‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 151 sur 163 · chapitre; ix · texte numérisé non relu

chapitre; ix

Prophéties de Jésus-Christ sur les gentils.

Article I. — Conversion des gentils, formation et

perpétuité de l'Eglise, prédites pur Jésus- Christ.

I. Le Sauveur joint presque toujours à la prédiction "de l'incrédulité des Juifs, la prédiction de la foi des gentils. C'est ce que nous avons vu dans le discours qu'il tient à l'occasion de la foi du centenier, et à l'occasion de la question qui lui est proposée sur le nombre des élus : de même que dans les paraboles du festin des noces qu'un roi fait a son fils, des vignerons perfides, d'un roi qui va prendre possession de son royaume dans un pays étranger. (Matlh. vin, 11; Luc. xiu, 28; Matlh. xxn, 2; Luc. xiv, 10; Mal th. xxi, 33; Luc. xx, 9; Luc. xix, 12.) 11 ne s'explique pas moins clairement à l'occasion de quelques gentils venus à Jérusalem pour y adorer le Dieu des Juifs, soit qu'ils n'en adorassent pas d'autres, soit qu'ils jugeassent son culte compatible avec celui de plusieurs divinités. Quelques-uns de ces gentils demandèrent à voir le Sauveur, et s'adressèrent pour cela, à Philippe, qui avec André vint le lui dire. L'heure est venue, répond le Sauveur, où le Fils de l'homme doit être glorifié. En vérité, en vérité je vous le dis: si le grain de froment ne meurt, après qu'on Va jeté en terre, il demeure seul : mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. (Joan. xn, 23, 24.) C'était dire que sa gloireserait grande parmi les gentils; mais que leur foi dépendait de sa mort. Le monde, dit-il encore dans la môme occasion, va être jugé : c'est maintenant que le prince de ce monde va être chassé dehors, (lbid., 31.) N'était-ce pas dire encore que tous les peuples viendraient à lui, et qu'ils renonceraient à toutes les fausses divinités, sous le nom desquelles le démon se faisait adorer dans le monde?

II. Le Sauveur, en prédisant ainsi l'incrédulité des Juifs et la foi des gentils, n'exclut pas du don de la foi tous les Juifs en particulier, comme il ne renferme pas, dans la promesse du môme don, tous les gentils en particulier. La première prédiction doit s'entendre du gros de la nation juive, et la seconde du gros des n tions idolâtres. Car le Sauveur, après sa résurrection, ordonne à ses apôtres de commencer à l'annoncer dans Jérusalem, et de là dans tout le monde, en leur promettant de leur envoyer le don do son Père, et de les revêtir de la force d'en haut. Vous recevrez, leur dit-il, la vertu du Saint-Esprit qui descendra sur vous, et

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vous me rendrez témoignage dans Jérusalem et dans toute lu Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre. [Luc. xxiv, *9 ; Act. i, 8.) C'était leur promettre, nonseulement un courageet une fermeté invincibles, mais une efficace dans leurs discours, un succès incroyable, dont ils seraient euxmêmes témoins avant que de mourir. D'où il suit évidemment que dans la Judée et dans les provinces voisines, de même que dans les autres régions de la terre, il y aurait un nombre prodigieux de personnes qui acquiesceraient à leur témoignage, malgré la résistance de la multitude, contre laquelle il les prévient et les précautionne, en les avertissant qu'ilsauraieut beaucoup à souffrir de la part des rebelles à la vérité: Ils vous feront, leur dit-il, comparaître devant les tribunaux, ils vous feront fouetter dans leurs synagogues, vous serez menés, à cause de moi, aux gouverneurs et aux rois. (Matlh. x, 17, 18.) Le temps va arriver que quiconque vous fera mourir, croira faire une chose agréable à Dieu. (Joan. xvi, 2.) Ne craignez point ceux qui tuent le corps, et qui ne peuvent tuer l'âme ; mais craignez plutôt celui qui peut perdre et l'âme et le corps en les précipitant dans l'enfer. (Matlh. x, 28.)

III. De tous ces peuples qui recevront leur témoignage, sera composé l'édifice qu'il appelle son Eglise. Je bâtirai, dit-il, monEgliti sur cettepierre. (Mat th. xvi, 13.) 11 en prédit les commencements et les progrès, l'étendue, la perpétuité et l'indéfectibilité. Il la compare à ungrain de sénevé, qui est la plus petite de toutes les semences (Matlh. xin, 31), mais qui surpasse, quand elle est semée et qu'elle a poussé, la hauteur do tous les autres légumes. Il en jettera les premiers fondements à Jérusalem (Act. i, 8) : la faisant passer de là dans les provinces voisines, il l'élendra jusqu'aux extrémités de la terre, lui donnant des enfants par tout le monde, jusqu'à la fin des siècles, qui est le temps fixé pour la moisson ; il n'assigne point d'autre terme à sa durée. Jusqu'à ce dernier terme de toutes leschoses présentes, il sera toujours avec elle, baptisant, enseignant les vérités du salut, annonçant la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. (Matth. xm, 37; Matth. xxvm, 19, 20; JCor.x, 20; Matth. xvi, 18.)

IV. Comparons maintenant la prédiction avec l'événement. Où les apôtres commencent-ils à publier les merveilles de Dieu et les grandeurs de Jésus-Christ? à Jérusalem même, non-seulement en présence de ses habitants, mais devant tous les Juifs rassemblés de tous les pays qui sont sous le ciel pour la fête de la Pentecôte. Mais avec quel succès I Saint Pierre, en deux discours, éclaire, touche, entraîne jusqu'à huit mille de ses auditeurs. Le nombre des disciples augmente tous les jours. (Act . n, 3, 4.) Plusieurs, même d'entre les prêtres, embrassent la foi, malgré l'opposition et la violence des magistrats, des docteurs de la loi et du grand prêtre pour arrêter les progrès du zèle des apôtres.

Cependant la fureur des persécuteurs s'enflamme; mais ce n'est que pour rendre l'accomplissement de la prédiction plus prompte et plus rapide; Les nouveaux disciples, obligés de sortir de Jérusalem, annoncent la parole de Dieu dans tous les lieux où ils passent, Philippe, l'un des diacres, vient à Samarie; il y proche l'Evangile : les Samaritains croient à la parole de Dieu; ils se font baptiser, hommes et femmes, au nom de Jésus-Christ. Simon même, ce fameux magicien, demande le baptême. D'autres disciples, dispersés par la mô.ne persécution, vont jusqu'en Pbénicie et en Chypre; ils vont à Antioche. Dans celte grande ville, ils parlent de Jésus-Christ aux gentils mêmes, ne l'ayant fait dans les autres lieux qu'à ceux de leur nation. Leur parole est efficace ; les gentils croient en Jésus-Christ; ils se glorifient de son nom, et ne veulent plus être connus que par ce nom auguste, en prenant celui de Chrétiens. (Act. xi, 19.)

Bientôt après les apôtres partagent entre eux tous les peuples pour en faire la conquête. Ils publient partout l'Evangile, et l'Evangile est reçu partout. Saint Pierre nomme dans sa première Epîlre le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie, la Bithynie, où il avait prêché. (/ Petr. i, 1.) Saint Paul, dans son Epître aux Romains, leur parle ainsi de ses travaux et du succès qu'ils avaient eu : J'ai sujet de me glorifier en Jésus-Christ du succès de l'œuvre de Dieu : car je n'ose parler que de ce que Jésus-Christ a fait par moi pour soumettre les gentils à l'Evangile par la parole et par les œuvres, par la vertu des miracles et des prodiges, et par la puissance du Saint-Esprit ; de sorte que j'ai porté de tout côté l'Evangile de Jésus-Christ, depuis Jérusalem jusqu'en lllyrie [Rom. xv, 17-19), ce qui comprend la Palestine, l'Asie Mineure, la Syrie, la Thrace, la Macédoine, la Grèce, etc. Et le même Apôtre, dans la même Epître, ne craint point d'assurer que la prophétie figurée, qui est dans le psaume xvin, de la course rapide des apôtres et de la lumière qu'ils devaient répandre dans tout l'univers, a déjà été accomplie de son temps. Leur voix, dît— il, a retenti par toute la terre, et leur parole s'est fait entendre jusqu'aux extrémités du monde (Rom. x, 18); mais non ufte voix faible et impuissante, non une parole sans vertu et sans efficace : car, dit le même Apôtre écrivant aux Co'ossiens, la parole de l'Evangile, qui est la vérité.. , o été annoncée dans tout le monde, où elle croît et fructifie, comme elle a fait parmi vous depuis le jour que vous l'avez entendue et que vous avez connu la grâce de Dieu selon la vérité. {Col. i, 6.)

V. Ainsi, selon la prédiction et la promesse de Jésus-Christ, l'Evangile se répandit de Jérusalem dans la Judée, ensuite dans la Samarie, de là parmi les nations jusqu'aux extrémités de la terre. Le fait est certain. On vient d'en voir la preuve dans les écrits des apôtres. Si vous en souhaitez de nouvelles, lisez les auteurs du i", du n* et du ni* siècle de l'Eglise : les Justin, les Irénée,

les Tertullien, les Origène, les Arnobc. Cent ans après la mort de Jésus-Christ, saint Justin (Apol. 11, elDialog. adv. Triph.) compte parmi les fidèles beaucoup de nations sauvages, et jusque ces peuples vagabonds qui erraient çà et là sur des chariots sans avoir de demeure fixe. Ce n'est point ici une vaine exagération : c'est un fait constant et notoire, avancé en présence des empereurs et à la face de tout l'univers. Peu de temps après, le catalogue des Eglises chrétiennes est encore plus nombreux. 11 s'en trouve dans la Germanie, dans les Espagnes, dans les Gaules, dans l'Orient, dans l'Egypte, dans la Libye, et ce qu'il y a d'admirable, c'est l'union et la concorde qui régnent dans toutes ces Eglises. Comme il n'y a qu'un soleil dans l'univers, dit saint Irénée (Adv. hœres., lib. i, c. 3), ainsi partout brille la même lumière de la vérité. Tertullien (Adv. Judœos. lib. i, Apoleget.)el. Origène (tract. 28 in Matlh.; hom. i in Ezech.; Contra Cels., lib. i), qui se touchent presque et qui suivent de si près saint Irénée, montrent dans l'Eglise de nouveaux peuples, ou qui n'y étaient pas avant eux, ou qui n'étaient pas entrés dans les dénombrements précédents, les Gt'tules, la Mauritanie presque entière, toutes les Espagnes, diverses nations des Gaules, les îles Britanniques, jusqu'alors inaccessibles aux armes romaines, les Sarmates, les Daces, les Germains, les Scythes , les Indiens. Ceux que Tertullien et Origène n'avaient pas compris dans leurs catalogues y sont mis un peu après par Arnobe. (Lib. n.) Enfin il n'y a plus d'exception, plus de réserve dans les jours des Alhanase (Epist. synod.), des Théodoret (serm. 8 Adv. Grœcos) , des Chrysostome. (Hom. 6, in I Cor.; boni, in Pentec; Orat. Christum esse Deum.) De leur temps l'Eglise occupait tous les lieux éclairés par le soleil.

VI. Ne pensez pas que l'Evangile, après ces premiers elforts, ait perdu sa vertu et sa force. Le temps ne peut rien contre Jésus- Christ : il était hier, il est aujourd'hui, il sera dans tous les siècles, (llebr. xiu, 8.) S'il envoie au v' siècle une multitude de peuples barbares renverser l'empire romain, c'est pour les soumettre à son empire. Dans le vit", les Anglais ; dans le x% les Polonais, les Prussiens, les Bohémiens, les Hongrois se rangent sous ses lois. Dans ces derniers temps, la découverte d'un nouveau monde ne s'est faite que pour étendre les limiies de son royaume. En un mot, il n'est point de région sous le ciel où Jésus-Christ, le Roi des rois, n'ait des sujets. De toutes parts on implore son secours, on chante ses miséricordes, on célèbre son nom; toute majesté disparaît en présence de la sienne; sa croix est l'objet de la vénération universelle ; ses mystères, malgré leur impénétrable profondeur, sont crus et adorés ; sa parole instruit les ignorants, elle ooesoje lésâmes innocentes, elle fixe les. incertitudes des esprits flottants, elle est la terreur des passions criminelles. Quiconque ose la

mépriser et la rejeter est le jouet de l'égarement et de l'illusion. Voyez quel est le sort des Juifs et de tant de peuples qui ont eu le malheur de rejeter cette divine parole. Depuis ce moment funeste, les Juifs ne se nourrissent que de fables, elles autres peuples sont en proie aux rêveries de Mahomet, ou replongés dans leshorreurs du paganisme. Sans aller chercher si loin des exemples, jetez les yeux sur les incrédules. Semblables à ces anciens philosophes injustes et ingrats, dont saint Paul nous a laissé le portrait (Rom. i), ils s'égarent dans leurs vains raisonnements, et leur cœur insensé est rempli de ténèbres. Ils se donnent pour sages, et ce sont des insensés jusqu'à tout diviniser, en faisant de l'univers l'être môme éternel et indépendant jusqu'à pervertir l'ordre de la nature, confondant le vice et la vertu, et n'admettant aucun genre de crimes : gens qui seraient l'opprobre de la raison et de la religion par leurs mœurs, quand ils ne le seraient pas par leurs discours. Vous vous êtes chargé de leur cause, mon cher Eusèbe : qu'avez-vous à m'opposer en leur nom?

AutiCle II. — Objections des incrédules contre la prophétie de Jésus-Christ sur les gentils.

Ici vous n'aurez pas recours, sans doute, à la défaite ordinaire des incrédules, qui est l'obscurité des prophéties. Si vous le faisiez, je vous prierais de me désigner les termes dont vous voudriez que Jésus-Christ se fût servi pour s'énoncer plus clairement.

Eusèbe. Non, ce n'est pas à l'obscurité que j'aurai recours : j'ai des moyens de défense plus graves et plus importants à opposer. Vous paraissez regarder votre prophétie comme dictée par la divinité. Pour moi je n'y aperçois rien qui soit au-dessus de la pénétration de l'esprit humain. Transportons-nous, s'il vous plaît, au temps où vivait Jésus-Christ. Qu'y voyons-nous? Le monde plongé dans l'idolAtrie : cela est vrai ; mais le monde idolâtre était-il alors bien sincèrement dévoué à ses dieux et à leur culte? Depuis longtemps les Juifs établis dans la plupart des villes de l'empire romain avaient donné lieu à mille soupçons sur la réalité de tant de divinités fantastiques. Les écoles les plus célèbres de philosophie avaient, sur ce sujet, des idées bien ditférentes de celles du vulgaire. Le vulgaire môme n'avait plus qu'un zèle moulant pour l'ancienne religion. 11 n'était plus aussi etlarouché qu'autrefois des discours libres des philosophes. Il voyait, sans émotion, jouer ses dieux sur le théâtre. En un mot, le monde commençait à se lasser de ses idoles : il était tout prêta les quitter, et à mettre à leur place un être purement spirituel. Dans de telles circonstances, était-il si difficile de prévoir un changement auquel les esprits étaient préparés ? 11 ne s'agissait que de trouver quelques hommes hardis et déterminés pour entreprendre l'ouvrage, et de les y animer par la promesse d'un succès assuré.

C'est la, mon cher Eusèbc, ce que vous appelez un moyen grave contre la prophétie de Jésus-Christ. Permettez-moi de vous

le dire : il n'est guère possible d'en imaginer un plus frivole et moins sensé. Quelle preuve pourriez-vous produire de ce que vous avancez avec tant d'assurance, qu au temps où vivait Jésus-Christ, le monde n'était pas fort attaché à ses dieux? Leurs temples étaient-ils alors moins fréquentés?

Leurs autels moins chargés de libations et de victimes? Les spectacles donnés en leur honneur moins courus? Si vous me disiez que le monde ne tenait pas alors à ses dieux par la raison, j'en conviendrais avec vous: la raison, dans aucun temps, n'a pu goûter tant de fictions qui sont le renversement de la raison. Mais le monde tenait-il moins à ses dieux par l'imagination et par le cœur? Les dieux des Grecs et des Romains étaient l'ouvrage de l'imagination et des passions, ils étaient faits pour elles. Leurs généalogies, leurs histoires, leurs fêtes, leurs sacrilices, les hymnes qu'on leur chantait, les peintures et les figures lascives consacrées dans les temples et les places publiques : les jeux solennels institués à leur honneur ne semblaient établis que pour favoriser les passions. C'étaient elles , en effet, qu'on adorait sous des noms chimériques. Ce n'était point aux statues de Vénus, de l'infâme dieu des jardins, de Bacchus qu'on sacrifiait : c'était à l'amour impudique, c'était au plaisir des sens.

Les Juifs étaient haïs et méprisés des Grecs et des Romains, précisément parce qu'ils ne pensaient pas, comme eux, au sujet de la divinité. Les philosophes, lâches observateurs de la religion populaire et disputeurs éternels entre eux, n'étaient propres, par leurs Divisions et par leur hypocrisie, qu'à confirmer dans les anciens préjugés ceux qui avaient connaissance de leurs disputes. Ils n'offraient rien d'ailleurs à la raison qui pût la satisfaire. On s'intéressait donc très-peu à leurs vaines spéculations. On se scandalisait aussi peu de voir les dieux joués sur le théâtre. Les yeux et les oreilles étaient agréablement frappés par la représentation de leurs débauches. On se croyait autorisé dans les siennes : qui peut se faire un crime d'imiter ce qu'il adore ?

On ne peut donc rien avancer de plus faux que de dire qu'au temps où vivait Jésus-Christ, il était facile de prévoir le changement qui arriva après sa mort dans le monde. Jamais les hommes ne furent moins disposés à recevoir des idées spirituelles, parce que jamais ils ne furent plus corrompus ni plus vicieux. Lisez les auteurs de ces temps-là, les Tacite, les Horace, les Juvénal, les Martial, les Pétrone : vous y apprendrez quelles étaient les mœurs des princes et des peuples. Les infamies dont les écrits de ces auteurs sont remplis, s'écrivaient et se répétaient publiquement, parce qu'elles se commettaient publiquement. On voit les mêmes abominations <lans Suétone, dans les historiens du siècle d'Auguste et dans ceux

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DEFENSE DE LA REUGiON. — PART. Il

qui décrivent les siècles suivants; dans Lucien, dans Apulée, dans Athénée, en un mot, dans tous les écrivains qui entrent daus quelque détail des mœurs. Donc jamais les (Jrecs elles Romains ne durent être plus infatués de leurs dieux.

Vous ne méritez aucune réponse, quand vous ajoutez qu'il ne s'agissait que de trouver des hommes assez déterminés pour oser entreprendre de désabuser le genre humain. 11 ne pouvait y avoir que des insensés qui voulussent former une pareille entreprise. Quel succès auraient pu se promettre ces valeureux champions sur le peuple de la campagne, opiniâtre dans son ignorance, inflexible dans ses préjugés, immuable dans son respect pour les maximes desesancêtres? Quel succès pouvaient-ils se promettre auprès des habitants des villes, qui ne devaient leurs richesses et leur puissance qu'eux temples de leurs dieux, où l'on courait en foule, de toutes parts, aux jours de soîemnités? Ephèse, par exemple, ne devait sa grandeur et ses privilèges qu'au temple de Diane élevé dans l'enceinte de ses murs. Les contrées voisines de Delphes, de Claros, 'Je Dodone, n'étaient opulentes que par les oracles rendus en ces lieux. Quel succès pouvaient-ils se promettre auprès des prêtres et des pontifes dont la troupe innombrable ne subsistait que des erreurs des peuples? Quels succès pouvaient-ils se promettre auprès des magistrats et des princes dont la politique n'était occupée qu'à maintenir l'ancienne religion ? Dans l'origine de la république romaine, les ordonnances du sénat avaient défendu les religions étrangères. (Tit. Liv., 1. xxxix; Tert., Apol.) Les lois impériales avaient renouvelé la même défense, et Je paganisme, en se précautionnant contre les troubles qui sont les suites ordinaires des nouveautés, ne laissait aucune espérance de renverser ses idoles. Enfin quel succès pouvaient-ils se promettre auprès des philosophes qui auraient cru se dégrader en adoptant des idées dont ils n'auraient pas été créateurs?

Mais pourquoi, je vous prie, réduire tout l'objet de la prédiction de Jésus-Christ à donner au monde une idée véritable de la divinité? Est-ce mauvaise foi, ou inattention de votre part? Est-ce que Jésus-Christ, en ordonnant à ses apôtres d'aller enseigner les nations, et en leur promettant de rendre leur parole efficace, ne se propose que d'apprendre au monde qu'on ne doit point adorer des statues de pierre et de bronze, des plantes et des animaux, des fleuves et des fontaines, des dieux infernaux, des dieux marins, des légions de dieux célestes , mais qu'il n'y a qu'un seul et unique Dieu? Ne se propose-t-il que de former des déistes qui, comme ceux de nos jours, sans mœurs, sans culte, sans espérance, voudront bien admettre un seul Etre souverain? J'aime mieux penser que ce n'est qu'inattention de votre part. Il faut donc vous remettre devant las veux l'objet entier de la prédiction.

Jésus-Christ prédit, non-seulement quv bs

gentils connaîtront le seul Dieu créateur du ciel et de la terre, mais qu'ils croiront que lui , pauvre, humilié, rejeté par sa nation, attaché à une croix comme un séducteur, est sorti vivant du tombeau, qu'il est monté au ciel, qu'il est le Fils de Dieu, qu'il n'y a point de salut à attendre que par lui ; qu'ils doivent se renoncer et se mépriser euxmêmes, s'interdire toute vengeance, conserver une douceur et une patience inaltérables au milieu des traitements les plus injustes , rendre le bien pour le mal, aimer comme eux-mêmes leurs plus cruels ennemis, êtro prêts adonner leur vie pour eux, s'abstenir des actions mauvaises, des désirs même, des pensées même injustes, ne s'attachera aucun des biens présents, espérer un bonheur dans une autre vie qui n'a rien de commun avec celle-ci, comme la récompense de la fidélité persévérante avec laquelle ils l'auront servi durant celte vie.

Tel est en raccourci l'objet de la prédiction de Jésus-Christ. Quels hommes charge-t-il de la vérifier? Douze pauvres pêcheurs, sans science , sans talents , sans éloquence , sans protection. Que leur promet-il pour les animer à aller hardiment attaquer toutes les anciennes religions , changer toutes les idées, détruire tous les préjugés, établir une -religion nouvelle contre laquelle les esprits et les cœurs doivent se révolter? Il leur promet des persécutions, des tourments, la mort. Comment ces pêcheurs sont-ils reçus? Tout se soulève contre eux : le peuple, par zèle de religion et par une opposition naturelle à toute nouveauté en cette matière ; les philosophes et les savants, par la répugnance qu'inspire la raison orgueilleuse; les ministres des anciennes religions par intérêt ; les magistrats et les empereurs, par politique. Cependant quel succès ont ces pêcheurs, dénués de tout, n'ayant pour armes que la parole et une patience à toute épreuve 1 Ils prêchent la doctrine de Jésus-Christ aux Grecs et aux Romains, ces peuples si célèbres par leurs grands historiens, par leurs grands philosophes, par leurs grands poètes. Ils prêchent au milieu des villes les plus riches, les plus savantes, les plus polies, les plus voluptueuses; dans Antioche, dans Alexandrie, dans Ephèse, dans Corinthe, dans Athènes, dans Rome ; et partout, malgré ce nue leur opposent les puissances formidables, la sagesse humaine, la religion, l'intérêt, la politique, la violence, ils acquièrent à Jésus-Christ une multitude innombrable de disciples, si intimement convaincus, si efficacement persuadés, que non-seulement ils renoncent à leurs préjugés et à leurs passions, mais qu'ils sont prêts, qu'ils s'estiment heureux de donner leur vie pour lui rendre témoignage: que dis-je, de donner leur vie 1 d'endurer des supplices que nous ne pouvons lire sans frémir pour sceller leur témoignage. Tel est l'événement qui avait été prédit par le Sauveur. Si vous persistez à dire qu'il n'y a rien en cela qu'il ne fût aisé de prévoir, il ne tue reste qu'une réplique bieu courte ; vous trahissez votre conscience.

II. Eusèbe. Je conviendrais assez volontiers que la prophétie de Jésus-Christ surpasse les lumières de l'esprit humain, si je in voyais vérifiée par l'événement. C'est ce que je ne vois point. Combien de peuples n'entendirent point la voix des apôtres 1 Et parmi ceux auxquels elle se fit entendre, combien fut petit le nombre des hommes qui la reçurent avec docilité ! Après la mort des apôtres, la connaissance de l'Evangile s'étendit, je« l'avoue; mais combien de régions où elle ne pénétra point! Combien en est-il encore aujourd'hui à qui le nom de Jésus-Cbrist est inconnu? Combien de vastes contrées où sa doctrine a été portée sans y fructifier! Que sont même devenues la plupart des anciennes Eglises si florissantes autrefois, les Eglises, par exemple, de Jérusalem, d'Antioche,d'Alexandrie,de l'Afrique?

Vous voudriez donc, mon cher Eusèbe, pour l'accomplissement de la prophétie de Jésus-Christ, que les apôtres eussent porté le nom du Sauveur par toute la terre, sans en excepter aucune centrée, ni aucune ville ; que tous les hommes fussent devenus Chrétiens, ou que, du moins, cela fût arrivé sous les disciples des apôtres, et que ces hommes devenus une fois Chrétiens ne cessassent jamais de l'être. Que voulez-vous que je vous réponde, sinon que vous n'entendez pas Jésus-Christ.

N'ajoutez rien à ses paroles, n'en retranchez rien. Jésus-Christ ne dit point à ses apôtres qu'ils lui rendront témoignage par toute la terre, sans exception d'aucun lieu. Il leur dit seulement qu'i7s lui rendront témoignage à Jérusalem, à Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. (Act. i, 8.) Expression naturelle pour marquer l'étendue et le succès de leur témoignage. La prendre dans une rigueur littérale pour toutes les parties de la terre connues et inconnues alors, sans exception d'aucune contrée, d'aucune ville, ce serait violer toutes les règles du langage et de l'équité. Jésus- Christ ne leur dit pas que tous les Juifs et tous les gentils seront dociles à leur voix et recevront leur témoignage; il leur dit, au contraire, qu'ils seront haïs et persécutés à cause de son nom : ce qui suppose manifestement que la multitude restera dans son aveuglement et dans son infidélité. Jésus- Christ leur ordonne d'aller chez toutes les nations, de les enseigner, de les baptiser, et il leur promet d'être avec eux jusqu'à la consommation des siècles. Cet ordre ne regarde pas moins leurs successeurs dans le ministère qu'eux-mêmes; car la promesse d'être avec eux jusqu'à la fin du monde ne peut regarder leur personne seule, puisque nulle part il ne s'engage de les conserver toujours sur la terre, et qu'il les avertit , au contraire, qu'on les fera mourir. (Joan. xvi, 2.) Mais en donnant cet ordre en faveur de toutes les nations, et en promettant de ne jamais abandonner ceux qu'il en charge, ditil que toutes les nations ensemble et dans un même temps embrassèrent l'Evangile?

L'établissement d'un ministère perpétuel

pour aller chez les nations, les instruire et les baptiser, supposo manifestement une succession dans la vocation de tous les peuples à la foi. Dit-il que tous les particuliers de ces peuples auxquels il envoie ses ministres recevront la foi? Dit-il que les peuples qui auront reçu la foi ne la perdront jamais? Non , assurément, il ne le dit pas. Il donne à entendre tout le contraire, en promettant à son Eglise de la rendre invincible contre toutes les attaques de l'enfer. Car n'est-il pas évident, par ces paroles, que son Eglise aura toujours des combats à soutenir; que, par conséquent, les hommes ne lui seront jamais tous assujettis, du moins en même temps.

Il n'y a donc point de solidité, mon cher Eusèbe, dans votre difficulté contre la prophétie de Jésus-Christ. Il est manifeste que vous n'en voyez pas l'accomplissement ; parce que vous ne l'entendez pas. Il n'est pas nécessaire pour son accomplissement que les apôtres aient porté le nom de Jésus-Christ par toute la terre, sans exception d'aucun lieu ; ni que tous les hommes soient devenus Chréiiens, sous eux, ou sous leurs successeurs; ni que tous les peuples aient conservé la foi après l'avoir reçue. Ce qui est nécessaire, c'est que les apôtres aient répandu la connaissance de Dieu et de Jésus- Christ son Fils en une infinité de lieux, de l'Asie, de l'Afrique, de l'Europe ; et qu'ils aient fondé une Eglise où leur ministère et toutes les vérités du salut subsistassent visiblement, où les mêmes dogmes qu'ils ont enseignés fussent crus et professés, où la même morale fût suivie, où le même culte fût rendu, et d'où l'on appelât à la vraie lumière tout homme qui vient dans ce monde. Or, depuis les apôtres jusqu'au moment présent, il existe une telle Eglise sur la terre : le fait est indubitable.

Ne me dites pas que la prédiction demeure encore en suspens, car comme elle s'étend jusqu'à la fin du monde, ce ne sera qu'à la fin du monde qu'on pourra être assuré d'en avoir vu l'accomplissement.

Au contraire, le passé nous garantit l'avenir. La prédiction visiblement accomplie depuis dix-sept cents ans, est une preuve qu'elle s'accomplira, et que Jésus-Christ véritable en tout, n'ayant pointdonné d'autres bornes à la durée de son Eglise que la consommation des siècles, elle subsistera, et par conséquent, la prédication, jusqu'à la consommation des siècles.

111. Eusèbe. Je suis de bonne foi : il mo semble que le changement de créance et de mœurs opéré par les discours d'une douzaine de pauvres pêcheurs, dans un nombre si prodigieux de Juifs et de gentils, est un fait qu'il n'était pas aisé de prévoir et d'annoncer avant l'événement. Mais est-il bien sûr que ce fait avait été prévu et annoncé avant l'événement? De votre aveu, les apôtres prêchèrent avant que d'écrire : ainsi leur prédication, au moins commencée, est antérieure aux Evangiles. Cela supposé, qui nous assurera que les évangélisles.

voyant le succès inespéré de la prédication

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des apôtres, ne mirent pas dans la bouche de Jésus-Christ des prédictions et des promesses auxquelles il n'avait jamais pensé? Qui nous en assurera, mon cher Eusèbe ? Le fait môme qui vous étonne, ce changement de créance et de mœurs opéré dans un nombre prodigieux de Juifs et de gentils, par les discours de douze pauvres pêcheurs. Quoi 1 les auteurs d'un tel prodige seraient des fourbes et des menteurs ? Ils s'exposent à tout, pour faire connaître Dieu et le Sauveur : quelle démonstration de leur sincérité ! Ils ont prêché avant d'écrire : et c'est précisément parce qu'ils ont prêché avant d'écrire, que leurs écrits ne sauraient être suspects. Comment, en effet, leurs écrits auraient-ils mérité les respects de leurs premiers disciples, s'ils n'avaient pas représenté avec la dernière exactitude leur prédication ? Les disciples ne trouvant point de conformité entre ce qu'ils auraient entendu et ce qu'ils auraient lu, qu'auraient-ils pu penser de tels maîtres? Est-il même vraisemblable que douze pêcheurs, sans y être forcés par les ordres les plus précis du Fils de Dieu, sans être pleinement assurés de sa protection toute-puissante, par des prédictions claires, par des promesses expresses, eussent entrepris de courir les mers et les terres pour lui acquérir des adorateurs ?

En un mot, ou vous croyez véritables les récits que nous lisons dans leurs actes, et dans leurs épitres, du succès de leur prédication ; ou vous ne regardez ces récits que comme des exagérations qu'on ne peut trop réduire, pour les mettre à leur juste valeur. Dans le premier cas, le prodige est tel, qu'il est insensé de l'attribuer à des fourbes. Dans le second, y aurait-il du sens à soupçonner les évangélistes d'avoir forgé des prédictions et des promesses si magnifiques, pour autoriser et relever une mission vaine et stérile, qui se serait terminée a une poignée de quelques mrsérables prosélytes ? Ils auraient déshonoré gratuitement leur Maître et se seraient rendus eux-mêmes la fable du genre humain.

N'en restons pas là, s'il vous plaît. Les auteurs des Evangiles sont, selon vous, des fourbes, qui, à la vue de quelques légers succès de la prédication des apôtres, l'ont fait prédire et promettre par Jésus-Christ, pour en relever l'éclat. Une telle pensée estelle réfléchie? Elle pourrait paraître moins absurde, si ces prédictions et ces promesses n'avaient pour objet que le succès de la prédication des apôtres ; mais est-ce là leur unique objet ? Elles embrassent tous les temps : ainsi, supposé qu'elles aient eu leur eifet dans tous les temps, vous voilà contraint d'accorder le don de prophétie à des écri vains que vous prétendez être des fourbes. En effet, dans quelque temps que vous placiez ces écrivains, vous ne sauriez nier qu'ils ont écrit avant le u* siècle de l'ère chrétienne. C'est donc sur la fin du premier qu'ils font dire à Jésus-Christ : Je bâtirai mon Eglise, c, les parles de /' enfer ne prévaudront point c litre elle. Allez, instruisez tou-

tes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai prescrites : et assurez-vous que je suis toujours avec vous jusqu'à la consommation des siècles. [Matth. xxvm, 18 20.) Si Jésus- Christ a donc eu depuis ce moment, jusqu'à nous, une Eglise toujours combattue, toujours victorieuse, conduite et gouvernée par des évoques et par des prêtres, occupés de l'instruction des nations, avec qui il ait été tous les jours, en sorte qu'il ait rendu leur ministère toujours efficace, soit pour la conservation de toutes les vérités du salut, soit pour la formation des saints ; il faut nécessairement reconnaître vos prétendus fourbes pour des prophètes visiblement inspirés : car il n'y a point d'événement moins vraisemblable que la perpétuité et l'indéfectibilité d'un corps tel que celui que je viens de décrire. C'est le plus grand de tous les miracles pour quiconque pense et connaît les hommes. Or, que depuis la fin du rr siècle de l'ère chrétienne, ce corps ait existé et qu'il existe encore aujourd'hui ; c'est un fait dont il est aussi impossible de douter, qu'il l'est de douter que depuis le mémo temps, il existe un soleil et une terre.

Choisissez telle époque qu'il vous plaira dans cette longue suite de siècles qui se sont écoulés, depuis le moment supposé jusqu'à celui où nous vivons, vous verrez toujours une société connue sous le nom de Jésus-Christ, ou de grande Eglise, par ses plus grands ennemis même ( Cels., apud Orig., v), pour la distinguer des sociétés particulières que l'erreur en séparait ; vous la verrez toujours avec une succession non interrompue de pasteurs, à commencer dès les apôtres, enseignant les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer toutes les choses prescrites par son Chef, et formant réellement des hommes aussi distingués des autres parleurs pensées, parleurs inclinations, et par leur conduite, que la vertu est distinguée du vice.

Qu'elle est étendue 1 qu'elle est vénérable dans les premières années du ivc siècle, au moment où Constantin se déclare son protecteur I Cependant elle sort du milieu des tourments les plus affreux : elle nage encore, pour ainsi dire, dans son propre sang. Dioclétien et ses coll'ègues à l'empire viennent d'épuiser contre elle tout ce que leur puissance et leur fureur ont pu inventer de supplices. Ces maîtres du monde se vantaient de l'avoir détruite : ils avaient dressé des monuments de sa défaite, frappé des médailles, et consacré des inscriptions à la mémoire de sa ruine. Remontez cent ans plus haut, vers sa source : qu'elle est étendue, qu'elle est vénérable I Toute |a terre est pleine de Chrétiens. Nous remplissons, dit l'un d'eux, en parlant aux empereurs et au sénat romain, vos villes, vos îles, vos châteaux, vos bourgades, vos camps, vos tribus, le palais, le sénat : nous ne vous laissons que vos temples. ( Tlkt., Apologet.) Ce peu-

dant quelle persécution n'avait-elle pas essuyée sous Marc-Anrèle! A quelle violence n'était-elle pas encore exposée sous Sévère 1 Remontez encore plus haut, vers son origine; qu'elle est déjà étendue, qu'elle est vénérable ! Partout il xj a des Chrétiens de tout ordre, de tout âge, de tout sexe, dans les villes, dans les villages, dans les campagnes. (Pua. , epist. 97. ) Cependant que n'avait pas fait le cruel Domitien pour m détruire ! 0»e ne faisait-on pas alors, par les ordres de Trajan, pour l'anéantir 1 Durant cet intervalle, combien d'autres persécutions suscitées contre elle par les édits barbares des Maximin, des Dèce, des Valérien, qu'on exécutait avec la dernière sévérité ! Sous les empereurs même moins injustes et plus humains, combien de Chrétiens tourmentés et mis à mort par leur ordre, ou par celui des magistrats! Combien de sacrifiés à la fureur du peuple dans des émotions excitées au sujet de la religion I

Ajoutez à ces persécutions qui lui venaient de la part de toutes les puissances du monde armées contre elle, qui devaient abolir jusqu'au nom ehrétien, d'autres persécutions encore plus dangereuses, qui lui venaient de la part de ses enfants rebelles, ailiers, indociles, amoureux d'une fausse philosophie, d'un funeste repos, et presque toujours d'un fanatisme qui fait horreur à la nature, qui devaient, selon toutes les apparences, anéantir ses dogmes et sa morale, ou du moins en altérer la pureté. Que de sectaires, que d'hérétiques s'élèvent contre elle au dedans, tandis que les princes de la terre l'attaquent au dehors! Quels coups ne lui portèrent pas les nicolaites, les ébionites, les cérinthiens, les basilidiens, les gnostiques, les saturniens, les carpocratiens, les valentiniens, les marcionites, les montanistes, les tatianiles, les paùlianistes, les sabelliens, les novatiens, les manichéens! Mais cette persécution intestine ne fut jamais plus violente que dans le temps où fessa celle des païens. L'enfer lit alors, dit le grand Bossuet, ses plus grands efforts pour détruire, par elle-même, cette Jiglise que les attaques de ses ennemis déclarés n'avaient fait qu'affermir. A peine commence-t-elle à respirer par la paix que Jui donne Constantin, et voilà qu'Arius, ce malheureux prêtre, lui suscite de plus grands troubles qu'elle n'en avait jamais soufferts. Constance, lils de Constantin, séduit par les ariens, dont il autorise le dogme, tourmente les Catholiques dans toute l'étendue de son empire. Nouveau persécuteur du christianisme', et d'autant plus redoutable, que, sous le nom de Jésus-Christ, il fait la guerre à Jésus-Christ même. Pour comble de malheurs, l'Eglise ainsi divisée tombe

outre les mains de Julien l'Apostat, qui met tout en œuvre pour détruire le Christianisme, eln'en trouve point de meilleur moyen que de fomenter les factions dont il était déchiré. Après lui vient un Valens, autant attaché aux ariens que Constance, mais plus violent. D'autres empereurs protègent d'autres héié-

CEUYRES COMPLETES DK LE FRANÇOIS. H"2

sies avec une pareille fureur. L'Eglise apprend par tant d'expériences, qu'elle n'a pas moins à souffrir sous ces empereurs chrétiens, qu'elle avait souffert sous les empereurs infidèles, et qu'elle doit verser son sang pour défendre non-seulement tout le corps de sa doclriue, mais encore chaque article en particulier. En effet, il n'y en a aucun qu'elle n'ait vu attaqué par ses enfants. Mille sectes, et mille hérésies sorties de son sein, se sont élevées contre elle. Mais si elle les a vues s'élever selon les prédictions de Jésus-Christ, elle lésa vues et les verra toujours tomber, selon ses promesses.

Cependant à juger des choses par les règles communes, tant d'ennemis et de persécutions au dehors et au dedans, des tempêtes si furieuses, et si fréquemment renouvelées, devaient, à la fin, causer le naufrage de l'Eglise. Les moyens même qui l'ont soutenue devaient causer sa ruine. Regardez les plus grands empires : malgré la terreur qu'inspire l'appareil de leur puissance, malgré ses nombreux ressorts, que la sagesse humaine fait mouvoir pour les soutenir; en est-il un seul qui ne pérît bientôt, si la politique ne pliait souvent ses loix, forcée de céder aux conjonctures ? Encore, avec tous ces ménagements, que font-ils que suspendre leur décadence? Il faut qu'elle arrive : elle vient en effet, c'est leur sort inévitable: on n'en voit point qui n'ait subi le sort des choses humaines, et nul n'est parvenu jusqu'à remplir la durée de dix-sept siècles. Les [dus grands empires, celui des Chaldéens, celui des Perses, celui des Grecs, celui des Romains, qui se sont élevés sur les ruines l'un de l'autre, ne sont plus. L'Eglise de Jésus-Christ a seule marché plus longtemps qu'eux, et continue de marcher d'un pas ferme sur la ruine des royaumes de la terre : mais ce qu'il y a d'admirable, toujours constante , toujours inflexible dans sa foi, jamais elle n'a plié : jamais elle n'a connu ces tempéraments de doctrine, qui en sacrifie une partie à la conservation de l'autre : jamais elle n'a reçu, ni souffert, aucun accommodement de créance qui eût altéré tant soit peu l'ancien dépôt.

Ainsi tandis que les sectes toujours proies à changer et à rechanger, à se reformer, h mollir et à s'accommoder au temps, rentraient dans l'oubli; l'Eglise, qui les voyait tomber à ses côtés, se soutenait par i-on attachement inébranlable à la doctrine des apôtres. Le schisme et l'hérésie assemblaient quelquefois contre elle de nombreux synodes : ses évêques opprimés par les puissances étaient relégués et proscrits; mais son Symbole n'était point entamé; mais sa voix ne cessait de se faire entendre du milieu de l'oppression ; mais ses enfants la reconnaissaient toujours à des marques certaines. On savait, et on ne s'y trompait point, où était Ja grande Eglise, celle dont les autres étaient sorties. Ou n'y trouvait une succession de pasteurs, non interrompue, à corn-

mencer dès les apôtres : et ce caractère que rien ne pouvait obscurcir, suffisait à ceux qui la cherchaient. Les autres sociétés portaient le nom de leurs auteurs. If fallait bien serappellcrManès en voyant les manichéens, Arius en voyant les ariens, Pelage en voyant les pélagiens; mais ces noms étaient nouveaux : on connaissait la date de leur naissance, et l'on ne pouvait s'empêcher de dire aux sectaires : En tel temps vous avez commencé ; vous n'étiez pas encore que nous étions en possession (Tert., De prœscript.) ; quelque chose que vous opposiez, le fait constant est que vous avez été des nôtres, et

3 ne vous n'êtes que des branches mortes étachéesde la tige vivante dont Jésus-Christ es1, la racine. Qui n'admirera donc la vérité et la force de ces paroles ? Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Ne rrie dites donc plus qu'un tel prodige a pu être facilement prévu et annoncé par des fourbes sous quelques apparences. Je ne crains pas de le répéter, quiconque est capable de penser qu'il ne fallait pas être prophète, pour prédire l'établissement et la perpétuité de l'Eglise, est un homme avec

3ui on ne peut plus raisonner. 11 est temps 'en venir aux conséquences.

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