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que ses pratiques. Que demandait-elle aux dieux ? La bonne vie, la sainteté? Non. Mais uniquement la santé, les richesses, les honneurs, les victoires, une longue vie, le gain d'un procès, etc. C'est le sentiment de tous les hommes, dit Cicéron, que nous devons demander aux dieux la bonne fortune et nous donner à nous-mêmes la sagesse et la vertu. (Ciceu., De nat. deor., lib. ni.) Horace tient le môme langage dans une épîlre philosophique. Cest assez, dit-il , de demander à Jupiter la vie et les richesses, qu'il donne et qu'il ôte à qui il veut ; quant à la vertu, je me la donnerai bien àmoi-méme (56) .On y raisonnait de même sur les actions de grâces. (Ciceb., ibid.) On y soutenait qu'il ne s'était jamais rencontré personne qui ait rendu grâces aux dieux de ce qu'il était homme de bien , mais seulement de ce qu'il jouissait des richesses, des honneurs et de la santé, et que ce n'était que par rapport à ces biers qu'on appelait Jupiter très-grand et très-bon , et non parce qu'il nous fait justes , tempérants et sages. (Senec, epist. 41.)
Vil. C'est donc la raison elle-même qui nous apprend a ne point chercher une religion révélée chez les nations idolâtres; car quand il serait vrai que ce dépôt leur eût été confié, pourrions-nous espérer de le trouver dans son intégrité au milieu de si étranges égarements ? Cependant avant Jésus-Christ, si l'on excepte la nation juive , toutes les nations étaient plongées dans cet abîme de ténèbres, et l'on voit encore dans cet abîme toutes celles qui ne connaissent pas Jésus- Christ.
Le nombre des dieux était plus grand que celui de leurs adorateurs. Chaque peuple , chaque ville, chaque maison avait les siens. Il n'est point de créature que les païens n'aient déifiée ; ils adoraient jusqu'aux herbes de leurs jardins; ils sacrifiaient aux vents et à la tempête ; ils élevaient des autels à la calomnie, à la fièvre, à la mort même; ils mettaient au rang des dieux leurs rois et leurs empereurs ; ils juraient parleur divinité ; ils leur consacraient des temples. Marc- Aurèle en fit bâtir à sa femme, qui l'avait déshonoré pendant toute sa vie.
Les Perses , aussi aveugles que les Egyptiens, que les Chaldéens , que les Grecs et les Uo-nains, adoraient leurs rois {Dan. vi, C, 7.) : et la vraie raison du refus que fit ftlardochée d'adorer le superbe Aman [Esthev, xih, 12-14) , est sans idoute que le culte divin qu'on rendait à leurs rois s'appliquait par proportion à leurs favoris dans lesquels reluisait leur puissance. On voit, dans Xénophon , Cyrus toujours invoquer le soleil avec le Jupiter de son pays, quel qu'il soit, lui offrir des sacrifices , et pratiquer la divination par les entrailles des animaux immolés. Ce peuple avait ses idoles , sinon sous des figures humaines, du moins sous d'autres ligures (Eslhcr xiv, 9, 10). Zoroastre , leur grand prophète , donne expressément , chez
Kusèbe, la tête d'un épervier à son dieu. Quoi qu'il en soit, on ne saurait nier que le terme d'idole ne soit employé dans Esther, pour signifier du moins toute fausse divinité , ni par conséquent que la Perse n'adorât de faux dieux, et que par un faux culte elle ne se rendît exécrable aux adorateurs du vrai Dieu. Mais , ce qui ne souffre aucun doute, c'est qu'elle adorait deux dieux , l'un bon et l'autre mauvais, et qu'elle leur offrait des sacrifices ; au bon, en actions de grâces , au mauvais, pour l'apaiser comme une puissance nuisible. C'eslcequedit expressément saint Augustin ( De civit. Dei , lib. v, c. 21) , qui le tire de leurs propres auteurs ; et c'est ce que Plutarque avait fait avant lui.
Les ténèbres des Indiens et des Chinois ne sont pas moins épaisses. Strabon (lib. xv) marque que les Indiens adoraient Jupiter, auteur' dé la pluie, le Gange et les esprits qui y ha bitaient. Les Chinois, dit le savant Bossuet ( Instruct. sur les prom. faites à l'Eglise), ne savent pas encore ce qu'ils adorent et à qui ils sacrifient , si ce n'est au ciel, ou à la terre, ou à leurs génies , comme à celui des montagnes et des rivières ; et leur religion n'est qu'un amas confus d'athéisme , de politique , d'irréligion , d'idolâtrie. Lisez l'ouvrage du P. Longobardi , ancien supérieur des missions de Jésuites dans celte vaste région (Traité sur quelques points de la religion des Chinois , imprimé en 1701) , vous y verrez que le sort des Chinois est aussi déplorable que celui des autres nations que Dieu a laissées marcher dans leurs voies. Si l'idolâtrie du peuple est plus grossière, celle des lettrés n'est pas moins réelle. Le peuple attribue la divinité à des corps sensibles, ou aux génies qu'il suppose régir ces corps ; et les lettrés l'attribuent au chaos et à la matière première. Les uns et les autres mêlent à l'idée qu'ils s'en forment, des défauts et des iraperfeciions qui la déshonorent ; et ils se réunissent pour rendre à la créature l'honneur qui n'est dû qu'à Dieu.
En vain , pour disculper l'idolâtrie , prétendrait-on qu'elle n'avait pour objet que le Dieu suprême dans ses divers attributs. C'est un subterfuge imaginé depuis l'établissement du christianisme. Les pythagoriciens et les platoniciens , zélés partisans de l'idolâtrie , ne pouvant en défendre l'absurdité contre la force des arguments que leur opposaient les Chrétiens, eurent recours à des allégories pour l'épurer et la spiritualiser autant qu'il était possible. .Mais les Chrétiens démontrèrent que toutes ces frivoles allégories étaient démenties par la créance, par la pratique de tous les peuples. Saint Augustin les détruit sans ressource et fait voir que si tous les dieux pouvaient se réduire à un, il était ridicule d'en adorer plus d'un.
Si Jupiter, leur dit-il , est le seul dieu qui dans la plus haute région est Jupiter, Junon dans l'air, Neptune dans la mer, Plu ton dans lu terre, Proserpine dans la plus basse partie
(56) Hapc salis ost orare Jovom, q i donal ot auferl : Dei vilain, delope«, irquuniinl anlmum ipse parabo.
(Houai., /i/xsf. lib. i, epist. ts, Ad LoUiwn, vers. 111, llc2.)
de la lerrc , Ycsta dans les foyers des maisons, Vulcain dans la forge, le soleil , la lune et les étoiles dans les astres , Apollon dans les pré dictions , Mercure dans le commerce, Jantts en tout ce qui commence , Terminus en tout ce qui finit , Saturne dans le temps , Mars et Jicllone dans la guerre , Bacclius dans le» vignes , Cérès dans les blés , Diane dans le» forêts, Minerve dans les arts ; enunmot , sli est celte foule de petits dieux, s'il préside sou» le nom de -«Liber» et sous celui de « Libéra, » à la génération des hommes et des femmes , s'il est ce « Dicspiter » qui conduit le fœtus jusqu'au point de la naissance et lui fait voir le jour ; la déesse Mena, c'est-à-dire des mois à l'égard des femmes ; Lucine , que les sagesfemmes invoquent dans le travail de l'enfantement ; s'il estcetOps qui secourt les enfants naissants et les reçoit sur terre; si c'est lui qui leur ouvre la bouche pour crier et qu'il en tire le nom de «Yagitan ; » qui les lève de terre et qui pour ce sujet s'appelle *Levane; » qui en a soin dans le berceau et que c'est pour cela qu'on l'appelle « Cunine; » s'il est dans ces déesses qui annoncent aux enfants leur destinée et qu'on nomme Carmcntes ; qu'il préside aux événements fortuits et s'appelle Fortune; que sous le nom de la déesse Rumine il fait prendre aux enfants la mamelle que les anciens Romains appelaient Ruina ; sous celui de la déesse Potine il leur donne à boire et à manger sous celui delà déesse Educe; qu'il s'appelle Pavance , de la peur qui prend aux enfants ; Venile, de l'espérance qui vient ; Volupe, de la volupté ; Agenora, de l'action ; Stimule, des aiguillons qui poussent les hommes à l'excès dans leurs désirs; Strenus, de ce qu'il inspire le courage ; Nemeria, de ce qu'il apprend à compter ; Camœna, de ce qu'il enseigne à bien chanter ; Consus , de ce qu'il donne des conseils; Senlia, de ce qu'il inspire des pensées; s'il est la déesse Juvcnta, qui fait passer de l'enfance à la jeunesse ; la Fortune Barbue, qui couvre de duvet le menton des jeunes gens ; si c'est lui qui , sous le nom du dieu Jugatin , préside aux mariages , et qui est invoqué sous celui de la déesse Virginale , quand on été la ceinture à l'épousée ; et s'il est aussi ce dieu Mutunus, ou Tutunus , qui est le Priape des Grecs.
Que tous ces dieux et ces déesses soient le seul Jupiter, continue saint Augustin en parlant aux païens, qu'y perdraient-ils en n'adorant qu'un seul Dieu? Car que mépriseraiton de lui, en l'adorant lui-même? Que si l'on avait à craindre qu'en omettant ou négligeant quelques-unes de ses parties, on ne les irritât, il n'est donc pas vrai que ce Dieu soit la vie de tous les autres dieux, comme de ses facultés ou de ses membres, ou de ses parties ; mais il faut qu'ils conviennent que chaque partie a sa vie particulière, distincte de celle des autres, puisque l'une peut s'irriter ou s'apaiser sans l'autre. Que si l'on dit que toutes ces parties ensemble, c'est-à-dire tout Jupiter, s'offenseraient, si chaque partie n'était séparément servie et adorée; quelle folle raison! Oublie-t-on quelque chose, quand on embrasse le tout? comment donc vnlils osé
négliger Vadoraiion de tant d'astres, puisqu'il y en a si peu à qui ils aient dressé des temples et des autels, et ù qui ils sacrifient en particulier f Si donc les dieux s'offensent quand on ne les adore pas en particulier, comment, bornant leur culte à se rendre quelques astres favorables, ne craignent-ils point d'avoir tout le ciel contre eux? mais s'ils prétendent adorer tous les astres, parce qu'ils sont tous en Jupiter qu'ils adorent, ils pourraient donc aussi fort bien servir tous les dieux en le servunt lui seul. Saint Augustin les réduit ainsi à l'absurde de tous les côtés. (De civit. Dci, lit), iv, c. 11 seq.)
Dans toutes ces nations aveugles, il peut y avoir eu une connaissance plus ou inoins étendue d'un premier Etre, de qui l'homme dépend, et à qui il doit ses hommages. C'est, en effet, une lumière née avec nous, et gravée dans notre esprit en caractères ineffaçables. Mais c'est un l'ait constant qu'avant Jésus-Christ il n'est aucune nation, à l'exception de la juive, qui ne soit tombée dans des erreurs monstrueuses sur un point si essentiel. D'où résulte évidemment la conséquence que vous en tirez, qui est, que s'il y a une religion révélée sur la terre, elle ne peut se trouver que dans le judaïsme et le christianisme.
V11I. Passons à votre seconde réflexion. Elle a deux objets; le premier, que la religion juive et la religion chrétienne ne peuvent être regardées comme révélées, à moins que les miracles attribués à Moï*e et à Jésus-Christ ne soient véritables. Le second, que si les miracles et les prophéties attribués à Moïse et à Jésus-Christ sont véritables, Moïse et Jésus-Christ sont les envoyés et les interprètes du souverain Etre : et leur doctrine est divine et doit être reçue, qu'elle soit accessible ou inaccessible à nos lumières.
Celle seconde réflexion est puisée dans le bon sens, de même que la première. Car d'une part, il est manifeste que si les miracles et les prophéties attribuées à Moïse et à Jésus-Christ n'étaient pas véritables, la religion des Juifs et des Chrétiens ne pourrait J'être, puisqu'elle s'appuie de ces preuves. D'une autre part, il est manifeste que le Créateur pouvant être seul l'auteur des miracles et des prophéties attribués à Moïse et à Jésus-Christ, ces miracles et ces prophéties ne sauraient être véritables, sans que le Créateur ait autorisé la mission de Moïse et de Jésus-Christ.
Il est également manifeste que si la mission de Moïse et de Jésus-Christ est divine, nous devous recevoir leur doctrine, soit qu'elle soit accessible ou inaccessible à nos esprits. Car s'il est des vérités claires, c'est, premièrement, que Dieu ne peut ni se tromper, ni nous tromper ; secondement, qu'il est l'auteur d'une doctrine qu'il appuie de miracles et de prophéties. Or, c'est un principe avoué de tout homme raisonnable, que quand nous avons une démonstration qui prouve que nous devons recevoir une vérité que nous ne comprenons pas bien, et sur
PART. II
Isquelle , par conséquent , on peut faire beaucoup de questions que nous ne pouvons pas résoudre; toutes les difficultés ne détruisent pas la démonstration : elles prouvent seulement que nous n'avons pas une idée complète de la vérité démontrée.
En effet, il n'est presque point de science qui n'ait ses mystères. La géométrie a sa quadrature du cercle ; la mécanique a son mouvement perpétuel ; l'algèbre, son cas irréductible des équations du troisième degré; l'astronomie, ses longitudes; la chimie, sa pierre pbilosopbale. Y a -t-il rien de plus indubitable que l'existence des corps? Cependant connaissons-nous parfaitement jusqu'où peut aller la certitude du témoignage des sens, qui en est le fondement? Quoi de plus constant que l'existence du mouvement? On sait néanmoins que Zenon la combattait par de grandes difficultés. Qui peut douter de l'existence du temps? Cependant, comme l'a remarqué saint Augustin, quoi de plus incompréhensible que le temps? Le présent est-il divisible ou indivisible? Difficulté insoluble.
L'athéisme, pour ne rien dire ici de plus, n'a-t-il pas lui-môme ses mystères? Un athée comprend-il cette suite infinie de générations qui nous a précédés ? Si le monde, si le genre humain est éternel, ou s'il ne l'est pas? La production des corps organisés, par la rencontre fortuite des atomes ? Si l'athée attribue la pensée à la matière, conçoit-il comment la matière peut penser? Et s'il admet la distinction de l'âme et du corps, l'union de ces deux substances si différentes ne devient-elle pas, dans son système, un mystère incompréhensible?
Rien n'est pi us incompréhensible que l'infini : cependant tous les anciens qui ont passé pour athées, étaient si éloignés de croire qu'il n'y a rien d'infini , qu'Anaximandre disait que le principe de toutes choses était l'infini , c'est-à-dire une matière infiniment étendue, éternelle, et destituée Je toute vie et de toute intelligence. Démocrite et Epicure établissaient aussi une infinité numérique d'atomes, et une infinité de mondes. Il n'y a rien de plus démontré que l'existence d'une durée infinie, c'est-àdire d'une durée sans commencement. Un athée ne peut soutenir sans folie qu'il y a eu un temps auquel il n'y avait rien, mais qu'ensuite la matière vint, je ne sais comment, à exister. 11 faut donc que les athées admettent l'éternité sans pouvoir la comprendre.
JI n'y a point d'hommes qui ne croie, sur l'autorité des autres, des vérités qu'il ne comprend point. Un aveugle refuse-t-il de croire, sur la parole des hommes clairvoyants, la lumière et les couleurs, quoiqu il ne puisse les concevoir? Un homme qui ne sait point la géométrie comprend - il comment on peut mesurer la distance et la grandeur des astres? Celui qui ignore la physique, comprend-il comment on peut peser la quantité d'air qui est autour de la terre? Cependant fera-t-il difficulté de le croire sur la
OKliTKBS COUFL DE LE FRANÇOIS. IL
parole des savants qui en font la démonstration?
Mais s'il y a des mystères dans les sciences, dans la nature; est-il surprenant qu'il y en ait dans la nature de Dieu, et dans la conduite qu'il tient à l'égard des hommes? Les philosophes les plus profonds connaissent bien peu de choses dans le plan du monde physique. Est-il surprenant que nous ne connaissions pas toute l'étendue de ce plan universel et immense, où Dieu a combiné le physique avec le moral? Nous pouvons approcher d'une montagne, et la loucher de nos mains, quoique nous ne puissions ni la renfermer enlre nos bras, ni en atteindre la hauteur
Quand Dieu révèle une vérité à l'homme, refuser de la croire, parce qu'on ne la comprend pas, c'est prétendre qu'on a des lumières égales à celles de Dieu ; ce qui est In comble de l'extravagance. Il suffit donc de savoir que Dieu a parlé, pour se soumettre.
IX. C'est donc en suivant les lumières les plus pures de la raison, qu'au sujet de la religion juive et chrétienne, vous avez réduit toute la controverse à ce point unique, si les miracles et les prophéties attribués à Moïse et à Jésus-Christ étaient réels et véritables. Or, mon cher Eusèbe, la démonstration des prophéties et des miracles de Moïse et de Jésus-Christ ne peut être plus complète.
Nous avons vu que les miracles étaient possibles : qu'on pouvait les distinguer des effets naturels : que les miracles qui venaient de Dieu avaient des caractères qui ne permettaient pas de les confondre avec des prodiges qui auraient un autre agent pour principe : enfin que les miracles de Moïse étaient divins et incontestables. Nous avons vu clairement que les prophéties étaient possibles : qu'elles n'avaient rien de commun avec les conjectures humaines et diaboliques : enfin que celles de Moïse étaient antérieures aux événements qu'elles énonçaient, et que ces événements étaient de nature à ne pouvoir être prévus que de Dieu seul, souverain arbitre de fous les événements.
Nous avons vu que la certitude des miracles de Jésus-Christ ne souffrait aucun doute que la raison pût avouer :que leur certitude était indépendante des Evangiles, puisqu'on les trouvait attestés dans les Actes et dans les Epîircs des apôtres, écrits dont nous avons établi l'authenticité sur des preuvos auxquelles l'incrédulité n'a rien à opposer : que la supposition des Evangiles n'éta't qu'une allégation hasardée, et indigne des réponses que nous y avons faites : que la critique des incrédules contre les Evangiles n'avait pas le moindre fondement : que leurs conjectures contre la sincérité des évangélisies étaient aussi injustes que frivoles : que leurs idées, touchant les apôtres et les premiers Chrétiens , n'étaient que malignité et calomnie : que leurs reproches contre Jésus-Christ n'avaient de source que dans l'ignorance et l'impiété, portées à l'excès.
Enfin, nous avons vu ijuo les prophéties de Jésus-Christ, sur les Juifs et sur les gentils , étaient antérieures aux événements qu'elles énonçaient, et que ces événements n'avaient pu être prévus que par celui qui tient en sa puissance les esprits et les corps.
D'où il suit évidemment, selon vos principes, que la divinité de la religion desJuifs et des Chrétiens doit être mise au rang des vérités les plus certaines et les plus indubitables.
X. Mais, vous avez très -bien observé que la religion judaïque ne subsiste plus, depuis la dispersion des Juifs et la ruine de leur temple, que quant 5 ses lois morales ; parce que ses lois judicielles regardaient une nation rassemblée en un môme lieu et réunie en un môme corps, et que son culte public était fixé au temple de Jérusalem. Nous avons vu, d'ailleurs, dans tou-l le cours de noire controverse, que la religion judaïque n'était qu'une préparation à la religion chrétienne : que son plus auguste privilège était de renfermer la promesse du libérateur faite au premier homme , renouvelée à Abraham, confirmée à Isaac et à Jacob, inculquée par Moïse, publiée par les prophètes ; en un mot, que Jésus-Christ était la fin de la loi donnée aux Juifs. Ainsi, depuis l'avènement de Jésus-Christ , la religion qu'il a établie est lasiule où l'on puisse et où l'on doive adorer Dieu de la manière dont il veut être honoré par sa créature.
XI. Je vous prie d'observer encore qu'en me prêtant à vos désirs sur le genre de preuves dont vous vouliez que la religion chrétienne fût soutenue pour être divine, je n'ai pas prétendu limiter à ses preuves tous ses caractères de divinité. Les preuves que vous exigez sont convaincantes et invincibles ; les miracles et les prophéties sont un témoignage manifeste, décisif, également à la portée des simples comme des savants, que Dieu rend à la vérité qu'il révèle. Les témoins oculaires des miracles opérés par Jésus-Christ et par les apôtres ne pouvaient donc raisonnablement douter de la divinité de la doctrine confirmée par de tels miracles, et leur acquiescement à cette doctrine est Une démonstration pour tous les siècles de leur conviction intime de la réalité de ces miracles. Les prophéties du genre de celles de Jésus-Christ offrent une nouvelle démonstration toujours subsistante et toujours visible; parce que ces prophéties, énonçant des événements dont la durée doit être la même que celle du monde, il suffit, dans tons les siècles, d'ouvrir les yeux pour s'assurer et des prophéties et de leur accomplissement. Mais notre religion renferme une multitude d'autres caractères qui ne sont ni moins touchants ni moins persuasifs pour un homme qui sait réfléchir.
Considérez attentivement les idées qu'elle donne de Dieu, de l'homme, de l'excellence de sa nature, de ses misères, au remède à ses misères, de ses devoirs, du terme de ses désirs. La raison approuve ces idées : elle
les confirme même, après qu'elles lui ont été proposées; mais, eût-elle pu s'y élever par elle-même, et ne lui seraient-elles pas encore cachées, si la révélation ne fût venue à son secours? Socrate, le plus sage des anciens philosophes, sentait le besoin d'un tel secours. Le meilleur parti, disait-il, que nous puissions prendre, c'est d'attendre patiemment que quelqu'un vienne nous instruire de la manière dont nous devons nous comporter envers les dieux et envers les hommes. ( Plat., in Alcibiad. ) Mais pour sentir la nécessité du secours désiré par Socrate, voyez ce qu'ont pensé sur tant de vérités essentielles, connues et goûtées, depuis Jésus-Christ, du peuple même, les savants de la Grèce et de Rome, les sages de l'Orient; voyez ce qu'en pensent les prétendus sages de nos jours , qui rejettent avec mépris la lumière qui nous éclaire : nous avons entendu leurs délires.
La religion a ses mystères : mais un homme qui sait réfléchir trouve dans ces mystères même les caractères de sa divinité. Il sait qu'entre son intelligence et l'intelligence de Dieu, la distance est égale à celle qu'il y a entre son être et l'Etre divin, et que , comme son être, comparé à l'Etre divin, n'est qu'un néant , de même son intelligence, comparée à l'intelligence divine, n'est qu'un néant. Bien loin donc d'être étonné qu'il ne puisse comprendre tout ce que Dieu connaît et dit de lui-même, il sent qu'il devrait être étonné s'il le comprenait. Moins il peut sonder les abîmes qu'on lui fait entrevoir , plus il les trouve dignes d'un Etre immense et infini. Tout ce qui porte l'empreinte de l'amour que Dieu a pour les hommes, quelque prodigieux qu'il puisse être, est conforme à ses espérances : il juge de l'effet par la cause, et il croit sans peine qu'une bonté qui est sans bornes est incompréhensible dans ses dons : il sait que la création a été un jeu de la sagesse éternelle, et il ne pense pas qu'il soit plus difficile au Créateur de se faire obéir par la créature que par le néant.
Il sait encore que son état actuel est un état d'épreuve où il doit travailler à mériter un bonheur éternel : que l'unique voie pour y travailler avec succès, est d'être dans la religion véritable : que la religion véritable doit le soumettre tout entier, son esprit et son cœur, à l'Auteur de son être. D'où il conclut que la religion chrétienne , par ses mystères, est proportionnée à son état, qu'elle donne lieu à ses mérites, qu'elle l'engage à une soumission qui fait partie du culte qu'il doit à l'Auteur de son être. Conviendrait-il à l'homme, dans son état d'épreuve, de tout voir, de tout comprendre ? La pleine vision de l'essence de Dieu, où toutes les vérités s'accordent, parce qu'elles y sont toutes contenues, ne doit-elle pas être réservée pour l'état du bonheur ? Quel mérite y aurait-il d'acquiescer à des vérités qui , par leur évidence, emporteraient l'acquiescement? Serait-ce une soumission bien héroïque, que de recevoir des vérités que la
raison démontrerait et dont elle apercevrait clairement les rapports et les convenances?
Pins un nomme qui réfléchit ose envisager de près les mystères qu'on propose à sa loi, plus il en admire la proportion avec ses besoins. S'il ne peut en sonder la profondeur, il ne peutsonder aussi la profondeur de ses misères, de son asservissement aux sens, de son impuissance à s'élever à la contemplation de la nature divine, invisible et intellectuelle, de son opposition à l'ordre, .le ses penchants au mal. Il sent qu'il n'y avait qu'une miséricorde infinie qui pût remédier à de si grands maux, et que celui qui l'a fait était le seul qui pût le refaire et le réparer.
Les mystères lui deviennent encore chers par leur liaison avec ses devoirs les plus indispensables. Jl y trouve les motifs les plus puissants, les plus capables de le soutenir et de l'animer. Il sent naître dans son âme la reconnaissance, en contemplant le mystère de l'Incarnation; il se sent comme entraîné vers la pénitence et la mortification de la chair, en voyant son Sauveur souffrant et mourant sur une croix. Peut il méditer la nécessité de la grâce sans sentir sa propre faiblesse et sans entrer en défiance de luimême? Peut-il en méditer la force, sans concevoir la plus ferme confiance dans celui qui en est la source? Peut-il ne pas recourir à la prière, qui en est le canal , pour l'attirer sur lui par ses désirs et ses gémissements ?
XII. Rendons giâces à Jésus-Christ, mon cher Eusèbe, de nous avoir appelés à son admirable lumière. Déplorons le sort des incrédules : ils sont d'autant plus dignes de compassion , qu'ils paraissent plus tranquilles et plus fiers dans leur aveuglement.
Nous nous en tenons, disent-ils, à la religion naturelle. Sans les prier de nous dire ce que c'est que la religion naturelle, quels en sont les dogmes, quelle en est la morale ? si, comme le prétendent la plupart d'entre eux, on doit croire que l'âme n'étant, comme le corps, qu'une combinaison d'atomes, elle doit avoir la même destinée, qui est de tomber en poussière, et si la grande règle des mœurs est de suivre nos penchants, en évitant les excès qui peuvent être nuisibles à notre bien-être? ou si, comme le veulent quelques autres, ce sont des dogmes de la religion naturelle, que l'âme, quelle qu'en soit la nature, est réservée à une autre vie, et que l'homme est tenu à l'amour et è la reconnaissance envers l'Auteur de son être, et aux devoirs de la société envers ses semblables? sans les prier de s'expliquer là-dessus, et de s'accorder entre eux , qu'ils nous déclarent, au moins, si la religion naturelle leur laisse le choix de recevoir, ou de rejeter les ordres du souverain Etre. Si elle leur laisse ce choix; quelle religion! Si elle ne leur laisse pas , quels hommes religieux I Car dès qu'il est certain que le souverain Etre a déclaré par la révélation ses volontés
sur la manière dont il veut être honoré par ses créatures, il est manifeste que ne pas se soumettre, c'est désobéissance, c'est rébellion.
Nous sommes, continuent les incrédules (Défense de mil. Bolingbroke), de la religion de Seth et d'Abraham.
Mais pourraient-ils bien nous dire quelle était la religion de Seth et d'Abraham? Si elle était révélée, ou non révélée ; en quoi elle différait de la religion chrétienne; si la différence ne consiste pas seulement dans le plus ou moins de clarté des mêmes objets, telle qu'elle doit se trouver entre des objets vus de loin et des objets vus de près ; entre des événements promis et des événements réalisés ? Sans entrer dans une discussion qui ne serait assurément pas à l'avantage des incrédules , qu'ils nous disent si la religion de Seth et d'Abraham les dispensait d'écouter Dieu, au cas qu'il leur eût fait entendre sa voix? Or voilà notre position. Dieu nous a parlé par Jésus-Christ. C'est un fait que nous avons prouvé, et auquel nous ne cesserons de les rappeler. La religion de Seth et d'Abraham n'est donc qu'une fiction des incrédules, ou elle les oblige de recevoir la religion chrétienne.
Mais, répondent les incrédules, nous rejetons ce fait auquel vous nous rappelez sans cesse. Vous l'appuyez sur les mi racles et sur les prophéties de Jésus-Christ, et ce sont précisément ces œuvres merveilleuses que nous refusons de reconnaître.
Mais suffit-il, pour anéantir des faits , de ne vouloir pas les reconnaître? Il faut avoir des raisons. Or quelles sont les raisons des incrédules? Sans doute, ils n'en ont point d'autres que celles qu'ils étalent si pompeusement dans les écrits dont le monde est inondé. Ces raisons débitées avec un ton d'assurance, et présentées avec- les grâces du langage, paraissent, au premier coup d'œil, spécieuses; mais vient-on à les approfondir? on esthonteuxde les avoircrues spécieuses, tant on les trouve frivoles. Que les raisons de croire à l'Evangile sont différentes 1 Plus on les examine, plus on en sent la force ; et quand on est de bonne foi, on est forcé de convenir qu'il faut ou s'y rendre, ou ne plus rien croire. Que les incrédules aient pour nous la même complaisance que nous avons pour eux; qu'ils daignent lire nos défenses contre leurs attaques. S'ils no sont pas satisfaits, qu'ils nous disent donc de quelles preuves ils voudraient que les faits évangéliques fussent munis pour mériter leur acquiescement. Nous osons les dé • fier de nous en indiquer de plus invincibles.
XIII. En vain tentent-ils de nous éblouir par certains raisonnements qu'ils ne cessent do rebattre : que la loi naturelle gravée dans tous les cœurs suffit pour nous éclairer sur tous nos devoirs, tant à l'égard de Dieu, qu'à l'égard de nous-mêmes et de nos semblables : qu'une religion révélée est, par conséquent, inutile, puisqu'elle ne peut nous donner aucune nouvelle connaissance qui
nous soit nécessaire, et que, par ses additions, elle ne serait propre qu'à nous détourner de nos devoirs primitifs et naturels; qu'on ne* conçoit point, d'ailleurs, comment elle pourrait Atre faite à l'homme; qu'une religion révélée n'est donc qu'une fiction indigne de la Sagesse suprême. (Liv. des mœurs.)
Les raisonnements ne peuvent rien contre les faits. La loi naturelle est gravée dans tous les cœurs, mais n'y est-elle enveloppée d'aucun nuage? Tous ses préceptes y sontils écrits en caractères si fermes, qu'ils no unissent être ni troublés ni dérangés par les passions, et si lumineux qu'il ne faille ni attention ni étude jour les voir et pour les lire?
Si la loi naturelle est suffisante pour nous éclairer sur tous nos devoirs, envers Dieu, envers nous-mêmes, envers nos semblables, d'où vient si peu d'uniformité, avant Jésus- Christ, dans les opinions des hommes sur l'unité, la nature, les attributs de la Divinité, sur le culte qui lui est dû, sur l'origine et la nature de l'homme, sur ses devoirs et sur sa fin ? D'où vient une si étonnante diversité de sentiments sur ces objets essentiels, non-seulement parmi les ignorants, mais parmi les plus grands génies de l'antiquité? D'où vient la même discorde sur les mêmes objets parmi les incrédules de nos jours ? Quelle est la source de tant d'erreurs contradictoires, absurdes, détestables, qui ont régné dans le monde, qui y régnent encore partout, où l'on ne connaît pas Jésus- Christ, et où l'on ne veut pas le reconnaître ?
SI y a sans doute un grand nombre de vérités morales que les hommes portent en euxmêmes, et que les esprits attentifs peuvent facilement découvrir, malgré les ténèbies répandues par les passions. Mais est-il également facile de déduire de ces vérités les conséquences qui y sont renfermées comme dans leur principe," et qui doivent nous servir de règles dans les différentes occurrences de la vie? L'application est ici nécessaire: il faut étudier, méditer, joindre à l'élude, à la méditation, une prière assidue. Combien peu d'hommes, par leur état et par le caractère de leur esprit, sont capables d'étude et de méditation? Combien peu, parmi ceux qui en sont capables, ont cette pénétration, cette justesse, cette droiture nécessaires pour saisir le vrai? C'est donc sans fondement qu'on nous dit que la loi naturelle gravée dans tous les cœurs est suffisante pour nous éclairer sur tous nos devoirs envers Dieu, envers nous-mêmes, envers nos semblables.
Mais quand la loi naturelle eût été suffisante pour éclairer les hommes sur leurs „ devoirs, s'ensuivrait-il qu'une nouvelle révélation delà loi naturelle était inutile pour rappeler les hommes à leurs cœurs où cette loi est gravée, pour les y rendre attentifs, pour dissiper les nuages répandus par les passions et par les opinions humaines pour lui imprimer un nouveau degré d'autorité,
pour la rendre présente et familière aux simples comme aux savants, pour fixer les doutes et les incertitudes, pour établir une paix et une concorde universelles en réunissant tous les esprits dans une même créance?Une nouvelle révélation était-elle inutile pour nous faire connaître le plan de la Providence sur le genre humain, l'excellence de notre origine, la cause de notre dépravation et de nos misères, la source où nous pouvons trouver des secours contre notre faiblesse, et le pardon de nos péchés, la magnificence des biens préparés à la vertu, la grandeur des maux réservés au vice?
Comment ose-t-on avancer que la révélation ne pouvait nous donner aucune nouvelle connaissance qui nous fût nécessaire ? Est-ce que le Créateur, en gravant dans nos cœurs la loi naturelle, a épuisé sa puissance? Nousa-t-il donné toutes les connaissances qu'il pouvait nous donner de ses volontés et de sa nature? ou a-t-il mis des bornes à son empire sur nous? S'est-il engagé de ne rien exiger au delà? Si de telles pensées sont intolérables, pourquoi ne pourrait-il pas nous donner de nouvelles connaissances de ses volontés? Pourquoi des connaissances de ce genre ne nous seraient-elles pas nécessaires? Pourquoi donc, s'il a établi des moyens qui nous facilitent la pratique de la loi "naturelle, et qu'il nous en ait prescrit l'usage, ne serions-nous pas dans la nécessité de lui obéir? Pourquoi, s'il a fixé le culte qu'il veut que nous lui rendions, ne serions-nous pas dans l'obligation de nous soumettre? Pourquoi, s'il nous a donné de nouvelles idées de sa nature, n'en résulterait-il pas pour nous des devoirs aussi indispensables, que ceux qui résultent de l'idée qu'il nous donne de lui-même, en nous donnant la raison? Ce qu'on ajoute est pitoyable : que de nouveaux devoirs ne seraient propies qu'à nous détourner des devoirs naturels. Est-ce que des devoirs imposés par un législateur infiniment sage, peuvent se combattre et se détruire?
Est-on plus fondé à dire qu'on ne conçoit pas comment pourrait être faite une nouvelle révélation? Dès qu'on reconnaît que Dieu a imprimé dans nos esprits les idées de la loi naturelle; où est la difficulté de concevoir qu'il peut y imprimer de nouvelles idées? Il peut nous en communiquer par une opération immédiate; il peut éclairer tel homme qu'il lui plaît ; s'en servir ensuite tour nous éclairer, en lui mettant en main e don des miracles, le don de prophétie, et une multitude d'autres preuves invincibles pour nous convaincre qu'il tient de son opération les lumières dont il nous fait part. Nous ne savons point comment Dieu agit sur notre âme : mais nous savons qu'il y agit.
Il n'y a donc pas de sens à' conclure qu'une religion révélée est indigne de sa suprême sagesse. Tout ce qui {trouve, contre l'athée, qu'il n'était pas indigne d'une sagesse et d'une bonté infinies île faire l'homme, prouve, (outre l'incrédule, qu'il n'était pas indigne d'une sagesse et d'une bonté infinies de re-
faire l'homme abîmé dans l'ignorance profonde de ses devoirs et dans l amour eli'réné des objets sensibles. Mais les raisonnements ne peuvent rien contre les faits : or la révélation de la religion chrétienne est un l'ait démontré. Dieu sait mieux que nous ce qui est digne de lui, ce qui nous est utile, ce qui nous est nécessaire.
XIV. Je ne sais, mon cher Euscbe, ce que vous pensez de ce zèle que témoignent les incrédules pour la loi naturelle, il me semble qu'il vousdoit être un peu suspect. Si les incrédules étaient aussi zélés qu'ils le veulent paraître {Qucsl. sur iincredut.) , pourquoi tant de discours? pourquoi tant d'écrits contre la religion chrétienne ?Kst-ce qu'elle est contraire à la loi naluie le, Celte religion si pure, si sa.nle, si paifaite, qui donne des idées si magnifiques de la divinité, et une connaissance si exacte de l'iionime, qui ne coiutuanue rien que ue juste, qui ne détend rien que de mauvais, qui prononce le même analtième, et contre les actions criminelles et contie la volonté de les commettre, qui rétablit, dans toute sa pureté, la loi naturelle? Est-il de» vertus morales qui ne soient en même temps des vertus chrétiennes, soit par le commandement que Jésus-Christ nous fait de les pratiquer, soit par les motifs qu'il nous pioj ose pour nous exciter à la pratique de ces veitus? Toutes les conditions qui partagent la société ne trouvent-elles pas leurs devoirs tracés dans les livres saints? N'est-ce pas même dans l'accomplissement des devoirs propres à chaque étal que l'Evangile fonde la véritable sainteté? Qu'estce qu'il exige au delà, si ce n'est qu'on accomplisse ces devoirs par des vues supérieures qui ennoblissent et qui consacrent les vertus civiles? Est-ce donc par zèle pour la vertu qu'on la dégrade du rang sublime où le christianisme 1 élève? Sera-t-elle plus chère et plus respectable aux hommes quand ils cesseront de la regarder comme une loi divine, et qu'ils n'auront que du mépris pour les salutaires maximes que la religion ajoute aux enseignements de la nature? La religion n'est-elle d'aucune utilité pour assurer à la loi naturelle une soumission que l'indocilité du cœur humain et ses penchants déréglés lui disputent? Un tel motif ne mérite-t-il pas d'être conservé avec d'autant p'Ius de soin qu'il imprime plus de vénéralion? Retrancher ce motif, n'est-ce pas livrer la loi naturelle seule, et presque uésarmée, aux attaques des passions? N est-ce pas la dépouiller du caractère auguste de divinité, qui est tout à la fois et sa défense et sa gloiie? N'est-ce pas donner à l'homme, pour unique législateur, sa conscience souvent aveugle, souvent dépravée?
Si les incrédules étaient aussi zélés qu'ils le veulent par. îne pour la charité fraternelle, dont ils tout de si pompeux éloges, pourquoi tant de discours; pourquoi tant n'écrits contre une religion qui donne de si beaux préceptes, ries motifs si touchants, de si rares exemples de celle vertu? Si les
déistes peuvent, avec la religion, exciter les hommes à s'aimer les uns les autres, parce qu'ils sont tous créés par le même Dieu; peuvent-ils, avec elle, exciter les hommes à s'aimer les uns les autres, parce que tous les fidèles honorés oe l'adoption divine ont un même père, qui est Dieu; une même mère, qui est l'Eglise; qu'ils sont tous membres d'un même corps avec un seul chef qui est Jésus-Christ; qu'unis sur la terre, par la même loi, admis aux mêmes sacrements, ils sont encore appelés, dans le ciei, à la possession du même royaume? il semble que Jésus-CUrist, uniquement occupé du dessein d'ins, ir. r aux hommes une charité mutuelle, ail craint de ne pas leur en fournir assez de motifs. 11 a prévu les raisons qu'on pourrait opposera une loi si sainte; et pour mieux cimenter celle chanté, qui est le fond de son Evangile, il a voulu qu'elle lût indépendante des vertus ou des vices des { ersonnes que nous devons aimer, du bi> n ou du mai qu'elles ont pu nous faire; et, sans exclure les différents degrés dont la charité est susceptible, il l'a étendue a tous les hommes, sans distinction de bons ou de méchants, d'amis ou d'ennemis, de citoyens ou d'étrangers. Lui-même a pratiqué le premier ce qu'il ordonne, par l'amour qu'il a témoigné pour ses persécuteurs et pour ses bourreaux. Législateur unique, docteur incompa.able, il a enseigné la plus parfaite de toutes les religions, et il n'.i rien exigé de ses disciples, dont il ne leur ait donné l'exemple, list-ce en décriant sa personne et sa docLine quelles incrédules se nattent de répandit, parmi les hommes, cette charité bienfaisante? Ne voient-ils pas que les maximes évangéliques sont les plus fermes appuis do 1 amour ou prochain; et qu'en détruisant ces maximes, ils ouvrent un champ libre à la cupidité, l'implacable ennemie de la chanté. Car, comme nous l'avons déjù souvent remarqué, si nous avons reçu de la nature une inclination légitime pour nos semblables, nous portons en môme temps, au fond do nous-mêmes, un amour-propre qui te regarde comme le centre de l'univers où toul doit aboutir; qui ne considère les autres hommes que comme des instruments de son bonheur, et qui commence a les haïr lorsqu'ils sont des obstacles à l'accomplissement de ses désirs. Laissez subsister cette racine maudite, elle produira les plus pernicieux atlenlals. Il n est | as possible qu'on aime sincèrement son prochain lorsqu'on ne peut obtenir qu'à ses dépens ce qu on désire, ei qu'on s'aime soi-même avec excès. Pour établir une charité solide, il faut, comme Jésus-Christ l'a lait, élever l'homme audessus de la nature, le détacher de lui-même, lui montrer, dans son prochain, non-seulement un homme semblable à lui, mais Dieu même, dont l'homme est la créature et l'image, coulondre ainsi, dans une mémo charité, l'amour de Dieu et celui du prochain, et p r la supériorité de l'amour divin sur tous nos autres sentiments, étouller les antipathies! les haines, les jalousies qu'on-
tante l'amour-propre, source inépuisable de crimes et d'injustices.
Si les incrédules étaient aussi zélés pour la loi naturelle qu'ils le veulent paraître, pourquoi tant de discours et d'écrits contre les menaces que la religion fait aux violateurs de la loi naturelle? La crainte de l'avenir est une puissante barrière contre la violence des passions. L'assurance de l'impunité est l'amorce de tous les crimes. Le meurtrier, l'adultère, le ravisseur du bien d'autrui, n'appréhendent plus rien après leur mort : pourquoi se priveraient- ils, pendant leur vie, des plaisirs qu'elle leur procure? Ces plaisirs, à la vérité, sont injustes? mais outre qu'à une âme fortement éprise d'e/le-mêmc, il faut proposer des maux plus considérables que le bien dont l'apparence l'éblouit ; que peuvent les noms de justice et de vertu snr celui qui n'a pas la crainte de l'avenir? Il est persuadé que les actions qualifiées d'injustes par les hommes, ne seront -point punies dans un autre monde; il voit qu'elles réussissent souvent dans celui-ci. Peut-il croire bhn sérieusement qu'elles soient aussi criminelles qu'on l'assure? Où serait l'équité du souverain arbi- Iredela nature, s il souffrait que le vice triomphât sans revers, et que ia vertu fût opprimée sans ressource ? Il est moins absurde de nier la Providence et la distinction du bien et du mal, que d'allier la croyance de ces dogmes avec la sécurité des incrédules t-ur l'avenir.
Tous les incrédules, a la vérité, ne se déclarent pas contre les châtiments préparés un vice dans une autre vie ; mais tous se déclarent contre l'éternité de ces châtiments. Or est-ce par zf le pour la loi nalurelle qu'ils ,se montrent si indulgents pour les criminels? Ce qu'il y a de plus terrible dans les châtiments dont Dieu nous menace, c'est leur éternité. Laissez espérer une fin aux misères des réprouvés ; marquez aux criminels un terme après lequel ils n'auront plus ;i souffrir, vous trouverez des hommes assez bardjs pour courir volontairement le risque des maux que vous leur prédisez, ils les (compareront aux plaisirs que leur otfre la vie présente et à la joie qu'ils peuvent goûter en suivant la pente de leurs passions. Celte joie est courte, à la vérité, mais la nouleur qui doit lui succéder passera aussi. Luire le plus et le moins la différence n'est i as essentielle, lisse résoudront à être malpeureux quelque temps, puisqu'ils ne peuvent acheter qu'à ce prix la douceur de se satisfaire. Ce choix, j'en conviens, serait imprudent. Mais il est presque inévitable, dès qu'à un désir violent on n'opposera que |a crainte d'un mal qui doit finir. L'éternité qui, dans les maximes de la religion, n'est \ as trop longue pour punir le péché, est nécessaire pour épouvanter utilement le I éeheur. Il est vrai qu'elle l'importune, qu'elle l'afflige, qu'elle le captive. Mais sa lonliance et sa bberté lui sont funestes, et les incrédules lui facilitent le crime lorsqu'ils travaillent à diminuer ses frayeurs
et à rendre ses chaînes plus légères.
Si les incrédules étaient aussi zélés pour la loi naturelle qu'ils le veulent paraître ; pourquoi tant de déclamations indécentes contre nos mystères, si propres par euxmêmes à lui concilier l'estime et l'amour? Qui peut ne pas sentir de quel prix est la loi naturelle, quand il considère attentivement tout ce qu'a souffert le Verbe incarné pour en réparer les violements, et pour les prévenir; tout ce qu'il a fait pour en répandre \\ connaissance; les moyens qu'il a établis pour en faciliter la pratique; ce qu'il a promis à ses fidèles observateurs?
Empêcher l'homme d'envisager la loi naturelle sous des vues si touchantes, c'esc le réduire à ne l'envisager que comme un moyen de procurer le bien de la société, en se rendant malheureux lui-même; puisqu'eu une infinité d'occasions, on ne peut être fidèle à la loi naturelle, sans renoncer à ses intérêts particuliers, sans se refuser à mille attraits séducteurs , sans s'opposer à ses propres inclinations. Et quel est le fondement de ces déclamations indécentes contre nos mystères? C'est l'obscurité impénétrable dont ils paraissent couverts à nos faibles esprits. Il est impossible d'en imaginer un autre; car il serait insensé de prétendre, comme nous l'avons souvent remarqué, qu'ils sont absurdes et contradictoires. Est-ce là un fondement solide? Si le déiste le pense, comment se défendra-t-il contre l'athée, qui tournera contre lui ses propres armes? Vous rejetez, lui dira-l-il, les mystères des Chrétiens, à cause île leur obscurité incompréhensible ; et vous admettez un Dieu créateur, et ses attributs ineffables, dogmes aussi incompréhensibles que ceux que vous rejetez La contradiction est manifeste. Il ne vous reste qu'un parti pour être conséquent; c'est d'abandonner vos dogmes de même que les mysières des Chrétiens, et ue passer du déisme au plus pur athéisme.
XV. Eusèbe. J'avoue qu'il n'est pas aisé de justifier les déclamations des incrédules contre la religion chrétienne Quels avantages peuvent-ils se proposer de nous procurer, en s'efforça nt de nous enlever notre foi? Il est certain que, quand nous serions dais l'erreur, jamais cette erreur ne pourrait nous nuire : parce que, d'une part, elle serait invincible, ayant pour cause et pour appui les miracles les mieux attestés, les prophéties les plus claires, le témoignage d'une infinité de martyrs de tout âge, de tout sexe, de toute condition, l'établissement merveilleux du christianisme ; et que, de l'autre part, elle nous assujelit à tous les devoirs de la loi naturelle, sans nous rien prescrire qui lui soit contraire; tous ses préceptes se terminant à l'adoration d'un seul Dieu, créateur du riel et de la terre. Mais s'il n'est pas aisé de justifier les déclamations des incrédules contre la religion, il n'est pas nécessaire de suspecter la sincérité de leur zèle pour la loi nalurelle. Il me semble qu'ils peuvent avoir pour elle un amour très- pur, et en même temps beaucoup d'é-
loignement pour le christianisme. Il faut en convenir, le christianisme est divisé en une multitude de sectes. Mais il n'en est pas de ces sectes comme des diverses religions qui partageaient le paganisme : celles-ci se toléraient mutuellement ; au lieu que celleslà se condamnent inexorablement et s'ana- Ihématisent ; et chacune prétend avoir de bonnes raisons de condamner toutes les autres. Au milieu de tant de disputes et de divisions, le parti le plus sage n'est-il pas oe n'en prendre aucun et de s'en tenir à la loi naturelle ?
Je souhaiterais de tout mon cœur, mon cher Eusèbe, que le zèle de vos incrédules pour la loi naturelle fût sincère et véritable. Mais est-ce le zèle pour la loi naturelle, est-ce l'amour de la vertu qui leur fait tenir et autoriser les discours licencieux, ne mettre au rang des crimes contre la pureté que l'adultère, matérialiser l'âme, traiter de fables les motifs les plus propres à détourner du mal et à déterminer au bien, etc. ? Si c'est par zèle pour la loi naturelle, si c'est par l'amour de la vertu qu'ils nourrissent dans leur cœur de pareils sentiments, et qu'ils les enseignent aux autres, je vous prie de me dire ce qu'ils feraient de plus par zèle pour l'impiété, et par amour pour le vice? Ce que je puis bien vous assurer, c'est que le moyen que vous employez pour leur défense, n'est pas recevable.
Je sais que du sein du christianisme sont sorties mille sectes, que presque dès son berceau, des philosophes inquiets et superbes, forcés d'y entrer par son évidence supérieure, après l'avoir combattu, n'y furent pas plutôt admis qu'ils tâchèrent de l'altérer et de le corrompre. C'est des raisonnements vains et profanes de ces professeurs de sagesse, dit Tertullien, que toutes les hérésies prirent naissance. ( Adv. Marcion., lib. i. ) Le même auleur en lait la généalogie dans un autre endroit : Les hérésies se sont introduites sous le voile de la philosophie. Les éons, et je ne sais quelles formes, la trinité de l'homme soutenue par Yalentin, vient de Platon. Le dieu inactif de Marcion, vient des stoïciens; et ceux qui soutiennent que l'âme péril, raisonnent en épicuriens. On a emprunté des arguments de toutes les écoles de philosophie, pour nier la résurrection de la chair. On a égalé (a matière à Dieu, sur les principes dcZénon. Onareprésenté Dieu d'une nature de feu, en conséquence des principes d' Heraclite. Les mêmes matières ont été agitées par les philosophes et les hérétiques, et les mêmes contradictions s'y trouvent. D'où vient le mal, et quelle en est la raison? D'où vient l'homme, et commenta Et ce que Yalentin a ensuite proposé, d'où vient Dieu même? tin foncés dans Arislo te, sa Dialectique leur fournil de quoi soutenir et attaquer tout. Ils trouvent en tout un double sens forcé : dialectique dure. dans ses conjectures, mécanique cl servile duns ses arguments, inépuisable dans la dispute , qui contredit tout ce qu'elle avance. De là toutes ces fa'/lcs, tous ces sentiments dont la généalogie est indéfinissable, (dû-
tes ces questions infructueuses, et ces discours dont parle l'Apôtre {Il Tim. u,16) , qui gagnent comme lagangrène. (Tert'JLL., De prœscript. adv. hœret. ) Telle est l'origine de tant de sectes qu'on a vues naître dans le christianisme, et non l'esprit républicain qui anima les premières églises , comme on ose l'avancer sans aucun fondement, et malgré l'évidence des faits. (Siècle de Louis XIV, c. 31. )
II n'en est pas, dites-vous, de ces sectes comme des religions diverses qui partageaient le paganisme : celles-ci se toléraient mutuellement ; au lieu que celles-là se condamnent et s'anathématisent les -unes les autres.
Le faux est compatible avec le faux. 11 n'est donc pas étonnant, mon cher Eusèbe, de voir dominer la tolérance dans les diverses religions du paganisme. Que peut une religion fondée sur les vaines imaginations et sur les passions des hommes, sinon se prêter au goût et à la fantaisie des hommes? La nature même du paganisme rendait ses dévots partisans inconstants, capricieux, amateurs de nouveautés en matière de religion. Les vieilles cérémonies déplaisaient; on en voulait de nouvelles. Quoique chaque pays eût un dieu tutélaire, qui en était en quelque sorte le premier dieu ; souvent un certain dieu, une certaine espèce de culte avait la vogue dans un siècle ; un autre l'avait dans le siècle suivant. Chaque nouveau dieu , chaque nouvelle cérémonie ranimait la superstition languissante , enflammait la dévotion du peuple. Ce fut sans doute la vue de ces heureux effets qui porta les Egypliens à recevoir des cultes étrangers. ( Diod. Sic, lib. i.)
Au reste, les païens ne devaient avoir aucune répugnance à la tolérance. Uni' religion particulière ne nuisait nullement à la religion nationale. En embrassant celle-là, on n'abandonnait pas celle-ci. Au contraire, on continuait de s'y conformer. Le paganisme était un assemblage de plusieurs religions, toutes fondées sur des révélations ; mais ces révélations ne réclamant pas la même origine, n'étaient point, par conséquent, établies sur la destruction les unes des autres. Ce nombre prodigieux de révélations provenait du nombre prodigieux des dieux inventés par les hommes, auxquels on attribuait des dispositions ditférentes, et des intérêts séparés. Chaque dieu pouvait donc avoir son culte propre très-compatible avec celui d'un autre. Un dieu ne détruisait point un autre dieu; une révélation ne détruisait point une autre révélation. Les religions païennes ne consistaient pas dans des dogmes qui eussent pu se combattre; mais dans des pratiques, dans des cérémonies, dans des sacri lices qui peuvent se multiplier et varier à l'infini sans opposition. 11 était naturel de supposer que les dieux n'ayant ras tous les mêmes intérêts, pouvaient vouloir être honorés par diverses pratiques.
Mais si létaux est compatible avec le faux ; la vérité ne peut compatir avec le mensonge. Ainsi la religion chrétienne étajjl véritable,
est tics là même inconciliable avec toute religion fausse. Aussi à peine parut-elle, que tout s'arma pour la détruire. D'abord elle trouva parmi les païens des auditeurs assez tranquilles. On était accoutumé a entendre parler de révélations nouvelles. On était d'ailleurs frappé de tant de caractères merveilleux qui l'accompagnaient. Mais quand on l'entendit s'annoncer pour l'unique vraie, pour l'unique divine, pour l'unique nécessaire, sans laquelle il n'y avait point de salut à espérer, et pour laquelle il fallait abjurer loute autre religion, comme fausse et# illusoire : de toutes paris éclatèrent les mépris, les haines, les fureurs, les persécutions. Dans ces commencements, on ne niait pas qu'elle fût véritable : ce ne fut que dans la suite qu'on osa le tenter par voie de récrimination. Mais on voulait que les religions établies eussent le même avantage, et que les Chrétiens le reconnussent. De là tous ces beaux ouvrages de nos premiers apologistes contre le paganisme, pour justifier le refus des Chrétiens.
Le grand crime des Chrétiens était donc leur intolérance. C'est le crime que poursuivirent contre eux les meilleurs empereurs, un ïrajan , un Mare-Antonin. C'est ce crime que Mine le jeune crut ne pouvoir laisser impuni, et qu'il appelle entêtement, obstination inflexible. Car en quoi pouvait consister celte obstination ? Ce n'était assurément pas à professer une nouvelle religion, c'était une chose assez commune; mais à refuser toule communication avec le paganisme. On laxait cette inflexibilité de haine , d'aversion orgueilleuse contre le genre humain. On ne convainquit pas les Chrétiens, dit Tacite, d'incendie, mais de haine contre le genre humain.
Du même principe qui rendait, la religion incompatible avec le paganisme, sort nécessairement l'intolérance des sectes chrétiennes les unes à l'égard des autres. Chaque secte, <;j&s qu'elle se croit chrétienne, doit se croire vraie, divine, nécessaire. Or, en se croyant vraie, elle est dans la nécessité de regarder toutes les autres qui prennent le même ti4re, et qui lui sont opposées, comme des secles plongées dans les ténèbres de l'erreur : en se croyant divine, elle est dans la nécessité de regarder toutes les autres comme des secles ennemies de la Divinité, corruptrices de sa parole, sacrilèges, blasphématoires, avec lesquelles tout commerce religieux lui est interdit; en se croyant nécessaire, elle doit regarder toutes les autres comme des secles aveugles, égarées du chemin qui conduit à la vie, et courant se précipiter dans un malheur éternel. La doctrine ue la religion n'est pas une chose sur laquelle on [suisse transiger : une secle, pour s'actommoder avec une autre, ne peut consentir qu'on y fasse des changements. Ln retraniher ou les mystères, ou la morale, -ou les tecours, ou les promesses , ou les menaces, ld serait non-seulement, comme il est visil-le , un attentat aussi impie qu'absurde, mais ce sciait la rendre inutile. L'homme ,
sans les mystères, est un criminel sans res- ■ Mince, et un ingrat sans culte. L'homme, sans la morale, esi un injuste sans piété envers Dieu, sans équité envers ses frères, sans humanité envers lui-même. L'homme, sans les secours, est un malade sans remède, et d'autant plus misérable qu'il se croit plein de force et de santé. L'homme , sans les promesses et sans les menaces, est un insensé qui vit au hasard, sans but et sans fin, et môme sans Dieu ; car Dieu peut-il être sans providence, et peut-il être une providence sans une autre vie où la verlu trouve sa récompense, et le vice son supplice?
Comment voudriez-vous donequ'une secte qui se dit chrétienne, pût voir avec une molle indifférence les autres sectes qui s'arrogent le même titre? S'il yen avait une de ce caractère, je veux dire, s'il y en avait une qui fût insensible au malheur des hommes assez audacieux pour altérer et corrompre la doctrine de Jésus-Christ ; qui ne gémît pas sur leur aveuglement ; qui ne s'élevât pas contre leur atîentat sacrilège ; qui ne mît pas en œuvre tous les moyens que la lumière et la charité peuvent inspirer, pour les ramener à la vérité? Il ne me faudrait point d'autre preuve pour être convaincu que celte secte n'est point la société prédite par Jésus- Christ et établie par les apôtres, parce que la société prédite par Jésus-Christ et établie parles apôtres ne saurait êlre sans amour pour la vérité, sans charité pour les hommes, sans zèle pour la gloire de son chef, sans ardeur pour le dépôt divin qui lui est confié pour le conserver, le défendre, le publier, en répandre partout la connaissance.
Mais de quel usage peuvent êlre toutes les sectes, pour la justification des incrédules? Est-ce que pour être Chrétien il faut êlre de toutes les sectes, de toutes les opinions qui se disent chrétiennes? C'est comme si l'on disait que pour être homme il faut penser et faire tout ce que pensent et font les hommes bons et méchants, sensés et insensés. Où suit-il de l'opposition de doctrine qui règne parmi les sectes chrétiennes, qu'elles soient toutes dans l'erreur? L'Iles ne sauraient, sans doute, avoir toutes raison ; mais e^t-il nécessaire qu'elles, aient toutes tort? C'est comme i>i l'on concluait qu'il n'y a nulle vérité parmi les hommes, parce que ceux qui sont dans le vrai condamnent ceux qui sont dans le faux, et s'en voient réciproquement condamnés.
11 est un pouit dans lequel se réunissent toutes les sectes chrétiennes. Ce point est la divinité du Chr.slianisme. Donc toutes les sectes chrétiennes, bien loin d'autoriser les incrédules, ne sont propres qu'à les convaincre d'une opposition opiniâtre à la vérité la plus manifeste. Car comment toutes les secles anciennes et modernes, si contraires, si ennemies , si acharnées les unes contre les autres , auraient-elles pu s'accorder à croire la divinité du christianisme, si ce n'eût été une vérité aussi claire que le soleil?
Que les incrédules reçoivent ce dogme
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commun Moules les seclcsdu christianisme : bientôt, s'ils cherchent la vérité avec toute *ia droiture qu'elle mérite, ils parviendront à connaître la société prédite par Jésus-Christ, fondée par les apôtres, arrosée du sang des martyrs, subsistant sans interruption par une suite continuelle de peuples fidèles, de pasteurs et ministres, toujours visible à la face de toutes les nations, toujours distinguée, non-seulement des infidèles par le nom de chrétienne, mais des sociétés hérétiques et schismatiques par le nom de Catholique et universelle ; toujours fidèle à conserver l'ancien dépôt , -toujours déclarée contre toute nouvelle doctrine , toujours édarée par des docteurs, toujours illustrée par des vierges, des pauvres volontaires, des saints d'une vertu éclatante, toujours appliquée à lire et à étudier l'Ecriture sainte, à croire et enseigner la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, la nécessité de. In grâce, l'immortalité de l'âme, la vie future, a offrir le sacrifice de l'Eucharistie, à administrer les sacrements, à prêcher la morale de l'Evangile, à condamner les dérèglements dos particulier, à étendre l'empire de son divin Chef, malgré les persécutions de tout genre, malgré les incursions des Barbares , malgré les renversements des empires et l'agitation de toute la terre.
Nous avons souvent eu occasion, mon cher Eusèbe, de tracer les caractères de ce corps dont Jésus-Christ est le Sauveur, et de nous assurer que nous avions le bonheur de vivre dans son sein. Il ne s'agissait que de vous rendre inébranlable dans sa foi, en éelaircissant les difficultés que la lecture des écrits des incrédules vous avait fait naître. Ai-je réussi? 11 me semble que je puis m'en flatter. Unissons nos prières : demandons au souverain Maître des esprits et des cœurs de nous conserver le grand don de la foi, qu'il nous a fait dans sa miséricorde : demandons-lui la même grâce pour tous les fidèles: conjurons-le de donner aux incrédules ces yeux du cœur dont parle saint Paul, afin qu'ils voient et qu'ils sentent que rien n'est plus important, que rien n'est plus nécessaire que de l'honorer de la manière dont il veut être honoré; par conséquent, que rien n'est plus important, que rien n'est plus nécessaire que de vivre et de mourir dans la religion, et selon la religion chrétienne, religion appuyée sur toutes les preuves que la raison peut désirer, et contre laquelle on ne peut rien objecte! que la raison ne désavoue.
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