V. Ecsède. Je me rends à des raisors si
solides. Il nie p/iraît évident que la prophétie de Jésus-Christ louchant les Juifs, ne saurait être contestée de bonne foi . La rejeter comme faite après coup, ou comme une simple conjecture hasardée sur quelques apparences, ce serait choquer le sens commun. Elle embrasse des événements, d'un côté, si éloignés dans l'avenir, que, quelque époque qu'on lui assigne, elle leur est antérieure ; de l'autre, si peu naturels et si peu vraisemblables , qu'ils ne peuvent être des objets de conjecture pour l'esprit humain. Mais il me semble qu'il y a un défaut dans cette prophétie, qu'il n'est pas aisé de couvrir. Jésus-Christ ne se contente pas de prédire les maux qui doivent écraser les Juifs : il prédit ces maux comme des châtiments de leur conduite à son égard. Quel était donc leur crime ? Ils ne le reconnaissaient pas pour leur Messie. Etait-ce donc là un crime qui méritât des supplices? Répondre que oui, ce serait supposer que les Juifs étaient alors dans l'attente du Messie, et que, par conséquent, ils eurent iort de rejeler Jésus-Christ, qui en avait tous les caractères : mais une telle supposition n'a point de fondement.
On juge des Juifs qui vivaient du temps de Jésus-Christ, par les récits des évangélisles. On s'imagine que cette nation était aussi occupée, ou pour mieux dire aussi échauffée de la pensée du Messie, que les apôtres et les premiers Chrétiens l'ont été. Mais , disent les incrédules, le sentiment d'un petit nombre de la plus vile populace ne doit pas être regardé comme le sentiment général de toute une nation. Les évangélisles ont fait raisonner et agir le reste des Juifs, selon leur préjugé particulier. Ils ont inséré dans leurs écrits ce qu'il leur a plu. Mais ces historiettes, continuent les inrrédules, peuvent-elles être pour nous de quelque autorité? Le silence des Juifs désintéressés, qui vivaient au temps de Jésus-Christ, nous parait un témoignage jjlus fort sur cela, que les récits des évangélisles. Josèphe,cet historien dont on ne soupçonnera jamais la négligence sur une chose qui tiendra du merveilleux, et qui sera d'ailleurs avantageuse à sa nation, a cependant négligé ce fait important de l'attente du Messie. Car de regarder la prophétie quil applique à Vespasien, comme une preuve bien claire de l'opinion qui régnait alors parmi les Juifs, rien n'est plus frivole qu'une telle conjecture. Il n'attribue cette opinion qu'à quelques personnes, et d'ailleurs cette prophétie, selon lui, regardait précisément le temps de la ruine de Jérusalem ; c'est-à-dire, un temps postérieur de soixante et dix ans à la naissance de Jésus-Christ. Ce serait aussi mal à propos qu'on voudrait confirmer l'attente où étaient les Juifs de leur Messie, par le témoignage de Tacite et de Suétone, puisque ces deux historiens n'ont fait que copier Josèphe.
On ne peut pas dire que la crainte d'irriter les Rotnains ait été la cause du silence de Josèphe. Si cet auteur avait écrit son Histoire dans un temps où la nation juive, encore en possession de son pays, de son temple cl de
ses lois, eût eu quelque ménagement à garder avec des vainqueurs soupçonneux et défiants, celte raison pourrait avoir quelque vruisemb lance. Mais lorsque Josèphe écrivait, la nation juive n'avait plus rien à craindre de la part des Romains. Il n'y avait plus de maux à ajouter à ceux qu'elle venait d'essuyer. La peuple j ai f était alors au même état où se trouvent ces hommes malheureux qui peuvent hardiment défier la fortune, après qu'elle a épuisé tous ses traits contre eux, ou plutôt il n'y avait plus de peuple juif. Jérusalem réduite en cendres : tous les Juifs extirminés , hors un petit nombre qu'un triste esclavage condamnait à achever leurs jours dans une terre étrangère ; la vengeance des Romains était-elle à craindre pour une nation qui n'existait plus ? Les Juifs, révoltés contre le principe fondamental du christianisme, l'ont toujours regardé comme un système bdti par l'imagination des premiers Chrétien», pour appuyer leur innovation. Le raisonnement n'a jamais été le fort de la nation juive. Il faut avouer néanmoins que ceux des rabbins sur cet article ne sont pas sans solidité. Vous convenez, disent-ils à leurs adversaires, que votre grand principe a été inconnu aux unges et aux hommes; mais ce mystère, si longtemps caché, devait au moins cesser d'être obscur après qu'il a plu à Dieu de le révéler. L'obscurité qui précède la révélation, et ta clarté qui la suit, doivent être en quelque sorte de proportion, pour que les hommes puissent, en cela, reconnaître et adorer les voies ineffables de Dieu. Or la révélation n'ajoute aucune clarté à ce mystère prétendu. En vain appliquez-vous à votre Messie une infinité de passages de nos Ecritures, qui ont tous un sens fort différent de celui que vous leur donnez. Nous ne reconnaissons en tout cela que la fertilité de votre imagination, et nous ne sommes frappés que du faux de vos raisonnements.
Si Jésus-Christ était la fin que Dieu se fut proposée en toutes choses, continuent les rabbins, on verrait un rapport sensible entre cette fin et les moyens dont Dieu se serait servi pour y parvenir : on verrait dans sa conduite xine liaison, un enchaînement de choses et de moyens qui aboutiraient distinctement à celte fin. Or il n'y a aucun rapport entre Jésus-Christ et la conduite que Dieu a gardée avant sa naissance. Les Juifs étaient son peuple chéri, vous en convenez : c'est à nous que le Messie a été envoyé : c'est de nous et pour nous qu'il devait naître. Moïse, nos prophètes, notre loi, nos Ecritures, tout devait nous disposer à le reconnaître. Son avènement est un mystère, il est vrai ; mais c est un mystère qui devait nous être annoncé, et dont nous aurions attendu impatiemment la manifestation. Alors nos esprits, préparés à le recevoir, se seraient soumis d'eux-mêmes : nous aurions unanimement reconnu ce Messie aux marques certaines qui devaient te caractériser, bien loin de commettre en sa personne cet affreux déicide que vous nous imputez, et dont cependant Dieu serait ^coupable, H votre supposition était bien fondée. Car enfin
MU
nous n'avons point connu ce Messie que nous avons crucifié, et nous ne l'avons point connu, parce que Dieu a fait précisément tout ce qu'il fallait faire, pour nous empêcher de le reconnaître. Peut-on attribuer une pareille conduite à Dieu? La race d'Abraham qu'il a choisie entre tous les enfants des hommes, et avec qui il a contracté une alliance éternelle, pour être à jamais son peuple bien- aimé; ce peuple à qui il a donné lui-même une loi sainte, dont il a recommandé i 'observation pendant tous les siècles; ce peuple qu'il a pris soin d'instruire avec la dernière exactitude, de tout ce qu'il devait faire ou exécuter, pour se rendre agréable à ses yeux; ce peuple enfin que Dieu a toujours comblé de ses bienfaits, et qu'il n'a jamais châtié qu'en père, n'était, selon les Chrétiens, que l'ombre et la figure d'un peuple plus parfait qu'il devait un jour se former. L'alliance éternelle qu'il a contractée avec nous, la loi sainte qu'il nous a donnée, n'étaient que des symboles de la loi de Jésus-Christ et de son alliance avec f Eglise; il n'y a rien en cela de compréhensible.
Les prophéties que vous prétendez désigner un Sauveur dans la bassesse et dans l'opprobre, sont en si petit nombre, sont si obscures, " par rapport à lui, et avaient un sens littéral si clair et si connu de nos pères, qu'ils ne pouvaient, sans une révélation particulière de Dieu, en faire l'application à leur Messie. Tout au contraire celles qui leur avaient annoncé un Sauveur glorieux; tel qu'un Judas Machabée, et surtout Cyrus, sont si étendues, si répétées, si marquées ; les expressions en sont si magnifiques et si frappantes : le sens en est si clair, qu'ils ne pouvaient sans une autre espèce de miracle ne pas attendre un pareil Messie. Dieu peut faire des miracles, mais il n'en fera jamais d'absurdes. Le renversement des idées naturelles ne peut convenir à Dieu qui est la souveraine raison. Or, nous ne pouvons reconnaître Jésus- Christ pour le Messie sans donner aux Livres saints tin sens forcé, qui renverse les idées les plus communes. Les Chrétiens traitent de folie l'espérance où nous vivons depuis tant de siècles , de voir arriver ce libérateur ; notre simplicité néanmoins est conforme à l'Ecriture et au sens commun ; au lieu que nos adversaires s'écartent de l'un et de l'autre ; mais une misérable prévention les empêche eux-mêmes de sentir leur erreur.
Voici donc la manière, disent les incrédules, ces hommes merveilleux, si versés dans l'histoire et dans les Ecritures; voici la manière dont les Juifs, au temps de Jésus-Christ, pensaient sur le Messie. Ce peuple chéri de Dieu, et qu'il avait toujours favorisé, qu'il avait authentiquement assuré d'une protection éternelle, à qui il avait fait clairement entendre par la bouche de ses prophètes, que Jérusalem ne serait plus foulée par les nations, et que le temple réédifié allait être, dans tous les siècles, le séjour de sa gloire ; ce peuple, sans doute, devait être dans une entière confiance qUe Dieu, fidèle A ses promesses, ne l'abandonnerait point, et qu'il le délivrerait bientôt du joug étranger sous lequel il était
OEUVRES COMl>L. DE LE FuANÇOIS. Il
assujetti. Celte confiance, fondée sur les promesses authentiques du Dieu qu'ils adoraient, était commune à tous les Juifs : et il ne paraît pas que l'opinion générale de la nation sur le Messie, fût autre chose qu'une confiance vague et indéterminée dans la protection du ciel, dont ils espéraient leur délivrance.
A la vérité, comme l'usage était établi alors d'interpréter les Ecritures d'une manière arbitraire, il faut convenir que plusieurs d'entre les Juifs purent faire l'application des anciennes prophéties qui avaient annoncé Cyrus, ou Judas Machabée, aux besoins pressants qu'ils avaient d'tin libérateur : quelques-uns même, d'une imagination plus vive et plus échauffée que les autres, purent passer jusqu'à la persuasion et à la certitude que ce libérateur allait incessamment paraître , ainsi qu'il arriva au temps de Vcspasien. Mais ces explications arbitraires de l'Ecriture, celte certitude, cette persuasion de l'arrivée du Messie, n'étaient que des opinions particulières de quelques esprits impatients qui trouvaient dans leur imagination le secours que Dieu tardait trop à leur envoyer. Et, comme nous venons de le dire, tout le reste de la nation attendait ce secours d'une manière qui n'avait rien de fixe et de déterminé.
Après la destruction de l'Etat judaïque, les Juifs, réduits dans la dernière misère, se trouvèrent plus que jamais dans le besoin d'un libérateur céleste. Il est ordinaire aux hommes, lorsque tous les moyens humains leur sont ôlés,pour se délivrer de leurs maux, de mettre entièrement leur confiance dans les moyens surnaturels. L'attente du Messie qui, avant la prise de Jérusalem, n'était chez les Juifs qu'une espérance vague de la protection divine, devint bientôt une opinion constante, et une persuasion vive dans toute la nation, de voir incessamment arriver ce libérateur. L'extrême misère des Juifs ne fut pourtant ni la seule, ni la principale cause de cette opinion : I' établissement du \chrislianisme y eut encore plus de part. Les Chrétiens, qui annonçaient un Messie nouvellement arrivé, répandaient une nouvelle doctrine dont les principes, sapant le judaïsme, irritèrent les Juifs, et remplirent en même temps tous les esprits de l'idée du Messie. Les disciples de Jésus-Christ, aussi bien quêteurs adversaires, également échauffés de cette idée, il ne fut plus question entre eux que de disputer sur tes prophéties et sur les marques auxquelles on devait reconnaître le Christ. C'est alors que les Juifs dont la misère était extrême, et dont l'esprit était rempli de l'idée d'un libérateur,' commencèrent généralement, et sans exception, à s'en promettre un: et' ce libérateur est ce Messie qu'ils attendent encore aujourd'hui avec une foi vive et une espérance ferme que dix-sept siècles de retardement n'ont pu ralentir.
VI. Je vous soupçonnerais, mon cher Eusèbe, de ne proposer cette dernière objection, que pour montrer jusqu'où vont la mauvaise foi, le travers d'esprit, l'injustice, le déguisement, l'ignoranco des incrédules. Quel intérêt prennent ces ennemis du Sau-
veiir « la justification des Juifs? lisl-ce l'amour de l'équité qui les guide? Il me semble voir revivre en eux l'empereur Julien. Celui-ci, pour faire de Jésus-Christ un faux prophète, voulut rétablir les Juifs à Jérusalem, et relever le temple. Ceux-là, pour faire <lc Jésus-Christ un criminel, veulent justifier les Juifs.
Quand nous leur accorderions que l'attente du Messie n'était pas une opinion générale parmi les Juifs qui vivaient au temps de Jésus-Christ, s'ensuivrait-il que les Juifs en le faisant mourir ne commirent pas le plus atroce de tous les crimes, le plus digne, par conséquent, de tous les supplices? Quel sujet de condamnation était-il possible de trouver dans Jésus-Christ, dans ses maximes, dans ses mœurs, dans sa vie, dans ses œuvres? Fut-il jamais un législateur dont les maximes aient pourvu plus parfaitement à la sûreté, à l'équité, à la douceur et à l'union des hommes dans la société générale et dans les sociétés particulières? Futil jamais un maître plus humain, plus tendre, plus accessible, plus charitable? Fut-il jamais un docteur plus éclairé, plus attentif aux besoins de ses disciples : plus zélé pour les conduire à la sagesse, et par la sagesse au vrai bonheur? Fut-il jamais un sage plus doux, plus pur, plus généreux, plus désintéressé, plus tendre pour ses ennemis, plus touché des besoins et des malheurs d'autrui : plus magnanime, plus modeste, plus compatissant aux faiblesses humaines, et plus inflexible sur les droits de la vertu ; plus insensible à la gloire qui vient des hommes, et plus digne de leur admiration ; plus éloigné de toute affectation et de toute domination ? Quelle vie fut jamais si simple, si commune, si égale , si parfaitement mise à la portée de quiconque voudrait l'imiler, et en môme temps si pure, si parfaite, si irrépréhensible, qu'elle le distingue plus glorieusement des hommes que ses prodiges même ; ses venus étant, en un sens, plus au-dessus de l'homme que ses miracles, et cependant quels miracles qui sont encore plus les fruits de sa bonté que de sa puissance, toujours accompagnés de l'humilité et de la charité la plus parfaite, qu'il n'opère que pour le bien, et qu'il dérobe en certaines rencontres à ceux à qui ils devaient nuire par leurs mauvaises dispositions.
La conspiration contre sa personne est aujourd'hui générale. Les ariens, anciens et nouveaux, lui contestent sa divinité': le déiste sa mission; l'athée son origine; le Juif tous ses titres. J'en appelle cependant à la conscience de tous ces ennemis. L'arien peut-il lui assigner d'autre supérieur que Dieu même ? Le déiste peut-il imaginer un plus parfait commentateur de la religion naturelle, dont il fait l'unique règle des mœurs ? L'athée même peut-il imaginer dans la société des liens plus purs, plus doux, plus forts, plus inviolables que ceux que Jésus- Christ lui a donnés ? Et le Juif, si jaloux de la gloire de sa nation, peut-il se dissimuler qu'elle porte toute entière sur Jésus-Christ,
qui, étant né et ayant vécu dans son sein, a démontré la vérité de ses histoires, «.onstalé ses prodiges, fait de ses patriarches de trèsgrands hommes, qui sans lui n'auraient été aux veux de l'univers que de simples pasteurs de troupeaux ; qui a tiré de l'obscurité et ennobli ses pères, ses prophètes, ses lois, ses cérémonies', son culte, en faisant connaître leur auguste destination? La mort de Jésus-Christ n'a donc pu être que l'effet de l'envie, de la calomnie, de la fureur : en un mot, d'un violement de toutes les lois divines et humaines. Reprenons l'objection par parties.
VII. Les incrédules nous reprochent de juger des Juifs qui vivaient au temps de Jésus-Christ, sur les récits que font les écrivains du Nouveau Testament.
Fut-il jamais un reproche plus déraisonnable? Par quelle autre voie veulent-ils que uous connaissions les pensées et les sentiments des Juifs de ce temps-là, que par les historiens contemporains? Ils nous renvoient à Josèphe ; mais, en qualité d'historiens, les écrivains du Nouveau Testament sont-ils moins dignes de foi que Josèphe? Ces écrivains sont en grand nombre : ils ont tout vu et tout entendu ; Josèphe n'a écrit que plusieurs années après eux. Pourquoi devrait-il leur être préféré? Où sont ici l'équité et la droiture? Josèphe, répondent-ils, est un auteur désintéressé. Je le veux; mais J est-il plus que ces auteurs qu'il vous plaît do traiter de conteurs d'historiettes? Quel intérêt avaient donc ces auteurs à se tromper, ou à tromper les autres ? Leur propre gloire ? Ils ne se glorifient que de la vérité, et de souffrir pour elle. Notre gloire, disent-ils, est le témoignage de notre conscience. (11 Cor. i, 12.) La gloire de leur Maître? Le portrait que nous venons de tracer de Jésus-Christ montre combien sa gloire est indépendante de l'opinion des nommes. Pouvaient-ils même se tromper, et en imposer aux autres? Il est question d'un dogme dont ils étaient imbus avant que de se mettre à la suite de Jésus-Christ ; dogme qu'ils tenaient, par conséquent, de leurs parents, de leurs prêtres, de leurs docteurs. Si ce dogme avait été inouï jusqu'alors, et qu'ils en eussent été les inventeurs, comment leur prédication et leurs écrits auraient-ils été reçus de tant de Juifs qui se firent Chrétiens? Ceux-ci ne leur auraient-ils pas dit : Nous reconnaissons Jésus-Christ pour notre Sauveur et notre Dieu à cause de sa sainteté, et de ses miracles ; mais nous ne savons ce que vous entendez par ce Messie promis à nos pères, et attendu par eux : vous êtes les premiers qui nous ayez tenu un pareil langage : jamais il n'en a été mention jusqu'ici parmi nous : nos parents et nos maîtres l'ignoraient parfaitement.
Il plcîtaux incrédules de récuser tous ces témoins, et de leur opposer Josèphe. Mais que dit donc Josèphe, pour détruire tant de témoignages? Il ne dit rien, répondent-ils. Quoi l Josèphe ne dit rien, et son silence a la torce de renverser des millions de témoi-
PART. II
gnages les plus clairs et les plus prtScis 1 Quel travers 1 Est-il possible de le qualifier? Le silence de Josèphc, ajoutent-ils, est un silence désintéressé : cet historien n'aurait pas négligé un fait aussi important et aussi avantageux à su nation que V attente du Messie. Josèphe désintéressé 1 A qui le persuaderat-on? Une telle assertion serait peut-être plausible, si cet auteur avait écrit avant de s'ériger en prophète : avant que d'appliquer, par une adulation aussi folle qu'impie, à l'ennemi et au destructeur de sa nation, les oracles qui lui annonçaient un libérateur , avant la ruine de Jérusalem. Mais qui ne sait que Josèphe n'écrivit qu'après avoir fait le prophète pour éviter d'être envoyé à Néron? qu'après avoir appliqué àVespàsien les oracles, touchant le libérateur, qu'après la ruine de Jérusalem? Y a-t-il du sens à ,1e donner pour un auteur désintéressé, sur le sujet dont il s'agit? Il avait pris des engagements qu'il ne pouvait plus rompre sans se démentir lui-même : et s'il avait une idée sussi grossière du libérateur que le reste des Juifs, que pouvait-il en dire, en voyant les débris de sa nation dispersés de tous côtés, Jérusalem réduite en cendres, tous ses compatriotes exterminés, hors un petit nombre qu'un triste esclavage condamnait à achever ses jours dans une terre étrangère?
En vain, pour faire valoir le silence de Josèphe, nous dit-on que la crainte d'irriter les Romains contre sa nation n'a pu en être Ja cause, parce que, dans le temps qu'il écrivait, sa nation n'avait plus rien à craindre de la part des Romains, et qu'il n'y avait plus de maux à ajouter a ceux qu'elle venait d'essuyer. Les incrédules ou manquent de sens, ou veulent nous donner le change. Qui a jamais prétendu que Josèphe n'ait point parlé de l'attente du Messie, de peur d'irriter les Romains contre sa nation? Ce n'est pas pour sa nation qu'il avait à craindre, c'est pour lui-même. Il avait fait sa cour à Vespasien, en lui appliquant les oracles qui annonçaient le Messie : il ne pouvait plus donner à ces oracles un autre objet, sans passer dans l'esprit de l'empereur pour un flatteur inconstant ou impie.
Mais est-il bien sûr que Josèphe soit contraire aux écrivains du Nouveau Testament sur l'attente du Messie, que ceux-ci donnent pour un dogme répandu parmi les Juifs de leur temps? Josèphe (De bcll. Jud., I. vi, c. 31) rapporte divers signes, divers avertissements célestes que les Juifsreçurentdes malheurs qui devaient leur arriver : il ajoute, qu'ils n'en profitèrent pas ; et que ce qui servit le plus à les tromper, fut un passage obscur de l'Ecriture, qui portait qu'on verrait en ce temps- là un homme de leur contrée commander à toute la terre. Ils l'interprétaient en leur faveur, et plusieurs mêmes des pL\s habiles y furent trompes : car cet oracle marquai! Ycspasien, qui fut créé empereur lorsqu'il était en Judée ; mais ils expliquaient toutes ces prédictions à leur fantaisie, et ne connurent leur erreur que lorsqu'ils en furent convaincus par leur entière ruine. Tacite
(Uist., 1. v, c. 13) rapporte le même fait, presque dans les mêmes termes. Suétone (Vita Vespasian.) dit quelque chose de plus que ces deux historiens. 11 donne l'opinion où étaient les Juifs, qu'il devait sortir de leur pays, dans ce temps-là, des maîtres de la terre, pour une opini on ancienne et constante, et qui était répandue dans tout l'Orient. Il remarque, d'après Josèphe, que la prédiction devait s'entendre de l'empereur, comme il parut par l'événement; mais que les Juifs, l'interprétant en leur faveur, en prirent sujet de se révolter.
Voilà donc un fait certain, attesté par Josèphe , Tacite et Suétone, que les Juifs croyaient voir dans leurs livres sacrés la promesse d'un libérateur. Il n'est point ici question du jugement que portent ces historiens de cette promesse, ni si les Juifs se trompaient, ou ne se trompaient pas dans l'interprétation qu'ils donnaient à celte promesse : il n'est uniquement question que du fait. Josèphe et Tacite né fixent point l'opinion juive au temps de leur révolte contre les Romains. Suétone la donne pour une opinion aneienne et constante, et répandue dans tout l'Orient. N'est-il donc pas ridicule de nous venir dire qu'elle regarde précisément, selon Josèphe, le temps de la ruine de Jérusalem? Est-ce que Josèphe dit que cette opinion commença précisément dans ce temps-là? Est-ce en un moment que peut paraître et disparaître une opinion ancienne? Est-ce en un moment qu'une opinion constante et répandue dans tout l'Orient, s'empare de tous les esprits? N'est-ce que dans le moment précis de la révolte, que les Juifs consultèrent leurs livres sacrés? Jusqu'à ce moment aucun de leurs docteurs ne les avait-il ouverts, ou n'y avaitil rien aperçu? Les incrédules ne nous débitent que les fictions absurdes de leur imagination, pour nous faire croire que les évangélistes ne nous débitent que des historiettes.
(I est vrai que l'espérance de voir bientôt le libérateur, annoncé si souvent et si longtemps attendu, ne parut jamais avec plus d'éclat, parmi les Juifs et les Samaritains, que dans le temps de Jésus-Christ. La raison en est bien naturelle : tous les signes de son arrivée, marqués par les prophètes, concouraient dans ce temps-là ; et si l'assujettissement aux puissances étrangères ne contribua pas peu a persuader que les jours de l'espérance touchaient enfin à leur terme, c'est que cet état de décadence de la nation en était un des signes. L'impression qu'avait fait sur eux le sentiment que le Christ devait paraître en ce temps, était si forte, qu'elle demeura près d'un siècle parmi les Juifs. Us crurent que l'accomplissement des prophéties pouvait avoir une certaine étendue, et n'était pas toujours renfermée dans un point précis; de sorte que, pendant près de cent ans, on ne parlait parmi eux que do faux christs qui se faisaient suivre, et de faux prophètes qui les annonçaient. Les siècles précédents n'avaient rien vu de sein-
hlable , et les Juifs ne prodiguèrent le nom (Je Christ, ni quand Judas Machabée remporta tant de victoires sur leurs tyrans, ni quand son frère Simon les affranchit du joug des gentils, ni quand le premier Hircan lit tant de conquêtes. Les temps et les autres marques ne convenaient pas, et ce n'est que dans le, siècle de Jésus-Christ, qu'on commença à "parler de tous ces messies. Les Samaritains se firent des christs aussi bien que les Juifs, et un peu après Jésus-Christ, ils reconnurent leur Dosithée. Simon le Magicien, du même pays, se vantait aussi d'être le fils de Dieu, et Ménandre, son disciple, se disait le Sauveur du monde. Dès le vivant de Jésus-Christ, la Samaritaine avait cru que le Messie allait venir (Joan. iv), tant il était constant dans la nation, que Je Christ paraîtrait incessamment.
Avant de reprendre la suite de l'objection, je vais vous faire part d'une conjecture sur Josèphe, que vos incrédules ne cessent de revendiquer. Ce pharisien avait de l'esprit, des lumières, et encore plus de politique. Il me semble qu'il n'y a pas lieu de douter qu'il ne crût apercevoir en Jésus- Christ le vrai Messie promis par les prophètes, et que ce qu'il en dit dans ses Antiquités judaïques, ne soit une expression naturelle de ses sentiments : mais que ce qui l'empêcha de se déclarer plus ouvertement, fut la vue des persécutions auxquelles les Chrétiens étaient exposés de toutes parts, encore plus que les Juifs, et dont il ne pouvait prévoir l'issue. Le fondement de ma conjecture est le silence même de cet auteur sur les Juifs et sur les gentils, qui reconnaissaient Jésus-Christ pour le Messie. S'il avait cru dans l'erreur les sectateurs de Jésus-Christ, eût-il gardé le silence? Il se déclare si hautement contre l'espérance d'un libérateur tel que les Juifs grossiers se le figuraient ; eût-il été plus réservé par rapport à cette multitude de Juifs et de gentils qui en suivaient un autre si dissemblable?
VIII. Revenons aux incrédules: voyons s'ils font mieux raisonner les Juifs qu'ils ne raisonnent eux-mêmes. Pour en juger, réduisons en un syllogisme ce long verbiage qu'ils leur prêtent. Si Jésus-Christ avait été le Messie, nous disent les Juifs, Dieu, aurait tracé dans les Ecritures des caractères clairs et manifestes , auxquels nos pères n'auraient pu manquer de le reconnaître : c'est ce que Dieu n'a pas fait. Les ]>rophéties où vous prétendez voir l'annonce d'un Sauveur dans la bassesse et l'oppropre, sont en si petit nombre, sont si obscures, et allaient un sens littéral si connu de nos pères, qu'ils ne pouvaient, sans une révélation particulière de Dieu, en faire l'application à leur Messie. Tout au contraire, celles qui leur annonçaient un Sauveur glorieux, sont si étendues, si répétées, si marquées, les expressions en sont si magnifiques et si frappantes, et le sens en est si clair, qu'ils ne pouvaient, sans une autre espèce de miracle, ne pas attendre un pareil Messie.
Si Jésus JChrist avait été le Messie, disent
les Juifs, Dieu aurait donné dans nos Ecritures des signes clairs et manifestes, auxquels nos pères n'auraient pu le méconnaître.
Nous demandons aux Juifs jusqu'où devait aller la clarté de ces signes. Devait-elle être telle que les esprits, malgré leur inattention, leurs préjugés, leurs passions, ne pussent ne les pasivoir? Si c'est là leur prétention, qu'ils sont ignorants dans les voies de ia Providence l La conduite de Dieu à l'égard des hommes est mêlée de lumières et de ténèbres : il y a assez de lumière pour les esprits attentifs et les cœurs droits: il n'y en a pas assez pour les esprits inattentifs et les cœurs corrompus. La vie présente nous est donnée pour mériter la possession pleine et parfaite de la vérité ; c'est le temps de l'épreuve et du travail : la manifestation de la vérité sans nuages et sans obscurité est
la récompense proposée à ceux qui la recherchent, sur la terre, avec tout le soin et toute l'application que mérite le plus grand de tous les biens. Ce principe posé, répondons aux Juifs assez injustes pour accuser Dieu même de l'aveuglement de leurs pères, et de leur propre entêtement au sujet deJésus-Christ.
Le Messie ayant été dans tous les temps l'objet de l'espérance et de l'attente des Juifs, il faut qu'ils en aient eu la connaissance, et qu'ils s'en soient formé certains caractères dont l'idée fût commune à toute la nation. Ceux qui vivaient au temps de Jésus-Christ savaient distinctement que lo Messie devait naître de la tribu de Juda, do la famille de David, dans la bourgade do Bethléem ; que sa venue serait cachée ; qu'il aurait un précurseur pour lui préparer les voies ; que quand il serait venu il demeurerait éternellement; qu'alors il enseignerait toutes choses ; qu il serait le grand prophète promis par Moïse ; qu'il serait Je Fils et le Seigneur de David ; qu'il serait l'Agneau qui effacerait les péchés du monde; qu'il opérerait de grands miracles , et qu'une preuve de sa venue serait la résurrection des morts, la guérison des lépreux, l'Evangile prêché aux pauvres. Jésus-Christ en appelle sur cela aux Juifs mêmes, et c'est à ces caractères qu'il veut être reconnu. (Matth. xxii, 42; il, 5; Joan. vu, 27; Matth. xi, 14; xvn, 10; Marc, ix, 10; Joan. xn, 34; Joan. iv, 25; Joan. i, 45; Matth. xxii, 42; Joan. i, 29 ; Joan. vu, 31; Matth. u, 3.) On n'entend point dans l'Evangile les Juifs lui nier que ce sont là les caractères du Messie qu'ils attendent; le peuple et plusieurs de ses chefs, en les voyant réunis en sa personne, sont persuadés qu'il est effectivement le Messie : s'ils ne se déclarent pas ouvertement, ils ne sont retenus que par la crainte des scribes et des pharisiens. (Joan. xn. 42.)
Outr.e ces caractères, il y en ava-it encore un grand nombre d'autres également connus des Juifs. On savait que le Messie devait souffrir et ressusciter (Luc. xxiv, 26); que sa chair n'éprouverait point la corruption (Act. n, 27); qu'il serait la pierre angulaire et fondamentale: que les nations espéreraient en lui; que les rois et les princes déjà
PART. H
terre s'armeraient, pour s'opposer à l'établissement de son règne. (Matth. xii, 18, 21 ; Act. iv, 26.) On savait, à n'en point douter, qu'il devait venir sous le second temple: qu'il remplirait toutes les figures, et qu'il paraîtrait à la fln des soixante et dix semaines marquées par Daniel. Lorsque les apôtres, au milieu de Jérusalem et des synagogues, appliquent, ces caractères à Jésus - Christ ressuscité, leur dit-on: Ces caractères ne conviennent point au Messie? On n'y pense seulement pas. On leur dit simplement : Ils ne conviennent pas à Jésus de Nazareth. Les Juifs, après leur dispersion, pensaient encore de même, comme il est manifeste par les paraphrases chaldaïques, les plus anciens livres des Juifs, après les Ecritures. On y explique du Messie la plupart des prophéties employées par les apôtres. Saint Jérôme (Prœf. in lib. vi Comment, in Jer.) i assure encore des Juifs de son temps, au ivc siècle, que la seule différence entre eux et les Chrétiens, c'est que ceux-ci croient que ces prophéties sontaccoraplies en Jésus-Christ,au lieu que ceux-là croient qu'elles s'accompliront un jour dans un autre sujet qu'ils attendent.
EusÈBE.Cescaractères étaient lumineux; ils étaient tous réunis en Jésus-Christ. Comment donc put-il être méconnu pour le Messie par la nation juive? Il, n'y avait point ici de ténèbres à dissiper; il ne fallait ni attention ni droiture; il ne fallait qu'ouvrir les yeux.
Vous vous trompez, mon cher Eusèbe :
Jésus-Christ était de la famille de «David, mais celte famille était tombée dans l'obscurité. 11 était né à Bethléem, mais il avait passé sa vie à Nazareth jusqu'au jour de sa manifestation. Il avait eu un précurseur; niais comme il devait avoir un autre avènement, il ne fallait pas confondre le précurseur du premier avènement avec le précurseur du second. 11 devait demeurer éternellement, mais après qu'il serait ressuscité, et par conséquent après qu'il serait mort. Il était le grand Prophète, mais ses prophéties n'étaient pas encore vérifiées par l'événe-' ment. Il opérait de grands miracles, mais en ne se prêtant pas aux demandes arbitraires de ses ennemis, et plus encore en laissant impunies leurs insultes et leurs calomnies, il affaiblissait l'idée de sa puissance. Tout cela formait des nuages qui ne pouvaient être dissipés que par l'attention et la droiture du cœur. Ajoutez sa pauvreté, ses humiliations, ses souffrances, incompatibles avec les idées nouvelles que les Juifs charnels s'étaient faites du Messie. Ils s'étaient imaginé que le Messie paraîtrait avec un éclat extraordinaire; que sa majesté serait semblable à celle des monarques; que son royaume serait de ce monde; qu'il exercerait sa puissance contre les ennemis (^Israël d'une manière sensible; qu'il viendrait armé ci terrible comme un héros et un conquérant-; qu'il comblerait les Juifs de toutes sortes de biens et do prospérités temporelles. En un mot, tout ce qui flattait leur amour-propre, leur passion pour la ven-
geance, entrait dans l'idée qu'ils- s'étaiei.t faite du Messie. Mais pour les humiliations ils ne s'en formaient qu'une idée confuse : ils ne les voyaient que comme au travers d'un voile. Ce ne fut que depuis la résurrection de Jésus-Christ et depuis l'établissement de l'Eglise que le voile fut tiré totalement, même pour les apôtres et pour les disciples.
IX. Nos pères avaient-ils tort? s'écrient ici les Juifs : les prophéties que vous prétendez désigner un Sauveur souffrant et humilié sont en si petit nombre et si obscures, qu'ils ne pouvaient, sans une révélation particulière, en faire l'application à leur Messie. Tout au contraire, celles qui leur annonçaient un Sauveur glorieux sont si étendues, si répétées, les expressions en sont si magnifiques t et le sens en est si clair, qu'ils ne pouvaient, sans une espèce de miracle, ne pas attendre un pareil Messie.
Oui, vos pères avaient tort de ne pas voir le Sauveur et dans les prophéties qui le désignaient souffrant et humilié, et dans les prophéties qui le désignaient glorieux et triomphant, parce que tous ces traits, quelque contraires qu'ils paraissent, entrent dans le tableau que les prophètes en tracent. Partout, ces hommes inspirés peignent le Messie Dieu et homme, grand et abaissé, maître et serviteur, prêtre et victime, roi et sujet, soumis à la mort et vainqueur de la mort, riche et pauvre,' puissant et sans force. Or, toutes ces idées, contradictoires en apparence , se concilient parfaitement en Jésus-Christ et dans tous les sens; et si vos pères avaient besoin de miracles pour être assurés que ces idées avaient toute leur réalité dans sa personne, en manquaient-ils?Combien Jésus-Christ n'en opéra - 1 - il pointa leurs yeux? Combien de fois ne les renvoya-t-il point à ces preuves évidentes de sa mission?
Nos pères, répliquent les Juifs, ne devaient avoir aucun égard à ces miracles, parce que Dieu ne peut en faire pour autoriser le renversement des idées les plusnaturclles. Or ils ne pouvaient reconnaître J 'ésus-Christ pour Messie, sans donner aux livres saints un sens forcé qui renverse les idées les pluscommunes.
Que prouve une telle réplique ? Que vous êtes aussi peu intelligents îluns vos écritures que vos pères. Nous vous- exposons une foule de textes tirés de vos prophètes, où les souffrances, la mort, la résurrection du Messie, la conversion des gentils, l'aveuglement et la. réprobation de votre nation sont annoncées. En vain nous dites-vous que ces textes ont un autre objet. Les applications que vous en faites à d'autres sujets, par exern; »le du lui' chapitre d'Isaïe à Jérémie, ou mémo au peuple Juif ; du xxic Psaume à David, etc., sont si contraires au sens commun ; l'application, au contraire, que les Chrétiens en font à Jésus-Christ, est si juste et si naturelle, que, s'il fallait s'en rapporter à vos interprétations forcées, on seraitdans la nécessité, ou de soutenir (pie vos Ecritures ne font aucune mention du Messie, ou de les rejeter comme des écrits de votre composition. M. lis quel droit avez-vousde vous faire écou-
ter? Pensez-vous mieux entendre vos livres sacrés que cette multitude'de Juifs de toute condition, qui» après la résurrection de Jésus-Christ, le reconnurent pour le Messie ? Vous traitez ces Juifs d'ignorants et de libertins; mais sur quel fondement? Méritezvous d'en être crus, vous qui, plus encore que vos pères, meurtriers de Jésus-Christ, ne vous repaissez que de fables et de chimères?
Qui ne sait que, dès le commencement du Christianisme, vos ancêtres envoyèrent partout décrier Jésus-Christ et ses apôtres ? Ecseb., in Isa. xvm,l; Hieron., ibid.) On a rendu publiques, dans ces derniers temps, les histoires forgées parmi voussurle même sujet; histoires que vous lisez sans doute, et que vous faites lire à vos enfants, puisqu'elles n'ont été composées que pour vous, étant originairement écrites en votre langue; histoires si pleines d'anachronismes , de contradictions, d'absurdités, de mensonges, qu'il faut une patience à toute épreuve pour en soutenir la lecture. Dans celle qui a été publiée par M. Vagensel, et qui a pour titre, Sepher Tdledos Jesu, voici comme on fait de Jésus-Christ un thaumaturge. Il pénètre jusque dans l'intérieur du temple; il dérobe le grand nom de Dieu Jéhovah. Il se garantit de deux lions d'airain formés par art magique, et placés aux deux côtés de laporte du temple pour en garder l'entrée, et pour empêcher f enlèvement du grand nom. Ces deux lions rugissaient avec tant de force, qu'ils faisaient perdre la mémoire à ceux qui les entendaient. Jésus trompe leur vigilance ; il se fait une ouverture à la cuisse, et cache le nom sacré sous sa peau.
Muni de ce trésor, il ressuscite les morts, il guérit les lépreux. Les peuples, attirés par le bruit de tant de merveilles, le conduisent en triomphe à Jérusalem. Là, Jésus accusé par les prêtres paraît devant la reine Hélène et son fils Monbas ou Hircan, qui régnaient alors à Jérusalem. Il se concilie leur bienveillance par les prodiges qu'il opère en leur présence. Les sacrificateurs déconcertés veulent se saisir de sa personne. Mais comment exécuter cedessein contre un homme revêtu de la puissance attachée au grand nom ? L'un d'eux, nommé Judas f brave champion, se charge de l'entreprise, pourvu qu'on lui permette d'apprendre le nom mystérieux, et qu'on se charge du péché d'une curiosité si téméraire. Tout lui est accordé. Il se présente au combat, il attaque son adversaire, il le serre de près, ils s'élèvent tous deux dans les airs en prononçant le nom ineffable; Judas s'efforce de le précipiter, ilréussit enfin en l'inondant de son urine. Tous deux souillés tombent par terre; mais Jésus se relève, court au Jourdain, s'y lave, recommence à faire de nouveaux miracles et brave ses ennemis. Judas voyant qu'il ne pouvait le vaincre à force ouverte, a recours au stratagème; il se range aunombri de ses disciples, il épie sa conduite, il en informe les sages. On l'arrête un jour qu'il vient au temple, on l'attache aune colonne de marbre, on le fouette, on le couronne d'épines, on le
lapide; on veut ensuite 10 pendre au bois, suivant la coutume ; mais le bois se rompt, Jésus l'avait enchanté par la vertu\]du grand nom ; mais Judas rend l'enchantement inutile en tirant de son jardin un chou monstrueux auquel on l'attache. Judas craignant que ses disciples ne l'enlevassent et ne publiassent qu'il était ressuscité, l'enlève lui-même du tombeau au il avait été mis, et l'enterre dans le lit d'un ruisseau dont il avait eu soin de détourner l'eau avant que d'y creuser une fosse. Cependant ses sectateurs publient qu'il est ressuscité. La reine Hélène le croit et le déclare Fils de Dieu. Mais Judas lire le corps du lieu où il l'avait mis et l'expose aux yeux de tout le monde. On l'attache à la queue d'un cheval, on le traîne jusqu'au palais de la reine; on lui arrache les cheveux ; c'est la raison pourquoi les moines se rasent. Les Nazaréens furent si irrités d'un traitement si ignominieux qu'ils firent schisme avec les Juifs.
L'autre histoire, publiée en 1705 sous le même titre de Sepher Toledos Jesu par M. Huldric, n'est pas moins propre à faire connaître les Juifs que celle dont je viens de vous donner cet abrégé. Les auteurs de ces rares histoires sont peu d'accord eutro eux. Le premier fait mère de Jésus l'épouse d'un Iochanan, qu'il dit s'être abandonnée à un Pandera de Bethléem ; le second la fait épouse de Papus et la suppose aussi abandonnée à Joseph de Nazareth. Le premier auteur fait naître et mourir Jésus sous Hérode le Grand, le second sous Hélène et son fils Monbas. Le premier, après la découverte de l'adultère de Marie et de Pandera, les sauve à Babylone; le second en Egypte ; et celui-ci veut encore que ce soit à Hérode que Papus porte ses plaintes contre son épouse; que ce prince se transporte sur-le-champ à Bethléem pour là faire lapider, et qu'irrité de sa fuite, il fasse massacrer tous les enfants de Bethléem et de la contrée. Le même historien donne à Jésus pour précepteur Josuéfils de Perachia qui avait étudié sous Akiba ; or,.ce dernier n'a vécu que sous l'empereur Adrien, plus de cent ans après la mort de Jésus-Christ. Les deux historiens qui s'accordent sur l'infamie de la naissance de Jésus-Christ, ne s'accordent pas sur les auteurs qui en tirent la découverte. Le premier dit que ce furent les prêtres, le second que ce fut Hérode, et ensuite Akiba, lequel, à la faveur d'un faux serment, sut tirerce secretde Marie. Il ajoute que Jésus, après qu'Akiba eut fait connaître sa naissance, fut rasé, lavé dans les eaux de Bolet, dont la propriété était d'empêcher les cheveux de renaître, et qu'en dépit il se mit à enseigner une mauvaise doctrine.
11 en fait un thaumaturge du premier ordre , en vertu du grand nom qu'il n'avait pas dérobé dans le temple , comme le dit le premier historien , mais dont il avait appris tout le secret sous ses maîtres. 11 lui donne des disciples, à la tête desquels il place Jean-Baptiste , qu'il représente comme un scélérat, malgré l'éloge que fait l'historien Josèphe de sa sainteté. Mais écoutons la suite.
Hérode n'ayant pu se saisir de sa personne,
malgré' les troupes nombreuses qu'il avait envoyées à sa poursuite , Jehuda, l'un de ses premiers officiers, s'offre de le lui livrer. Il vient trouver Jésus , se donne à lui , contrefait le disciple zélé, le presse d'aller à Jérusalem faire éclater sa puissance; l'assure qu'il y a un grand nombre de partisans qui n'attendent que sa présence pour se déclarer hautement en sa faveur ; que Jager Purah, oncle de sa femme, le recevra chez lui magnifiquement. Jésus se rend à de si flatteuses sollicitations ; il vient à Jérusalem , il loge chez Purah qui luj. sert d'un vin mixtionné d'eaux d'oubli , comme il l'avait comploté avec Jehuda. Ce vin produit son effet; Jésus oublie le grand nom ; il perd le don des miracles , il est arrêté prisonnier ; sa mort est résolue , mais elle est remise à la fête de Pâques. Dans l'intervalle , Hérode consulte les Sanhédrins, dont il y avait grand nombre du vivant de notre auteur. Comme les Allemands sont pleins d'humanité , celui de Worms est d'avis de le renfermer sans le faire mourir. L'avis est rejeté ; on le condamne à mort. Ses disciples publient qu'il est ressuscité : les habitants du village d'Aï, qui étaient tous de ce nombre, déclarent la guerre aux Israélites pour venger sa mort , et font main basse sur tous ceux qu'ils rencontrent. Hérode, avec toute sa puissance, ne peut les réduire par la force. Jl a recours au conseil de Jehuda. Celui -ci, inépuisable enressources, lui propose un moyen infaillible de terminer cette guerre, fous avez parmi vous , dit-il à Hérode et aux sages qui composaient son conseil , Siméon Kakkalph , oncle de Jésus, vénérable vieillard ; confiez-lui le grand nom; qu'il fasse des miracles; qu'il aille à Ai; qu'il assure les habitants par des termes ambigus qu'il vient de la part de Jésus leur défendre de continuer la guerre. Siméon accepte la commission , après néanmoins s'être fait promettreavec serment l'héritage du siècle futur. Jl part, il forme une nuée, il y monte comme sur un char; de là, faisant gronder le tonnerre et lançant des éclairs sur le village d'Aï, il ordonne aux habitants épouvantés de s'assembler sous la tour du lieu , d'où il leur intimera les ordres de Jésus dont il se dit l'envoyé. Cessez , leur dit -il, de faire la guerre aux Israélites : Jésus se réserve le soin de venger sa mort. Il disparaît ensuite dans le même équipage qu'il était venu. Les habitants d'Aï le croient transporté au ciel, mais il revient à Jérusalem et rend compte de son expédition. Hérode meurt ; son fils lui succède. Jl menace les habitants d'Aï d'une guerre terrible s'ils ne brûlent les idoles de Jésus et de sa Mère qu'ils adoraient. Ces pauvres gens, consternés, implorent le secours du roi de Césaréc qui leur est refusé. Désespérés , ils jettent au feu leurs chères idoles. Cependant Jésus avait encore des disciples à Jérusalem : Siméon propose au roi de l'en débarrasser ;it invite ces disciples de l'accompagner à Ai. Il les prend dans sa nuée, à laquelle il ordonne de se fendre. Tous ces impies se brisent par leur chute. Siméon, après ces glorieux exploits , rentre triomphant dans Jérusalem.
Vous n'entendez, mon cher Eusèb'e, qu'avec impatience tant de fables si mal concertées. Est-ce ma faute? Pourquoi m'avezvous opposé l'autorité des Juifs? Vous m'avez mis dans la nécessité de vous les faire connaître, et de vous exposer conséquemment leur aveuglement et leur ignorance. Me renverrez-vous désormais à de tels maîtres pour l'intelligenee des Ecritures touchant le Messie? Hélas 1 leurs plus savants rabbins ne savent plus où ils en sont sur ce sujet. Les uns, comme Maimonides, donnent pour un article de foi que le Messie doit venir. D'autres, comme Joseph Albo, le donnent pour un dogme indifférent : d'autres, pour une opinion incertaine. (Gemar. , Tit. Sanhédr.) Le fameux Hillel veut qu'il soit venu dans la personne d'Ezéchias (Hist. des Juifs, par Basnage, lib. vi, art. 3) : ei parmi les modernes, selon Buxtorf (De Sin. Jud.t c. 36), le sentiment le plus commun est qu'il est venu depuis longtemps; mais qu'il demeure caché sur la terre sans se manifester, à eause des péchés des Juifs. Les talmudistes (Geuiar. , Sanhédr. 12) le placent à Rome, parmi les lépreux à la porte de la ville, attendant qu'Elie vienne le sacrer. Je ne finirais pas si je vous mettais sous les yeux toutes les rêveries des rabbins. Honteux eux-mêmes de leurs variations et de leurs songes, et ne connaissant plus rien dans les temps qui leur sont marqués par leurs prophètes, ils ont prononcé d'un commun accord : Maudits soient ceux qui supputeront les temps du Messie (Gemar., Sanhédr. 1) : comme on voit, dans une tempête qui a écarté le vaisseau trop loin de sa route, le pilote déconcerté abandonner son calcul et aller où le mène le hasard.
Mais quel sera ce Messie que les rabbins font attendre au misérable peuple dont ils sont les séducteurs ? Nouveau sujet de division parmi eux. Ceux-ci en font un conquérant qui doit assujettir toute la terre a son empire pacifique et fortuné: ceux-là en font un homme de douleurs et d'afflictions, et son règne un règne de disgrâce et d'infortune. Ceux-ci veulent que de son temps ou verra triompher la vérité, la justice et le bon ordre ; ceux-là, que sa domination sera uno domination de désordre dont l'équité sera bannie, et où périra le dernier juge d'Israël. Mais enfin combien de "temps règnera-t-il? Sera-ce quarante ans, outroiscent soixantecinq, ou sept mille , ou autant qu'il y en a d'écoulés depuis le commencement du monde, ou éternellement? C'est sur quoi varient les rabbins. Pour concilier les prophéties qui leur paraissent opposées, il en est parmi eux qui ont imaginé deux messies, qui doivent se succéder l'un à l'autre : l'un dans l'humiliation et dans la pauvreté, l'autre dans la gloire et l'abondance. Le premier, de la race de Joseph et de la tribu d'Kphraïm, aura pour père Huziol, et sera appelé Néhémie. (Basnage, Hist., i, DeJud., 1. vi,c. 25, art. 9; Ben Esua, inpsal. lxxix.) Quell'e terrible guerre ne fera-l-il pas aux Iduméens, c'est-à-dire aux Romains et aux Chrétien* !
A la tête d'une arméo formidable, composée des tribus d'Fphraïm, de Manassé, de Benjamin, et d'une partie de celle de Gatl , il foudroiera ses ennemis, il renversera l'empire romain, et ramènera les Juifs triomphants à Jérusalem. 11 attaquera Armillus qui naîtra du temps de Néhémie, d'un bloc de marbre : il mettra en fuite son armée, il la passera au fil de l'épée, et le fera luimême prisonnier. Mais Armillus, échappé do ses mains, lui déclarera une guerre nouvelle, et, dans un combat sanglant, Néhémie mourra sans qu'Armillus s'en aperçoive. Les anges se saisiront du corps mort, et le cacheront avec ceux des anciens patriarches. Quelle sera la consternation des enfants d'Israël ? Ils se sauveront dans le désert, où ils demeureront cachés pendant 45 jours. Après ce temps l'archange Michel sonnera de la trompette. A ce bruit éclatant paraîtra, le Messie de la race de David. 11 viendra accompagné du prophète Elie : tous les Juifs le reconnaîtront pour leur roi et leur libérateur. En vain Armillus marchera contre lui : une pluie de feu et de soufre le réduira en cendres. Le nouveau Messie rappellera Néhémie à la lumière : il rassemblera tout Israël : il ressuscitera les morts , il rebâtira Jérusalem sur le modèle montré au prophète Ezéchiel : il dissipera tous ses ennemis : il établira son empire sur toute la terre : il aura plusieurs femmes , d'où lui naîtront des successeurs après sa mort.
Combien d'autres inepties ne débitent pas les rabbins sur le Messie et sur les circonstances de sa venue? Mais en voilà trop. Si vous souhaitez de nouvelles preuves de l'esprit de vertige et d'égarement qui anime ce pauvre peuple depuis qu'il a rejeté le véritable Messie, parcourez les siècles : il n'en est presque aucun qui ne fournisse des exemples de ses délires. Jésus-Christ leur avait dit : Je suis venu à vous au nom de mon Père et vous ne m'avez pas reçu : un autre viendra en son nom et vous le recevrez. (Joan. v, k.) Ne semble-t-il pas qu'ils aient voulu vérifier ces paroles? Ce n'était pas assez que tant de faux prophètes, comme nous J'avons vu, eussent livré Jérusalem entre les mains de Tite : les Juifs n'étaient pas encore bannis de la Judée, et l'amour qu'ils avaient pour Jérusalem en avait engagé plusieurs à choisir leur demeure parmi ses ruines. Voici un faux Christ qui va achever de les perdre. Cinquante ans après la prise de Jérusalem, Barcokebas , parce que son nom signifie Je fils de l'étoile, se dit l'étoile de Jacob , prédite au Livre des Nombres (xxvi, 17-), et se donne pour le Christ. Le fameux rabbin Akiba, et à son exemple tous ceux que les Juifs appelaient leurs sages, entrent dans son parti, sans que l'imposteur donne aucune autre marque de sa mission, si ce n'est, dit-on, qu'il mettait de la paille allumée dans sa bouche, et paraissait vomir des flammes. Les Juifs se révoltent partout, sous la conduite de cet imposteur qui leur promet l'empire du monde. Adrien en fait périr six cent mille. Le joug de ces mal-
heureux s'appesantit, et ils sont bannis pour jamais de la Judée. (Elsèbe, Ilist. eccles.r \. ivy c. 63 ; Hieron., in Isa. vi.)
Ce coup terrible ne fait que suspendre pour un temps les etTets de l'esprit do séduction qui s'est emparé de leur cœur. Un nouveau fourbe, nommé Moïse, paraît au v* siècle en Candie : il se donne pour l'ancien législateur, il se dit descendu du ciel pour procurer aux Juifs candiots une glorieuse délivrance : il va les ramener à travers do la mer dans la terre promise. Un grand nombre sur sa parole se jeltenldans la mer , persuadés qu'elle s'ouvrirait, "comme avait fait la mer Rouge. La plupart y périssent. (Socrat.» Hist. eccles., ). h, c. 38.) Une si tragique aventure ne rend point les Juifs plus sages. Le même siècle les voit prendre les arines sous la conduite d'un prétendu messie nommé Julien, qui leur fait les plus magnifiques promesses. Le vmc produisit en Espagne un autre messie, nommé Sérénus.
Le xiie fut plus fécond : il en produisit en France, en Perse, en Moravie, en Espagne, en Arabie, au delà de l'Euphrate. Le xm" siècle eut aussi le sien. Dans le xvi* il ne tint qu'à lsmaël Sophi, roi de Perse , zélé musulman, d'être le messie des Juifs de Médie et de Perse.
Enfin le dernier siècle a produit le fameux Sabbatthaï ïzevi. Un nommé Nathan joue le rôle de précurseur de ce nouveau messie. Il annonce que, dans un an, à compter d'un jour qu'il détermine , paraîtra le Roi des rois : qu'il commencera ses exploits par priver le Grand Seigneur de sa couronne : qu'il le mènera en triomphe, chargé de chaînes, à Jérusalem. Les Juifs des environs de Gaza font savoir une si heureuse nouvelle à leurs frères, dispersés par toute la terre. Quelle joie universelle 1 Les Jui'fs touchent enfin aumoment si désiré de leur délivrance. Leur messie va soumettre l'univers à leur empire. 11 disparaîtra pendant quelques mois; mais.ee ne sera que pour venir monté sur un lion céleste dont la bride sera de serpents à sept têtes. 11 sera accompagné de ses frères les Juifs qui habitent de l'autre côté de Ja rivière Sabbation. 11 sera reconnu pour seul monarque dumonde : on verra descendre du ciel le saint temple, bâti, orné , embelli. Dans ce temple seront offerts des sacrifices éternels. Le messie se montre à Srayrne. On ne voit à son arrivée qu'inspirations , extases, révélations : les enfants même participent à des dons si rares : on entend des voix résonner de leurs entrailles : plus de quatre cents prophètes lui rendent témoignage Il s'embarque pour Constantinople, qui doit être le théâtre de ses hauts faits : sa réputation l'a précédé, une infinité'de Juifs accourus de toutes parts l'y attendent et lui préparent une entrée superbe. Les vents contraires l'ayant empêché d'aborder, lu grand visir l'envoie chercher dans deux chaloupes, Je jette dans un cachot , le fait transporter ensuite au château- d'Abydos, Tune des Dardanelles. Les Juifs des pays éloignés y viennent lui rendre leurs hoia-
mages. Sabbathaï, dans sa prison, dresse une formule de prière ou de liturgie pour célébrer le jour de sa naissance. Tous ceux qui iront prier sur le tombeau de sa mère sont assurés des bénédictions du ciel. Il né manque plus aux Juifs que l'apparition d'Elie : ceux de Constantinople ont vu ce prophète : ceux d'Italie, de Hollande, d'Allemagne, de Metz, se préparent à tout vendre, à tout quitter, pour voler à leur messie. Ils s'imaginent déjà être les maîtres du monde , quand ils apprennent que leur Christ s'est fait Turc, et qu'il a abandonné la loi de Moïse. La chute et l'apostasie de cet imposteur ne suffisent pas pour faire ouvrir les yeux à ce pauvre peuple : ils se persuadent qu'il s'est rendu invisible; que ce n'est pas lui qui a pris le turban, que c'est son ange ; que bientôt on le reverrait à Smyrne pour la consolation de ses disciples. (Ricart, Hist. de l'empire ottoman sous Mahomet 1 V, an 1666.)
C'est donc de tels maîtres, nés visiblement pour les fables et les chimères , que vous voudriez que les Chrétiens reçussent l'intelligence de la loi et des prophètes? C'est comme si vous vouliez que ceux qui ont de bons yeux prissent des aveugles pour conducteurs. La Loi, les Psaumes et les prophètes ne parlent que du Messie. Us fixent le temps de sa venue. Ils entrent dans le plus grand détail sur les circonstances de sa vie. lis marquent distinctement les effets et les suites de son avènement. Jésus-Christ a tout vérifié dans sa personne. Il a paru avant la dispersion de la tribu de Juda, dans le temps que cette tribu formait un corps, et qu'elle donnait des juges et des magistrats. Il a honoré le temple de sa présence, 11 est mortaubout de quatre cent quatre-vingt-dix ans, à compterde J'éditdonnéparArtaxerxès Longue-Main pour le rétablissement desjmurs de Jérusalem, comme l'avaient annoncé Jacob, Aggée, Malachie , Daniel. Il est né, il a vécu, il est mort, il est ressuscité, comme l'avaienlpubliéDavid, Michée, lsaïe,Jérémie, Zacharie. Il a été reconnu par les gentils et rejeté parles Juifs, comme l'avaient prédit Moïse et tous les prophètes (53).
Les rabbins donnent en vain la torture à leur imagination pour trouver des objets différents de Jésus-Christ, auxquels puissent convenir tant de prophéties. Leur imagination échauffée n'enfante que des chimères. N'en est-ce pas une, par exemple, pour expliquer les soixante et dix semai nés de Daniel, d'en fixer le commencement à la ruine de Jérusalem par les Chaldéens, comme font les rabbins ; de compter depuis cet événement quatre cent quatre-vingt-dix ans jusqu'à la prise de Jérusalem par Tite ; de supposer deux oints ou deux messies, dont le premier soit Cyrus, ou le grand prêtre Josué, ou Zorobabel , ou Néhéiuic , qui aient paru à la septième semaine, et dont le second soit Agrippa II , qui ait été tué au dernier siège de Jérusalem ?JËst-ce que le commencement des soixante et dix semaines doit être
compté de la ruine de Jérusalem par Nabuchodonosor? L'ange dit expressément à Daniel qu'il doit être compté de l'édit qui permet le rétablissement des murs de Jérusalem. Est-ce que depuis la ruine de Jérusalem par les Chaldéens jusqu'à la ruine de la même ville par Tite, il n'y a que soixante et dix semaines d'années, ou quatre cent quatre-vingt-dix ans? Sur quel fondement distinguent-ils deux christs? N'est-ce pas un seul et même Christ qui est ici nommé deux fois? Est-ce que depuis la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor jusqu'à Cyrus, ou Zorobabel, ou le grand prêtre Josué, en un mot, jusqu'à la délivrance de la captivité, il n'y a que sept semaines d'années, ou quarante-neuf ans? 11 y a cinquante-deux ans, et jusqu'à Néhémie un bien plus grand nombre. S il n'y a pas de sens à prendre Cyrus, ou le grand prêtre Josué, ou Zorobabel , ou Néhémie pour le premier Christ, il y en a bien moins encore à prendre Agrippa pour le second. Peut-on dire d'Agrippa qu'il était le Juste , le Saint des saints , la fin et l'accomplissement des prophéties, tel que devait être le Christ de Daniel? La mort de cet Agrippa, dont les Juifs sont innocents, pourrait-elle être la cause de leurdésolation, comme devait être la mort du Christ de Daniel? Mais ce qu'avancent ici les Juifs est une pure fable. Cet Agrippa, descendu d'Hérode, fut toujours du parti des Romains : il fut toujours bien traité par les empereurs, et régna dans un canton de la Judée longtemps après la prise de Jérusalem. Il est constant, par les médailles, qu'il vivait encore l'an 14 de Domitien.
Tandis que les Juifs ne chercheront dans les Ecritures qu'un Messie glorieux et triomphant, tel qu'ils se letigurent, ils seront en proie à l'illusion et aux absurdités. La Loi et les prophètes annoncent partout un Messie humilié et souffrant, et qui est en même temps la grandeur même. Mais de quelle nature est cette grandeur? list-ce une grandeur telle que l'imagine le Juif, ou telle que la conçoit le Chrétien? Le Juif n'en connaît point d'autre que celle qui frappe les sens. Il veut que son Christ la possède telle qu'il veut lui-même la posséder ; il veut que son Christ soit un puissant monarque qui détrône les rois, qui fasse de Jérusalem le siège de son empire, d'où il commande à toute la terre. Le Chrétien, qui sent toute la chimère d'une telle grandeur, en conçoit une bien plus sublime, et l'unique possible. 11 veut, d'après les Ecritures, que son Christ soit un monarque, qui, sans détrôner les rois , sans rien changer dans leur Etat , en dispose eu souverain maître par sa puissance. C'est celte grandeur qui convient à Dieu, et par conséquent au Messie , parce qu'il est Dieu. C'est ainsi que le Chrétien entend les expressions magnifiques des prophètes, quand ils parlent de la grandeur du Messie. Ces expressions sont pour lui des métaphores , fondées sur les rapports qu'il
(S3) Voy. ci-dessus, . Prcuva de lu religion, s°ct. i, col. 298, cl m, col. 581.
y a entre l'empire invisible de Dieu sur toutes choses, et l'empire visible des rois sur leurs sujets. Ce dernier empire étant sensible, peut servir à représenter le premier. C'est en effet sous cette image que l'empire de Dieu est peint dans les Ecritures : qui est alors tenté de confondre l'image avec la réalité? Le Chrétien est étonné de l'aveuglement du Juif, qui n'aperçoit pas cette grandeur dans les images, sous lesquelles les prophètes peignent le Messie. Dans ces images sont (les traits inconciliables avec les idées judaïques. Un exemple suffira pour vous en convaincre.
Les rois de Syrie et de Samarie ayant conjuré la perte de la maison de David, Isaïe, comme nous l'avons vu (54-), rassure celte maison consternée , en lui déclarant de la part de Dieu que ces deux rois, non-seulement ne placeraient pas sur le trône de Jérusalem un étranger, mais qu'ils périraient eux-mêmes, et que rien n'interromprait la succession des descendants de David , jusqu'à ce qu'une Vierge naquît de la tige de ce prince, qui serait la mère d'un enfant appelé Emmanuel , ou du Messie attendu.
Le môme prophète, après avoir décrit les ravages que feraient les rois d'Assyrie dans la terre d'Emmanuel , à cause de l'incrédulité de ses habitants (Isa. vu, 14), nous donne celte idée du Messie : Un petit enfant nous est né, et un fils nous a été donné : il portera sa principauté sur son épaule, et il sera nommé l'Admirable, le Conseiller, Dieu, le Fort, le Père du siècle futur, le Prince de la paix. L'étendue de son empire et la paix (qui y régnera) n'auront point de fin. Jl s'assiéra sur le trône de David, et (il prendra possession de son royaume) pour l'affermir et le rendre inébranlable par l'équité et par la justice, depuis le commencement jusque dans tous les siècles. Ce sera le Seigneur des armées (jaloux de sa gloire et de sa fidélité) qui le fera. (Isa. îx, 6, 7.)
Tout le monde convient que c'est une prophétie. Les anciens Juifs reconnaissent qu'il s'agit ici du Messie : l'auteur de la Paraphrase chaldaique ajoute même ce nom à tous les autres qu'Isaïe lui donne en cet endroit. Le Christ, Meschiah, dit-il, dont la paix se répandra avec abondance sur nous, lorsqu'il paraîtra. Ce qui est une preuve que de son temps tous les Juifs entendaient ainsi ce texte du prophète : et comme cette paraphrase est lue dans leur synagogue, elle est sans doute un témoignage que la plupart des Juifs ont encore aujourd'hui la même pensée. Elle ne peut en effet avoir un autre £ Objet : l'appliquera Ezéchias, c'est se jouer ■de l'Ecriture ; Ezéchias était né lorsque Isaïe promettait ce Fils admirable, dont il dit de si grandes choses : cela est évident. (IV Rcg. xvi, 2.) Achas avait vingt ans quand il commença à régner, et il en régna seize ; et son fils Ezéchias en avait vingt-cinq quand il lui succéda. (IV Reg. xviii, 2.) Il était donc né dix ans au moins avant cette prophétie.
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Et quand ce prince n'aurait pas été né, il faudrait, pour lui appliquer cette prophétie, la réduire à rien. Voici comme il faudrait l'interpréter, avec ceux qui cherchent à s'en débarrasser. Un petit enfant naîtra dans la pourpre : il aura de grandes vertus. Il consultera le Dieu fort dans toutes ses affaires ; il aura xtnc nombreuse et longue postérité ; ce sera un prince pacifique , et qui aura la paix ; son empire sera de vingt-neuf ans ; il s'assiéra sur le trône de David , et il possédera son royaume depuis le commencement jusqu'à la fin de sa vie. En vérité, que deviennent les expressions si magnifiques du prophète, avec une telle interprétation?
Quelle distinction pour cet enfant de naître dans la pourpre, c'est-à-dire, d'avoir un roi pour pèrel C'est un avantage qui lui est commun avec tous les rois de Juda. Quelle distinction pour cet enfant de régner vingtneuf ans! David et Salomon en avaient régné quarante, et Ozias, cinquante-deux. Quelle distinction pour cet enfant d'être assis sur le trône de David depuis le commencement jusqu'à la fin de sa vie 1 II n'est pas le seul des rois de Juda qui ait fini sur le trône : et. quand il n'eût régné qu'un mois, et qu'il fût mort dans la pourpre, n'enaurait-on pas pu dire autant? Quelle a été cette nombreuse et longue postérité d'Ezéchias? On ne lui connaît point d'autre fils que Manassès. Il était sans enfants, lorsqu'il fût malade à la mort, c'est-à-dire, après la seizième année de son règne; et Manassès n'avait que douze ans, lorsqu'il lui succéda; mais ce qui est essentiel, est que les termes originaux n'ontjamais signifié ou le nombre des enfants, ou leurs successeurs, mais une durée éternelle. Dans quel sens peut-on dire d'Ezéchias, qu'il fut le Prince de la paix? Il fut réduit à une misère incroyable, par la guerre qu'il eut avec le roi d'Assyrie au milieu de son règne, et il en fit une continuelle aux Philistins. (IV Reg. xvni, 8.) N'est-ce pas insulter la raison, que de lui présenter des gloses si peu naturelles ?
Cette prophétie n'a de vrai sens que dans le système du Chrétien. Le Messie portera sa principauté sur son épaule. (Isa. ix, 6.) Il n'aura besoin ni d'être reconnu par ses sujets, ni d'être aidé par ses armées à soumettre les rebelles : il sera lui-même sa force, sa puissance, sa royauté : il aura, sans la partager avec personne, une autorité capable de se soumettre toute la terre. Tous ses sujets seront sa conquête. Il changera ses ennemis en fidèles serviteurs, quand il voudra, et il punira les rebelles comme il voudra. La souveraine autorité résidera pleinement et solidement en lui. Il sera appelé l'Admirable : il sera le sujet de l'étonnement et de l'admiration de tous les esprits. Le Conseiller: il ne régnera point comme les princes de la terre : il n'exigera ni tribut, ni service de guerre : il éclairera les aveugles : il apprendra à ses sujets à devenir justes et heureux : il leur découvrira
(ol) Voy, ci-dessus, Preuves delà relig. sect. i, col. 208.
comme à ses amis les volontés de son père : il les formera à la sagesse et à la vertu, comme ses enfants : il animera ses conseils d'un esprit de vie , qui ressuscitera les morts : il ne voudra régner que paF la vérité, la sainteté et la justice. Dieu: la divinité pleine et entière résidera en lui sans division ni partage. Le Fort: il fera servir la faiblesse même à l'établissement de son empire. Le Père du siècle futur : sans lui la vie présente, pleine de crimes et de malheurs, serait suivie d'une mort qui, sans la terminer, en perpétuerait l'injustice et le châtiment. Il ouvrira un siècle nouveau, et il se formera une famille immortelle, qui n'aura besoin que de lui pour subsister éternellement. Le Prince de la paix : non-seulement son règne sera tranquille, mais il n'y aura de paix et de tranquillité que dans son royaume. Par lui seul on sera réconcilié avec Dieu, rétabli dans la société des saints, délivré des divisions, dont la cupidité est la source. Celte paix commencera sur la terre, et sera parfaite dans le ciel. L'étendue de son empire, et la paix qui y régnera, naîtront point de fin : cela ne signifie pas seulement que cet empire durera toujours, mais qu'il sera infini, et que toutes choses lui seront soumises :Je vis, dit Daniel, comme le Fils de l'homme qui venait avec les nuées du ciel, et qui s' avança jusqu'à V Ancien des jours... El il lui donna la puissance, Vhonneur, et le royaume : et tous les peuples, et toutes les tribus, et toutes les langues le serviront. (Dan. vu, 13, ik.) Son règne paraîtra avoir de faibles commencements, mais il occupera toute la terre. Ce qui n'était qu'une petite pierre deviendra une montagne qui couvrira toute la terre. Tous les empires disparaîtront, et s'' en iront en poudre et en fumée (Dan. n, 35, kk, 45) : et il n'y aura qu'un roi dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. Après une si pleine victoire, la paix sera éternelle. Elle aura commencé par la justice et par l'innocence, et elle sera rendue parfaite etimmuable par la félicité. On ne combattra plus, on ne sera plus tenté : l'esprit et la chair n'auront plus de désirs contraires : l'orgueil sera relégué dans les enfers : la cupidité, l'amour du monde, ne seront plus : l'ouvrage seul du Créateur subsistera sans altération et sans mélange. // s'assiéra sur le trône de David, et possédera son royaume. (Isa. ix, 7.) Le Messie commencera son règne sur le peuple dont David avait été roi : il étendra, comme (ce prince, ses conquêtes dans les pays voisins :les étrangers lui serontplusûdèles que ses sujets naturels, et après une longue division, il réunira toute la maison de Jacob. Pour l'affermir et le rendre inébranlable par l'équité et par la justice (Ibid.) ; il ne régnera que pour le bien de ceux qui lui obéiront. Il ne favorisera pas en eux l'amour des choses présentes, en les leur promettant : il les détrompera par ses instructions et par son exemple, de tous leurs faux préjugés : il sera un roi do justice, tous ses sujets seront saints : son trône sera fondé sur une vertu immuable et inflexible ; son sceptre sera
l'équité même, et la règle de tous les devoirs. Depuis le commencement jusque dans tous les siècles. C'est donc une pensée indi-r gne d'une telle grandeur, que de la borner par les limites de la terre, ou du temps. Jérusalem terrestre doit nécessairement disparaître. La seule qui doive s'offrir à l'esprit, est la Jérusalem du ciel. Ce sera le Seigneur des armées, jaloux de sa gloire et de sa vérité, qui le fera. (Ibid.) Voilà le sceau mis à ces magnifiques promesses, qui les rend immuables.
C'est ainsi que le Chrétien entend cette célèbre prophétie. Il y voit la promesse d'un roi qui régnera sur le même peuple que David, mais non de la même manière : qui aura une autorité souveraine, une puissance absolue sur la maison de Jacob, sur tous les peuples, sur tous les rois de la terre; mais une puissance spirituelle et invisible. Le juif, au contraire, y voit la promesse d'un roi semblable à David, qui relèvera son trône abattu, qui sera environné d'un éclat extérieur, comme lui, et qui, en étendant son empire par ses victoires, le fera vivre dans l'abondance. Lequel des deux a raison, du Chrétien ou du Juif? Y a-'t-il à balancer? Le règne prédit par Isaïe a des qualités qui ne conviennent qu'à un règne spirituel. Premièrement, ce règne doit être universel : l'étendue de son empire n'aura point de bornes. Or, dès qu'il est universel, il est seul, il exclut tous les autres. Il ne s'agit donc pas d'un règne semblableà celui de Da • vid, qui ne comprend que les Juifs et quelques peuples voisins. Ce n'est plus son trône, c'est celui de tous les autres princes: ce sont tous les peuples, et non une nation particulière, qui lui sont soumis. 2° Ce règne doit être pacifique : la paix n'aura point de fin. (Ibid.) Il s'établit donc sans guerre, il ne s'agrandit donc point par des combats sanglants : il laisse doncen possession tous les princes: il conserve donc la liberté à tous les Etats : il ne change donc rien dans la forme et dans la police extérieure des monarchies ou des républiques : il est fondé sur la paix, et il y laisse tout le monde : il devient donc universel, sans employer aucun des moyens humains : il n'est donc point semblable aux royaumes conduits par les hommes. 3° Ce règne doit êtro fondé sur la justice, pour l'établir et l'affermir sur la justice et l'équité. (Ibid.) Il sera donc sans faste, sans orgueil, sans ambition, sans avarice, sans jalousie : il ne s'établira point par des voies de fait. Le nouveau roi conservera les puissances et les particuliers dans ce qui leur appartient. k' Enfin ce règne doit être éternel, depuis le commencement jusqu'à jamais. (Ibid.) C'est donc un règne qui ne dépend, ni des temps, ni de la mort, ni des changements auxquels les choses humaines sont assujetties. Il est donevisibleque lerègne prédit par Isaïe n'es point celui dont les Juifs charnels ont l'idée.
Le Chrétien trouve en Jésus-Christ ce roi prédit par Isaïe. L'ange qui annonce son incarnation à Mario emploie les termes du prophète : Il sera grand, et sera appelé te
tui
Fils du Très- Haut : le Seigneur Dieu tui donnera le trône de David son père : il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. (Luc. n, 31.) Dès le premier moment de sa vie, Jésus- Christ put dire, comme après sa résurrection, que toute puissance lui avait été donnée dans le ciel et sur la terre. (Matlh. xxviii, 18. ) Il le dit en effet en termes absolus dans le cours de sou ministère public. Mon Père m'a mis toutes choses entre les mains. I Mal th. xi,27.) Roi des rois et Seigneur des seigneurs, ayant le droit de s'assujettir avec tout l'éclat d'une suprême majesté, tous les hommes de tous les siècles, il réserve cet auguste appareil pour le jour où il viendra punir les injustes, et les condamner à une éternelle damnation, confondus parla face du Seigneur et par la gloire de sa puissance, lorsqu'il viendra pour être glorifié dans ses saints, et pour se faire admirer dans tous ceux qui auront cru en lui. ( // Thess. i, 9, 10. ) Son règne, dans le temps môme de sa plus grande humiliation, fut accompagné d'un éclat extérieur qui dura aussi longtemps qu'il voulut, et que l'envie et l'autorité de ses ennemis ne [turent obscurcir. Tout Je peuple le reconnut alors comme roi, et comme l'héritier du trône de David. Il regarda la prophétie qui nous occupe comme accomplie en sa personne. Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur. Que la paix soit au ciel, et gloire dans les lieux très- hauts. \ Luc. xix, 38.) Béni s.oil le règne de notre père David, que nous vogons arriver : Uosanna (salut et gloire) au plus haut des deux. ( Marc, xi, 10. ) Ce ne fut ni,une tlaterie, ni un mouvement humain, ni une pensée suggérée, qui furent le principe de ces acclamations : ce fut l'esprit de Dieu qui a rempli les prophètes, qui porta les disciples et Je peuple à reconnaître que la prédiction d'Isaïe regardait Jésus-Christ, et qu'elle avait alors son accomplissement. Et lorsque les pharisiens en murmurèrent, le Fils de Dieu les assura que, si les hommes ne l'eussent pas reconnu pour roi et pour l'héritier du tiône de David, les pierres même l'eussent annoncé : Je vous déclare que si ceux ci se taisent, les pierres même crieront. ( Luc. xix, 40.)
Lors donc qu'il évita d'être proclamé roi par le peuple, après la multiplication des pains ( Joan. vi, 15 ), et lorsqu'il dit à Pilate, que son royaume n'était pas de ce monde (Joan. xvui, 3G) , il ne fit que témoigner, dans la première occasion, que sa royauté ne dépendait pas des hommes ; et dans la seconde, qu'elle n'était pas clans l'ordre des choses humaines. Il rendit même un témoignage public à sa souveraine autorité, en avouant au gouverneur qu'il était roi : Vous, le dites : je suis roi, c'est pour cela que je suis né, et que je suis venu dans le monde, afin de rendre témoignage à la vérité, (lbid., 37.) Il eût pu, s'il n'eût préféré notre salut a sa gloire, paraître revêtu de celle qui lui était due; mais il en a suspendu l'éclat pour nous apprendre à n'estimer que les biens
intérieurs. Il a voulu être notre victime, notre pontife, et notre réconciliateur, avant que d'entrer dans son royaume. 11 a consenti de s'abaisser pour un temps au-dessous des anges, et même au-dessous de la puissance humaine, avant que de s'asseoir à la droite de son Père, où il attend, dans le sein de la gloire, que ses ennemis soient réduits à lui servir de marchepied.
Les saints qui vivaient de son temps, Joseph, Zacharie, Siinéon, Anne, avaient compris, en lisant les prophètes avec un cœur droit et sincère, qu'il s'y agissait d'un roi et d'un règne très-différent de celui que le peuple attendait. Aussi ne se méprirent-ils point à Jésus-Christ. Ils attendaient un roi Sauveur, ils le reconnurent dans sa personne. Ceux qui ne voulaient qu'un roi qui satisfît leurs passions, furent punis de leurs ténèbres volontaires, par les obscurités qui couvrent les prophéties : ils furent traités selon leurs injustes désirs. Le règne de Jésus-Christ fut pour eux une énigme impénétrable, parce qu'ils le craignaient, au lieu de le désirer. C'en sera toujours une pour quiconque aura un cœur prévenu des mêmes passions. Pour voir Jésus - Christ dans les prophètes, il faut être persuadé qu'il y a une autre grandeur que celle qui irappe les sens ; qu'il y a d'autres biens que les richesses, d'autres ennemis que ceux qui en veulent à nos maisons et à notre vie, d'autres victoires que celles qui se remportent par le fer et le feu, une autre paix que Ja possession tranquille de nos terres, un autre bonheur que celui dont la jouissance est attachée à la vie présente. Voilà la clef des prophéties touchant le Messie. Sans cette clef, qu'y verriez-vous? ce qu'y voient les Juifs : un trône aussi superbe que celui de Salomon, un faible mortel assis sur ce trône, un descendant de David, imposant des lois à tout l'univers, dont la plus importante serait de se rendre des quatre parties du monde, trois fois l'année, à Jérusalem, pour y voir égorger des victimes sur un autel de pierre.
Quoi, les Juifs n'ouvriront donc jamais les yeux ! Ils ne comprendront jamais qu'un Messie tel qu'ils se le figurent, ne peut avoir de réalité que dans leur imagination 1 Ils ne comprendront jamais que la race de David est peut-être éteinte sur la terre, et que quand elle ne le serait pas, il serait impossid'en constater la succession ! Ils ne comprendront jamais qu'une ville, telle que Jérusalem, ne saurait être le lieu unique où le Créateur puisse recevoir les hommages des nations qui doivent être appelées à sa connaissance par le fils promis à Abraham, à « Isaac et à Jacob 1 Us ne comprendront jamais (pie ce fils dans lequel les nations doivent être bénies, ce prophète semblable à Moïse, comme lui législateur, roi, pontife, médiateur d'une nouvelle alliance, en un mot le Messie annoncé par tous les prophètes ne saurait être une pure créature Us ne comprendront jamais que la circoncision, le sabbat, dont ils ne cessent de nous reprocher
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le violement : qCre leurs fêtes, et tontes les «litres lois cérémonie'lles et jndicielles n'avaient rien de sanctifiant par leur nature, puisqu'il y avait eu tant de saints avant leur établissement ; que ces lois, dictées par la Sagesse, étaient relatives au temps où ils vivaient, aux circonstances où ils se trouvaient, à leur génie, à leur république ; qu'elles leur étaient données pour les maintenir en un corps de peuple séparé de tous les autres, pour conserver parmi eux l'idée du vrai Dieu, pour leur servir de barrière contre l'idolâtrie, et de frein contre leurs penchants déréglés ; que ces lois, par conséquent, sont devenues inutiles, depuis que le Dieu créateur est devenu le Dieu des nations, que les idoles sont abattues, qu'ils ne forment plus eux-mêmes un corps particulier; en un mot, qu'elles ont dû suivre le sort de leur république, et tomber avec elle d'une même chute!
X. Il me semble, mon cher Eusèbe, que vous êtes présentement en état d'apprécier ce vain discours de vos incrédules, dont le but est de faire passer les Juifs et les Chrétiens pour des fanatiques au sujet du Messie. Il ne paraît pas, disent-ils, qu'au temps de Jésus- Christ l'opinion générale de la nation juive sur le Messie fût autre chose qu'une confiance vague et indéterminée dans la protection du ciel, dont ils espéraient leur délivrance. Mais après la destruction de l'Etat judaïque, la dernière misère cù les Juifs se trouvèrent réduits, changea bientôt celte espérancevague et indéterminée dans la protection céleste, en une opinion constante, et une persuasion vive de voir incessamment arriver un libérateur. L'extrême misère des Juifs ne fut pas la seule cause de cette opinion. L'établissement du Christianisme y eut encore plus de part. Les Chrétiens annonçant un Messie nouvellement arrivé, remplirent tous les esprits de l'idée du Messie. C'est alors que les Juifs commencèrent généralement à se promettre un libérateur, et ce libérateur est ce Messie qu'ils attendent encore aujourd'hui.
Les livres sacrés des Juifs et des Chrétiens ne parlent que d'un libérateur. Ces livres sont antérieurs à la destruction de Jérusalem. Dans le temps que Jésus-Christ vint au monde, toute la Judée était dans l'attente du Messie : on savait que les temps approchaient : tous les esprits étaient disposés à le recevoir.Dès que saint Jean parut, sa naissance miraculeuse, sa vertu éclatante, l'austérité de sa vie ,le firent prendre par quelques-uns pour le Messie , du moins l'on ne fut point étonné de lui entendre dire qu'il en était le précurseur. Son père l'avait déjà annoncé en termes formels , sous le même titre, dans le cantique qu'il prononça à sa naissance. Lorsque Jésus-Christ commença sa mission publique, il fut d'abord écoulé , suivi ; et ce ne fut qu'à mesure qu'il découvrit le but et le fruit de sa mission , qu'il commença à trouver de l'opposition. Les Juifs se partagèrent à son sujet : les uns le reconnurent, les autres le rejetèrent. Ces derniers, qui composaient e gros de la na-
tion, firent-ils un crime aux premiers de reconnaître un Messie ? Non assurément : mais de prendre pour le Messie celui qui ne l'était pas. Eux-mêmes, depuis ce temps-là, ont-ils cesséun moment d'attendre le Messie? Et les incrédules viennent nous dire : 11 ne paraît pas qu'au temps de Jésus-Christ l'opinion de la nation juive sur le Messie fût autre chose qu'une confiance vague et indéterminée dans la protection du ciel dont ils espéraient leur délivrance. En vérité les incrédules prennent les hommes pour des stupides à qui ils croient pouvoir persuader tout ce qui leur plaît ; ou eux-mêmes sont des stupides, qui prennent pour des vérités tout ce que leur imagination leur présente. Y a-t-il du sens à dire que l'extrême misère eu les Juifs furent réduits par le renversement de leur ville changea leur espérance vague dans la protectian du ciel , en une opinion constante de voir incessamment arriver un libérateur? Comment auraient -ils renoncé à un moyen d'une étendue infinie , tel que la protection du ciel , pour en embrasser un particulier qui n'était propre qu'à rétrécir leur espérance, et dont ils n'avaient aucune idée , s'il en faut croire ces messieurs. Mais le comblede l'absurdité est deprétendre qu'ils empruntèrent alors cette idée des Chrétiens leurs plus grands ennemis, et qui d'ailleurs devaient ne leur paraître en tirer d'autre avantage que des persécutions.
XL Je crois toutes vos difficultés dissipées. La prophétie de Jésus-Christ vous paraissait défectueuse, en ce qu'elle annonçait les maux qui devaient arriver aux Juifs, et qui leur sont effectivement arrivés comme des châtiments de leur conduite à l'égard de Jésus-Christ. Pouvez-vous présentement envisager ces maux sous un autre point de vue ? Je vous ai d'abord fait remarquer qu'en passant à vos incrédules toutes leurs fictions sur les Juifs qui vivaient au temps de Jésus- Christ, il serait impossible d'absoudre ce peuple de l'injustice la plus criante à l'égard du plus innocent des hommes. Mais, s'il est vrai, comme je viens de vous le démontrer, que les Juifs qui vivaient au temps de Jésus-Christ étaient dans l'attente du Messie ; que ce n'est que par un aveuglement volontaire qu'ils ont pu le méconnaître en la personne de Jésus-Christ ; qu'en rejetant Jésus-Christ et en le faisant mourir, ils ont rejeté et fait mourir le Messie; que pensezvous d'un tel crime? Les maux qui l'ont suivi, quelque extrêmes qu'ils soient, ne sont- ils pas encore au-dessous de sa noirceur?
Tous les efforts que font les incrédules pour rendre raison des misères (pie le peuple juif a essuyées après avoir fait mourir Jésus-Christ, et qu'ils essuient depuis dixsept cents ans, prouvent une chose qui est que ces misères sont pour les incrédules un phénomène qui les trouble et les embarrasse étrangement. Les malheurs de cette vio peuvent servir à punir le crime ou à éprouver la vertu; au contraire, la prospérité peut servir à récompeuscr la piété ou à endurcir
et aveug.er le pécheur. Ce n'est doue pas une conséquence nécessaire qu'un homme soit bon ou méchant, de ce qu'il est heureux ou malheureux en ce monde. Mais quand on sait d'ailleurs qu'un homme est pieux, on doit penser que le bien qui lui arrive est une récompense de sa piété: de môme quand on sait qu'un homme est méchant, on peut regarder les maux qui lui arrivent comme des punitions de ses crimes; car rien n'est fortuit dans l'univers: tout est l'ouvrage de la Providence : tous les rapports de justice sont l'objet des desseins de Dieu et de sa volonté directe. Or la récompense de la piété et la punition du crime sont des rapports de justice. Toutes les fois donc qu'ils arrivent, on peut dire que Dieu les a eus en vue. Or, d'un côté, il est impossible de regarder .la mort de Jésus-Christ, le plus saint homme qui ait jamais paru sur la terre, sinon comme un crime affreux de la part des Juifs : de l'autre, les misères qui accablèrent les Juifs, suivirent le crime de si près, qu'il est impossible de les séparer, et de ne pas regarder ces misères comme la juste punition du crime.
Les Juifs ne font pas de moindres efforts que les incrédules, pour rendre raison des malheurs que souffrirent leurs pères sous Vespasien, et qu'eux-mêmes soutirent encore aujourd'hui. Bien loin d'en attribuer la cause à l'attentat de leurs pères sur Jésus- Christ, ils en font gloire. Il n'est point de crimes dont ils ne se confessent coupables, pour justifier le bras vengeur qui les poursuit sans relâche depuis tant de siècles, Êlutôt que de déplorer celui qni met le comle à tous les autres. Mais tous ces efforts sont vains et frivoles. Il n'en est pas du peuple juif comme des autres peuples de la terre. Ceux-ci peuvent être hais, persécutés, dispersés, sans qu'on puisse l'imputer à un crime plutôt qu'à un autre. Mais les Juifs p&r l'alliance mosaïque ayant choisi Dieu pour leur roi, Dieu s'engagea de son côté à les récompenser où à les punir temporellement, à proportion de leur lidélité ou de leur infidélité à son service. Leur histoire paraît n'avoir été écrite que pour montrer combien Dieu a été exact à remplir ses engagements à leur égard. Le crime qu'il poursuivait surtout en eux était l'idolâtrie : parce que leur état étant une vraie théocratie, pour parler d'après Josèphe, l'idolâtrie était un crime de lèse-majesté, une rébellion dans la rigueur des termes. Ce crime ne fut jamais puni plus sévèrement que sous les successeurs de l'impie Mariasses, qui l'avait porté à son comble. Le temple et la ville de Jérusalem furent consumés par les flammes: la nation fut emmenée captive à Babylone.
Cependant cette captivité ne fut pas sans retour; le terme en avait été fixé è soixante et dix ans. Ce terme expiré, la nation, qui durant l'intervalle avait des prophètes pour l'instruire et la consoler, fut libre de retourner dans sa patrie : le temple fut rebâti; Jérusalem devint plus célèbre que jamais. N'est-il donc pas manifeste que les Juifs
sont coupables de quelque crime plus détestable que l'idolâtrie, puisque depuis dix-sept siècles ils sont captifs , haïs, méprisés de toutes les nations, sans que leur joug soit devenu plus léger, sans que Dieu leur ait envoyé aucun prophète pour les soutenir et les consoler ? Or quel peut être ce crime abominable, puni si longtemps, et d'un tel abandon? Le crime est aussi manifeste que la punition, pour quiconque daigne ouvrir les yeux. Les Juifs ont rejeté et fait mourir leur Messie.
Mais ce qui met ce fait dans une évidence palpable, c'est la prophétie même qui nous occupe. Jésus-Christ, se donnant pour le Messie, annonce aux Juifs qui refusent de le reconnaître, et qui ont résolu sa mort, la ruine de leur ville et leur captivité, comme l'effet de la vengeance que le ciel tirerait de leur aveuglement et de leur cruauté. Les Juifs ont perdu leur ville, ils sont captifs et ils le sont depuis dix-sept cents ans ; comment douter encore de !a cause de leurs malheurs ? Après une preuve si claire, il ne peut plus y avoir d'incrédules de bonne foi.
XII. Ne quittons pas cette prophétie sans nous arrêter aux réflexions qu'elle fait naître^ Qui peut jeter.les yeux sur l'univers, et ne pas reconnaître qu'un tout si bien ordonné est l'ouvrage de la souveraine Sagesse? Mais il. faut penser, pour ne pas oublier que l'ouvrage ne se maintient que par l'influence assidue de la même Sagesse qui l'a formé. Comme celte Sagesse cache son opération souslenchainement d'une infinité de causes que nous voyons dans une action et dans un mouvementperpétuel, nous sommes exposés au danger de la perdre de vue et de nous imaginer que ces causes ayant été mises une fois en mouvement, elles vont toutes seules. Tel est le danger auquel nous sommes exposés au sujet de la partie matérielle de l'univers. Le danger d'une pareille méprise est bien plus grand au sujet de la partie spirituelle, je veux dire du monde des esprits. Un homme attentif, qui considère l'ordre et l'harmonie qui régnent entre les corps, revient promptement au vrai ; il conçoit aisément que les corps, n'ayant par eux-mêmes ni force ni mouvement, ne se connaissant ni eux ni les autres corps qui les environnent, sont incapables de suivre et de garder entre eux aucun ordre ; qu'ils sont par conséquent mus et dirigés sans cesse par le souverain moteur qui leur a donné l'existence.
Mais, par rapport au genre humain, nous n'avons pas la même ressource. Nous n'y apercevons point cette belle ordonnance , celte symétrie , cet ordre constant et uniforme qui se fait remarquer dans les corps. Tout nous y paraît, au contraire, livré au caprice, à la confusion , à l'aveuglement des passions. Il n'est cependant pa-s douteux qu'il n'y règne un ordre encore plus admirable que celui qu'on aperçoit dans les corps. Touty est libre, mais tout y est réglé , tout y est .conduit par u.ne justice et par une miséricorde toute-puissante, tout y est sou-
MU
mis à des règles immuables et éternelles. C'est ce qui devient sensible par la prophétie que nous avons discutée. Jésus-Christ, avait prédit aux Juifs que leur aveuglement volontaire et leur ingratitude à son égard seraient vengés; qu'ils perdraient leur ville et leur temple ; qu'ils seraient accablés de maux ; qu'ils seraient dispersés parmi toutes les nations , sans être détruits , à cause des élus, jusqu'à la fin des siècles. Nous voyons de nos yeux l'accomplissement de la prédiction : les Juifs, depuis dix-sept cents ans, sont sans villes, sans temple, portant partout l'image de la colère de Dieu, errants, fugitifs , tremblants , dispersés par toutes les nations, dans un mépris général , regardés comme la lie et l'opprobre du genre humain, chassés par les uns avec défense de paraître, soufferts par les autres, mais dans un quartier séparé dont ils ne peuvent passer les limites, en horreur aux fausses religions aussi bien qu'à la véritable.
Nous savons que la suprême Sagesse préside au gouvernement de l'univers; mais nous ne connaissons pas les fins précises de chaque partie de ce grand ouvrage. Notre ignorance sur cela ne doit nous affliger que très-peu. L'ouvrage est immense : les parties en sont infinies à notre égard : est-il étonnant que nous soyons dans l'impuissance d'en percevoir tous les rapports? Quel usage ferions-nous de cette étendue de connaissances, pour le règlement de nos mœurs? Il n'en est pas de même des vues de la suprême Sagesse sur le genre humain. Le sujet nous louche de trop près pour nous être indifférent. Quel est donc le grand objet des desseins de Dieu sur le genre humain? Jésus-Christ. C'est ce qui devient palpable par la prophétie qui regarde les Juifs.
Pourquoi cette attention singulière de Dieu sur Abraham, Isaac et Jacob? Pourquoi oblige-t-il ce dernier de passer en Egypte avec sa famille, et d'y vivre si longtemps? Pourquoi les en tire-t-il par tant de merveilles? Pourquoi fait-il alliance avec eux , leur donne-t-il des lois , accompagnet-il ses lois de tant de promesses et de menaces, les établit-il dans une terre particulière, la leur dislribue-t-il par tribus et par familles, les tient-il séparés de tous les autres peuples du monde, tixe-t-il un seul lieu pour recevoir leur culte, leur envoiet-il des prophètes , les récompense-t-il ou l'es punit-il, selon qu'ils lui sont fidèles ou infidèles; pourquoi? Pour Jésus - Christ. Cela est manifeste.
Le premier homme, après sa chute, reçut la promesse de Jésus-Christ. La même promesse fut renouvelée à Abraham, à Isaac, à Jacob, à Juda, enfin à David. 11 -fallait donc que la postérité d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Juda, de David subsistât jusqu'à l'avènement do Jésus-Christ. -De là le transport de Jacob et de ses enfants en Egypte pour s'y multiplier, .afin d'être en état de conquérir la terre qui leur était destinée. De là les prodiges sans nombre opérés en
Egypte, autant pour les forcer eux-mêmes de sortir de ce pays et d'abjurer ses dieux, que pour forcer lès Egyptiens de les renvoyer. De là l'alliance que Dieu fait avec eux en se déclarant leur roi, pour se les attacher, et les détacher aux idoles. De là tant de lois nécessaires, non-seulement pour les réunir et les maintenir en un corps de peuple, mais pour les retenir dans son culte. De là tant de promesses et de menaces pour les assujettir à ses lois. De là leur séparation d'avec les autres peuples de la terre , qui étaient tous infectés de l'idolâtrie , dont l'exemple et le commerce ne pouvaient être conséquemmeftt que pernicieux. De là la distribution du pays de Chanaan, par tribus et par familles, pour en conserver et perpétuer la distinction. De là un seul lieu fixé pour un culte extérieur, afin de le rendre invariable. De là des prophètes, pour les rappeler à l'unité de Dieu et à ses lois lorsqu'ils s'en écartaient, pour entretenir parmi eux le souvenir de la grande promesse faite à leurs pères, pour les rendre attentifs à son accomplissement.
La promesse a-t-elle été accomplie? Le fils d'Abraham qui devait être la bénédiction de toutes les nations, le fils de David qui devait s'asseoir sur son trône et régner éternellement sur toute la terre, le prophète, législateur, roi, prêtre, médiateur, a-t-il paru au milieu des Juifs? Les a-t-il rendus témoins de ses miracles, et de tout ce qui portait le caractère d'un Sauveur? A-t-il choisi parmi eux des disciples à qui le monde entier serait redevable de la connaissance de la vérité? L'alliance mosaïque est rompue, les lois données pour servir de barrières contre l'idolâtrie, tombent d'ellesmêmes; la distinction des familles est inutile; les sacrifices n'ont plus leur objet. Si avant ce temps la tribu de Lévi et la famille d'Aaron, la tribu de Juda et la famille de David avaient disparu, comme de l'une devaient sortir les ministres des choses sacrées, et de l'autre Jésus-Christ même, le culte extérieur aurait cessé avant le temps, et David eût été frustré de la gloire d'être le père du Messie. Mais depuis l'établissement du nouveau sacerdoce selon l'ordre de Melchisédech, et de la royauté qui n'est pas de ce monde, on n'a plus besoin ni d'Aaron, ni de Lévi, ni de Juda, ni de David. Aaron n'est plus nécessaire dans un temps où les sacrifices ne doivent [dus être offerts. La maison de David a rempli sa destinée lorsque le Christ en est sorti : et comme si les Juifs renonçaient eux-mêmes à leur espérance, ils oublient précisément en ce temps la succession des familles, jusqu'alors si soigneusement et si religieusement retenue : et comme si Dieu voulait les empêcher de douter qu'il ne veut plus ni de leurs sacrifices, ni des observances de la Loi, il met lui-môme une entière impossibilité à l'exercice de tout culte extérieur en faisant renverser le temple de Jérusalem, qui était le seul lieu où il fût permis de lui offrir des victimes. Enfin il les chasse de leur patrie
cl les disperse par toutes les nations pour servir de témoins à Jésus-Christ en portant partout, et les Ecritures où était consignée la promesse de son avènement, et faisant eux-mêmes la preuve de cet avènement.
Comme ils étaient les seuls dépositaires de la promesse et des Ecritures qui la renfermaient ; qu'ils avaient été, de plus, presque les seuls spectateurs de la venue de Jésus-Christ et de ses œuvres, s'ils avaient été dispersés avant que tous les livres divins fussent écrits et reconnus pour inspirés, ou avant que Jésus-Christ fût venu, les livres divins n'auraient pu acquérir une autorité universelle : les preuves s'en seraient perdues. Il en eût été de même du Sauveur : ses- miracles, ses actions, sa doctrine, sa mor.t, sa résurrection, la naissance de son Eglise eussent été mêlés de mille incertitudes. Un très-petit nombre de Juifs en aurait été spectateur, et le corps entier de la nation n'eût rien su que sur des rapports peu autorisés. Mais après que le sceau a été mis aux Ecritures et que toutes les promesses ont été accomplies par l'avènement du Sauveur, il était nécessaire que les Juifs fussent dispersés dans tout l'univers pour y porter les Ecritures et pour prouver aux gentils que le Sauveur qu'on leur annonçait, était celui qu'elles avaient promis.
Sans cela le travail des apôtres eût manqué d'un de ses plus fermes appuis; le monde, qui n'a jamais été sans incrédules, eût contesté l'authenticité des livres prophétiques; le témoignage d'un petit nombre de Juifs convertis eût élé suspect. 11 fallait trouver partout des témoins, et des témoins ennemis qui s'opposassent par h:iine à la foi des gentils, et qui fussent contraints par la force de la vérité à les y préparer; qui établissent tous les principes du Christianisme, et en rejetassent les conséquences les pi us évidentes; et qui contribuassent à faire adorer Jésus-Christ par tous les peuples, en leur montrant avec quel aveuglement ils l'avaient eux-mêmes rejeté.
XIII. Mais ne sont-ils destinés qu'à un ministère si funeste et si infructueux pour eux? Ce peuple sera-t-il toujours aveugle? Le voile qui est sur ses jeux ne lomberat-il jamais? N'entendra-t-il jamais tant de promesses faites à ses pères que dans un sens charnel, propre à l'entretenir dans son illusion? Les patriarches doivent avoir des héritiers dans leurs enfants. Ils en eurent un petit nombre à l'avènement de Jésus- Christ. Le nombre en fut plus grand après sa résurrection. Depuis ce temps il est des particuliers qui échappent au naufrage général. La grande miséricorde est pour les restes d'Israël à la fin des siècles. C'est pour ces restes précieux que l'indigne postérité des incrédules est soufferte. C'est pour conserver la communication entre les premiers pères et les derniers enfants, que la nation est conservée malgré son injustice, et au milieu des punitions qui auraient dû l'anéantir.
Cependant l'endurcissement des Juifs est
une leçon puissante pour les gentils. Ils nous apprennent, dit le grand Bossuet, à craindre Dieu, et sont pour nous un spectacle éternel des jugements qu'il exerce sur ses enfants ingrats , afin (/ue nous apprenions à ne nous point glorifier des grâces faites à nos pères. Un mystère si merveilleux et si utile à l'instruction du genre humain mérite bien d'être considéré. Mais nous riavotis pas besoin des discours hutyiains pour l'entendre : le Saint-Esprit a pris soin de nous l'expliquer par la bouche de saint Paul, dans son Epître aux Romains, (liom. xi, 1 seq.) Cet apôtre , après avoir parlé du petit nombre des Juifs qui avaient reçu l'Evangile, et de l'aveuglement des autres, entre dans une parfaite considération de ce que doit devenir un peuple honoré de tant de grâces , et nous découvre tout ensemble le profit que nous relirons de leur chute, et les fruits que produira un jour leur conversion.
a Les Juifs, dit-il (Ibid., Il, seq.), sontils donc tombés pour ne se relever jamais? A Dieu ne plaise. Mais leur chute a donné occasion au salut des gentils , afin que le salut des gentils leur causal une émulation, » qui les fît rentrer en eux-mêmes. « Que si leur chute a été la richesse des gentils » qui se sont convertis en si grand nombre , quelle grâce ne verrons-nous pas reluire quand ils retourneront avec plénUude ! « -Si leur réprobation a été la réconciliation du monde , leur rappel ne sera-t-il pas une résurrection de mort à rie? Que si les prémices tirées de ce peuple sont saintes, la masse l'est aussi : si la racine est sainte, les rameaux le sont aussi : et si quelques-unes des branches ont élé retranchées, et que toi, gentil, qui n'étais qu'un olivier sauvage, tu aies été enté parmi les branches qui sont demeurées sur l'olivier franc, en sorte que tu participes aux sucs découlés de sa racine; garde-toi de t'élever contre les branches naturelles. Que si tu t'élèves, songe que ce n'est jws toi qui portes la racine, mais que c'est la racine qui te porte. Tu diras peut-être : Les branches naturelles ont été coupées afin que je fusse enté en leur place. Il est vrai , l'incrédulité a causé ce retranchement, et c'est ta foi qui te soutient. Prends donc garde de ne l'enfler pas, mais demeure dans la crainte; car si Dieu n'a pas épargné les branches naturelles, tu dois craindre qu'il ne t'épargne encore moins. » Qui ne tremblerait en écoutant ces paroles de l'Apôtre? Pouvons-nous ne pas être épouvantés de la vengeance qui éclate depuis tant de siècles si terriblement sur les Juifs, puisque saint Paul nous avertit, de la part de Dieu, que noire ingratitude nous peut attirer un semblable traitement ! Mais écoutons la suite de ce grand mystère. L'Apôtre continue de parler aux gentils convertis: «Considérez, leur dit-il (Ibid., 22 seq.), la clémence et h sévérité de Dieu : sa sévérité envers ceux qui sont déchus de sa grâce , et sa clémence envers vous, si toutefois vous demeurez fermes en l'état où sa bonté vous a mis; autrement vous serez, re- • tranchés comme eux. Que s'ils cessent d'être incrédules, ils seront entés de nouveau, parce
que Dieu, qui 1rs a retranchés, est assez puissant pour les faire encore reprendre. Car si vous avez été' détaches de l'olivier saiwage, où la nature vous avait fait naître, pour être entés dans r olivier franc contre l'ordre naturel; combien plus facilement les branches naturelles de l'olivier même seront-elles entées sur leur propre tronc ? » Ici l'Apôtre s'élève au-dessus de tout ce qu'il vient de dire, et entrant dans les profondeurs des conseils de Dieu, il poursuit ainsi son discours (Rom. xi, 25 seq.) : « Je ne veux pas , mes frères , que vous ignoriez ce mystère, afin que vous appreniez à ne pas présumer de vous-mêmes. C'est qu'une partie des Juifs est tombée dans l'aveuglement, afin que la multitude des gentils entrât cependant dans l'Eglise, et qu'ainsi tout Israël fût sauvé, selon qu'il est écrit (Isa. lix, 20] : Il sortira de Sion un libérateur qui bannira l'impiété de Jacob; et voici l'alliance que je ferai avec eux, lorsque j'aurai effacé leurs péchés. »
Ce passage d'Isaïc que saint Paul cite ici selon les Septante, comme il avait accoutumé, à cause que leur version était connue par toute la terre, est encore plus fort dans l'original, et pris dans toute sa suite ; car le prophète y prédit, avant toute chose, la conversion des gentils , par ces paroles : « Ceux d'Occident craindront le Seigneur, et ceux d'Orient verront sa gloire. » (Ibid., 19.) Ensuite sous la figure « d'un fleuve rapide poussé par un vent impétueux, » Isaïevoit de loin les persécutions qui feront croître l'Eglise. Enfin le Saint-Esprit lui apprend ce que deviendront les Juifs, et lui déclare, « que le Sauveur viendra à Sion, et s'approchera de ceux de Jacob , qui alors se convertiront de leurs péchés ; et voici, dit le Seigneur, l'alliance que je ferai avec eux ; mon esprit qui est en loi, et les paroles que j'ai mises en ta bouche demeureront éternellement , non-seulement dans ta bouche , mais encore dans la bouche de tes enfants , et des enfants de tes enfants, maintenant et à jamais, dit le Seigneur. » (Isa. lix, 20, 21.)
Il nous fait donc voir clairement qu'après la conversion des gentils, le Sauveur que Sion avait méconnu, et que les enfants de Jacob avaient rejeté, se tournera vers eux, effacera leurs péchés, et leur rendra l'intelligence des prophéties, qu'Us auront perdues durant un long temps, pour passer successivement, et de main en main, dans toute la postérité, et n'être plus oubliée jusqu'à la fin du monde, et autant de temps qu'il plaira à Dieu le faire durer après ce merveilleux événement.
Ainsi les Juifs reviendront un jour, et ils reviendront pour ne s'égarer jamais ; mais ils ne reviendront qu'après que « l'Orient et l'Occident,)) c'est-à-dire tout l'univers, auront été remplis de la crainte et de la connaissance de Dieu.
Le Saint-Esprit fait voira saint Paid que ce bienheureux retour des Juifs sera l'effet de l'amour que Dieu a eu pour leurs pères. C'est pourquoi il achève ainsi son raisonnement : « Quant à l'Evangile, » dit-il (Rom. u, 28 seq.), que nous vous prêchons maintenant,
« les Juifs sont ennemis pour f amour de vous:-» si Dieu les a réprouvés, c'a été, 6 gentils ! pour vous appeler ; mais « quant à l'élection,» par laquelle ils étaient choisis dès le temps de l'alliance jurée avec Abraham, « ils lui demeurent toujours chers à cause de leurs pères; car les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance, et comme vous ne croyiez point autrefois, et que vous avez maintenant obtenu miséricorde, à cause de l'incrédulité des Juifs;» Dieu ayant voulu vous choisir pour les remplacer : « ainsi les Juifs n'ont point cru que Dieu ait voulu vous faire miséricorde, afin qu'un jour ils la reçoivent. Car Dieu a tout renfermé dans l'incrédulité, pour faire miséricorde à tous, » et afin que tous connussent le besoin de sa grâce : « 0 profondeur de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont incompréhensibles, et que ses voies sont impénétrables ! Car qui a connu, les desseins de Dieu, ou qui est entré dans ses conseils? Qui lui a donné le premier pour en tirer récompense, puisque c'est de lui,' et par lui, et en lui que sont toutes choses ? La gloire lui en soit rendue durant tous les siècles. »
Voilà ce que dit saint Paul sur l'élection des Juifs, sur leur chute, sur leur retour, et enfin sur la conversion des gentils, qui sont appelés pour tenir leur place, et pour les ramener à la fin des siècles à la bénédiction promise à leurs pères, c'est-à-dire, au Christ qu'ils ont renié. Ce grand Apôtre nous fait voir la grâce qui passe de peuple en peuple, pour tenir tous les peuples dans la crainte de la perdre, et nous en montrer la force invincible, en ce qu'après avoir converti les idolâtres, elle se réserve, pour dernier ouvrage, de convaincre l'endurcissemeut. et la perfidie judaïque. » (Bossuet, Discours sur l'hist. universelle. OKuv res, t. X,col. bk7-8ï9, édit. Migne.)
Par ce profond conseil de Dieu, les Juifs subsistent au milieu des nations, pour rendre témoignage à Jésus-Christ. Punis, dispersés, couverts d'ignominies, regardés partout comme des déicides, ils lui rendent témoignage qu'il est celui qu'Abraham désira de voir, et qu'il adora avec un saint transport de joie et de reconnaissance. Rappelés et convertis, ils lui en rendront un plus auguste. Conservés par un continuel miracle, pour lui conserver la tige et la succession de ceux qui croiront un jour en lui, ils lui en rendent un perpétuel. S'ils n'étaient que punis, ils ne prouveraient que sa justice. S'ils n'étaient que conservés, ils ne prouveraient que sa puissance. S'ils n'étaient pas réservés pour l'adorer un jour, ils ne prouveraient passa miséricorde. Leur dispersion montre qu'il est venu, mais qu'ils l'ont rejeté. Leur, conservation montre qu'ils n'en sont pas rejetés pour toujours. Par l'un et l'autre ils déclarent qu'il est le Messie et le Sauveur promis : que leur misère vient de ce qu'ils ne l'ont pas connu : que la seule espérance qui leur reste Cï>t de le connaître un jour. Il ne faut point demander pourquoi Dieu les supporte si longtemps sans lei
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(EUVRES COMPLE'h
éclairer, et pourquoi M laisse une si grande interruption entre les pères fidèles elles entants quJ le deviendront. Ce serait vouloh mesurer la hauteur du ciel, et vouloir sonder les profondeurs de la terre, que de prétendre examiner les jugements impénétrables de Dieu, et les abimes de sa sagesse.
Quelles conséquences ne sortent pas de cette prophétie sur les Juifs, contre les incrédules! Avant de les exposer, il faulentendre la prophétie sur les gentils.