JESUS-CHRIST.- PART
du erand prêtre; que ce livre, que tout Juif devait méditer jour et nuit, ne fût plus connu; que les Psaumes et les- écrits des Prophètes fussent effacés de toutes les mémoires. Voilà ce qu'il est impossible de croire, sans rejeter l'histoire de" ceslemps-là,puisqu'on y voit des prêtres fidèles, des lévites, etc Voilà néanmoins ce qu'il faudrait croire, pour accuser Helcias d'avoir falsifié le Deutéronome : parce que le respect des Juits pour les livres de Moïse était un obstacle insurmontable à toute falsification, et qu il n'est aucun fait essentiel dans ces livres qui ne se trouve dans les Psaumes , et dans les Prophètes qui avaient vécu et prophétisé avant Manassé, Amon, Josias, soit dans le royaume de Juda , soit dans le royaume d'Israël. Voudriez-vous aussi donner au corrupteur de la loi tous ces ouvrages des Prophètes? Ne voudriez-vous pas du moins lui accorder le don de prophétie, pour lui faire annoncer tout ce qui devait arriver au peuple juif dans la suite des temps ? Avouez donc qu'il n'est pas possible de trouver aucun appui à vos soupçons, dans les temps de Josias. . , ,
III. Mais, direz-vous, le temps de la captivité ne serait-il point celui qu'aurait saisi l'imposture? Le peuple juif rélégué pendant soixante et dix ans dans une terre étrangère, aura oublié ce qu'il a été, ou du moins n'aura conservé qu'une idée confuse de son origine, de sa religion et de ses coutumes. Un homme artificieux et hardi lui présente tout à coup sous le nom de Moïse, avec 1 histoire fabuleuse de ses antiquités, la Loi qui forme ses mœurs. N'est-ce pas là une supposition vraisemblable? Il n'y a point de fable qu? approche moins de la vérité. Le peuple juif peut-il être tombé en si peu de temps dans une ignorance si universelle? Cette ignorance est-elle compatible avec les soins d un Ezéchiel, d'un Jérémie, d'un Baruch , d'un Daniel qui ont un recours perpétuel à la Loi, comme à l'unique fondement de la religion et de la police de leur peuple?
Le faussaire; n'avait pas seulement à fabriquer le Pentateuque; il lui fallait composer en même temps tous les Prophètes anciens et nouveaux, ceux qui avaient écrit et devant et durant la captivité; ceux que le peuple avait vus écrire, aussi bien que ceux dont il conservait la mémoire; les Psaumes de David ; les livres historiques qui roulent tout sur Moïse, sur sa Loi, sur son histoire, comme sur le fondement de la conduite publique et particulière. Faire parler en môme temps avec Moïse tant d'hommes de caractère et de style différent : faire accroire tout à coup à un peuple que ce sont là les livres anciens .qu'il a toujours révérés, et les nouveaux qu'il a vu faire, comme s'il n'avait jamais ouï parler de rien; et que la connaissance du temps présent, aussi bien que celle du passé, fût tout-àcoup aboiie; en vérité, c'est prêter à l'imposteur des talents au-dessus de l'humanité.
On ne peut en effet lui en refuser de cette
espèce : car s'il est auteur de tous les outrages qui composent le corps des Ecritures des Juifs , j'accorde qu'il aura pu être assez habile pour fabriquer après coup les prédictions des choses déjà arrivées de son temps. Mais comment, sans le don de prophétie, aura-t-il fabriqué les prédictions qui se sont accomplies depuis ; par exemple, la destruction do Babylone, le renversement de l'empire des Perses, les persécutions sous Antiochus, les victoires des Machabées, et tant d'autres? Dieu aura-t-il révélé à cet imposteur l'avenir, afin de rendre son imposture plus vraisemblable? Ou bien chaque siècle, depuis le retour de Ja captivité, aurat-il porté un faussaire heureux, que tout le peuple en aura cru ? et de nouveaux imposteurs, par un zèle admirable de religion, auront-ils fait sans cesse de nouvelles additions aux livres des Juifs, après même que ces livres se seront répandus avec les Juifs par toute la terre, et qu'on les aura traduits en tant de langues étrangères?
IV. Tout ceque dit Spinosa pour insinuer qu'Esdras est auteur du Pentateuque, tombe de soi-même. {Tract, theol. polit., ch. 8 et 9.) Tout ce que nous venons dédire fait voir combien une telle opinion est chimérique. De plus, il n'y a point de rapport entre le style du Pentateuque et le style d'Esdras. La conduite sévère de ce docteur à l'égard dés prêtres, des lévites, des chefs de familles qui avaient épousé des femmes étrangères, n'est en aucune sorte la conduite d'un novateur. La Loi judaïque, les reproches, les menaces, les récils déshonorants pour le peuple et pour divers particuliers, qu'on lit dans le Pentateuque, ne peuvent sortir que de la plume d'un Moïse accrédité par les plus grands miracles. Mais de plus, les faits déposent ici contre les fictions de Spinosa.
Plusieurs années avant le retour d'Esdras, Zorobabel et Josué avaient été renvoyés par Cyrus à Jérusalem aveedes milliers de Juifs. Ils avaient bâti Y autel du Dieu d'Israël, pour y offrir des holocaustes, selon qu'il est écrit dans la loi de Moïse, l'homme de Dieu. (Esdr. ni.) Ils immolaient les viciimes selon le nombre et les cérémonies qu'on devait observer. Ils célébraient toutes les fêtes solennelles consacrées au Seigneur. Ils avaient posé les fondements du temple du Seigneur, au milieu de grands cris mêlés de larmes, ou de réjouissances, que poussaient les anciens, soit prêtres, soit lévites, soit chefs de familles, qui avaient vu le premier temple renversé par Nabuchodonosor. Les prêtres revêtus de leurs ornements, les lévites fils d'Asaph louaient Dieu, en chantant les cantiques que David roi d'Israël avait composés.
Les Prophètes Aggée, Zacharie, Malachie, étaient avec eux, les assistaient, prophétisaient au nom du Dieu d'Israël , prêchaient la loi que Moïse avait donnée en Horeb. (I Esdr. v; Malach. iv.) Enfin le temple fut achevé, malgré les efibrts des Samaritains qu'on n'avait pas voulu associer à l'ouvrage, et qui n'oublièrent rien pour le traverser. Ce ne fut qu'après toutes ces choses qu'E-
dras vint de Babylone avec un édit d'Artaxerxès Longue-Main, pour visiter la Judée et Jérusalem, selon la loide Dieu. (I Esdr. vu.) Ce docteur, recommandable par la profonde connaissance qu'il avait de la loi de Moïse, en fait la lecture au peuple assemblé; il l'explique, corrige les abus ; il règle tout par elle ; le peuple agit en conséquence de cette loi, comme l'ayant toujours eu présente, et pleure avec Esdras (II Esdr. i, 3, 8, 9) les transgressions qui lui avaient attiré de si grands châtiments, et reconnaît que Moïse les avait prédits. Esdras n'est donc point auteur de cette loi, ni des livres de Moïse. Cette loi et ces livres étaient connus, et des Juifs captifs à Babylone, et des Juifs revenus dans leur pairie, surtout de ces anciens qui avaient vu le premier temple, et qui en conservaient un souvenir si tendre. Cette loi et ces livres étaient connus des Juifs qui n'avaient pas été arrachés à leur patrie, et des Samaritains leurs ennemis jaloux. 11 est donc impossible d'assigner un temps, dans l'histoire des Juifs depuis Moïse, où le Pentateuque ait été supposé, et où il ait reçu quelque changement.
V. 11 ne peut être ici question de retranchement, mais uniquement d'additions. Dans les livres de Moïse se lit un grand nombre de miracles et de prédictions : quelque main amoureuse du merveilleux n'aurait-elle point glissé adroitement de si beaux contes pour donner du relief à l'ouvrage? Ce soupçon tombe nécessairement à la première lecture des livres de Moïse. 11 était plus aisé mille fois de les refondre tout à coup que d'y insérer les miracles el les prédictions : ils y sont tellement répandus, tellement inculqués, répétés si souvent; ils en font tellement le corps qu'il n'y reste, si vous les ôtez, qu'un galimatias inintelligible. Croiriez-vous possible au plus rusé faussaire d'insérer dans le Nouveau Testament une histoire aussi longue que cette suite de miracles arrivés en Egypte et dans le désert? Or les livres de Moïse étaient au moins autant respectés des Juifs que le Nouveau Testament l'est des Chrétiens, et ils leur étaient encore plus familiers et plus connus.
VI. Pour vous convaincre encore plus intimement combien cette fiction est chimérique, observez qu'il y avait comme deux histoires de Moïse parmi les Juifs : l'une écrite dans le Pentateuque; l'autre gravée dans les cérémonies, dans les lois et dans les autres choses qui servaient au culte publie. Cette seconde espèce d'histoire était une preuve vivante, continuellement retracée aux yeux de tout le peuple, et des livres et des prodiges de Moïse. L'urne de la manne conservée dans l'arche était un monument authentique de la nourriture miraculeuse dans le désert; la verge d'Aaron, qui avait fleuri, assurait pour toujours à la postérité de ce pontife le souverain sacerdoce ; les tables d'alliance mettaient sous les yeux l'établissement de la loi ; l'agneau pascal, les azymes, la tribu de Lévi ne permettaient pas d'oublier le passage de l'ange, la mort
des premiers nés d'Egypte, la délivrance dés Israélites; les lames d'or attachées à 'autel rappelaient la mémoire de ces lévite, téméraires qui avaient osé disputer le sacerdoce à la race d'Aaron. .'.'„..
Pour soupçonner donc les miracles d avoir été insérés dans le Pentateuque, il faut mer que les Juifs ont eu leurs cérémonies, leurs fois, leurs sacrifices. 11 faut porter plus loin le pyrrhonisme ; il faut nier qu il y a eu un peuple juif : car l'existence de ce peuple n'est pas plus certaine que ses lois, son législateur, ses livres.
Nous sommes assurés que nous avons le Pentateuque tel qu'il est sorti des mains de Moïse. Examinons si Moïse est sincère. Cet écrivain donne l'histoire du monde jusque lui ; il donne la sienne propre et celle des Israélites. S'il est instruit, s'il est exempt des défauts qui rendent un historien suspect; s'il n'a pu tromper dans les faits importants et décisifs, nous ne pourrons lui refuser le titre de sincère sans nous rendre coupables d'injustice.