‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 148 sur 163 · GG · texte numérisé non relu

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celle race à cause des élus qu'il s'est choisis (Ibid., 22) ; c'est-à-dire, si après que Dieu aura achevé de punir cette nation infidèle parles gentils, il la rappellera et la sauvera en lui donnant part à l'éternelle rédemption qu'il a préparée à ses élus?

XIII. Voilà une prophétie bien claire et bien circonstanciée, et dont toutes les circonstances ont la ressemblance la plus fidèle avec les circonstances de l'événement; elle est antérieure de près de quarante ans à l'accomplissement des premières circonstances qu'elle énonce ; elle en embrasse pour des temps éloignés et qui ne sont "pas même encore passés pour nous. A peine fut-elle sortie de la bouche de Jésus-Christ qu'elle devint publique et qu'elle se répandit par tout le monde. Qu'opposerez-vous à une telle évidence ?

Article II. — Objections contre ta prophétie de Jésus-Christ sur ta nation juive.

I. Eusèbe. Les Juifs, dans le temps de la manifestation du Sauveur, attendaient un libérateur qui les délivrerait de la domination étrangère sous laquelle ils étaient asservis. Fallait-il donc avoir le don de prophétie, pour prévoir quun peuple ainsi prévenu et disposé à la révolte prendrait bientôt les armes contre les Romains, et qu'il attirerait infailliblement la ruine de son temple et la dévastation de son pays ?

Je suis fâché de vous ]e dire, mon cher Eusèbe, vos incrédules ont perdu l'esprit, s'ils ne rient pas eux-mêmes de l'objection qu'ils vous suggèrent. Les Juifs, à l'exception d'un petit nombre, étaient dans l'attente d'un libérateur tel que vous venez de le peindre. Mais ce prétendu libérateur n'avait pas encore paru pour donner lieu à des conjectures sur les suites de ses démarches. Il est vrai que lors du cens ordonné par Kempereur Auguste, un Judas de Galilée, prétendant qu'on ne devait reconnaître que Dieu seul pour Seigneur et Maître, avait excité de grands troubles parmi le peuple, et qu'il avait répandu des semences de division dans les esprits. (Antiq., lib. xvm, c. 1 et 2; Act. v.) Mais ces mouvements s'étaient calmés, les esprits étaient rentrés dans le devoir, lorsque le Sauveur se manifesta Le gros de la nation était alors soumis et fidèle aux empereurs. Nousri avons point, disaientils, d'autre roi que César. (Joan. xix, 15.) Ils étaient même si attentifs à écarter jusqu'aux moindres soupçons d'indépendance et de révolte, que leurs chefs couvrirent de ce prétexte leur haine et leur jalousie contre o Sauveur. Cet homme, disent-ils, fait plusieurs miracles. Si nous le laissons faire, tous croiront en lui et les Romains viendront ruiner notre ville et notre nation. (Joun. xi, W.) Il vaut mieux qu'un homme périsse, que de hasarder le salut de la nation et d'attirer sur nous la colère des Romains. Y a-t-il donc du sens à dire qu'à juger des clioses sur les apparences, il étailaisé de prévoir la ruine de Jérusalem quarante ans auparavant?

Les faits que Jésus-Christ prévoit et qu'il annonce comme infaillibles, étaient contre toutes les apparences et dépendaient d'une infinité de causes libres, dont la plupart n'existaient pas encore.

Sur quelle apparence pouvait-on juger qu'il viendrait un grand nombre de faux prophètes qui séduiraient beaucoup de monde? Qui ne sait que les Juifs, rebutés de ces séducteurs qui avaient si souvent causé leur ruine, et surtout dans le temps de Sédécias, s'en étaient tellement iésabusés qu'ils cessèrent de les écouter? Plus de cinq cents ans se passèrent sans qu'il parût aucun faux prophète en Israël. Sur quelle apparence pouvait-on juger que différentes petites provinces dont la Palestine était composée, se feraient la guerre les unes aux autres; que, dans plusieurs villes où il y avait des Juifs, on s'élèverait contre eux et qu'on les égorgerait ; que tout l'empire romain se diviserait, qu'il serait troublé par le fracas des armes ? Sur quelle apparence pouvait-on juger que la famine et la peste emporteraient une infinité d'hommes, que plusieurs villes seraient abîmées par des tremblements de terre? Sur quelle apparence pouvait-on juger que l'Evangile serait prêché à toutes les nations dans le court intervalle de trente à quarante ans ? Sur quelle apparence pouvait-on juger que Jérusalem serait détruite, et le temple renversé, sans qu'il y restât pierre sur pierre?

Quand il eût été possible de prévoir la révolte de la nation juive contre les Romains, était-ce une conséquence que cette révolte entraînât la destruction entière du temple et de la ville ? Est-ce que les Romains n'étaient pas assez puissants pour rçmettre sous le joug de l'obéissance une nation si faible, sans brûler et sans raser ses maisons et ses édifices publics? Jamais les Romains avaient-ils ainsi traité les peuples qu'ils avaient subjugués ou fait rentrer dans le devoir? Etait-ce leur dessein d'en user différemment à l'égard des Juifs, quand ils entreprirent la guerre contre eux ? Avaientils juré de ne poser les armes qu'après les avoir exterminés ? Eh! que ne fit pas, au contraire, Tite pour les sauver? Sur quelle apparence pouvait-on prévoir que ce peuple serait passé au fil de l'épée ou emmené captif; et que les misères de sa captivité dureraient jusqu'à ce que le temps des gentils fût accompli? Les incrédules peuvent bien dire que Jésus-Christ, en habile politique, raisonnant sur l'état des affaires de son temps et sur les dispositions des esprits, hasardât des conjectures : mais peuvent-ils le dire sérieusement ? Les anciens prophètes, surtout Daniel, avaient annoncé le l'ait. Jésus-Christ ne se borne pas à la prédiction du simple fait : il spécifie les circonstances ' préliminaires, les divers degrés qui doivent y conduire, les événements qui doivent le préparer, ceux qui doivent l'accompagner et le suivie. Quiconque est capable de traiter de conjecture une prédiction si délai liée, est un homme faut, qui trahit sa pensée, ou

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