CHAPITRE I
UOÏSE EST ÀLTEUR DU PENTATEUQUE.
On le prouve par une tradition constante, et par l'intérêt que le peuple juif a toujours du prendre à la conservation de cet ouvrage.
I. Vous ne doutez pas , mon cher Eusèbe, qu'il n'y ait eu un Cyrus , un Alexandre, un Cicéron ; que ce dernier ne soit auteur des livres qui portent son nom. Rendez-moi compte , je vous prie , des motifs qui vous engagent à croire'ces faits. Je vois, répondezvous, les hommes réunis dans cette créance. Ceux qui vivaient avant nous croyaient la mémo chose. Ainsi, en remontant jusqu'à
Cicéron 7 jusqu'à Alexandre, jusqu'à Cyrus les auteurs qui ont suivi de siècle en siècle, attestentces faits. Qu'opposer aune tradition si suivie , si liée, si constante? Or, qu'il y ait eu un Moïse législateur des Juifs, et auteur du Pentateuque , c'est un fait appuyé sur la créance générale de tout un peuple nombreux, qui subsiste encore de nos jours; sur le témoignage de tous les écrivains de ce peuple, tant anciens que modernes; sur le consentement des historiens du paganisme qui ont eu connaissance de la n.ition Juive. Diodore de Sicile, Strabon, Trogue-Pompée, Justin , Pline , Tacite , Juvénal , Gai lien , Longin , tous lui donnent Moïse pour législateur. Lefait n'a jamais été contredit. Josèphe dans sa savante Réponse à Appion, cite les premiers auteurs phéniciens , égyptiens , grecs , comme autant de témoins irréprochables de l'antiquité de sa nation et de Moïse. Celse, ennemi déclaré du nom chrétien, n'a pas osé attaquer l'existence de Moïse, ni celle du Pentateuque.il y a dix-sept siècles que les fondateurs et les docteurs de la société chrétienne tiraient, contre les Juifs et les païens, des preuves du Pentateuque, comme d'un ouvrage reconnu universellement pour être de Moïse.
II. Le Pentateuque n'a pas pu être exposé au sort de ces livres que peu de personnes lisent, et auxquels le lecteur le plus passionné ne prend qu'un faible intérêt. Ce livre renferme tout ce qu'un peuple a de plus cher, son origine , sa religion , sa police, ses mœurs, sa philosophie., tout ce qui sert à régler la vie , tout ce qui unit et forme la société, les bons et les mauvais exemples, la récompense des uns, et le châtiment rigoureux des autres. Le Juif y trouvait l'histoire de ses ancêtres, ses privilèges audessus des autres nations , ses droits sur la terre de Chanaan , toutes les lois politiques et sacrées qu'il devait suivre pour éviter l'effet des plus terribles menaces. Des ministres publics étaient chargés de ce précieux dépôt. Dans des temps marqués ils devaient faire la lecture de la Loi en présence du peuple. Il n'y avait point d'autre livre où on étudiât les préceptes de la bonne foi. Tout y était réglé, les fêtes, les sacrifices, les cérémonies , toutes les autres actions publiques et particulières , les jugements , les contrats, les mariages, les successions, les funérailles , la forme même des habits , et en général tout ce qui regarde les mœurs. Chaque particulier était obligé d'être instruit de cette loi, de la méditer jour et nuit, d'en recueillir les sentences, de les avoir toujours devant les yeux. La principale règle d'éducation pour les pères, était d'apprendre à leurs enfants , de leur inculquer, de leur faire observer cette sainte Loi, qui seule pouvait les rendre sages dès l'enfance.
Il était de la dernière conséquence d'en être instruit, et d'y être fidèle. Manquer à certaines observances, c'était mériter la mort. La crainte seule du châtiment ne permettait donc à personne de négliger ces livres. Il n'est donc point de fait qui ne soit incertain,
si l'on peut supposer, de bonne foi, qu'un ait pu en imposer au peuple Juif sur Moïse et sur ses livres; ou s'il est libre do rejeter Je témoignage "d'un peuple si bien instruit du fait qu'il dépose. Ces preuves vont être fortifiée» de tontes celles qui démontrent que les livres de Moïse n'ont pas été altérés.