III. Mais quels sont ces hommages que nous lui devons
S'il nous a révélé lui-même, là-dessus, ses volontés, épargnons-nous la peine de creuser nos cerveaux pour découvrir la nature de ces hommages. Lui seul sait la manière dont il veut être honoré de sa créature. S'il nous a donc intimé ses volontés, notre premier hommage ne doit -il pas être une entière soumission à ses ordres? Or il ne doit plus être question entre nous si Dieu nous a révélé ses volontés sur le culte qu'il nous commande. C'est un fait démontré : rappelez vos principes.
IV. Après avoir résolu d'une manière victorieuse vos objections contre la spiritualité de l'âme, l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, les principes des mœurs, je vous ai fait remarquer que sans les notions que nous avons reçuesde Moïse et de Jésus-Christ, sur ces sujets importants, nous ne serions jamais parvenus à nous en former des idées claires et distinctes. J'ai fondé ma remarque sur l'exemple des plus grands génies de l'antiquité, qui n'ont connu ni Moïse, ni Jésus-Christ, et sur celui des incrédules de nos jours qui les rejettent et les méprisent. Que sont pour de tels hommes, si fiers de leur raison, ces premières vérités de la raison? Une source de doutes, de divisions, d'erreurs. Je vous ai fait remarquer de plus que ces mêmes vérités, quelque essentielles qu'elles soient, ne seraient guère propres à remuer nos cœurs, à nous animer, à nous consoler, si elles n'étaient jointes à d'autres vérités que nous apprenons et que nous ne pouvons apprendre que de Moïse et de Jésus- Christ.
V. Vous avez paru approuver mes réflexions, et vous en avez fait à votre tour auxquelles je ne puis qu'applaudir : la première, qu'il était inutile de chercher une religion révélée hors du judaïsme et du christianisme , parce que toutes les nations ayant eu le malheur de tomber dans l'idolâtrie, on
no pouvait espérer de trouver chez elles la religion véritable, dont l'idée saine de l'Etre souverainement parfait est nécessairement
le fondement et la base. Votre seconde réflexion a été que vous reconnaissez volontiers les Juifs et les Chrétiens pour les dépositaires de la religion révélée, si vous étiez certain des miracles et des prophéties sur lesquels ces peuples prétendent que leur religion est appuyée. Les miracles et les prophéties vantés par les Juifs et par les Chrétiens sont-ils réels? C'est à ce point unique que vous avez réduit toute notre controverse.
VI. Rien de plus judicieux que vos réflexions. La première me paraît inspirée par la raison même.
L'idolâtrie est injurieuse a Dieu. Elle lui ôte son unité en le multipliant : elle le dépouille de sa puissance en la divisant : elle le prive de sa liberté, en l'assujettissant aux arrêts du destin : elle lui enlève sa sainteté, en lui imputant des crimes : son éternité, en lui donnant des successeurs : son bonheur, en lui attribuant des [tassions de tout genre, de haine, de jalousie, d'un amour profane, qui rendent les hommes si misérables. En un mot, elle en fait un être borné, imparfait, .changeant, capricieux, injuste.
L'idolâtrie n'était pas moins injurieuse à. Dieu dans le culte qu'elle lui rendait, que dans l'idée qu'elle en donnait. Ses mystères, ses fêtes, ses sacrifices, ses hymnes, ses peintures, ses statues, tout avait rapport aux amours, aux jalousies, aux cruautés de ses dieux. Elle leur prostituait les vierges, elle leur vouait des femmes perdues, elle leur immolait des victimes humaines, elle leur consacrait les infamies du théâtre et les sanglants spectacles des gladiateurs; c'est-àdire tout ce qu'on pouvait imaginer de plus corrompu et de plus barbare.
Elle avait d'autres rites moins criminels, des vœux, des offrandes, des libations, des sacrifices, des lustrations, des supplications, des prières; mais ces pratiques étaient-elles innocentes? Non-seulement elles se terminaient à des dieux fantastiques et à des idoles, mais elles ne consistaient qu'en do pures grimaces, dénuées des sentiments qui sont l'âme du culte véritable.
En vain l'idolâtrie prétendrait revendiquer des maximes admirables qu'on trouve dans quelques-uns de ses poètes, de ses orateurs, de ses philosophes , sur la nécessité de la pureté du cœur pour plaire aux dieux; ces belles maximes lui sont étrangères et ne faisaient point partie de sa doctrine. Les leçons de ses prêtres et de ses pontifes , qui étaient ses pasteurs et ses docteurs, ne roulaient nullement sur la vertu et sur les mœurs, mais uniquement sur les observances extérieures. C'est un reproche que lui fait saint Augustin [De civit. Dei, lib. u , c. k, 6 , et lib. xxu), bien instruit de ses usages dans un temps où elle subsistait encore. Laclance, Eusèbe, saint Athanase , Ar-nobe , lui font le même reproche.
Ses prières n'étaient pas plus raisonnables