‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 147 sur 163 · L'état où se trouvent les Juifs depuis · texte numérisé non relu

L'état où se trouvent les Juifs depuis

tant de siècles, je veux dire leur dispersion par toute la terre, leur humiliation, leur conservation, doit vous paraître un étal bien singulier et bien étonnant. Cet événement est unique dans la nature. Il est impossible d'en trouver un autre exemple dans l'histoire dos peuples qui ont existé ou qui existent aujourd'hui. Si je vous fais voir que Jésus-Christ avait prévu cet événement, et qu'il l'avait annoncé en termes clairs et précis, lui refuserez-vous le titre de prophète? nierez-vous que sa doctrine soit confirmée par des prophéties, de môme qu'elle l'est par des miracles?

II. Bien des siècles avant Jésus-Christ les prophètes avaient annoncé que les Juifs rejetteraient le Messie, et qu'en punition de leur aveuglement, ils seraient chassés de leur terre et dispersés parmi les nations, au milieu desquelles ils seraient conservés sans se confondre avec elles. Les enfants d'Israël, avait dit Osée, seront pendant un long temps sans roi, sans prince, sans sacrifice, sans autel, sans éphod ou vêtement sacerdotal, sans théraphins ou chérubins qui couvraient l'arche. Après cela les enfants d'Israël reviendront, ils chercheront le Seigneur leur Dieu et David leur roi, et dans les derniers jours ils recevront avec une frayeur respectueuse le Seigneur et les grâces qu'il leur doit faire. (Osée ni, 4-, 5.)

ls;iïe, après avoir peint le Messie comme celui dont Dieu prendra la défense, qu'il a choisi, en qui il a mis toute son affection, qu'il h rempli de son esprit, qui doit rendre la justice aux nations, juger en faveur de la vérité, établir la justice sur la terre, duquel les îles attendront la toi, qui est établi pour être le Médiateur de l'alliance du peuple et la lumière des nations, pour ouvrir les yeux aux aveugles, pour tirer des fers ceux qui sont enchaînés et pour faire sortir de prison ceux qui sont assis dans les ténèbres; après avoir invité à chanter au Seigneur un cantique nouveau, les îles et ceux qui les habitent, il avait appelé le peuple d'Israël un peuple aveugle et sourd (Isa. xlii, 1 seq.); il l'avait représenté comme dispersé dans tous les lieux du monde, à l'Orient, au Couchant, au Septentrion, au Midi, en punition de son aveuglement et de sa surdité, mais toujours sous la protection de Dieu, qui le conserve pour lui, qui doit le ramener en lui ouvrant les yeux et en le rendant docile à sa voix. (Ibid.,19; xlii, 5 seq.) Ce prophète est plein des mêmes objets en plusieurs autres lieux de ses prophéties.

Jérémie ne s'était pas expliqué en termes moins exprès sur la conservation de la nation juive malgré sa dispersion dans toutes les autres nations, tandis que toutes ces autres nations seraient ou exterminées, ou tellement confondues les unes avec les autres , qu'elles ne seraient plus distinctes. N'ayez point de peur, vous mon serviteur Jacob, dit le Seigneur, parce que je suis avec vous; car je perdrai tous les peuples parmi lesquels je vous ai bunnis , et pour vous je ne vous perdrai point; mais ce-

pendant je vous châtierai avec une juste modération, sans vous épargner comme si vous étiez innocent. (Joan. xi.vi, 18.) Kl ailleurs : Voici ce que dit le Seigneur : Comme l'alliance que j'ai faite avec le jour et avec la nuit est ferme, et comme les lois que j'ai don- ■ nées au ciel et à la terre sont stables, ainsi je ne rejetterai point la postérité de Jacob et de mon serviteur David ; et je prendrai de sa tige des princes qui commandent à la race d'Abraham, d'Isaac et de Jacob : car je ramènerai leurs captifs, et je leur ferai miséricorde. (Jerem. xxxm, 25, 2G.)

III, Pour bien entendre ces prophéties, il faut les rapprocher de Jésus-Christ, de l'application qu'il en fait, des prédictions plus détaillées des mêmes événements qu'il ajoute. Jésus-Christ est le principal objet et la fin des prophètes; il en est la clef; sans lui, on n'entre point dans l'intelligence de leurs ouvrages qui demeurent exposés en proie aux interprétations arbitraires du Juif opiniâtre et de l'incrédule malin. Ecoulons donc le Sauveur.

Dès le commencement de son ministère public, il prédit que la nation juive, qui voyait ses miracles, qui attendait le Messie, qui savait que les temps marqués par les prophètes pour son avènement étaient accomplis ou près de l'être, ne croirait point en lui. Voici comme il s'explique à l'occasion de la foi du centenier : Je n'ai point trouvé une si grande foi dans Israël; aussi je vous déclare que plusieurs viendront d'Orient et d'Occident , et auront place dans le royaume des deux avec Abraham , Isaac et Jacob ; mais que les enfants du royaume seront jetés dehors dans les ténèbres. (Malth. Yii, 10, 11, 12.) Il répète la même prédiction presque dans les mêmes termes, à l'occasion de la question que lui propose un particulier sur le petit nombre des élus. (Luc. xm.)

il annonce le même malheur sous différentes paraboles , qui n'avaient pas besoin de l'événement pour être comprises. (Matth. xxii , 2.) Dans l'une de ces paraboles, il compare les Juifs à des hommes conviés par un roi au festin des noces de son fils, qui refusent d'y venir et qui traitent même avec outrage ceux que le prince leur envoie poulies inviter; et il compare les gentils à des étrangers et à des aveugles qui sont substitués aux premiers , et qui remplissent leurs places vacantes. (Luc. xiv, 16 seq.)

Dans une autre, il représente les Juifs, et principalement leurs chefs et ceux qui étaient parmi eux en autorité, sous l'image d'ingrats cl d'injustes vignerons , à qui un père de famille avait confié le soin de sa vigne , mais qui avait toujours refusé de lui en rendre le fruit ; qui avaient même exercé de grandes violences contre tous les serviteurs qu'il leur avait envoyé pour l'exiger d'eux , et qui, voyant le fils unique du père de famille venir pour le même dessein, avaient formé celui de le tuer pour se mettre à la place de l'héritier, et l'avaient tué en effet après l'avoir chassé de la vigne. Et il repré-

sente les gentils sous l'image de vignerons fidèles et reconnaissants , que le père de l'ami Ile, justement irrité de la mort de son fils unique, appelle à la place des meurtriers, et qu'il charge du soin de sa vigne. (Matth. xxi ; Marc, xu ; Luc. xx.)

Dans une autre parabole , Jésus-Christ se compare lui-même à un homme d'une haute naissance, qui va dans un pays éloigné prendre possession d'un royaume, qui reçoit en chemin une députation de ses anciens sujets, pour lui déclarer qu'ils ne veulent plus l'avoir pour roi, mais qui, a son retour, lait punir les rebelles. (Luc. xix, 12 seq.) Ces rebelles sont certainement les Juifs. Le nouveau royaume dans un pays éloigné signifie clairement la conquête des gentils; et la punition des rebelles est une prédiction évidente de celle des Juifs, dont Jésus- Christ parle comme si elle était arrivée, tant elle est certaine dans ses décrets.

Ce n'est pas seulement sous des paraboles et sous des images que le Sauveur prédit aux Juifs les châtiments prêts à fondre sur leurs tôles , à cause de leur ingratitude et de leur aveuglement : il les leur prédit dans les termes les plus précis et les plus formels. Après avoir reproché aux scribes et aux pharisiens leur fausse justice, leur hypocrisie, leur iniquité; après les avoir dépeints eomme les vrais enfants de ceux qui ont tué les prophètes : Achevez donc aussi, leur dit-il, de combler la mesure de vos pères, en faisant mourir celui que les prophètes leur ont annoncé , comme vous l'avez déjà résolu dans vos cœurs. Je vais vous envoyer des prophètes t des sages et des docteurs, comme j'en ai envoyé à vos pères : et , marchant sur leurs traces, vous tuerez les uns, vous crucifierez les autres, vous en fouetterez d'autres dans vos synagogues , et vous les persécuterez de ville en ville , afin que tout le sang innocent qui a -été répandu sur la terre retombe sur vous, depuis le sang d'Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie , fils de Burachie , que vous avez tué entre le temple et l'autel. (Matlh. xxm, 27, 32, 34, 35.)

Il importe assez peu de savoir quel est ce Zacharie dont Jésus-Christ parle en ce lieu, si c'est Zacharie, père de Jean-Baptiste, ou si c'est Zacharie, fils de Joïada, qui fut mis à mort par le roi Joas dans le vestibule du temple, Joïada pouvant aussi porter le nom de Barachie (// Parai, xxiv, 21), ou si c'est ici une prédiction de la mort de Zacharie, fils de Barach ou de Barachias; c'est le même nom , les Hébreux mettant volontiers le nom de Dieu iach à la fin des noms propres. Cet homme, selon l'historien Josèphe (Debello Judaic, lib. iv, c. 19), d'une illustre naissance, d'une vertu distinguée, d'une grande autorité, plein d'amour pour les gens de bien, de haine pour les méchants, et très-riche, reçut la mort, au milieu du temple, de la main barbare des zélés, un peu avant la prise de Jérusalem par les Romains.

Une circonstance bien plus importante et plus digne d'attention est colle du temps où le sang des prophètes sera vengé. Le Sau-

OElvkus compi.. de le François, il

veur l'assigne en ces termes : Je vous dis en vérité, toutes ces choses viendront sur cette race qui est aujourd'hui. (Mut th. xxm, 36, 37, 38.) C'est dire bien nettement que les hommes qui vivaient alors devaient en être les témoins. Jérusalem, poursuit-il, qui tues les prophètes, et qui lapides ceux qui sont envoyés vers toi, combien de fois ai-je voulu, rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes , et tu ne l'as point voulu. Le temps s'approche que le lieu où vous habitez demeurera désert. (I^uc. xm, 34.) Il ajoute ailleurs, en pleurant sur celle ville infortunée : Viendra le temps où les ennemis t'environneront de tranchées, t'enfermeront, te serreront de toutes parts, te renverseront par terre , extermineront tes enfants qui sont dans ton enceinte , et ne te laisseront pas pierre sur pierre , parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée. (Luc. xix, k3, kk.) Mais quelle sera la durée de tant de maux ? La môme que celle de l'aveuglement des Juifs : Je vous déclare, leur dit Te Sauveur, que vous ne me verrez plus désormais , moi par qui seul vous pouvez recevoir les secours de Dieu , jusqu'à ce que, me reconnaissant pour le Messie qu'il a promis de vous envoyer; vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. (Matth. xxm, 39.) Il exprime, en allant à la mort, d'une manière aussi énergique, la grandeur des maux dont ils allaient êlre punis. Suivi alors d'une multitude de femmes qui le pleuraient avec de grandes marques de douleur : Filles de Jérusalem , leur dit-ii, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vousmêmes et sur vos enfants ; car le temps s'approche auquel on dira : Heureuses les stériles et les entrailles qui n'ont point parlé d'enfants , et les mamelles qui n'en ont point allaité. C'est alors qu'ils commenceront à dire aux montagnes tombez sur nous, et aux collines couvrez-nous , et nous dérobez à la vengeance divine : car si le bois vert est ainsi traité, que sera-ce du bois sec? C'est-àdire, si le juste et le saint est livré aux tourments que je souffre, à quoi doivent s'attendre les méchants?

IV. Telles sont les prédictions que le Sauveur fit au peuple juif. Si vous douiez de leur accomplissement, demandez aux Juifs répandus de toutes paris, si leurs pères crurent en Jésus-Christ? Dans quel temps ils furent chassés de la. terre promise à Abraham? Dans quel temps Jérusalem, le centre de leur religion, souffrit toutes les horreurs de la barbarie, de la famine, du désespoir; qu'elle fut prise, pillée, saccagée, brûlée, renversée de fond en comble ? Par quel prodige euxmêmes, restes infortunés des meurtriers de Jésus-Christ, subsistent, dispersés, méprisés, haïs universellement? Voyons les prédictions que le Sauveur fit à ses disciples en particulier.

V. Ces prédictions sont comprises dans le discours rapporté par les trois premiers évangélislcs. Jésus-Christ joint ensemble la ruine de Jérusalem avec celle de l'univers. ( Matth. xxiv ; Marc, xiu; Luc. x\\.) Celle

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liaison, dit le savant Bossuet, ri est pas sans mystère. Jérusalem, cité bienheureuse, que le Seigneur avait choisie, tant quelle demeura dans l'alliance et dans la foi des promesses, fut la figure de l'Eglise et la figure du ciel où Dieu se fait voir à ses enfants. C'est pourquoi nous voyons souvent les prophètes joindre dans la suite du même discours ce qui regarde Jérusalem à ce qui regarde l'Eglise, et à ce qui regarde la gloire céleste. C'est un des secrets des prophéties, et une des clefs qui en ouvrent l'intelligence. Mais Jérusalem réprouvée et ingrate envers son Sauveur, devait être l'image de l'enfer. Ses perfides citoyens devaient représenter les damnés ; et le jugement terrible que Jésus-Christ devait exercer sur eux, était la figure de celui qu'il exercera sur tout l'univers lorsqu'il viendra à la fin des siècles en sa majesté juger les vivants et les morts. C'est une coutume de l'Ecriture, et un des moyens dont elle se sert pour imprimer les mystères dans les esprits, de mêler pour notre instruction la figure à la vérité. Ainsi Notrc-Seigneur a mêlé l'histoire de Jérusalem désolée avec celle de la fin des siècles. N'en concluez pas que ces choses soient tellement confondues, qu'on ne puisse discerner ce qui appartient à l'une et à l'autre. Arrêtons nous à ce qui regarde la désolation de Jérusalem et de la nation juive. (Bossuet, Hist. univers., c. 22, édit. Migne, t. X, col. 860, 861.)

Le Sauveur sortant du temple, ses disciples s'approchèrent de lui, et voulurent lui faire remarquer les pierres, l'ordonnance, la beauté, la solidité de ce bâtiment superbe. Mais, au lieu de se prêtera leuradmiration, il leur répondit : Voyez-vous toutes ces choses ? En vérité, je vous le dis, il n'y restera pas pierre sur pierre, tout sera détruit. (Matth. xxiv, 1,2.) Les disciples étonnés de ces paroles, des prédictions récentes qu'il avait faites sur la ruine de Jérusalem, sur les malheurs de la nation juive, et des diseours qu'il avait tenus en diverses occasions sur son dernier avènement, lui proposent trois questions :1a première, quand arrivera ce qu'il leur annonce actuellement touchant la destruction du temple; la seconde, par quel signe on connaîtra que toutes ces choses, savoir la destruction du temple, la ruine de Jérusalem, la désolation de la nation juive, seront près d'être accomplies ; la troisième, quel signe il y aura de son avènement et de la consommation du siècle.

Jésus-Christ ne répond pas précisément à la première question ; mais ses réponses à la seconde et à la troisième sont précises et distinctes. Voici celle qu'il fait à la seconde : Prenez garde à ne vous pas laisser séduire, car plusieurs viendront sous mon nom, qui diront : C'est moi qui suis le Christ. Et ce temps-là est proche. Ils en séduiront plusieurs . Gardez-vous bien de les suivre, fous entendrez parler de guerre... mais ce ne sera pas encore la fin. On verra se soulever peuple contre peuple... Il y aura des famines, des pestes, des tremblements de terre; et ce ne sera encore que le commencement des dou-

leurs... mais avant tout cela, ils se saisiront de vous, ils vous persécuteront... et c'est par la patience que vous posséderez vos âmes... il faut d'abord que l'Evangile soit prêché à toutes les nations... et c'est alors que viendra la fin... Lors donc que vous verrez les armées environner Jérusalem, sachez que la désolation est proche... ce seront alors les jours de la vengeance... et la colère de Dieu tombera sur ce peuple. Ils seront passés au fil de l'épée, ils seront emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les gentils, jusqu'à ce que le temps des gentils soit accompli. ( Matth. xxiv, 5 sèq. ; Marc, xm, 14 seq.; Luc. xxi, 12 seq.; Joan. xv, 20.)

Dans la réponse à la troisième question sur les signes qui précéderont l'événement qui doit terminer les siècles, et décider pour jamais des destinées humaines, sont compris les faux christs, les faux prophètes, l'obscurcissement du soleil, la chute des étoiles, l'ébranlement des cieux, la confusion horrible des éléments, le bruit affreux des flots de la mer. Au milieu de ces signes paraîtra le fils de l'homme sur une nuée, plein de majestéet de puissance, pour jugor tous les hommes sortis de leurs tombeaux, et rassemblés de toutes les parties du monde. Ce jour d'horreur et d'effroi pour les pécheurs, qui n'auront plus de miséricorde à espérer, sera un jour de triomphe pour les justes, qui lèveront la tête aux douces approches de leur délivrance parfaite; pendant que les impénitents livrés au désespoir demanderont aux montagnes de les écraser sous leur poids pour les dérober à la vengeance. Le Sauveur termine la description de son dernier avènement par une instruction importante sur les moyens d'éviter les maux éternels et de parvenir au bonheur souverain.il renferme ces moyens dans une continuelle vigilance sur soi-même, dans la fuite non-seulement des plaisirs du siècle qui corrompent le cœur, mais encore des soins qui l'appesantissent et le distraient. (Matth. xxiv, 23, 41 ; Marc, xm, 21, 32 ; Luc. xxi, 25, 33.)

Ce que je vous prie d'observer, c'est la promesse que Jésus-Christ fait ici de conserver et perpétuer les Juifs jusqu'à son dernier avènement. En vérité, je vous le dis, cette race ne passera point que tout cela ne soit accompli. (Matth. xxiv, 34; Marc, xm, 30; Luc. xxi, 32.) 11 est clair que cette race dont parle Jésus-Christ, ne peut être que la race d'Abraham. Il n'est pas moins clair que cette race n'est pas la race actuellement vivante lorsqu'il parle, puisqu'il s'y agit de la fin du monde.

VI. Reprenons présentement par parties, la réponse à la seconde question. Il ne nous sera pas difficile de montrer le rapport fidèle de la prédiction avec l'événement. Les historiens contemporains paraissent n'avoir écrit que pour assurer au Sauveur le titre du plus grand des prophètes.

Plusieurs viendront sous mon nom, dil le Sauveur, et ils diront : C'est moi qui suis le

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DEFENSE DE LA RELIGION. — PART. fi.

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Christ. Et ce temps est proche. {Matth. xxiv, S; Marc, xin, 6 ; Luc. xxi, 8.

Jamais il ne parut parmi ies Juifs un plus grand nombre de séducteurs, que dans ies temps qui suivirent la mort de Jésus-Christ, surtout sous le règne de Néron, que commença la guerre contre laJudée. L'historien Josèphe parle d'une foule de ces imposteurs qui attiraient le peuple au désert par de vains prestiges et des secrets de magie, leur promettant une prompte et miraculeuse délivrance : d'un Theudas, par exemple, qui sous le gouvernement de Cuspius Fadus., se fit suivre d'un |>euple crédule, en le flattant d-e renouveler en sa faveur le miracle de la division des eaux du Jourdain (Antiq., lib. xx, c. 6; De bello Jud., lib. H, c. 23; Antiq., lib. xx, c. 2); d'un certain Egyptien dont il est aussi fait mention dans les Actes des apôtres { xxi, 38 ), qui sous le gouvernement de Félix, ayant rassemblé jusqu'à trente mille hommes sur la montagne des Oliviers, leur promit de renverser par sa parole les murs de Jérusalem, d'en chasser la garnison romaine, et d'y établir f^a monarchie ( De bello Jud., lib. xx, c. 23 ) ; d'un autre fourbe, qui sous le gouvernement de Porcius Feslus, attira plusieurs troupes dans la solitude par la promesse d'un affranchissement de toutes sortes de maux. {Antiq., lib. xx, c. 7.) 11 n'est pas douteux que le nom de Christ, sans lequel il n'y avait point de délivrance parfaite pour les Juifs, ne fût mêlé dans ces promesses imaginaires.

La Judée ne fut {«s même la seule province exposée à ces illusions. Elles furent communes dans tout l'empire. 11 n'y a aucun temps où l'on vit plus de ces fanatiques qui se vantent de lire dans l'avenir, et trompent les peuples parleurs prestiges. Tels furent un Simon le Magicien, un Théodas, un Elymas, un Apollonius de ïyane, sans compter tant d'autres enchanteurs marqués dans les histoires saintes et profanes, qui s'élevèrent durant ce siècle, où l'enfer semblait faire ses derniers etldrts pour soutenir son empire ébranlé

V' II. Vous entendrez parler de guerres et de bruils de guerres, vous entendrez parler de guerres et de séditions ; mais ce ne sera pas encore la fin. (Matth. xxiv, 6 ; Marc, xni, 7; Luc. xxi, 9.)

Lisez Josèphe. [DebelloJud., lib. n.) Vous verrez dans cetauteur, comment tout se dispose, tout s'arrange |>our la perte de Jérusalem. On s'irrite en divers endroits contre les Juifs. On fait main basse sur eux à Césarée, à Alexandrie, à Scythopolis, à Damas, à Ptolémaïde, à Tyr, etc. Les Juifs inquiets, séditieux, toujours prêts à prendre les armes, presque aussi peu d'accord entre eux qu'avec leurs ennemis, se défendent ; ils attaquent ; le feu de la guerre s'allume de toutes parts contre eux et |>armi eux.

VIII. Alors on verra se soulever peuple contre peuple et royaume contre royaume, il y aura des famines et des pestes. Il y aura de grands tremblements de terre en divers lieux. Il naraîlra dans le ciel des signes ex-

traordinaires et effrayants. Mais tout eela nr sera que le commencement des douleurs, {Marc, xui, 8; Luc. xxi, 10, 11; Matth. xxiv, 7, 8.)

Lisez encore le même Josèphe : vous y verrez les Samaritains, les Syriens, les Romains poursuivre vivement ies Juifs, et.les Juifs se soulever contre h3s Romains. Vous y verrez, sous Fadus, les Juifs de delà le Jourdain attaquer les habitants de Philadelphie pour ies limites; sous Cumanus , les Juifs et les Galiléens attaquer les Samaritains. Ces différentes parties de la Judée étaient alors considérées comme autant de petits royaumes. {De bell. Jud., lib. n; Antiq., lib. xx.) Mais pourquoi restreindrionsnous les vues de Jésus-Christ au soulèvement de ces petits royaumes les uns contre les autres? Pourquoi ne les étendrions-nous pas à ces mouvements terribles, qui, dans les dernières années d-e Néron , agitèrent tous les royaumes dont l'empire romain était composé? Vindex dans Jes Gaules, Galba dans les Espagnes , Macer dans l'Afrique, Verginius et Capiton dans la haute et basse Germanie, Vespa-den dans la Syrie, jusque dans Rome, les gardes prétoriennes prennent les armes. Quatre empereurs s'élèvent presque en même temps contre Néron, et les uns contre les autres. Les armées, sous la conduite de leurs chefs ambitieux et rivaux, viennent des extrémités du monde aux portes de Rome, décider leur querelle par de sanglantes batailles. Galba, Olhon, Vitelliusy périssent. (Suet., in Néron. ,Oth.t VitelL, Vesp.; Taot., Annal., lib. xv; Hist.9 lib. i.) Les Juifs, comme les autres peuples, souffrent dans cette commotion universelle. Mais ce n'est ici que le commencement de leurs douleurs.

Il n'est pas moins constant que jamais les famines, les pestes, les tremblements de terre , les phénomènes extraordinaires ne furent ni plus fréquents, ni plus répandus que dans ce temps-là. Toute la nature comme en désordre effrayait les païens mêmes.

(Acl. n, 28.) Les horreurs cruelles de la famine se firent sentir sous l'empire de Claude. { Suetoiv., in Claud.) On est saisi, on frémit en lisant, d;ms Tacite et dans Suétone, les ravages horribles de la peste qui semblait vouloir dépeupler Rome dans les dernières années de Néron. Combien de villes furent alors renversées par les secousses de la terre dans l'Asie , dans la Sicile, dans la Calabre, dans la Campanie , dans le Pont, dans la Macédoine, dans l'Achaïe? (Euseb., Citron, ad an. Dom. 51 ; Tacit., Ann., lib. xvi ; Suet., in Néron.; Euseb., Sthab., Phleg., Pun., Bis t., I. u; Skn., Quœst.natural., I. VI.) Les Iduméens, appelés par les zélateurs, étant aux portes de Jérusalem, il s'éleva, dit Josèphe {De bell. Jud., 1. îv, c. 17), une épouvantable tempête : la violence du vent, l'impétuosité de la pluie, la multitude des éclairs, l'horrible bruit du tonnerre, el un tremblement do terre accompagné de mugissements troubla de telle sorte tout l'ordre de la nature, qu'il

n'y avait personne qui ne crût que celait un présage d'un très-grand malheur. Voyez dans le môme historien (De bell. Jud., I. vi , c. 31), et dans Tacite (Dist., I. v), un météore semblable aune é|ée qui pendit sur Jérusalem durant une année entière; un feu qui parut autour de l'autel et du temple, et qui l'éclaira la nuit comme en plein midi durant une demi-heure; des espèces de chariots et comme des armées qui s'entre-choquaient dans l'air l'une l'autre, etc.

IX. Mais prenez bien gar'de à vous : car avant tout cela, on mettra les mains sur vous, on vous persécutera et on vous entraînera dans les synagogues et dans les prisons. On vous fera comparaître dans les assemblées des juges, et on vous fera fouetter dans les synagogues. On vous livrera pour être tourmentés, et on voiis fera mourir. Vous s'erez présentés, à cause de moi , aux gouverneurs et aux rois, afin que vous me rendiez témoignage devant eux. On vous amènera devant les rois et les gouverneurs à cause de mon nom; et cela vous servira pour me rendre témoignage. {Matth. xxiv, 9; Marc, xm, 9; Luc. xxi, 12, 13'.)

Image naturelle, tracée d'après les Actes et les Epîtres des apôtres, des persécutions que l'Eglise naissante eut à souffrir. A peine les apôtres sont revêtus de la force d'en haut, on les saisit, on les conduit devant les tribunaux, on les traite avec insulte, on les jette dans les prisons, on les punit comme des novateurs qui troublent le repos public et l'ancienne religion.

Jésus-Christ les avertit de ne point se mettre en peine des réponses qu'ils auront à faire aux juges devant lesquels ils seront présentés : Lorsqu'on vous mènera pour vous livrer entre leurs mains, ne préméditez point ce que vous leur devez dire, et ne vous en mettez point en peine : mais dites ce qui vous sera inspiré à l'heure même ; car ce n'est pas vous qui parlerez alors, mais le Saint-Esprit. Mettez donc bien dans vos cœurs de ne point préméditer ce que vous devez dire pour votre défense : car je vous donnerai une bouche et une sagesse que tous vos ennemis ne pourront contredire, et à laquelle ils ne pourront résister. (Marc, xm, 11; Luc. xxi, 14, 15.)

Peut-on avoir lu les Actes et les Epîtres des apôtres, et être sincère, sans convenir que les apôtres n'étaient que les organes d'une sagesse supérieure?

Après leur avoir donné cet avis, le Sauveur caractérise les persécutions auxquelles ils allaient être exposés: Alors, leur dit il, plusieurs trouveront des occasions de scandale et de chute ; ils se trahiront et se haïront les uns les autres. Le frère livrera le frère à la mort ; et le père, le fils : les enfants s'élèveront contre leurs pères et leurs mères, et les feront mourir. Vous serez trahis et livrés par vos pères et vos mères, par vos frères, par vos parents, par vos amis ; et on en fera mourir plusieurs d'entre votis ; et vous serez haïs de tous à cause de mon nom. Mais cependant il ne se perdra pas un cheveu de votre télé [Matth. xxiv, », 10; Marc. xm,12, 13; Luc.

xxi, 16, 17, 18) : tout ce que vous aurez perdu pour moi vous sera rendu par mon Père. // s'élèvera plusieurs faux prophètes qui séduiront plusieurs ; et parce que l'iniquité abondera, la charité de plusieurs se refroidira. Celui-là sera sauvé qui persévérera et qui conservera la patience jusqu'à la fin : car c'est par la patience que vous posséderez vos âmes, en les sauvant. (Matth. xxiv, 11, 12, 13; Marc, xm, 13; Luc. xxi, 19.)

Après les observations que nous avons faites sur les prédictions précédentes, peutil paraître douteux si, avant la désolation de Jérusalem, le mensonge s'efforça de dominer sur les esprits; s'il y eut des séducteurs et des hommes qui se laissèrent séduire; si l'iniquité qui domina, éteignit dans les cœurs l'affection qu'inspire la religion, les sentiments de l'amitié, les impressions mêmes d'une tendresse naturelle à l'égard des Chrétiens, lesquels ainsi exposés à la séduction, à la violence, à la perGdie, à la haine, ne se sauvèrent que par une foi ferme et constante, qui ne cède ni à l'illusion du mensonge, ni à l'amour du repos, ni à la crainte des tourments.

X. Il faut que l'Evangile soit prêché à toutes les nations. Cet Evangile du royaume célesto sera prêché dans toute la terre, pour servir de témoignage à toutes les nations ; et c'est alors que viendra la fin. (Matth. xxiv, ik; Marc, xm, 10. )

Jérusalem ne sera point détruite, qu'auparavant l'Evangile n'ait été prêché à toutes les nations connues, il faut que l'Eglise chrétienne soit formée parmi toutes les nations, avant que la Synagogue infidèle soit répudiée. Mais après cet événement, rien ne suspendra plus les malheurs de la nation incrédule. Or l'Evangile, avant la ruine de Jérusalem, fut porté dans toute la terre. Saint Paul seul le porta dans une grande partie de l'empire romain. On peut juger par ses travaux et ses succès de ceux des autres apôtres. Dans son Epîlre aux Romain$t écrite environ vingt-cinq ans après la mort du Sauveur, et quatorze ou quinze ans avant la ruine de Jérusalem, il ne craint point d'appliquer dès lors à la prédication des apôtres cette parole du Psalmiste : Lein voix a retenti par toute la terre, et leur parole s'est fait entendre jusqu'aux extrémités du monde. (Rom. x, 18; Col. i, 6,23.)

XI. Le Sauveur, ne voulant pas que les Juifs qui avaient reçu l'Evangile fussent enveloppés dans une même ruine avec les incrédules, donne à ses disciples des signes certains auxquels ils puissent reconnaître quand il serait temps de sortir de Jérusalem. Quand vous verrez, leur dit-il, l'abomination de la désolation dont parle Daniel, placée dans le lieu saint, dans le lieu où elle ne doit pas être, que celui qui lit ceci, entende bien ce qu'il lit. Quand vous verrez les armées, environner Jérusalem, alors sachez que sa désolation est proche. Que ceux qui seront dans la Judée, s'enfuient sur tes montagnes ; que ceux qxii seront au milieu d'elle en sortent, et que ceux qui seront dehors n'y ren-

trent point ; que ceTui qui serti sur le toit ne descende point dans samaison,ct n'y entre point pour en emporter quelque chose; et que celui qui sera dans le champ ne retourne point pour prendre quelqu'un de ses vêtements : car ce seront alors les jours de la vengeance, afin que tout ce qui est dans l'Ecriture soit accompli. {Matth. xxiv, 15, 17, 18; Marc. xm, 14, 15, 16 ; Luc. xxi, 20, 21,22.)

Le mot d' abomination, dans les Livres saints, signifie idole, et vous savez que les armées romaines portaient dans leurs enseignes les images de leurs dieux et de leurs Césars qui étaient les plus respectés de tous leurs dieux. Les idoles ne devant donc jamais paraître, selon les ordres du Seigneur, dans la Terre-Sainte, les enseignes romaines en étaient bannies. Et tant que les Romains eurent quelque considération pour cette terre, ils respectèrent ses lois sur ce sujet. Vitellius, père de l'empereur du même nom, en fournit un bel exemple. Ce général, chargé de porter la guerre à Arétas dans l'Arabie, rassemble ses troupes à Ptolémaïde, et ordonne leur marche par la Judée, pour se rendre à Pétra. Les Juifs consternés députent vers lui, et le supplient de faire prendre une autre route à son armée, parce que ses enseignes étaient chargées des images de l'empereur. Vitellius défère à ces prières, et ne force point le peuple à souffrir des choses si contraires à ses lois. Mais vous pensez bien qu'au temps de la dernière guerre les Romains ne ménagèrent plus un peuple qu'ils voulaient exterminer. Ainsi quand Jérusalem fut assiégée, elle était environnée d'autant d'idoles qu'il y avait d'enseignes romaines, et l'abomination ne parut jamais tant où elle ne devait pas être, c'està-dire dans la Terre-Sainte et autour de Jérusalem. Alors il fallut s'enfuir. Le signe n'était pas équivoque. (Josepu., Antiq., lib. xvni, c. 7.)

Mais, direz-vous, élait-il temps de s'enfuir, quand Tite assiégea Jérusalem et qu'il en ferma de si près les avenues qu'il n'y avait plus moyen de s'échapper? C'est ici qu'est la merveille de la prophétie, répond le savant Bossuet ; Jérusalem a été assiégée deux fois en ces temps: la première, par Cestius, gouverneur de Syrie; la seconde, par Tite quelques années après. Au dernier siège il n y avait plus moyen de se sauver: Tite faisait cette guerre avec trop d'ardeur. Jl surprit toute la nation renfermée dans Jérusalem durant la fête de Pâques , sans que personne échappât, cl celte etfroyable circonvallalion qu'il lit autour de la ville ne laissait plus d'espérance à ses habitants. Mais il n'y avait rien de semblable dans le siège de Cestius. Il était campé à quelques stades de Jérusalem. Son armée se répandait tout autour, mais sans y faire de tranchées, et il faisait la guerre si négligemment qu'il manqua l'occasion de prendre la ville, dont la teiî'eur, les séditions, et môme ses intelligettcô* lui ouvraient les portes. Dans ce temps, loin que la retraite fût impossible, l'histoire marque expressément que plu-

sieurs Juifs se retirèrent. (Joseph., De bello Judaic, lib. n, c. 37, 39.) C'était donc alors qu'il fallait sortir; c'était le signal que le Fils de Dieu donnait aux siens. Aussi a-Uil distingué très-nettement les deux sièges: l'un où la ville serait entourée de fossés et de forts (Luc. xix, 43) : alors il n'y aurait plus que la mort pour tous ceux qui y seraient enfermés; l'autre où elle serait seulement enceinte de l'armée, et plutôt investie qu'assiégée dans les formes : c'est alors qu'il fallait fuir et se retirer dans les montagnes. (Luc. xxi, 29.)

Les Chrétiens obéirent ; quoiqu'il y en eût des milliers dans Jérusalem et dans la Judée, on ne lit point dans l'histoire qu'il s'en soit trouvé aucun dans la ville, quand elle fut prise. Au contraire il est constant par l'histoire ecclésiastique qu'ils se retirèrent dans les montagnes de Galaad, à Pella et dans les autres villes voisines. (Euseb., Ilist., lib. ni, c. 7; Lpipiian., haeres. 7.)

XII. Malheur à celles qui seront grosses ou nourrices en ces jours-là. Priez Dieu que votre fuite n'arrive point durant l'hiver, afin qu'elle ne soit point relardée par les incommodités de la saison: ni au jour du Sabbat, auquel il ne vous est pas permis de faire beaucoup de chemin. Car l'affliction de ce temps-là sera si grande que depuis le commencement du tnonde, depuis le commencement des créatures qui sont l'ouvrage de Dieu, il n'y en eut jamais de pareilles jusqu'à présent, et il n'y en aura jamais. Une grande affliction se répandra sur ce pays, et la colère de Dieu tombera sur ce peuple. Ils passeront par Is fil de Cépée ; ils seront emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les gentils, jusqu'à ce que le temps des gentils soit accompli. Et si ces jours n'eussent été abrégés par le Seigneur, nul homme n'aurait été sauvé. Mais le Seigneur a abrégé ces jours à cause des élus qu'il s'est choisis. (Matth. xxiv, 19, 20, 21,22; Marc, xm, 17, 18, 19,20; Luc. xxi, 23, 24.)

Dispensez-moi de vous montrer les rapports de l'événement avec la prédiction au sujet de ces dernières circonstances. Je vous renvoie à Josèphe, historien éclairé, non suspect, témoin oculaire, présent à tout. Vous jugerez en le lisant, s'il y a de l'exagération dans ces paroles du Sauveur -.L'affliction de ce temps-là sera si grande que depuis ^commencement du monde, il n'y en eut jamais de pareille. Lorsque vous verrez Jérusalem déchirée intérieurement par trois factions ennemies, aussi acharnées les unes contre les autres, que transportées de fureur contre les Romains ; livrée à la violence, au brigandage, à la race des factieux; nageant dans lesang de ses citoyens; ses rues jonchées de vieillards étendus morts sur. le pavé , les toits de ses maisons couverts de mères expirantes avec leurs enfants à la mamelle , ses maisons remplies d'autres mères n'ayant plus que des larmes à donner pour aliment à leurs enfants , réduites ellesmêmes à se nourrir de ce fruit de leurs entrailles; ses [-laces embarrassées par les

*io;

OEl;VRES COMPLETES DE LE FRANÇOIS.

jeunes gens plus semblables à des spectres ou'à des hommes, et tombant de faiblesse'et

«l'inanition ; ses habitants fouillant dans les égouts et dans les fumiers, et portant à leur bouche ce qu'ils n'auraient pas même pu regarder dans un autre temps sans horreur, ou se dérobant pendant la nuit pour aller hors des murs cueillir des légumes et des herbes sauvages, et à leur retour, privés par

de vérifier la prédiction, en ne laissant point pierre sur pierre et en abolissant jusqu'aux moindres vestiges. Mais quand elle eut servi à rendre la prophétie complète et qu'elle pensa à jeter de nouveaux fondements, un violent tremblement de terre repoussa les pierres; un feu dont l'activité paraissait conduite par une secrète intelligence, consuma les instruments, les matériaux et les travail-

leurs propres gens de guerre du triste fruit leurs, et les prodiges furent si terribles, s»

de leurs peines et de leurs périls; ses transfuges ou mis en croix pour intimider leurs compatriotes, ou éventrés par le soldat ennemi qui espère de trouver des richesses cachées dans leurs entrailles.

Vous jugerez, en lisant Josèphe,s'ily a de l'exagération dans ces paroles du Sauveur: Une grande affliction se répandra sur ce pays, et la colère de Dieu tombera sur ce peuple. Ils passeront par le fil de Pipée; ils serons emmenés captifs dans toutes les nations : lorsque vous verrez plus de onze cent nulle Juifs ensevelis sous les ruines de leur capitale, plus de deux cent trente-sept mille périr dans les autres villes du pays, et quatre-vingt-dix-sept miNe vendus comme esclaves et dispersés dans les nations.

Jugez s'il y a de l'exagération dans ces paroles: Jérusalem sera foulée aux pieds par tes gentils, jusqu'à ce que le temps des gentils soit accompli: en voyant cette ville depuis dix-sept cents ans toujours sous la puissance des gentils, sans que jamais les Juifs aient pu s'y rétablir. Jugez encore s'il y a de l'exagération dans ces -paroi es du temple : Il ny restera pas pierre sur pierre : en voyant cet édifice, malgré les efforts de ï ite pour le sauver, consumé par les flammes. En vain le général romain ordonne à son armée de conserver ce temple auguste. En vain l'intérêt engage le soldat à piller plutôt qu'à consumer tant de richesses: un soldat poussé, dit Josèphe, par une inspiration divine, se fait lever par ses compagnons à une fenêtre, et met le feu dans le temple. Ti-te accourt. Tite commande qu'on se hâte d'éteindre la flamme naissante. Elle prend partout en un instant, et cet admirable édifice est réduit en cendres. S'il reste quelques pierres dans les fondements, qui échappent aux flammes, Julien l'Apostat servit d'instrument à Jésus-Christ pour les en tirer, et pour vérifier jusqu'à ce dernier point de précision sa prophétie.

Ce prince impie voulant convaincre, s'il était possible, de mensonge Jésus-Christ même, exhorta les principaux des Juifs à rebâtir leur temple, les assista de grandes sommes, commit à cette entreprise un homme d'autorité, lui donna pour adjoint le gouverneur de la province, et aux motifs secrets d'irré- ; ligion et d'impiété, il joignit encore celui de { l'ambition, espérant une mémoire éternelle du rétablissement d'un temple que le zèle d'une nation entière rendrait éternel. Cette nation accourut de toutes parts ; elle s'épuisa en préparatifs et en dépenses, et pour tra- ' vailler sur de nouveaux fondements, elle arracha ce qui restait des anciens, et acheva

redoutables et si persévérants, que l'obstination des Juifs, leur zèle ardent pour le temple, leur haine contre Jésus-Christ et contre son Eglise, tout le pouvoir de l'empereur ei toute la résistance des hommes furent contraints de leur céder. (S. Gre-g. Naz. ; S. Cunvsost. ; Socrat., Hist. eccles., lib. in, c. 20; Sozom., lib. v, c. 22; Tiieodor., 1. in, c. 20; Phïlostorg., apud Pbot., 1. vu, n. 9*; AaimiEs Marcelli-n, 1. xxm, cl; — Voy.

les Diss. sur ce sujet, par M Warbcrtos, chez le Mercier.)

Ces faits dans toutes leurs circonstances sont attestés par des historiens contemporains, ou très-voisins de leur temps, et l'on ne peut les récuser comme Chrétiens, puisque Ammicn Marcellin, grand admirateur de Julien, et aussi attaché au paganisme que lui, nous rapporte les mêmes choses. Mars en faut-il d'autre preuve que l'abandonnementde l'ouvrage? Et quelle autre cause que des prodiges surnaturels a pu forcer les Juifs et les païens animés par un prince orgueilleux et impie, à s'en désister ? C'est la réflexion judicieuse de Sozomène.

Douterez-vous si le peuple juif est encore plus coupablequ'il n'est misérable, en voyant le fanatisme auquel il est livré ? Jérusalem n'est plus qu'un vaste champ couvert de corps morts, et les chefs' des zélateurs y combattent encore pour l'empire Ce n'est pas tout: déjà une partie de la ville est prise, déjà la flamme y ravage tout, jusqu'au temple, et les Juifs insensés prêtent encore l'oreille à des prophètes trompeurs qui leur promettent l'empire de l'univers Sur la foi de ces prophètes ils attendent u& prodige du Ciel et le croient intéressé à les défendre. Pendant que le lieu saint brûle, six mille tant hommes que femmes et enfants suivent les impressions d'un fourbe qui les exhorte à monter sur le toit d'une galerie encore subsistante, parce que Dieu leur montrera des signes de salut. \h y montent, et cette troupe périt dans les flammes. Quei fanatisme 1

Doulerez-vous, en voyant le peuple juif, malgré son aveuglement et son endurcissement, subsister depuis près de dix-sept cents ans, au milieu des nations parmi lesquelles il est dispersé ; douterez-vous s'il subsistera jusqu'à la fin du monde, comme Jésus-Christ l'assure par ces paroles : Cette race ne passera point que tout cela n'arrive f (Matth. xxiv, 34.) Enfin douterez-vous si avant le moment terrible où Jésus-Christ vient à se venger pour jamais de ses ennemis, ces autres paroles auront leur effet : Le Seigneur a abrégé les jours de sa colère sur

PART. Il,

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