I. Lisez le Pentateuque avec attention
Nuile trace d'une main étrangère assez hardie pour violer la défense de l'auteur, d'ajouter a ses discours , ou d'en retrancher quelque chose. L'ouvrage est un tout lié en ses parties. Le Deutéronome ramène naturellement aux livres des Nombres, du Le'vitique , de YExode, et V Exode à la Genèse. 11 n'est pas possible de douter que Moïse n'ait donnéaux Juifs leurs lois civiles et sacrées: il les a donc laissées par écrit, autrement il les eût données inutilement ; car elles sont en trop grand nombre pour se conserver par le secours seul de la mémoire: il était d'ailleurs d'une trop grande conséquence de les ignorer, puisqu'il en coûtait la vie à l'infracteur. Il est répété trop souvent que l'auteur les a écrites par l'ordre de Dieu, pour qu'il ne les ait pas écrites. Or ces lois , comme nous le verrons bientôt, sont indissolublement liées avec tous les faits essentiels rapportés dans le Pentateuque.
IL 11 n'est pas possible d'attaquer la pureté de cet ouvrage , sans attaquer l'histoire entière du peuple juif : car si les livres de ce peuple se prêtent , pour ainsi dire , un mutuel consentement; si les temps se donnent un mutuel témoignage, tout retentit au Pentateuque , comme au centre commun.
Le second temple ramène au premier bâti par Salomon. La paix profonde durant le règne de ce prince ne peut être que le fruit des combats. Les conquêtes du peuple Juif font remonter jusqu'aux juges , jusqu'à Josné , jusqu'à la sortie d'Egypte. Peut-on oublier, en voyant sortir tout un peuple d'un royaume étranger, comment il y était entré? Les douze patriarches pararssentaus- SitÔt, et un peuple qui ne s'est jamais regardé que comme une seule famille, conduit naturellement à Abraham qui en est la tige.
III. Si les Machabées se rendent illustres par leur courage et par leurs victoires, c'est pour défendre la loi de Moïse contre les fureurs d'un roi impie qui veut l'abolir. Esdras et Néhémie ne s'immortalisent, après le retour de la captiviLé , qu'en rappelant les Juifs à la loi de Moïse par une lecture assidue, en rétablissant cette loi dans sa première splendeur , en réglant les fêles, les sacrifiées , les cérémonies, la forma de l'autel , les mariages, la poILe, en un mot
toutes choses , selon qu'il était écrit dans la loi de Moïse, serviteur de Dieu. (Esdr. i , 3; il, 10, 3i, 36.)
Ce grand nombre de prophètes qui se succèdent sous les rois et pendant la captivité, ne parlent que de Moïse, n'exhortent le peuple qu'à l'observation de la loi de Moïse, ne lui reprochent que d'y être infidèle, ne lui remettent devant les yeux que les prodiges qui accompagnèrent la publication de celte loi , ne lui répètent que les menaces de l'homme de Dieu, ne lui annoncent que les justes vengeances de ses prévarications.
Le livre seul des Psaumes, où sont recueillis tant d'anciens cantiques du peuple de Dieu , fournit , dans la plus divine poésie qui fut jamais, des monuments élernels de l'histoire de Moïse , imprimés par le chant et par la mesure dans la mémoire de tous les Juifs. Dans l'histoire de ce peuple et dans ses livres , il n'y a pas un seul fait considérable qui puisse subsister un moment, si on le détache de Moïse , tel que nous l'avons. L'histoire des Juifs et leurs livres ne sont donc qu'un rêve , si le Pentateuque n'est pas de Moïse , et dans sa pureté.
Article II. — Obstacles à l'altération du Pentateuque. — Impossibilité d'en marquer ni le sujet, ni le temps.
I.Cequime frappe vivement dans l'histoire du peuple Juif, est une suite d'événements qui semblent être ménagés par une providence supérieure , pour mettre un obstacle invincible à la supposition ou à l'altération des livres de Moïse. Après la mort de ce grand homme, les Juifs , sous la conduite de Josué , ne sont occupés que de combats et de victoires , temps peu favorable à inventer des conles et des fables. La mémoire de Moïse était d'ailleurs trop récente pour lui supposer des livres, ou pour altérer ceux qui étaient de sa main Josué n'est attentif qu'à l'aire observer lés lois de son prédécesseur, et à les observer lui-même.
Après la mort de ce conquérant, l'état des Juifs, sous les juges, est un cercle de bonheurs et de malheurs, de triomphes et de captivités ; c'est-à-dire de châtiments, qu'attire à ce peuple l'oubli de la Loi ; et de bienfaits, quand il a recours à Dieu et qu'il lui devient fidèle. Nul vestige d'innovalion durant ces vicissitudes. La loi de Moïse est supposée écrite et invariable. Les Juifs sont plus intéressés à supprimer le Pentateuque qu'à le supposer ou a le changer. L'ouvrage n'est propre qu'à irriter leurs puissants voisins, et à appesantir le joug sous lequel ils gémissent. La différence des mœurs et de la religion , le mépris des dieux étrangers , les titres sur le pays de Chanaan , l'ordre de tout exterminer, ne sont pas des moyens de conciliation et de paix. Durant ce temps de trouble et de confusion , on aperçoit, entre les tribus, des semences d une secrète jalousie , source malheureuse de haines et de divisions. Comment donc imaginer un concert
nécessaire néanmoins,
pour supposer ou altérer les livres de Moïse? Tôt ou tard une tribu aurait divulgué l'attentat sacrilège.
Aux juges succèdent les rois. L impossibilité de la supposition onde l'altération augmente, parce qu'avec les rois naissent les factions. David e>t choisi pour monter sur le trône de Saùl, la haine éclate j.chacun a ses partisans. Si Saûl porte une main téméraire sur les livres de Moïse, David, qui fait ses délices de ces livres, démasquera l'impie. S'il était lui-même capable d un pareil attentat, Absalon le révélerait à toute la terre. La puissance absolue et paisible de Salomon ne l'aurait pas mis à couvert. Le moindre changement dans des livres si respectés, lui eût été hautement reproché par Jéroboam, sujet rebelle. Le motif ne pouvait être plus spécieux pour autoriser sa révolte , pour s'attacher inviolablement les dix tribus qu'il enlève à Roboam , et pour justifier l'idolâtrie dans laquelle il les plongeait.
Depuis ce schisme , la falsification n est plus possible. La division cruelle des tribus est un obstacle insurmontable à tous les efforts du faussaire. Les dix tribus, il est vrai, sont arrachées de leur pays; mais elles sont remplacées par des peuples ennemisde Juda, qui adoptent le Pentateuque, et qui, encore aujourd hui, connus sous le nom de Samaritains, le conservent religieusement avec les anciens caractères hébreux; en sorte qu'une secte si faible semble ne durer si longtemps, que pour rendre témoignage à l'antiquité des livres de Moïse, et à leur intégrité.
IL Mais, direz-vous, tous les soupçons sont-ils interdits pour le temps du roi Josias? (IVReg. xxn.) Le peuple était tombé dans une idolâtrie affreuse sous les règnes de Manassé et d'Amon. On sacrifiait aux astres au milieu de Jérusalem. Baal était adoré jusques dans le temple. L'ignorance et la corruption n'avaient plus de bornes. Le grand prêtre Helcias ne put-il point profiter de ce temps de ténèbres et de désordres pour insérer ses pensées dans le livre de la Loi qu'il trouva dans le temple ?
Qu'apercevez-vous dans ces temps, qui soit propre à autoriser le plus léger soupçon? Il faut bien que le livre de la Loi se trouve dans le temple, puisqu'il devait y être gardé religieusement. Il n'est pas tiré de ce lieu, ni remis à.Saphan, pour abolir l'idolâtrie, puisque le roi avait déjà donné ses ordres pour le rétablissement du culte divin et pour "la réparation du temple. Do plus, s'il y avait eu de la mauvaise foi de la part du grand prêtre et du roi , elle n'aurait pas été cachée. aux successeurs de Josias, et ces rois impies l'eussent sans doute divulguée, en faisant revivre l'idolâtrie. Des réflexions si simples doivent-dissiper, tous vos soupçons. Mais permettez-moi de vous demander encore si vous croyez sérieusement que la corruption eût été si générale sous Manassé et Amon, qu'il ne fût resté en Juda aucun adorateur du vrai Dieu ; que le livre de la Loi ne lût qu'entre les mains