‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 152 sur 163 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Conséquences qui ré u lient des prophéties de Jésus- Christ sur les Juifs et sur les gentils.

I. Quand on liait la vérité, de quelles chicanes n'est-on pas capable I Nous venons d'en voir une preuve bien sensible dans cetje multitude de mauvaises difficultés des incrédules, contre les prophéties du Sauveur sur les Juifs et sur les gentils; mais, avouezle, mon cherEusèbe, la vérité est invincible: .'es coups qu'on lui porte ne servent qu'à montrer qu'elle est inébranlable : c'est une observation que nous avons faite au sujet dus miracles de Jésus-Christ, et qui se présente ici dans le plus grand jour. En lisant dans les Evangiles les prophéties dont il s'agit, et en les comparant avec les événements qui frappent tous les yeux, vous en aviez sans doute aperçu la vérité; mais la voyiez - vous tout entière, sous tous ses rapports, dans toute son étendue, comme vous la voyez après la discussion où vos incrédules nousontforcés d'entrer. Recueillons le fruit des avantages qu'ils nous procurent.

II. La première conséquence qui sort nécessairement des prophéties du Sauveur, sur les Juifs et sur les gentil*, est qu'elles ne peuvent venir que de Dieu. Lorsque nous étions aux prises avec vos incrédules au sujet des miracles de Jésus-Christ, quelle a été leur défense? Les évangélistes, nous ont-ils dit, remplirent leur histoire de prodiges, dans un temps où ils n'avaient plus à craindre de contradicteurs, et s'ils trouvèrent des lecteurs dociles, ce ne fut que chez une vile populace, crédule et avide du merveilleux. Nous avons vu combien est misérable une telle défense; mais linéique miéiable qu'elle soit, on no saurait ici

nous l'opposer. En quelque temps qu'on suppose écrites les deux prophéties, avant ou après la ruine de Jérusalem, il faut nécessairement qu'elles aient été dictées par celui qui tient l'univers dans sa main, et aux yeux duquel l'avenir est présent éternellement; parce qu'elles sont antérieures aux événements qui en sont l'objet, et que ces événements étaient par eux-mêmes impénétrables à tout esprit créé.

En effet, il n'appartient qu'au souverain Maître des événements, de prévoir et d'annoncer les destinées futures d'un peuple. Mais il ne s'agit pas seulement ici d'un peuple en particulier, il s'agit de tous les peuples qui couvrent la facejde la terre. Cela est évident dans la première prédiction, où il s'agit des Juifs, non rassemblés dans une seule contrée, mais dispersés parmi toutes les nations qui les ont en leur pouvoir, avec lesquelles, par conséquent, ils ont des rapports nécessaires de dépendance pour leur conservation et leur durée. La chose est encore plus évidente dans la seconde prédiction: car non-seulement l'Eglise est répandue, comme les Juifs, par tout le monde, mais elle tend les bras à tous les peuples: elle leur ouvre son sein pour les recevoir : elle les y appelle: et il n'en est point d'où ne lui soient venus, ou ne doivent lui venir des enfants, au jour marqué par la Providence, et qu'elle tient en réserve. Ce qui est accompli contre toute apparence, est un sûr garant de ce qui s'accomplira. Déjà la multitude des peuples est entrée dans l'Eglise, les autres y entreront à leur tour. 11 y aurait de la folie à se défier de la puissance de l'auteur de la prédiction', tandis qu'on voit cette puissance éc'ater si sensiblement sur la plus grande partie du monde connu.

Dire que les évangélistes ont abusé de la simplicité de leurs prosélytes, pour leur faire croire que Jésus-Christ était un prophète, c'est vouloir en imposer à des esprits peu attentifs. Les évangélistes ne font pas seulement prédire à Jésus-Christ la punition des Juifs, leur dispersion parmi les nations, l'établissement de l'Eglise, ses progrès, son étendue ; mais la durée, la perpétuité de ces grands événements, jusqu'à la consommation des siècles. Il est donc aussi absurde d'accuser les évangélistes d'avoir voulu abuser de la crédulité de leurs prosélytes, qui voyaient de leurs yeux la dispersion des Juifs sans espérance de retour, et le progrès de l'Evangile, qui, dès le tempsdes apôtres, avait gagné presque toutes les nations; qu'il serait absurde do prétendre qu'ils ont voulu nous en imposer, à nous (jui voyons les mêmes événements subsister depuis dix-sept cents ans.

III. Seconde conséquence. — Les Evangiles sont authentiques. Je viens de vous démontrer que la partie prophétique des Evangiles, qui annonce la réprobation u)es Juifs et la vocation des gentils, est authentique : or, la partie historique des mêmes Evangiles est 'inséparable des prophéties.

En effet, lisez attentivement les deux prophéties, vous y verrez clairement qu'elles sont comme le plan général de l'histoire des Evangiles. La prédiction des malheurs des Juifs ne peut être séparée des crimes dont ces malheurs doivent être la punition : par conséquent elle ne peut être séparée de Jésus-Christ, de ses instructions, de ses mirar des, de ses reproches, de ses menaces, de la jalousie des pharisiens contre sa personne, de leurs persécutions, de leur haine qui leur fait résoudre sa mort. On ne prédit aux Juifs tant de malheurs, que parce que ce sont des aveugles qui ne veulent point ouvrir les yeux à la lumière qui luit au milieu d'eux; des ingrats qui ne payent les plus grands bienfaits que par des injures; des blasphémateurs qui attribuent à un esprit malfaisant les plus grands miracles de bonté ; des rebelles qui rejettent leur roi, leur Messie promis à leurs pères, et annoncé par leurs prophètes; des superbes qui repoussent la main salutaire qui veut les guérir; des furieux qui vont mettre le comble à leur crime, en faisant mourir le Fils de Dieu. La prédiction de la conversion des gentils ne peut être séparée de la doctrine, c'est-àdire, des instructions qui devaient leur être faites, ni des faits qui en devaient être la preuve : par conséquent, elie ne peut être séparée de Jésus-Christ, de ses instructions, de la mission des apôtres, des promesses qui leur sont faites, du don des miracles qui leur est accordé, de la mort de Jésus- Christ, de sa résurrection. Jésus-Christ ne choisit ses apôtres que pour en faire des pêcheurs d'hommes : il ne leur accorde le don des miracles que pour persuader sa résurrection aux Juifs et aux gentils : toutes les autres promesses qu'il leur fait de leur donner l'esprit de sagesse et de force, tendent au même but, qui est de réunir toutes les nations en un corps, par un même baptême, une même foi, une même espérance.

Tous les faits de l'Evangile sont donc liés avec les deux prophéties sur les Juifs et sur les gentils. Or.il est impossible de révoquer en doute les deux prophéties; donc il est impossible de révoquer en doute la vérité et l'authenticité des livres évangéliques. Je dis plus, les événements prédits que nous voyons de nos yeux, rapprochent tellement de nous les prédictions qui en ont été faites, que ces prédictions doivent nous paraître aussi véritables et aussi certaines que si nous les avions entendues sortir de la bouche de Jésus-Christ. Donc les faits évangéliques ne formant qu'un même tout avec les prédictions, doivent nous paraître aussi véritables et aussi certains que si nous les avions vus de nos yeux. L'éloignement de ces faits, quoique immense, disparaît quand on les envisage dans ce point de vue. Il est le même que celui des prédictions. Or, celui des prédictions est nul. 11 n'est, par rapport à un homme qui pense, que comme s'il avait entendu hier prononcer la

prédiction, et qu'il en vît aujourd'hui l'ac" complisseinent. Telle a été effectivement la position des apôtres et de tous les Chrétiens jusqu'à nous. Les apôtres qui entendirent de la bouche du Sauveur les prédictions, eu virent l'accomplissement. Leurs disciples, à qui ils les communiquèrent, en virent l'accomplissement; ainsi de suite jusqu'à nous. S'il est quelque différence entre les apôtres et nous qui vivons dix-sept cents ans après eux, c'est que les prédictions dont nous voyons encore aujourd'hui l'accomplissement, doivent l'aire sur nous une plus vive impression, parce qu'elles doivent nous paraître plus divines. Nous concevons plus de difficulté (s'il pouvait y en avoir pour Dieu) à prévoir ce qui arrivera dans cent ans, que ce qui arrivera dans dix; combien plus dans mille que dans cent?

Combien donc plus dans dix-sept cents ans?

IV. Troisième conséquence. — La mission de Jésus-Christ est divine. Dès que les prédictions sont divines, il est évident que celui par qui elles ont été faites est un homme divin, je veux dire un homme parlant au nom de Dieu, son envoyé, son interprète. Ainsi pour former des soupçons sur la divinité de la mission de Jésus-Christ, il faudrait penser que les prédictions ne sont pas de lui; mais dès qu'il est constant qu'elles sont divines, il n'est plus possible de les attribuer à un autre personnage ; car ou elles sont de lui ou des évangélistes : or on ne saurait les donner aux évangélistes, parce qu'eux-mêmes les donnent à Jésus-Christ : donc ils n'en sont pas auteurs : autrement ce seraient des menteurs dont Dieu ne pourrait autoriser le témoignage par le don de prophétie.

V. Quatrième conséquence. —Jésus-Christ est Dieu. Les deux prédictions sur les Juifs et sur les gentils sont divines, et elles sont de Jésus-Christ : donc elles sont dans sa bouche des preuves de vérité; donc il est le Fils de Dieu, puisqu'il en prend le titre. Mais comme nous l'avons remarqué ailleurs (55), et que la chose est évidente, Jésus-Christ ne se borne pas à prédire, il déclare que ce sera lui-même qui exécutera ses prédictions par sa pleine puissance. Il est ce Roi qui perdra les rebelles, qui renversera leurs villes, qui en dispersera les habitants par toute la terre, jusqu'au moment qu'il viendra juger le monde. Il se formera un nouveau peuple. Il fondera son Eglise; il la soutiendra contre les scandales du monde, contre toutes les erreurs et contre toutes les puissances de l'enfer. Il rendra ellicace le ministère des pasteurs, pour la sanctification des peuples, jusqu'à la consommation des siècles. Donc il est le souverain Maître des esprits et des corps ; donc il est Dieu.

Page 1