‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 24 sur 163 · VI. Commençons par entendre les Juifs · texte numérisé non relu

VI. Commençons par entendre les Juifs

Ce peuple me paraît digne d'une attention particulière. Il est le plus ancien qui soit dans la connaissance des hommes. C'est un peuple de frères. Tous les autres sont formés de l'assemblage d'une infinité de familles; celui-ci, quoique fort nombreux, est sorti d'un seul homme. Tandis que tous les autres, les Egyptiens, les Chaldéens, les Grecs et les Romains prostituent leur culte à des animaux, à des reptiles, à des hommes corrompus, à des statues de bois et de pierres ; celui-ci a toujours connu dès son origine un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre. Ses livres, les plus anciens sans contestation qui soient au monde, sont les seuls où la connaissance du vrai Dieu soit enseignée, et son Gulte ordonné. 11 a toujours gardé religieusement ces livres. Ceux que les Egyptiens et les autres peuples appelaient divins sont perdus il y a longtemps, et à peine en reste-t-il quelque trace confuse dans les histoires anciennes. Les livres sacrés des Romains, où Numa auteur de leur religion en avait écrit les mystères, ont péri parles mains des Romains mêmes. 11 n'y a que les Juifs qui aient conservé les monuments primitifs de leur religion, quoiqu'ils fussent pleins des témoignages de leur infidélité et île celle de leurs ancêtres. Aujourd'hui encore ces Juifs chassés, depuis un grand nombre de siècles, de leur pays, dispersés parmi toutes les nations, conservent du zèle; du respect, de l'attachement pour leurs lois, pour leurs livres et

pour Moïse qu'ils regardent comme i auteur inspiré de ces lois et de ces livres.

VII. Les caractères singuliers de ce peuple ne vous inspirent-ils pas de la vénération ? Si Dieu a créé le genre humain; si, le créant pour sa gloire, il n'a jamais dédaigné de lui enseigner le moyen de le servir et de lui plaire : n'est-ce pas à ce peuple que nous devons nous adresser [tour en savoir la vérité, et pour être instruits de la révélation? Examinons donc avec confiance, dans une première section, si les livres que le peuple juif conserve avec tant de zèle et de respect, sont réellement de Moïse ; si ces livres n'ont point été altérés; si Moïse est un auteur sincère et exact. Après avoir établi ces faits, nous examinerons dans une seconde section, les preuves de la mission de Moïse, ses miracles, ses prophéties, les vérités qu'il enseigne. Nous abrégerons le plus qu'il nous sera possible, pour arriver plus promptement à la révélation faite aux Chrétiens qui est le terme qui doit nous fixer. L'éclat de cette dernière révélation rejaillira sur la première, et lui donnera tout le degré de certitude qu'une raison saine et droite peut souhaiter.

Je ne vous avertis pas que nous entrons dans une matière dont le nom seul est capable de faire tomber les esprits forts en frénésie. Vous êtes assez prévenu que qui dit un esprit fort, dit un ennemi déclaré de la révélation. Mais nous avons un grand avantage contre eux. Les preuves qui ont été employées dans la première partie, quelque fortes, quelque démonstratives qu'elles soient, ne sont pas à la portée de tous les esprits, et les réponses des incrédules sont si obscures et si embarrassées qu'il n'est pas donné à tous d'en démêler le faux. Au lieu que les preuves sur lesquelles est appuyée la révélation sont tellement claires et palpables, qu'on ne peut pas ne les point entendre; et les réponses des adversaires sontsi faibles et si ridicules, qu'on ne peut pas ne les point mépriser.

SECTION I

Page 1