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CHAPITRE VIT

Récapitulation abrégée des objections contre, les miracles de Jésus-Christ. — Coméqueuces qui en résultent.

Article 1. — Récapitulation abrégée des objections contre les miracles de Jésws-Chrisl.

I. Ce sont donc là, mon cher Eusèbe, les objections dont vous m'aviez menacé contre les miracles de Jésus-Christ. Qu'en pensezvous, après la discussion que nous venons d'en faire? Vous paraissent-elles être le fruit d'un examen de la religion, sérieux, impartial, approfondi, ou l'effet de la mauvaise foi, de la malignité, de la haine de la vérité, de l'ignorance? Je ne vous reproche pas de les avoir affaiblies par respect pour la religion, ni de m'en avoir dérobé les plus fortes par ménagement pour ma faiblesse. Je vous reprocherais bien plutôt, s'il est permis de juger îles incrédules par leurs ouvrages publics, d'avoir enchéri sur eux. Cependant vous me devez cette justice ; pour dissiper toutes ces difficultés si spécieuses, si vantées par les ennemis du christianisme, ai-je eu besoin de recourir à de subtils efforts, à des suppositions arbitraires ? Non, je n'ai eu besoin que de dévoiler les déguisements affectés , les interprétations forcées, les fausses suppositions des incrédules, et de montrer les faits dans leur simplicité naturelle.

II. Vous avez commencé par supposer que les miracles de Jésus-Christ n'avaient d'autre appui que les quatre Evangiles, ouvrages, selon vous, d'auteurs inconnus, ouvrages postérieurs à la ruine de Jérusalem, ouvrages aussi méprisables qu'un grand nombre d'autres du même genre, abandonnés par les Chrétiens du ni* siècle. Je vous ai forcé do convenir que votre supposition était sans fondement; parce que les miracles de Jésus-Christ ayant été crus avant que parussent les Evangiles, il fallait que leur certitude dépendît do leur notoriété : or q.uo les miracles du Sauveur aient été crus avant que parussent les Evangiles, le fait est indubitable; puisqu'il y avait avant les Evau-

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gilcs, une multitude de Chrétiens dans le monde, et que jamais il n'y a eu de Chrétiens qui n'aient été persuadés des miracles du Sauveur. Après avoir observé que quand les Evangiles ne seraient pas des auteurs dont ils portent les noms, il ne s'ensuivrait nullement que les fruits qui y sont recueillis, fussent faux : j'ai attaqué votre [(rétention au sujet de ces écrits; je vous ai fait voir qu'elle était insoutenable, que ces écrits appartenaient réellement aux auteurs dont ils portent les noms ; que les trois premiers étaient antérieurs à la ruine de Jérusalem; qu'il était absurde de les mettro au rang de ces Evangiles apocryphes que le mépris avec lequel ils furent accueillis ^\es premiers Chrétiens, fil rentrer dans le néant presque au moment qu'ils virent le jour.

Pour vous aider à sortir de l'embarras où je vous voyais réduit, je vous ai proposé deux voies, sans qu'il vous fût possible d'en imaginer une troisième. La première était d'opposer à la croyance uniforme des premiers Chrétiens au sujet des miracles du Sauveur, et de l'histoire de ces miracles, quelques contradicteurs contemporains éclairés et instruits. La seconde était d'assigner, dans cette longue suite de siècles écoulés depuis Jésus-Christ jusqu'à nous, quelque interruption dans la foi des Chrétiens au sujet des mômes faits. Mais comme ces deux voies vous ont paru impraticables, vous avez pris le parti de vous jeter dans des objections d'un autre genre.

111. Continuant de supposer contre l'évidence que lès évangélistes étaient les seuls témoins des miracles du Sauveur, vous en avez entrepris la critique, dans le dessein sans doute de les faire passer pour des écrivains mal informés, peu judicieux, ignorants, indignes par conséquent de toute confiance. D'abord vous vous êtes plaint amèrement de ce qu'on ne vous représentait pas le texte original de saint Matthieu ; mais assez sincère pour avouer qu'une bonne version est équivalente au texte original, vous avez cru décrier sans ressource le saint évan-gélis-te, en relevant quelques omissions et quelques répétitions dans la généalogie qu'il nous a la'ssée du Sauveur. Sentant sans doute le frivole de telles chicanes, pour vous en venger, vous avez exhalé votre mauvaise humeur contre les applications fréquentes qu'il fait avec tant de justesse des anciennes Écritures aux divers événements de la vie du Sauveur. Quant à saint Marc, comme il ne vous a paru qu'un plagiaire et un copiste, vous l'avez jugé indigne de vos coups, pour en venir plus promptement à saint Luc.

Certains faits omis par cet historien et rapportés par saint Matthieu ; d'autres au contraire omis par saint Matthieu et rapportés par saint Luc; la différence des généalogies du Sauveur dans ces deux évangélistes; le peu de conformité qu'il y a chez eux dans l'ordro et l'arrangement dès faits ; voilà quel a été le sujet do vos surprises affectées et do vos plaisanteries malignes. Quant à saint Jean, vous fcvez .cru pouvoir vous en

débarrasser, en le traduisant comme un petit platonicien de la fin du n* siècle.

IV. Peu satisfait sans doute du succès de vos efforts, qu'avez-vous fait ? Manquant do raisons, vous avez eu recours aux injures. Les évangélistes, avez-vous dit, étaient des imbéciles, des hommes épris de l'amour du merveilleux; ils ne débitent que des contes, enchérissant les uns sur les autres en chimères. Ce n'es\ pas tout; c'étaient des fanatiques, nés dans le pays du fanatisme, et plus fanatiques que leurs compatriotes.

Pour donner quelques couleurs à tant d'injures grossières, qu'avez vous fait encore? Vous avez déprimé les premiers Chrétiens, vous avez exalté Rome et ses historiens; vous avez étalé avec encore plus d'emphsse le mérite de Philon et de Josèphe; vous llattant de pouvoir décréditer nos évangélistes, autant par le silence des uns que par la croyance des autres.

V. Enfin, respectant aussi peu le Maître que les disciples, vous avez eu l'audace de porter une main sacrilège jusque sur sa personne adorable. Vous avez voulu- le rendre injuste, en l'accusant d'exiger qu'on crût en lui sans preuve et sans raison. Vous avez déprisé sa morale, en la mettant audessous de celle des philosophes grecs et romains. Vous avez opposé sa conduite à ses maximes. Vous lui avez imputé de parler et de raisonner sans justesse, d'autoriser les désordres, de se contredire, d'user de détours et de subtilités pour embarrasser ses adversaires. Vous savez avec quelle facilité et quelle force j'ai repoussé tous ces blasphèmes. Tirons les conséquences qui résultent des vains efforts de vos incrédules.

Article IL — Premières conséquences qui résultent des objections des incrédules. — Vérité des Evangiles. — Privilège singulier de la religion chrétienne. — Certitude des miracles de Jésus-Christ.

{.Première conséquence. — L'hisloiredes miracles du Sauveur mérite tout notre acquiescement et tous nos respects. En épuisant contre cette histoire toutes les ressources de l'incrédulité, suppositions fausses, déguisements artificieux, subtilités, mépris, plaisanteries, injures, vous n'avez fait, mon cher Eusèbe, que l'affermir, et mettre dans un plus grand jour son évidence. N'est-ce pas lui avoir imprimé le caractère le plus propre et le plus dislinctif de la vérité, qui est de se faire sentir à notre âme et de l'affecter invinciblement, quelque effort que nous fassions pour l'obscurcir? Ainsi l'histoire de Jésus-Christ est en quelque sorte redevable aux attaques de l'incrédulité.

11 nous paraissait manifeste qu'il avait été impossible de supposer ni d'altérer les Evangiles pendant la vie des apôtres qui n'eussent pu ignorer la fourberie, ni la taire; et do la part desquels le moindre signe do désaveu et d'improbation eût été décisif: que l'impossibilité subsista la même, tandis que subsistèrent les originaux écrits de la main des auteurs; parce que tandis qu'on put recourir aux originaux, c'était comme si

les écrivains eussent été vivants eux-mêmes: que l'impossibilité ne fit que croître dans la suite. Qui eût osé tenter l'imposture ? Une partie des Chrétiens? L'autre partie l'eut-elle souffert? Tous les Chrétiens ensemble ? Le concert entre des hommes de toute nation est-il possible? Les ennemis des Chrétiens ? Les Chrétiens y eussent-ils consenti ?

En deux mots, il nous paraissait manifeste qu'il avait été impossible dans tous les temps de supposer ou d'altérer une histoire écrite originairement dans une langue commune; répandue partout et traduite en plusieurs autres langues, dès les premiers moments de sa naissance; déposée entre les mains de plusieurs sociétés nombreuses, regardée par ces sociétés comme le titre primitif de leurs privilèges et de leurs espérances; citée dès sa première origine, par ses défenseurs et par ses adversaires ; adressée à différents corps en divers endroits de la terre; lue en public ; étudiée et méditée en particulier; prise pour règle de créance et pour juge des controverses par une foule de sectes diverses presque aussi anciennes qu'elle-même ; jamais accusée, jamais soupçonnée de supposition ou d'altération par ceux qui avaient le plus grand intérêt de dévoiler la fraude, et qui n'auraient pu l'ignorer, s'il y en avait eu, je veux dire par les apostats, par les hérétiques, par les Chrétiens scandaleux, que l'Eglise retranchait de sa communion, quand ils étaient incorrigibles ; enfin contenant un corps de doctrine si lié, si beau , si supérieur aux pensées humaines, qu'elle n'a pu dans aucun temps ne pas piquer la curiosité des esprits amis et ennemis. Tout cela nous paraissait manifeste; mais il manquait quelque chose à son évidence, c'était d'essuyer vos objections et d'en triompher. Jamais la lumière ne frappe plus vivement nos yeux, qu'en sortant des ténèbres qu'elle a dissipées elle-même.

II. Seconde conséquence. — La religion chrétienne a le privilège d'avoir une histoire de sa première ébauche, de sa formation, de ses progrès, écrite par des témoins oculaires dans le temps où les faits étaient récents, publics, notoires; privilège singulier qui la distingue de tous les établissements humains. Jetez les yeux sur les monuments historiques qui nous restent de l'antiquité : heureux ! si, au travers d'épaisses ténèbres, vous pouvez démêler quelques sombres rayons de lumière sur les commencements des grandes nations et des événements les plus célèbres. C'est que les premiers auteurs des grands établissements tout occupés de leur objet, appliqués aux moyens de réussir, embarrassés des dillicultés toujours imprévues, toujours renaissantes, ne pensent guère à instruire la postérité. Cp n'est ordinairement que longtemps après qu'on s'a- Yise de recueillir les faits sur des récits vagues, confus, incertains, contradictoires, qui, passant de bouche en bouche, su sont chargés d'uneintinilé do circonstances romanesques. Admirons ici la Providence. H n'en est

pas de la religion comme des ouvrages des hommes : ceux-ci ne paraissent que pour disparaître; rien donc de moins important qu'une connaissance exacte de tout ce qui concerne leur première origine. Mais la religion révélée une fois établie étant nécessaire pour tous les siècles, il fallait que les hommes qui naîtraient après son établissement, pussent la connaître, et s'assurer aussi certainement de sa vérité, que s'ils avaient vécu dans le temps de son établissement. Telle est notre position par rapport au christianisme : nous avons une histoire trèscirconstanciée de ses commencements et de ses progrès. Cette histoire a pour auteurs des hommes instruits de tout par leurs propres yeux, ou instruits par des témoins qui avaient tout vu. Elle est accompagnée et soutenue d'autres écrits des mêmes auteurs, adressés par ces auteurs mêmes aux Eglises nombreuses qu'ils avaient fondées: en sorte que les écrivains, leurs écrits, les faits sont aussi connus, aussi réels, aussi certains que ces Eglises mêmes. La plupart de ces Eglises subsistent, sans avoir jamais cessé de se communiquer les unes aux autres les ouvrages qu'elles tenaient de leurs fondateurs, de parler de ces fondateurs, de lire leurs ouvrages, de s'entretenir des faits consignés dans leurs ouvrages. Ajoutez les témoignages contemporains d'amis, d'ennemis, d'indifférents, et parlez-moi avec sincérité: ne vous croyez-vous pas aussi assuré des faits de l'Evangile, que si vous les aviez vus ?

III. Troisième conséquence. — Les miracles de Jésus-Christ sont certains. C'était 15 l'objet de notre controverse. Vous n'avez entrepris do combattre les Evangiles que pour détruire les miracles. Vrous le voyez : vos efforts contre les Evangiles en ont affermi la vérité ; donc les miracles sont certains. Vous n'avez plus à espérer de la part, des incrédules de nouvelles objections : vous avez dit tout ce qu'ils disent et tout ce qu'ils peuvent dire.

Si je vous croyais encore flottant et indécis, je vous prierais d'envisager ces faits, en eux-mêmes, du côté de leur auteur, du côté des témoins oculaires qui les répandirent dans le monde, du côté des contemporains qui les reçurent, du côté des suites qu'ils eureat, du côté des canaux par lesquels ils sont venus jusqu'à nous.

Jamais il n'y eut de faits plus éclatants. Où se passent-ils? Est-ce dans une contrée inconnue, dans quelques bourgades, en présence de quelques témoins, durant quelques intervalles? C'est dans une province considérable de l'empire romain, au milieu des villes, aux yeux de tout un peuple, pendant l'espaco de trois ou quatre années entières. Jamais il n'y eut de faits plus intéressants par leur nature. Sont-ce des merveilles propres seulement h attirer l'attention de quelques curieux oisifs, ou desquelles puissent juger les- savants seuls du premier ordre? Ce sont des merveilles propres à attirer une foule de spectateurs; des

OEUVRES COMPLETES DE LE FlUiNÇOIS.

merveilles de bonté qui tendent toutes nu soulagement et à l'instruction des misérar-

Mes ; des merveilles dont l'ignorant, do môme que le savant, peut sentir en lui-même les effets salutaires, et les voir dans les autres. Jamais il n'y eut de faits plus intéressants par leur fin. Sont-ce des prodiges opérés pour amuser et divertir un peuple ignorant? Ce sont des prodiges opérés en présence d'un peuple pour lui persuader qu'il a au milieu de lui et devant ses yeux le libérateur promis aux hommes dés l'origine du monde, attendu par ses pères, annoncé par ses prophètes pour être sa lumière, son médecin, une source intarissable de bénédictions éternelles pour toutes Jes nations.

Ces faits, si intéressants par leur éclat, par leur nature et par leur fin, le sont encore plus par leur auteur. Qui jamais fut plus connu, plus public, si je puis parler ainsi, que Jésus-Christ Notre-Seigneur, et durant sa vie, et par sa mort, et après sa mort? Célèbre durant sa vie en Judée et en Syrie, s'il meurt sur une croix a la vue d'une multitude de peuples divers, ce n'est que pour que son nom soit porté d'une extrémité de la terre à l'autre. En elfet, quelques semaines après sa mort, ses disciples volent de toutes parts ; ils l'annoncent partout. Commençant par Jérusalem, où leur maître s'est donné en spectacle, ils y publient sa résurrection, et prennent à témoin de ses œuvres admirables les yeux mêmes de ses auditeurs. De la, se dispersant dans le monde, ils prêchent partout les mêmes œuvres; el, pour confirmer leur témoignage, ils en font eux-mêmes de. pareilles. On reçoit leur témoignage; on cède à leurs preuves. En vain les pontifes, les princes, les magistrats s'opposent a leur zèle et -à leurs miracles, ils fondent à Jérusalem, à Antioche, à Ephèse, à Corinthe, etc., des Eglises nombreuses. La foi des nouveaux prosélytes qui composent ces Eglises nombreuses ne consiste pas dans une conviction stérile de la réalité des faits ; elle a les suites les plus heureuses et les plus solides. Les Juifs et Jes païens, en se faisant Chrétiens, deviennent d'autres hommes : les premiers renoncent à leurs préjugés, les derniers renoncent à leurs superstitions; tous adorent Jésus-Christ, embrassent sa doctrine, changent de pensées et de mœurs ; tous sont prêts à sceller de leur sang leur foi et leur reconnaissance. Dès ces premiers moments les idoles ébranlées tombent bientôt après, les oracles menteurs deviennent muets, les fausses divinités disparaissent, le seul Dieu véritable est reconnu.

Tous ces faits, dont nous voyons encore de nos yeux les suites et les effets, nous sont transmis par le canal, non d'une seule famille ni même d'un seul peuple ; mais par les canaux d'une multitude de familles, d'une multitude dépeuples qui, sans variation, sans interruption, depuis près de dixhuit cents ans, è commencer au temps où cos faits se sont passés, les ont toujours constamment crus et publiés : en sorte qu'il

est aussi lacile de remonter, par ees canaux, à Jésus-Christ et à ses miracles, qu'il est facile de remonter, par la tradition du peuple français, à Henri IV et aux principaux événements de sa vie. Ainsi, connue il serait de la dernière absurdité de prétendre que les témoins oculaires des principaux événements de la vie de Henri IV aient pu se tromper en s'imaginant de voir ce qu'ils ne voyaient pas, ou qu'ils aient pu tromper leurs contemporains en convenant ensemble de leur en imposer : de même il serait de la dernière absurdité de prétendre que les témoins oculaires des miracles de Jésus-Christ aient pu se tromper en s'imaginant de voir co qu'ils ne voyaient pas, ou qu'ils aient pu tromper leurs contemporains, en convenant ensemble de leur en imposer. Or, posée l'impossibilité que les contemporains des témoins oculaires des miracles de Jésus-Christ aient été trompés, il est évident qu'il est impossible que ces contemporains aient trompé leurs contemporains, ainsi de suite jusqu'à nous, parce qu'il est évident d'un côté que tout complot d'imposture est impossible entre tant d'hommes de diverses nations; et de l'autre, que sans un complot l'imposture a été impossible dans tous les âges.

Ajoutez à cette tradition orale des miracles de Jésus-Christ les livres que nous appelons le Nouveau Testament, où les détails et les circonstances de ces faits sont consignés, livres écrits par les témoins oculaires ou par des contemporains sous les yeux des témoins oculaires; livres reçus et révérés par les contemporains, conservés par religion, lus et médités avec respect, cités par les plus grands hommes contemporains dans leurs ouvrages, ouvrages cités à leur tour par d'autres écrivains contemporains, ainsi d'âge en âge jusqu'à nous. Ajoutez encore les témoignages rendus aux mêmes faits par les ennemis. Je vous défie, et tous les esprits forts, de douter sérieusement des miracles de Jésus-Christ.

IV. Direz vous que s'il ne s'agissait que de faits naturels, vous ne vous sentiriez pas maître de vous refuser à tant de témoignages; mais, qu'étant ici question de faits surnaturels, vous vous croyez en droit de suspendre votre acquiescement.

Je vous ai fait souvent remarquer que ce n'était là qu'une pure défaite que la raison désavoue. Un fait naturel el un fait surnaturel do dilfèrent que par rapport à leurs causes : l'un est produit par un agent naturel ; l'autre est produit par une cause supérieure à la nature; mais l'un et l'autre ^ont également possibles , également visibles , par conséquent également susceptibles de témoignages certains et indubitables; par conséquent vous ne devez pas vous croire plus en droit de rejeter l'un que l'autre, quand ils vous sont également attestés, je veux dire, quand vous êtes également, sûr que les témoins qui les déposent, ontbien vu, et qu'ils veulent vous dire vrai

Supposons, en effet, que vingt personnes, dont les lumières et la probité vous sont

connues, vqus racontent qu'ayant vu la main d un tel hommo desséchée, sans mouvement et' sans vie, elles viennent de la voir pleine de sentiment et do force, et que ce changement est arrivé tout d'un coup en leur présence, par la simple parole d'un passant. Voilà trois faits : je vous demande lequel des trois vous vous croiriez en droit de rejeter? Ce no serait pas le premier; une main desséchée et privée de mouvement est un objet naturel :ce ne serait pas le second; une main pleine de force et de sentiment est encore un objet naturel. Serait-ce le troisième? Mais , outre qu'il est une conséquence nécessaire des deux premiers, s'il est impossible à un agent naturel, est-il impossible à l'agent suprême? Ne tombe-t-il pas souslessens? N'est-il pas aussi visible que les deux premiers? Par conséquent, si ce serait abuser de votre liberté, que de ne pas vous rendre au témoignage de ces vingt personnes sur le premier et le second état de la main, il est manifeste que ce serait en abuser, que de ne pas vous y rendre sur le miracle. Je ne trouve pas mauvais que vous n'ajoutiez point foi au premier venu qui vous raconte des miracles. Des laits de ce genre sont de trop grande conséquence pour être admis sans examen. Je veux que vous sondiez les témoins, leurs lumières, leur probité, leur sincérité : niais, quand après un examen approfondi vous éles assuré qu'ils ont bien vu et qu'ils veulent vous dire vrai , voire incrédulité serait bizarre et ridicule. Or , il n'est point de faits mieux constatés que les miracles de Jésus-Christ. V. Eusèbe. Je l'avoue, les preuves des fa ils de l'Evangile me paraissent fortes; mais elles ne me paraissent pas suffisantes pour donner a ces faits toute la certitude que je voudrais y trouver. Caries témoins oculaires qui les publièrent et qui les écrivirent , de moine que les contemporains qui reçurent leur témoignage et qui adoptèrent leurs écrits, furent disciples du Sauveur, ou le devinrent; par conséquent , n'eurent ni des passions opposées ni des intérêts divers. Or, pour être assuré d'un fait invariablement, il faut (/uclcs témoins (fui le rapportent aient des passions opposées et des intérêts divers. Sans cela, je ne puis appuyer ma certitude que sur leur probité et leur sincérité ; mais quel fond puis -je faire sur la probité et la sincérité de tel et tel homme en particulier? Ce sont là des qualités cachées dans l'intérieur du cœur; elles fuient mes sens, et mes regards ne sauraient y atteindre. L'examen

3ue j'en ferais ne pourrait me donner que es conjectures et des probabilités. Il n'en est pas do même des passions : elles sont propres à l'humanité. Ainsi, lorsque je vois plusieurs personnes se réunir, malgré l'opposition de leurs passions et la diversité de leurs interdis, de déposition d'un même fait, je suis assuré, en conséquence des lois (pie suivent les esprits, que la seule vérité les fait parler.

Si, pour êlre assuré d'un fait, mon cher Eusèbe, il ne vous fallait que des témoins,

qui eussent eu des passions opposées et des intérêts divers avant de croire le fait qu'ils déposent, quelle devrait être votre certitudo à l'égard des faits de l'Evangile? Les premiers témoins, soit Juifs, soit gentils, des faits de l'Evangile, avant de les croire, avaient non-seulement des passions opposées et des intérêts divers : mais préjugés de l'enfance, préjugés de religion, usages, coutumes, penchants, tout s'opposait en eux à la réception des faits de l'Evangile, en sorte qu'ils ne purent être déterminés à les recevoir, que 'par îa force de l'évidence.

Mais, si vous exigez de ces témoins qu'en recevant les faits de l'Evangile, ils aient continué de conserver leurs passions opposées et d'avoir des intérêts divers ; ce serait trop exiger, et en même temps trop peu exiger. Je dis que ce serait trop exiger, car ce serait vouloir que la vérité n'eût eu sur eux aucun pouvoir, qu'elle n'eût fait aucune impression sur leurs cœurs, qu'elle ne leur eût point fait embrasser la doctrine doutées faits étaient la preuve, ou, qu'en la leur faisant embrasser, elle n'eût rien chan&é ni dans leurs pensées, ni dans leurs mœuts, ni dans leur conduite 11 est donc manifeste que ce serait trop exiger. J'ai ajouté que ce serait en môme temps trop peu exiger; ce qui n'est (tas moins manifeste : je veux que la vérité de ces faits ait été tellement sentie par ces premiers témoins, soit oculaires, soit contemporains, qu'elle n'ait laissé subsister dans leurs cœurs que l'amour d'ellemême, et qu'elle y ait éteint toute autre passion, tout autre intérêt. Telle fût réellement son impression sur les premiers Chrétiens. Si les victoires remportées par Louis XV sur les alliés dans la dernière guerre, lui avaient gagné de telle manière les cœurs des alliés, qu'ils se fussent tous soumis h son empire, et qu'ils n'eussent plus voulu avoir d'autre roi, le témoignage que ces nouveaux sujets rendraient d'une même voix avec les anciens , à ses victoires , en serait -il moins fort et moins croyable.

r Si cependant il vous faut absolument des témoins qui aient eu des passions opposées et des intérêts divers, et qui, toutefois, aient reconnu la réalité des miracles du Sauveur, il est aisé de vous en fournir. Les Juifs cl les païens, si peu -d'accord entre eux, les ont avoués, ces miracles, et dans le temps de leur publication , et dans les siècles suivants, quoiqu'ils fussent les ennemis, déclarés , et de Jésus-Christ et des Chrétiens.

S'il vous faut même parmi les Chrétiens, des témoins agités par (les passions opposées et par des intérêts divers, vous en trouverez. Ce ne sera pas, il est vrai, parmi les vrais disciples du Sauveur; mais dès les temps apostoliques , combien de faux Chrétiens I combien de docteurs judaïsants ! combien d'hommes hardis, téméraires, ennemis do la croixl tous néanmoins éLaient convaincus do la vérité des miracles.

Mais je suis surpris ue vous voir faire

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UKtYKES COMPLETES DE LU FRANÇOIS.

dépendre de l'opposition des passions et de (a diversité des intérêts la certitude du témoignage. Qui s'est jamais avisé, avant de recevoir la déposition de quelques témoins sur un fait, de chercher dans ces témoins, des passions opposées et des intérêts divers? Ce 'ju'on y cherche, au contraire, n'est-ce p;is l'exemption de [lassions? On veut, pour les ?roire, qu'ils soient instruits, sincères, pleins d'honneur et de prohité , dégagés de prévention, en un mot, qu'ils n'aient point d'autre intérêt, dans leur déposition, que celui de la vérité.

Mais, dites-vous, ces qualités sont cachées dans le cœur : qui peut y pénétrer pour y découvrir tous les ressorts mystérieux qui le font mouvoir?

Pour découvrir ces qualités , il n'est pas nécessaire de descendre dans Vhomme, le flambeau à la main. Quand elles sont le mobile de son cœur, elles se manifestent d'elles-mêmes. Il n'est pas plus difficile de les apercevoir que les passions qui l'agitent. Il est des marques de sincérité qui sont telles qu'il est impossible au mensonge de s'en couvrir. Et si, selon vous, il est impossible à l'erreur de réunir plusieurs témoins dans la déposition d'un même fait , à cause de leurs passions opposées et de leurs intérêts divers, il est encore plus difficile à la fourberie de réunir dans plusieurs témoins toutes les marques de sincérité qui se montrent à découvert dans les témoins des faits de l'Evangile.

Je conviens qu'en bien des occasions, la règle que vous avancez pour s'assurer des faits rapportés par des témoins, peut être d'un grand usage; car hélas ! l'amour de la vérité n'est pas la passion dominante de tous les hommes; mais en faire une règle générale pour tous les faits, la donner comme le fondement unique de la certitude morale, prétendre qu'il ne peut résulter de l'examen de toute autre qualité que des conjectures et des probabilités; ce serait détruire la certitude même que vous voulez établir. Car s'il était possible moralement que la déposition de témoins tels que les premiers Chrétiens, fût douteuse; il serait bien plus possible moralement qu'un certain nombre de témoins de diverses nations et de diverses conditions, s'accordassent par un caprice bizarre, ou se rencontrassent par une espèce de hasard, dans les mêmes passions et dans les mêmes intérêts.

VI. N'insistons pas davantage à prouver des faits éclatants, intéressants, vus et crus par une foule de spectateurs amis et ennemis, publiés dans tout le monde par des témoins oculaires, reçus par un nombre inlini de contemporains. S il suffit à tout homme raisonnable pour croire un témoin, d'être assuré que ce témoin a bien vu, et qu'il veut lui dire vrai; ne faut-il pas pousser l'incrédulité jusqu'à la folie pour balancer à croire des milliers de témoins, dont on est assuré qu'ils ont bien vu et qu'ils veulent dire vrai? Tels sont les apôtres, tels sont les Juifs uui couiuosèrent la première Eglise de Jé-

rusalem; tels sont les gentils qui embrassèrent le christianisme à Antioche, à Home, à 1 hessalonique, etc. Jamais il n'y a eu de témoins plus religieux, plus sincères, plus simples, plus éclairés, plus persuadés, plus vertueux, plus constants, plus désintéressés, plus amateurs du genre humain. Ils ne peuvent avoir cru les faits qu'ils déposent, qu'à cause de leui évidence, parce que ces faits étaient de nature à ne favoriser aucune de leurs passions. Ils ne peuvent avoir attesté ces faits par aucun autre motif que par l'amour de la vérité; parce que, pour les attester, il fallait renoncera toute espérance humaine

Supputer ici, avec certains écrivains, les différents degrés de certitude que peuvent procurer plusieurs témoins, c'est abuser de ses talents. Chaque apôtre en particulier rendant témoignage aux miracles de Jésus- Christ, et confirmant son témoignage par les miracles qu'il faisait lui-même, donnait une certitude entière. On était sûr qu'il n'était ni trompé ni fourbe. Il était visible que l'unique passion qui le remuait, l'unique intérêt (jui le faisait agir, était l'amour de la vérité; que toute autre passion, tout autre intérêt, ne pouvait imiter ni son langage, ni sa conduite, ni ses œuvres.

Mais ici il ne s'agit ni de chaque apôtre en particulier, ni d'un certain nombre de témoins : il s'agit de tous les apôtres, il s'agit des Juifs et des gentils, qui, à la prédication des apôtres, à Ta vue de leurs miracles, crurent les miracles du Sauveur et embrassèrent sa doctrine. Il s'agit par conséquent d'un nombre prodigieux de témoins de toute nation, de tout sexe, de toute condition. Vous ne pouvez rejeter la déposition de tant de témoins qu'en les supposant ou trompés ou trompeurs. Choisissez de ces deux suppositions celle qu'il vous plaira : mais où ce choix vous conduira-t-il ? A admettre un miracle tout aussi difficile à croire que ceux que vous ne voulez pas admettre.

Premièrement, si vous supposez que tous ces témoins furent trompés, vous devez supposer, en conséquence, qu'ils crurent voir et loucher des choses qu'ils ne virent et ne louchèrent point; qu'ils crurent, par exemple, voir des morts ressuscites ; ;des estropié.*, des aveugles,', des malades guéris, quoiqu'il n'y eût rien de réel dans ces objets. Vous devez donc supposer qu'il y eut dans les sens de tous ces témoins les mêmes impressions que si les objets qu'ils croyaient apercevoir eussent été réels et présents : or, de telles impressions seraient un vrai renversement des lois de la nature relatives aux sens, par conséquent un vrai miracle. Est-il plus contraire à l'ordre de la nature de ressusciter un mort, que de le représenter ressuscité aux yeux d un grand nombre de personnes, sans le ressusciter en ell'et et sans le rendre présent?

Secondement, si vous supposez que tous ces témoins des miracles de Jésus-Christ furent trompeurs, vous devez supposer, eu conséquence, que, sans intérêt, sans espé-

II Si

lïS2

ranee, sans passion, renonçant mètue à lout intérêt, à toute espérance, à toute passion, h leur repos, à leurs biens, à leur vie, ils tramèrent le complot d'en imposer a leurs contemporains : or, un tel complot est encore plus contraire aux lois de l'humanité, que les faits que ces témoins annonçaient le sont aux lois de la nature. Faudrait-il une moindre puissance pour suspendre l'action de tous les sentiments naturels du cœur dans un si grand nombre d'hommes, que pour produire des effets supérieurs au cours de la nature? Par quelle efficace tant d'hommes pourraient-ils être déterminés à violer toutes les règles de leur conduite ordinaire , si ce n'est par une impression miraculeuse?

VII. Direz-vous que les faits de l'Evangile pouvaient avoir quelque force sur l'esprit des contemporains; mais que ces faits affaiblis par l'éloignement n'en peuvent plus avoir sur le nôtre.

Si je vous tenais un pareil discours touchant d'anciens faits naturels, par exemple, touchant l'existence d'Alexandre ou de Cé% sar, vous aurii z de la peine à ne pas laisser éclater les sentiments de mépris dont je vous paraîtrais digne. Pourquoi donc les faits de l'Evangile étant appuyés de meilleures preuves que tous les autres faits anciens, vous paraîtraient-ils douteux à cause de la dislance des temps? Ne confondez pas l'impression sensible avec la conviction. Il est vrai que l'impression sensible que fait sur nous un événement va en diminuant à mesure que l'événement s'éloigne. Nous sommes moins touchés de ce que nous apprenons par récit que de ce qui se passe sous nos yeux. Un fait que nous vîmes il y a dix ans, ne fait pas sur nous la même impression que dans le temps qu'il frappa notre vue. Mais en sommes-nous moins convaincus? Non : parce que nous n'en sommes pas moins assurés. La distance des temps ne change rien aux preuves; par conséquent elle ne change rien a la ccititude. Si les contemporains ont eu des raisons de croire, les mêmes raisons subsistent; par conséquent elles doivent produire la même conviction dans nos esprits.

VIII. Direz-vous enfin, d'après l'auteur des Pensées philosophiques, que toutes ces preuves, tirées du témoignage! des hommes, ne saui aient produire qu'une certitude morale?

Les faits dont nous ne sommes, ou dont nous n'avons pas été témoins, ne sont point susceptibles d'un autre genre de preuve. Mais qu'importe? Si d'un côté la certitude morale est équivalente à la certitude physique, et de l'autre, si la certitude physique est équivalente à la certitude métaphysique, jo veux dire, si la certitude ou la conviction que nous avons de certains faits attestés par les hommes est aussi pleine et aussi entière (pie la certitude ou conviction que nous avons des faits que nous voyons ou que nous avons vus ^ce qu'on appelle certitude physique), et si la certitude que nous avons des faits que nous voyons ou que nous avoui vus

est aussi pleine que la eertitude que nous avons de la vérité de certaines propositions conçues clairement (ce qu'on appelle certitude métaphysique).

Vous n'avez pas vu la ville de Rome; vous n'avez pas vu lé" roi Henri IV. Voilà deux faits dont vous n'avez que des preuves morales tirées du témoignage des hommes , et dont vous n'avez par conséquent qu'une certitude morale. Dites-moi , je vous prie , si la certitude que vous avez de la vérité de ces deux faits est moindre que celle que vous avez de l'existence de la ville de Paris où vous êtes. Or, pesez bien les preuves sur lesquelles portent les faits de l'Evangile , vous conviendrez que vous êtes aussi assuré de la vérité de ces faits que vous êtes assuré qu'il y a une ville de Rome, qu'il y a eu un roi Henri IV. Par conséquent la difficulté que vous faites ne peut pas suspendre un moment votre foi. Si vous aviez été témoin oculaire des faits de l'Evangile, vous n'auriez pas hésité à les croire sous prétexte que vous n'aviez de ces faits qu'une certitude physique , et non une certitude métaphysique. Ce prétexte , s'il se lût présenté à votre esprit , vous eût paru bizarre et riuicule, parce que la certitude physique est équivalente à la certitude métaphysique en genre de certitude. Par conséquent, puisque la certitude morale que vous avez de ces mêmes faits est équivalente à la certitude physique, il est manifeste que vous avez, des miracles de Jésus-Christ, toute la certitude nécessaire.

Il y a de la différence, sans doute, entre la certitude métaphysique, la certitude physique , la certitude morale, et du côté de leurs objets, et d.u côté de leurs fondements. L'objet de la certitude métaphysique est nécessaire et immuable ; l'objet de la certitudo physique et de la certitude morale ne l'est pas. La première a pour fondement le rapport des idées ; la seconde, le témoignage des sens ; la troisième, le témoignage des hommes. Mais comme les objets de ces trois certitudes peuvent être également vrais, de même nous pouvons en être également assurés , parce que le motif do notre certitude est le même , je veux dire la suprême véracité de Dieu. En effet , pourquoi suis-je pleinement convaincu sur le rapport de mes idées que le tout est plus grand qu'une de ses parties ? C'est parce que je sais qu'ayant reçu de l'Auteur de mon être les idées pour juger des vérités abstraites, si je me trompais en les prenant pour guides, mon erreur serait invincible et retomberait sur l'Auteur de mon être. Or, c'est du môme Auteur que j'ai reçu les sens pour juger des choses sensibles. C'est le même Auteur qui m'a donné le témoignage d^s hommes pour juger des choses [tassées ou éloignées à mon égard. Ainsi toute certitude véritable est métaphysique ; c'est Dieu qui m'instruit et qui m'éclaire par les idées sur les choses abstraites, par les sens sur les choses sensibles, par les hommes sur les choses passées.

Aussi ne suis-je pas moins certain que le

soleil éclaira hier la terre , et qu'il y avait une ville de Rome il y a deux mille ans, que je suis certain que 2 et 2 font î, quoique je no sois certain des deux premières vérités que par mes sens et par le témoignage des hommes, et que je sois certain de la troisième par mes idées. Posé Dieu , je crois sans hésiter toutes les vérités dont j'ai Une perception claire, soit que celte perception me vienne de mes idées , soit qu'elle me vienne de mes sens ou des hommes. Oté Dieu, suis-je dans une illusion générale et universelle ou n'y suis-jo pas? Je l'ignore. L'unique certitude qui me reste est que j'existe dans l'instant actuel sans être assuré en aucune sorte que je serai dans l'instant suivant.

Article III. — Dernière conséquence qui résulte des objections des incrédules. — Divinité de la doctrine de Jésus-Christ.

I. Quatrième conséquence. — La doctrine de Jésus-Christ est divine. Vous ne pouvez plus, mon cher Eusèbe, vous défendre, c'est vous-même qui avez établi l'état de notre controverse. Vous l'avez réduit à cette proposition très-simple: Jésus-Christ a-t-il fait des miracles ? Si Jésus-Christ n"a point fait de miracles , quelque belle que puisse être sa doctrine , elle n'a d'autorité que celle qu'elle tire de sa propre évidence ; il est permis de l'examiner; on doit môme le faire avant de la recevoir. Mais si Jésus-Christ a fait des miracles , plus d'examen , plus de dispute , il faut le croire : Dieu parle par sa bouche. Sa doctrine est divine. La proposition m'a paru aussi raisonnable qu'importante.

II. Le devoir le plus essentiel et le plus indispensable de l'homme est d'honorer l'Auteur de son être de la manière dont il veut être honoré ; ce dernier est donc commun à tous les hommes : une religion révélée leur est donc nécessaire ; car comment tous les hommes ignorants et savants pourraient-ils , par leurs propres recherches, atteindre à la connaissance de tous les droits sacrés du Créateur sur eux? 11 faut donc que le Créateur leur parle et les instruise. Il pourrait sans doute parler à chacun en particulier, les convaincre de la révélation de ses volontés , au moins par une opération intérieure et secrète en perpétuer continuellement l'impression pour soutenir leur foi. Mais celte manière de leur parler a cet inconvénient que les laissant dans l'impossibilité de se prouver les uns

aux autres la vérité de leur religion et de leur croyance, il les laisserait exposés à tous les traits des hommes superbes et voluptueux, par conséquent indociles et moqueurs , tels qu'on en voit de nos jours. Rien, au contraire, de plus simple et de plus efficace pour établir une religion et une croyance commune et universelle, que la voie des miracles, qui, dans une même impression , peuvent convaincre une infinité de témoins, que c'est Dieu qui parle, cl les iiiollic en étal de convaincre leurs conlcm-

porains et la postérité de tous les siècles futurs. La voie des miracles est aussi de tous les moyens, celui qui est le plus proportionné h l'état de l'esprit des hommes. Quelque l>ornées que soient nos lumières , ïï est un certain nombre de vérités que nous ne saurions ignorer ; de ce nombre sont les deux suivantes : la première, que l'Auteur seul de la nature peut en renverser los lois et faire des miracles ; la seconde, qu'il ne peut nous induire en erreur, et que s'il nous parle par les miracles, il nous appelle à la connaissance do la vérité. Ces deux vérités si simples et si claires n'ont pu être obscurcies dans notre esprit. La plus légère attention y ramène les plus stupides el les plus égarés.

III. Vous voyez, mon cher Eusèbe, que je ne fais que développer vos propres pensées, en lesrappelanlàleurs principes. C'estdonc la raison la plus pure qui vous a inspiré du réduire toute la controverse à celte question : Jésus-Christ a-t-il fait des miracles? Or, il est démontré qu'il en a fait : donc sa doctrine est divine; donc, quelque incompréhensible qu'elle puisse nous paraître, il demeure évident qu'elle est véritable ; puisque Dieu qui ne peut ni se tromper ni nous tromper, en est l'auteur. La controverse est donc Unie.

IV. Pourrait-il encore vous rester des difficultés? Auriez-vous, par exemple, quelque doute sur le principe des miracles de Jésus-Christ? Cela n'est pas possible: Jésus-Christ n'agissait qu'au nom de Dieu (Act. n) : autant qu'il est évident qu'il remplit la Judée de miracles bienfaisants, autant l'est-il que Dieu était en lui, les opérant par sa puissance et par sa miséricorde. Auriez-vous quelque doute sur la nature de ces prodiges, je veux dire, douteriez-vous si ces prodiges sont de vrais miracles ? Cela n'est pas possible; autant qu'il est évident que la Providence suit certaines lois d;ms le gouvernement du monde, autant l'est-il que les prodiges de Jésus-Christ ne sont pas une suite de ces lois.

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