CHAPITRE I
Nécessité de la révélation.
I. L'homme naît dans l'ignorance d'un grand nombre de vérités qui doivent le guider dans sa conduite. Ce n'est qu'avec une une extrême peine qu'il s'applique à la recherche de ces vérités, et de toutes celles qui n'ont point de rapport à ses sens et à son imagination. Les objets les plus réels, dès qu'ils se dérobent à ses organes, qu ils ne peuvent être vus ni touchés, trouvent à peine accès dans son esprit. 11 n'a presque de goût et de penchant que pour les biens sensibles. II s'aime d'un amour aveugle et effréné, ennemi de l'ordre et de la dépendance. Il suffit en quelque sorte qu'une chose lui soit défendue pour qu'il la désire; ou qu'elle lui soit commandée, pour qu'il n'en veuille plus. Yoilà l'homme tel qu'il naît. , ,
II. Dire avec les esprits forts que c est la l'état naturel de l'homme ; qu'il est tel qu'il doit être ; qu'il ne peut être mieux ; que l'ignorance, la cupidité, les passions qu'il éprouve, font autant partie de sa nature, que les yeux et les oreilles font partie de son corps; c'est avancer des paradoxes qui eussent excité l'indignation des philosophes les plus judicieux du paganisme, des Cicéron, des Pline, des Xénophon. Cet asservissement bas et servile de l'homme à toutes sortes de passions, cette pente malheureuse qui le porte aux vices et aux dérèglements, cette double loi dont l'une le pousse au bien, et l'autre l'entraîne au mal : en un mot, les erreurs et les misères dont sa vie est pleine, faisaient sur ces philosophes une si vive impression, et leur paraissaient si peu être l'apanage de la nature humaine, qu'ils les regardaient comme un châtiment dont une justice supérieure punissait certaines fautes commises dans une autre vie.
Ces philosophes se trompaient sans doute sur l'origine et le principe de leurs misères : mais les premières lueurs de la raison ne leur permettaient pas de regarder cet excès de misère comme faisant partie de la nature de l'homme. 11 n'est pas nécessaire que nous connaissions tout; car nous ne sommes pas l'intelligence infinie. Dès que nous avons un corps sujet à des besoins, nous ne pouvons qu'admirer la sagesse qui, par les organes des sens et par l'imagination nous avertit des rapports qu'ont avec nous les objets qui nous environnent, et qui sont destinés à notre usage. 11 est naturel aussi que nous nous aimions, et conséquemment que nous soyons susceptibles de désir, d'espérance, de crainte et d'aversion, pour nous porter vers le bien, et pour nous éloigner du mal.
Mais cesserions-nous d'être hommes, si nous connaissions tout ce que nous devons