ou un petit nombre de témoins de la résurrection de Jésus-Christ, pourvu qu'ils en aient un nombre suffisant I Est-ce que dans nos tribunaux, les juges hésitent à prononcer sur un fait attesté par un nombre suffisant de témoins? Si Jésus-Christ ne voulut avoir qu'un certain nombre de témoins de sa résurrection, c'est qu'il ne voulut en avoir que d'irréprochables.
JX. Eusèbe. Je veux bien convenir que les miracles de Jésus-Christ ayant élé faits en divers lieux de la Judée, et en présence d'un grand nombre de personnes, doivent passer pour des faits publics et indubitables. Mais on ne peut pas en dire autant de sa résurrection : Jésus-Christ n'apparut qu'à un petit nombre de disciples. Les incrédules ont-ils donc tort d'accuser de crédulité les Juifs et les gentils qui s'en rapportèrent sur un suiet si important à ce petit nombre de disciples? .
Il est vrai, mon cher Eusèbe, que le nombre des témoins de la résurrection du Sauveur n'était pas aussi grand que celui des témoins de ses miracles : mais il n'était pas non plus aussi petit que vous voudriez le faire entendre. Si les apôtres furent particulièrement choisis pour être témoins de ce fait, parce qu'ils étaient destinés à en répandre et soutenir la vérité parmi toutes les nations; si pour la même raison, ils en eurent les plus fortes preuves, ils ne furent cependant pas les seuls qui eurent l'avantage d*1 voir le Sauveur après qu'il fut sorti du tombeau. Saint Luc (xxiv, 33) dit expressément que quand Jésus-Christ apparut aux onze apôtres, il y avait d'autres disciples avec aux; et dans son livre des Actes (i, 15, 21, 22) il nous apprend que lorsqu'on voulut choisir un apôtre à la place de Judas, dont la principale qualité devait être qu'il pût rendre témoignage à la résurrection du Seigneur, il y avait six-vingt personnes présentes à cette élection, et capables de rendre un tel témoignage. Saint Paul (7 Cor. xv, G) assure aussi que Jésus-Christ, après sa résurrection, fut vu de plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart vivaient en-
core dans le temps qu'il s'autorisait do leur témoignage. L'accusation intentée par vos incrédules contre les premiers Chrétiens, étant destituée de preuve, ne mérite point de réponse. Sur quel fondement, sur quel prétexte même peuvent être soupçonnés de crédulité les premiers Chrétiens? Manquaient-ils de lumière, ces hommes les plus sages qu'il y eût alors sur la terre? Pouvaient-ils être trompés 5 moins qu'ils n'eussent voulu l'être, dans un temps où ils .'tvaient une facilité infinie de découvrir l'imposture? Pouvaient-ils vouloir être trompés dans un temps où croire c'était so dévouer à la mort? Mais, puisque vous le souhaitez, remanions mie seconde fois cette matière. Défendons nos pères dans la foi, c'est nous défendre nous-mêmes contre des calomniateurs.