MIRACLES DE MOÏSE
Possibilité des miracles. — Règle pour le discernement des miracles divins. — Exposition de quelques prodiges de Moïse. — Ces prodiges sont de vrais miracles. — Ce sont des miracles divins. — La mission de Moïse est donc divine.
Article I. — Dieu est l'auteur des lois de la nature. — Les miracles sont possibles. — Règle pour discerner les miracles divins.
I. La matière, indifférente par sa nature, au repcs et au mouvement, est incapable de se mouvoir elle-même. Les esprits créés et les corps sont d'une nature entièrement dissemblable et indépendante l'une de l'autre. Ce sont là des vérités démontrées et plus claires que le jour. Une troisième vérité également évidente, et suite nécessaire des deux premières, est que la puissance des corps les uns sur les autres, des esprits créés sur les corps, et des corps sur les esprits, est une puissance reçue, dépendante, subordonnée. Cette puissance, de quelque manière qu'on l'entende, soit qu'on l'imagine comme une cause effective, ou qu'on la conçoive simplement comme une cause occasionnelle, suppose un premier moteur ; elle est l'effet d'un premier être, qui, opérant tout avec sagesse, n'a pu la produire sans en régler l'étendue, les bornes et les effets. Il est donc manifeste que l'ordre simple et fécond, ou ce qu'on appelle les luis de la nature, est l'effet des volontés libres du Créateur. 11 n'est pas moins clair que les lois de l'union de l'âmo et du corps ont la même origine.
II. Nous connaissons quelques-unes des lois observées constamment dans le gouvernement du monde. (Qui peut se flatter de les connaître toutes?) Nous voyons qu'un corps en repos no se meut que par le choc d'un autre corps. Qu'un corps en mouve-
ment ne cesse de se mouvoir que par la rencontre d'autres corps qui l'arrêtent. L'Astronomie annonce les éclipses, ce qui suppose une régularité admirable dans le mouvement des planètes. La statique , l'hydrostatique, sont fondées sur l'ordre constant du mouvement. Sans le secours de ces sciences, il ne faut que des yeux pour voir .que le soleil et la lune fournissent leur carrière dans un certain période d'heures; que les fruits sortent du sein de la terre, après une certaine révolution de jours; que les changements d'un corps en un autre n'arrivent que par une longue suite de mouvements; qu'une pierre ne demeure pas suspendue en l'air; que l'homme ne marche pas sur l'eau. Nous savons que l'âme n'est pas maîtresse de mouvoir le corps qui lui est uni, lorsqu'il est dérangé par la maladie : par exemple, si votre main était desséchée par la paralysie, vous lui ordonneriez en vain de se mouvoir ; elle se refuserait opiniâtrement à tous vos désirs; et si elle pouvait devenir docile, ce ne serait qu'à force de temps et de remèdes. Notre âme ne peut rien par sa seule volonté, sur les corps qui lui sont étrangers. Elle n'agit sur eux que par l'entremise de celui qui lui est propre, qui n'agit lui-même, que selon des lois connues.
111. Dieu étant le moteur universel, et l'auteur des lois de la nature, n'est point assujetti à ces lois; il est maître de les changer, d'en suspendre et d'en interrompre le cours, de produire des effets qui en soient indépendants, qui n'y aient ni rapport ni liaison, qui n'en soient point une suite. Pour contester à Dieu cet empire, il faudrait renoncer à son idée : car ce que nous concevons le plus clairement en Dieu, c'est sa souveraine liberté dans la création et la conservation de l'univers. L'Etre par soi connaît tous les êtres possibles, les rapports, l'ordre et la dépendance qu'ils peuvent avoir, et qu'il peut établir entre eux. S'ii est lihre de leur donner l'existence et de ne la leur pas donner; n'est-il pas libre de les soumettre à des lois générales, et de mettre à ces lois les réserves et les exceptions qu'il lui plaît, selon les vues de sa sagesse infinie? «.
Mais, dit Spinosa, admettre en Dieu, la puissance de changer les lois de la nature, c'est faire sa volonté muable et changeante. Cette objection n'a aucun sens dans la bouche de Spinosa. Ce ne sont que des termes dont cet écrivain abuse pour faire illusion à ses lecteurs; car quel rapport ont les termes de volonté, de décret, à la matière et au mouvement qui sont les seules divinités de Spinosa? Mais l'objection n'a aucun sens en elle-même : c'est comme si l'on disait que la volonté de Dieu est changeante, parce qu'elle produit divers effets ; pourrait-on rien dire de plus absurde?
La volonté divine serait changeante, si, après avoir voulu tel effet, elle cessait do le vouloir, ou si elle ne commençait à le vouloir, que quand elle le produit. Mais il faut être stupide pour imaginer i ion do sembla-
Me en Dieu.
Sa volonté est étemelle. Ce qu'il opère dans lo temps, il l'a toujours voulu. Il veut éternellement les êtres qui composent le monde, avec les effets que ces êtres ont dans l'enchaînement les uns des autres, ou hors de cet enchaînement. En un mot, les effets de sa puissance, qui sont indépendants de la suite et de l'ordre de ce qu'on appelle causes secondes, et les effets de la même puissance qui sont dépendants de la suite et de l'ordre des causes secondes, entrent également dans le plan éternel de sa souveraine sagesse. On ne peut donc refuser à Dieu sa puissance d'agir contre les lois de la nature ; mais celte puissance ne convient qu'à lui seul, puisque ces lois sont Teflet de ses volontés infiniment libres.
Je ne m'arrête point à d'autres objections de Spinosa {Tract. Iheol. polit , c. 6), qui n'ont point d'autre fondement que son athéisme. Il dit que les lois de la nature coulent nécessairement de la nature divine ; que si Dieu agissait contre les lois de la nature, il agirait contre sa nature même. Tout cela n'a point de sens : c'est confondre l'effet et la cause, c'est confondre l'ouvrage de Dieu avec Dieu même. Il ne sait non plus ce qu'il dit, quand il appelle les lois de la nature, des lois éternelles et immuables. 11 confond l'essence des choses avec les déterminations ordinaires du mouvement et les effets qui en résultent. L'essence des choses ne reçoit point de changement : on ne peut, par exemple, ôter la rondeur au cercle, parce que dès là même il cesserait d'être cercle. Mais il n'en est pas de même de l'ordre usité de la nature, des lois ordinaires du mouvement. Selon ces lois, les corps
graves, par exemple, sont poussés vers le centre de la terre ; ainsi le corps de l'homme, destitué de tout appui extérieur, ne marche point sur l'eau et ne s'élève point en l'air. Selon les mêmes lois, la constitution du corps de l'homme est telle qu'il n'est point délivré en un moment,- par la voix seule d'un autre homme et sans aucun remède, d'une maladie considérable et invétérée.
Mais quoique ces effets ne puissent arriver selon le cours ordinaire de la nature, y aurait-il du bon sens à nier que Dieu puisse les produire? et dans ce cas, l'essence du corps humain serait -elle changée?
IV. On appelle miracle ce qui arrive contre les lois de la nature, ce qui est au-dessus de ces lois, ce qui n'en est point une suite, en un mot, un effet supérieur aux lois de la nature. Donc les miracles sont possibles, puisque Dieu est maître de disposer, comme il lui plaît, des lois de la nature, qu'il n'est point soumis à ces lois, qu'il peut agir indépendamment de ces lois. Si vous voyiez le soleil s'arrêter dans sa course, à la parole d'un faible moi tel ; une boule en repos commencer à rouler, précisément parce que vous le souhaiteriez; une bille demeurer immobile contre tous vos efforts; ma main desséchée recouvrer son mouvement et sa iorce, à votre simple voix ; une pierre suspendue en l'air, ou un hoin- =
me marchant sur l'eau, sans aucun appui visible; pourriez-vous douter si la nature a un auteur à la puissance duquel ehe est pleinement soumise? Si, pour vous rendre raison de ces effets, j'employais le grand mot de hasard, quels sentiments exciteraisje dans votre âme? Les sentiments, sans doute, que peut exciter un homme dont le cerveau est renversé.
Vrous paraîtrais-je plus sage, si je vous disais avec Spinosa, que des événements de ce genre ne devraient point être regardés comme supérieurs aux lois de la nature; parce que nous ne connaissons point assez la nature pour juger de ce qui est au-dessus de ses forces ?
Quoique nos connaissances soient trop bornées pour déterminer précisément jusqu'où s'étendent les forces des causes na~ turelles; l'évidence, le sens commun, l'expérience constante, suffisent pour nous montrer que les forces des causes naturelles, sont au-dessous de la production d'un effet qui arrive par une cause qui n'a point de rapport à cet effet. Un homme parle diverses langues étrangères qu'il n'a point apprises, vous rend l'usage d'une main paralytique par le mouvement seul de sa volonté, ressuscita un mort : de tels effets tiennent de la création, et n'ont point de rapport aux causes naturelles.
V. S'ensuit-il des vérités que nous venons d'établir, que tout effet contraire aux lois de la nature qui nous sont connues est un miracle divin, capable de donner à l'homme qui l'opère une autorité suffisante pour se soumettre notre esprit? Non, mon cher Eusèbe : car il n'est pas impossible que Dieu ait créé des esprits auxquels il ait communiqué une puissance sur des corps semblable à celle qu'a l'âme sur la portion de matière qui lui est unie, ou pour nous éprouver, ou pour nous punir, ou pour nous faire du bien. Comme notre raison ne nous instruit ni de l'existence de ces esprits, ni de l'étendue, ni des bornes de leur puissance , il se peut faire que les corps soient mus par ces esprits contre les lois qui nous sont connues. Nous ne pouvons donc, par la simple vue d'un effet supérieur aux lois de la nature qui nous sont connues, juger si Dieu est l'auteur immédiat de cet effet. Nous avons donc besoin d'une règle
agit
pour discerner quand c'est Dieu qui par lui-même contre les lois de la nature, quand nous devons regarder un effet supérieur à ces lois, comme un miracle capable de faire preuve, et de donner à l'homme qui l'opère une autorité divine. Remarquez, je vous prie, que ,nous devons puiser cette règle dans la raison, et qu'elle doit nous servir jusqu'à ce que Dieu nous en donne une autre lui-même.
VI. Un miracle opéré au nom de Dieu, créateur du ciel et de la terre, ne peut être fait pour autoriser le mensonge. Voilà la règle qui me parait si clairement fondée sur l'idée de Dieu, que je craindrais de l'obscurcir par des raisonnements.
Si nous concevons distinctement quelque chose, c'est assurément que Dieu est la vérité suprême qui ne peut nous tromper : c'est néanmoins ce qui arriverait, si un miracle opéré en son nom autorisait le mensonge; le miracle arrache notre consentement, à moins que nous n'ayons des raisons invincibles à lui opposer; or il est impossible de rien opposer à un miracle opéré au noni de Dieu. Tout ce que nous pourrions supposer, serait que Dieu agit à l'occasion des désirs d'un esprit séducteur. Supposition absurde. Dieu est la bonté même ; il ne peut donc prêter son nom à l'ennemi des hommes pour les tromper. Dieu est la sainteté ; il ne peut donc déployer sa puissance pour rendre son nom témoin du mensonge. Dieu est la sagesse; il ne peut donc se ravir le moyen extérieur le plus capable de convaincre sur-le-champ un homme droit et raisonnable, et de lui faire discerner le vrai d'avec le faux. Car tout miracle serait nécessairement équivoque, inutile, incapable de déterminer, si le miracle fait au nom du vrai Dieu pouvait servir de preuve au mensonge.
Ne m objectez pas que Dieu peut nous tenter et nous éprouver. Tenter et induire en erreur sont deux choses bien différentes. Tenter, c'est présenter ou n'écarter point les occasions qui sollicitent, sans imposer de nécessité. Induire en.erreur, c'est entraîner, c'est préparer une infaillible et nécessaire détermination à la fausseté. Un miracle qui manque du caractère d'être fait au nom de Dieu, n'est qu'une tentation. Nous avons des ressources contre l'illusion; c'est notre faute si nous nous y livrons; car un tel miracle prouve bien qu'il y a un Dieu, mais il ne prouve pas que Dieu agisse par luimême, que ce ne soit pas un être distingué de lui, quoique dépendant de sa puissance? Nous sommes donc maîtres de refuser notre acquiescement. Nous pouvons et nous devons comparer ce qu'on nous propose à croire, avec les vérités certaines et fondées sur les idées de la Divinité et de l'ordre que nous portons en nous-mêmes. Mais nous sommes sans ressource contre l'illusion, si le miracle est opéré au nom de Dieu, pour autoriser le mensonge. Le doute sur la cause d'un prodige de ce caractère est impossible. Jl est évident que le prodige, et la volonté de l'homme qui ne l'opère qu'en invoquant le saint nom de.Dieu, ont un même auteur.
Ainsi nous sommes assurés qu'un miracle fait au nom du Dieu Créateur, est une preuve évidente de la vérité; parce que nous sommes assurés que, Dieu étant l'Etre infiniment bon, infiniment saint, inliniment sage, il aime nécessairement la vériié; qu'il eit incompatible avec l'amour du mensonge ; qu'il ne peut agir que par l'amour de la vérité; qu'il no peut employer sa puissance contre lui-même, contre sa véracité, sa sainteté, sa sagesse; qu'il ne peut être auteur do noire chute, en nous tendant des pièges inévitables, en nous mettant dans l'indispensable obligation de croire à l'imposture
ou d'abuser de notre raison; comme il apriverait nécessairement, si un miracle clair et évident, fait au nom de Dieu, autorisait le mensonge. Car dans ce cas, ou nous croirions, ou nous ne croirions pas. Si nous croyons, notre chute est visible. Si nous ne croyons pas, nous résistons à l'évidence, à Dieu même; puisqu'il nous est impossible de douter qu'il n'opère le miracle dont nous sommes témoins, pour confirmer ce qu'il nous dit ou ce qu'il nous fait dire.
11 n'y a que doux partis à prendre pour éluder un principe de cette évidence. Le premier serait de nier que Dieu fût un être bon, véritable, saint, sage. Mais ce serait tomber dans l'athéisme, ce serait nier l'existence d'un être souverainement parfait. Le second parti serait, en admettant en Dieu ces perfections, de soutenir qu'elles sont en lui d'un ordre supérieur tout différent des idées que nous attachons aux termes de bonté, de véracité, de sainteté, de sagesse. Mais c'est dire que ces termes, quand nous les appliquons à Dieu, ne signifient rien, que ce ne sont que des termes auxquels nous n'attachons point d'idées, ou du moins auxquels nous n'en attachons que de fausses. II en sera de même de toutes les autres perfections divines, car nous ne les concevons pas plus clairement que ces premières. Lors donc que nous parlons de Dieu, nous n'avons aucune idée de ce qtienous disons. Nous ne proférons que des termes qui n'ont aucun sens; nous affirmons ce que nous ignorons. Nous n'affirmons qu'il existe uu être souverainement parfait, que parce que nous ne savons pas s'il existe. N'est-ce pas retomber encore dans le pur athéisme ?
Voici donc deux principes incontestables sur lesquels nous devons juger des prodiges de Moïse. Il faut premièrement que ces prodiges soient supérieurs aux lois de la nature qui nous sont connues. Il faut en second lieu que ces prodiges soient opérés au nom de Dieu , créateur du ciel et de la terre.
Article IL — Exposition de quelques prodiges de Moïse. — Ces prodiges sont supérieurs aux lois dt la nature. — Ce sont des miracles divins.
L Nous sommes certains , mon cher Eusèbe, de la vérité des faits rapportés dans les livres do Moïse. Nous l'avons prouvé. Ouvrons-les donc, ces livres, et lisons. Dieu apparaît à Moïse dans une flamme de feu qui sort du milieu d'un buisson sans le consumer (Exod. m , 2), et lui dit : Le cri des enfants d'Israël est venu jusqu'à moi; j'ai vu leur affliction. Venez, et je vous enverrai vers Pharaon, afin que vous fassiez sortir de l'Egypte les enfants d'Israël , qui sont mon peuple. Moïse lui demande son nom. Dieu répond : Voici ce que vous direz aux enfants d'Israël : Celui qui est m'a envoyé vers vous. Le Sciijneur, le Dieu de vos Pères, le [Km d'Abraham, le Dieu d'isaac, te Dieu de Jàc<>/> m'a envoyé vers vous. (Ibid., 7, M), IV, 15. ) Moïse demande une preuve capable de persuader de sa mission les enfants d'Israël, et
peut-3tro i>OHr s'assurer de nouveau luiniémn que c'est Dieu qui lui parle. Dieu lui dit donc : Jetez à terre la verge que vous tenez. Moïse la jette, elle est changée en serpent, de sorte que Moïse s'enfuit. (Exod. iv, 1, 3.) Il reçoit un second ordre d'étendre la main, de prendre ce serpent par la queue ; il o*béit, et la verge redevient verge. Le Seigneur lui dit encore : Mettezvotre main dans votre sein. Il l'en retire couverte d'une lèpre blanche comme la neige. 11 la remet : et il l'en retire toute semblable au reste de son corps. (Ibid., 6, 7.) Moïse, muni de ces preuves de sa mission, part pour l'Egypte.
Accompagné de son frère Aaron , il fait assembler tous les anciens d'Israël , leur déclare sa mission , et opère des miracles devant le peuple. Le peuple le crut , et ils comprirent que le Seigneur avait visité les enfants d'Israël et qu'il avait regardé leur affliction ; et se prosternant en terre, ils l'adorèrent. (Ibid., 30, 31.) Après cela, Moïse et Aaron vinrent trouver Pharaon, et lui parlèrent en ces termes : Voici ce que dit le Seigneur le Dieu d'Israël : Laissez aller mon peuple, afin qu'il me sacrifie dans le désert. {Exod. v, 1.) Aaron jette sa verge devant Pharaon et ses serviteurs, elle est changée en serpent. Il l'élève , frappe l'eau du fleuve, l'eau est changée en sang. Les poissons meurent, les eaux se corrompent. (Exod. vu, 10, 20, 21.) // étend sa main sur les eaux d'Egypte : les grenouilles en sortent et couvrent l'Egypte. A te prière de Moïse, les grenouilles meurent. Aaron, tenant sa verge, étend la main, frappe la poussière de la terre : et les hommes et les bêtes sant couverts de moucherons ; toute la poussière de la terre est changée enmoucherons dans toute l'Egypte. (Exod. vm, G, 12, 13, 17. ) Moïse menace Pharaon de la part du Seigneur d'envoyer contre lui, contre ses serviteurs, contre son peuple, et dans toutes leurs maisons , des mouches de toutes sortes, et d'en garantir la terre deGessen où habitaient les Israélites. Une multitude de mouches vint par toute l'Egypte , et la terre en fut corrompue. Moïse prie ; le Seigneur chassa toutes les mouches, sans qu'il en restât une seule. (Ibid., 20 , 24 , 29 , 31.)
Moïse menace Pharaon de frapper de peste les chevaux, les âues,les chameaux, les bœufs et les brebis, sans que périsse rien de tout ce que possèdent les enfants d'Israël. Et dès le lendemain toutes les bêtes des Egijptiens moururent. Moïse ayant pris de la cendre de la cheminée, la jeta au ciel. En même temps il se forma des ulcères et des tumeurs dans les hommes et dans les animaux. (Exod. îx , 3, 4-, G, 10.) Moïse ayant levé sa verge vers le ciel : la grêle fondit sur la terre au milieu des tonnerres et des feux , frappa de mort tout ce qui se trouva dans les champs , (it mourir toute l'herbe de la campagne, et rompit tous les arbres. Le pays de Gessen fut le seul excepté. Moïse éleva les mains vers le Seigneur, et les tonnerres et la grêle cessèrent, sans qu'il tombât plus une goutte d'eau sur la terre. (Ibid., 23 seq.)
Moïse menace Pharaon de faire venir des santerellesdans son pays. Il étend sa verge : Le Seigneur fait souffler un vent brûlant. Une quantité effroyable de sauterelles s'élève ; elles couvrent toute la surface de la terre ; elles gâtent tout, mangent l'herbe, et ce qui se trouve de fruit sur les arbres, qui était échappé à la grêle. Moïse étend sa main vers le ciel : des ténèbres horribles couvrent l'Egypte pendant trois jours; nul no voit son frère et ne se remue du lieu où. il est. Le jour luit partout où habitent les enfants d'Israël. (Exod. x , 4 seq.j Moïse prescrit aux Israélites les cérémonies de l'Agneau pascal, et ordonne de teindre du sang de cet Agneau les portes de leurs maisons pour les mettre à couvert de l'ange exterminateur. (Exod. xn, 1 si q.) Sur le milieu de la nuit , le Seigneur frappa tous les premiers-nés de l'Egypte, depuis le premier né de Pharaon, qui était assis sur son trône, jusqu'au premier-né de la femme esclave qui était en prison , et jusqu'au premier-né de toutes les bêtes. (Ibid., 29 seq.) Les enfants d'Israël sortent de l'Egypte.
Ils ont pour guide, pendant le jour, une colonne de nuée, et pendant la nuit, une colonne de feu. Pharaon , avec une armée puissante, les poursuit. Moïse étend sa main sur la mer: les eaux se divisent en deux; les enfants d'Israël marchent à sec au milieu, ayant l'eau à droite et à gauche qui leur sert comme d'un mur. Les Egyptiens, les serFant de près, marchent après eux au milieu de la mer. Moïse étend la main : les eaux reprennent leur impétuosité ordinaire, et engloutissent tous les Egyptiens. (Exod. xm, 21; xiv, 21,22,27.)
Les enfants d'Israël, dans le désert, murmurent contre Moïse. Pourquoi, lui disentils, nous avez-vous amenés dans ce désert pour y faire mourir de faim tout le peuple? Moïse promet que le Seigneur leur donnera le soir de la chair à manger, et que le matin il les rassasiera de pain. Il vint le soir un grand nombre de cailles qui couvrirent tout le camp, et le matin il se trouva une rosée tout autour du camp, qui leur servit de pain pendant quarante ans. Moïse leur défendit d'en réserver pour le lendemain. Quelquesuns ayant voulu Je faire, ce qu'ils avaient gardé'se trouva plein de vers et tout corrompu. Le sixième jour on en recueillait pour Je jour suivant qui était le sabbat, et elle se conservait. Le peuple manque d'eau, se livre à de nouveaux murmures. Moïse frappe de sa verge la pierre d'Horeb. Il en sort de l'eau. Moïse sanctifie le peuple. Trois jours après on entend des tonnerres; les éclairs brillent; une nuée très-épaisse couvre la montagne de Sinaï ; la trompette sonne avec grand bruit ; la montagne est couverte d'une fumée qui s'élève comme d'une fournaise. Le Seigneur donne sa loi. (Exod. xvn, G; xix, 16 seq. ; xx, 1 seq.)
IL Ne [toussons pas plus loin le détail. Dites-moi, je vous prie , si vous reconnaissez ici les lois de la nature. Je ne vous demande pas si vous pensez qu'il y ait ici du
prestige; c'est un terme qui signifie à peu près autant que celui de hasard : fasciner les yeux des hommes sans y toucher, en sorte qu'ils voient ce qui n'est" pas, et qu'ils ne voient pas ce qui est, ce serait un effet contre toutes les lois de la nature. Mais, de plus, il est question de faits où l'illusion ne peut avoir lieu. Car il ne s'agit pas de voir. On n'est pas couvert d'ulcères , ni dévoré par des moucherons et par des mouches, parce qu'on croit voir des ulcères, des moucherons et des mouches qui ne sont pas. On ne meurt point, parce qu'on croit voir des morts. On ne vit pas de rien dans un désert pendant quarante ans , parce qu'on croit voir une nourriture tombée du ciel. Je reviens à ma question.
Reconnaissez-vous ici les lois de la nature? Où est la plus légère apparence d'un rapport naturel de cause et d'effet entre le mouvement de la main, la prière, la parole d'un homme, l'agitation d'une baguette, eè cette multitude d'effets extraordinaires décrits dans le livre de VExode, effets merveilleux, variés, multipliés, presque toujours annoncés avant l'événement, qui ont pour témoins les Egyptiens, le peuple le plus éclairé qui fut alors dans l'univers, ou plusieurs millions d'hommes difficiles, durs et fantasques : effets extraordinaires, qui ont tous une durée suffisante pour donner tout le temps nécessaire à un sérieux examen , dont quelques-uns sont prolongés pendant l'espace de quarante années?
111. Ne faut-il pas avoir perdu la raison pour dire avec Spinosa (Théol. polit., ch. 6], d'après Hobbes, que c'est notre ignorance de la véritable cause de ces faits qui nous les fait regarder comme des miracles. Pourquoi ces habiles physiciens n'ont-ils pas daigné nous éclairer? Que nous leur aurions d'obligation , s'ils avaient bien voulu nous dévoiler ici les ressorts de la nature 1 que de belles choses ne nous eussent-ils pas apprises 1 Sans doute ilsncuseussentfaitadinirer, dans le bâton d'Aaron frappant la poussière de la terre , une vertu fermeritatrice propre à faire éclore tout à coup une infinité de moucherons renfermés dans leurs œufs. Ils nous eussent fait voir, dans la cendre de la cheminée jetée au ciel , une vertu pestilentielle et corruptrice de la chair humaine et animale. Ils nous eussent fait suivre à l'œil une Ycrtu divisive et coagulative, ou peut-être une multitude infinie de corpuscules sortant de la main de Moïse, qui écartaient les eaux de la merde côté et d'autre, et qui ensuite les rassemblaient en s'amassant eux-mêmes en tourbillons. Parlons sérieusement. Nier la possibilité des faits que nous venons de voir, c'est ne point reconnaître le Créateur. Nier la réalité des mêmes fails, c'est ne point reconnaître d'histoire. Admettre ces faits et en chercher une autre cause que dans la volonté du Tout- Puissant, qui dispose en souverain de la nature tomme de son ouvrage, c'est fermer les yeux à l'évidence. Moïse n'a pu les prévoir, ces fails, et les annoncer avant rèvénewent,
que par une lumière surnaturelle. Moïse n'a pu les exécuter que par une force surnaturelle.
Mais, dit Spinosa, ï 'Ecriture ne rapporte point toutes les circonstances de ces faits. Si ces circonstances étaient connues, elles fourniraient les explications les plus simples et les plus naturelles. Misérable subterfuge d'un homme qui s'enfonce dans les ténèbres pour ne pas voir la lumière. Est-il rien do plus circonstancié que les miracles de Moïse? Et les circonstances ne sont-elles pas aussi miraculeuses que les faits mêmes?
IV. Ne pourrait-on pas dire, au sujet du passage de la mer Rouge, que, Moïse ayant vécu longtemps sur les bords de cette mer, il avait exactement observé l'heure et la hauteur de son flux et de son reilux, et la nature de ses côtes, et qu'il put se servir de ces connaissances pour délivrer les Israélites à la faveur du reflux. Il n'y a qu'un esprit fort qui soit capable de goûter un pareil dénoûment: c'est supposer que le phénomène du tlux et du reflux de la mer Rouge n'était connu ni des Egyptiens ni des Israélites , puisque les premiers se jettent tête baissée dans le flux, et qu'ils y périssent tous , et qu'on ne cesse de vanter aux derniers, comme le plus grand des prodiges, le passage de la mer Rouge, qui , dans ce cas , serait tout naturel. La supposition est-elle vraisemblable? Qui se persuadera que ni le roi d'Egypte, ni aucun de ses généraux, ni aucun de ses soldats ne sût que la mer Rouge, qui baigne les côtes de l'Egypte , avait son flux et son reflux? Quand ils ne l'eussent pas su, étaient-ils aveugles pour ne pas voir les eaux revenir à eux dans la flux? Comment, après s'être témérairement engagés, à la vue d'une partie de leur armée déjà abîmée, les autres ne se sauvent-ils pas?
Quand les Israélites auraient ignoré que la mer Rouge a son flux et son reflux , lorsqu'ils la passèrent , leur ignorance put-elle tenir contre leurs yeux lorsque, dans leur marche le long des côtes de cette mer, tous les jours ils vo)aient arriver régulièrement ce qu'on veut leur donner pour un prodige? Pouvaient-ils prendre pour un mouvement prompt et subit causé par les prières et par la main étendue d'un homme un mouvement lent et progressif, dont, dès le lendemain, ils auraient vu la répétition? N'auraientils pas ouvert les yeux sur le prétendu miracle?
A cette première supposition il faut en joindre une autre qui n est pas moins insoutenable. 11 faut supposer que le temps du flux ait pu suffire à Moïse pour faire passer tout son peuple. Cela est-il possible? La mer Rouge, suivant les relations les plus exactes, dans son grand reflux, ne lais.se pas trois cents pas de son bord découvert et a sec. Ces trois cents pas ne demeurent découvris que l'espace d'un quart d'heure, car pendant les six heures du reflux, les eaux se retirent peu à peu du rivage, él peu
«tant les six heures suivantes, elles se rapprochent de même du rivage. Ainsi donner pendant six heures deux cents pas de largeur au terrain que la mer Rouge laisse libre dans son reilux , c'est tout ce qu'on peut donner.
Ce n'est pas exagérer que de faire monter le peuple que Moïse conduit a plus de deux millions de personnes. Il était composé de plus de six cent mille hommes en âge de porter les armes. (Num. i, 45, 4-6.) C'est trop peu dire qu'il y avait le rioume de femmes, d'enfants, de vieillards. Ajoutez les esclaves , un nombre innombrable de petit peuple d'Egyptiens qui s'étaient joints à eux. (Num. m, 39.) Faites passer une multitude si prodigieuse, saisie de crainte et d'effroi à la vue d'un ennemi redoutable, au milieu des horreurs de la nuit, faites-la passer dans un terrain sablonneux et mouvant de deux cents pas de largeur, en six heures de temps, celte multitude de vieillards, de femmes, d'enfants, avec leurs bestiaux, leurs troupeaux, leurs chariots, leurs bagages, tous les embarras qui accompagnent un peuple qui change de pays : quand vous lui donneriez des ailes, je ne sais si la chose serait possible. (Exod. xn, 38.)
Mais quand elle serait possible; elle ne pourrait servir de dénoûment au récit de Moïse : car il n'est pas question d'expliquer le passage des Israélites d'un rivage de la mer à l'autre ; mais d'expliquer ce passage tel qu'il est rapporté par Moïse : cet écrivain ne dit pas simplement que les Israélites ont vu un lieu couvert d'eau, ensuite desséché par où ils ont passé. Il dit que la mer s'est fendue, pour lui ouvrir un chemin au milieu de son lit ; que ses eaux étaient suspendues à leurs côtés, qu'elles formaient comme un mur à leur droite et à leur gauche. Voilà le récit de Moïse. Quel rapport a-t-il avec le reflux? Il faut avouer le miracle, ou rejeter le récit comme faux et illusoire, et accuser Moïse d'avoir écrit une fausseté notoire, du vivant d'un peuple de témoins du mensonge. Accusatiou atroce que la raison ne peut former, ni entendre.
Mais, dit-on , Josèphe compare le passage de la mer Rouge, avec le passage de la mer de Pamphilie par les Macédoniens. Si Josèphe a voulu, par sa comparaison, affaiblir le miracle opéré en faveur des Israélites, il ne mérite que du mépris. S'il n'a voulu qu'en faciliter la créance par l'exemple d'un prodige semblable, il se trompe en croyant qu'il y eut quelque chose de miraculeux dans le passage des Macédoniens. Alexandre ne le pensait pas lui-même, comme l'observe Plutarque. Ce prince étant à Phasélis et voulant aller à Perge, au lieu de faire un grand détour, prit une route plus courte avec une partie de son armée, et profila d'un vent du Nord, qui empêchait la marée de monter, pour marcher le long du rivage entre les rochers et la mer. Ainsi Alexandre suivit un chemin que tout le monde peut suivre, quand !e vent du Nord souille. Mais les Israélites en suivirent un où jamais personne
n'a passé et ne passera, si le miracle qui !e lui ouvrit n'est renouvelé. Le vent trèsfort d'Orient que Dieu fit élever était propre, non à causer un reflux extraordinaire, mais à séparer les eaux de la mer Rouge et à en pousser une partie vers la terre, et l'autre vers l'Océan; c'est ainsi que la chose arriva, selon une tradition immémoriale, qui s'était conservée jusqu'au siècle de Diodore de Sicile, chez les Ichtyophages, peuples voisins de la mer Rouge. ( Diod. Sic, 1. m, t. 1.)
V. Il est impossible de s'en tenir au récit de Moïse sur toutes les merveilles qu'il rapporte, et d'en rendre raison par les lois du mouvement. Imaginez, par exemple, de la poudre à canon, pour expliquer ce qui se passa à la promulgation de la loi sur la montagne de Sinaï (un habile homme m'a assuré qu'un libertin lui avait opposé ce moyen), ces voix, ou tonnerres, ces éclairs, cette nuée épaisse, ce son exlraordinairement perçant de la trompette, tout le mont couvert de fumée, la descente du Seigneur au milieu des feux, la fumée s'élevant en haut comme d'une fournaise. (Exod. xix, 16, 18.) La montagne en feu qui montait jusqu'au milieu du ciel, environnée d'un nuage obscur et de ténèbres, la voix du Seigneur qui se faisait entendre. (Deut. iv, 11, 12.) Sunt-ce là des effets de la poudre à canon?
Sur quel fondement peut -on prêter à Moïse la découverte de la poudre à canon, pour faire un fourbe et un impie du plus religieux et du plus désintéressé de tous les hommes ? Tout cela est insensé et en pure perte. Car, ou Moïse avait opéré les prodiges qui précédèrent la promulgation de la loi, ou il n'avait rien fait jusque-là. S'il avait opéré les prodiges qu'il raconte , avant la promulgation de la loi, ce n'était pas sûrement par les secrets de la chimie , c'était par une puissance supérieure à toute l'industrie humaine : or, n'ëst-il pas insensé de faire Moïse dépositaire d'une puissance extraordinaire, jusqu'au pied du mont Sinaï; et là précisément, d'en faire un fourbe chimiste.
Après tout, que gagne-t-on a vouloir enlever à Moïse le miracle arrivé à la montagne de Sinaï, après lequel suivent plusieurs autres prodiges éclatants , qu'on ne peut s'empêcher d'attribuer à la même puissance souveraine qui a opéré la multitude de ceux qui l'ont précédé. Mais faisons sentir tout le ridicule d'une semblable prétention.
Si, avant la promulgation de la loi, Moïse n'avait opéré aucune merveille, il faut feindre qu'ayant formé le projet de tirer d'Egypte les Israélites, il avait fait amas de poudre, de voix, de trompettes, de matières combustibles sur le mont de Sinaï; car, dans le désert, il n'était plus temps de faire des provisions, ni de s'appliquer aux opérations chimiques. Il était éclairé de trop près ; tous les yeux étaient ouverts sur lui; il eût eu besoin d'admettre bien des personnes dans son secret ; le plus léger soupçon l'eût perdu sans ressourcc. Or avait-il
pu prévoir qu'il réussirait à tirer les Israélites de l'Egypte; que ce peuple consentirait à le suivre; que Pharaon et ses sujets les laisseraient partir? N'est-il pas clair que Moïse, après l'événement qui Lavait déterminé à sortir de l'Egypte, n'y retourna que par les ordres réitérés du Dieu d'Abraham , et qu'il y fut forcé par des prodiges dont il fut témoin, et dont il fut même l'instrument ; que ces prodiges, répétés en présence des Israélites, rendirent ce peuple docile et soumis; que Pharaon et ses sujets n'acquiescèrent au départ d'un peuple dont ils tiraient de grands services, et ne lui firent part si libéralement de leurs biens les plus précieux, que parce qu'ils y furent contraints par les coups redoublés dont les frappa Moïse.
Mais c'est trop nous arrêter à de pareilles chimères. Celle de Manéthon, prêtre égyptien, ne mérite pas plus d'attention. 11 attribue la sortie des Israélites à une lèpre dont il les dit infectés. C'est une fable destituée de toute vraisemblance, comme le démontre Josèphe dans sa Réponse à Appion. Justin (1. xxxvi), abréviateur de Ïrogue-Pompée, p/ole aussi de cette lèpre, peut-être d'après Manéthon; mais il mêle dans son récit, quoique plein d'erreur, des circonstances très-favorables à la vérité; et il en résulte que les Juifs furent renvoyés d'Egypte sous la conduite de Moïse, afin que les Egyptiens fussent délivrés des plaies que la Divinité avait fait tomber sur eux ; que les Egyptiens les ayant néanmoins voulu poursuivre, ils ne réussirent pas dans leur poursuite , et que leurs desseins furent anéantis, non par la force des armes , mais par des obstacles que la Providence leur suscita, en excitant des orages.
VI. On ne peut essayer d'expliquer les miracles de Moïse, sans pécher contre la vraisemblance, sans changer les faits , sans abandonner le récit, c'est-à-dire, sans violer toutes les règles du bon sens et de l'équité.
Quand il serait possible de venir à bout d'en expliquer quelques-uns, on n'en serait pas plus avancé. 11 faut, ou les expliquer tous, ou succomber sous le poids de l'unique , dont on ne pourra rendre raison. Car s'il y a ici un prodige supérieur aux lois de h nature, on ne peut douter que ce ne soit un miracle divin, un miracle de Dieu agissant par lui-même.
Au nom de qui agit Moïse? Quel nom invoque-t-il ? De quel nom s'autorise-t-il ? Du nom de Celui qui est (Exod. ni, 14), du Seigneur, du Dieu d'Abraham; en un mot du Dieu que Moïse reconnaît partout, et qu'il adore comme le créateur du ciel et de la terre.
Article III. — Conséquences qui résultent des miracles de Moise. — . Sa mission est divine. Il doit être écoulé avec soumission.
I. Moïse opère des miracles, et il les opère au nom du Dieu créateur-: donc les miracles de Moïse sont des preuves évidentes do la vérité. MoïîC opère des miracles au nom de
Dieu pour prouver qu'il est envoyé de Dieu ; donc la mission de Moïse est divine. Donc, écouter Moïse, c'est écouter la vérité même qui nous parle par sa bouche, c'est sacrifier à Dieu même notre intelligence et notre raison. On ne peut- se refuser a l'évidence de ces conséquences ; il faudrait être stupide ou dans un endurcissement plus prodigieux que les prodiges étonnants opérés par Moïse, c'est-à-dire, dans un endurcissement semblable à celui de Pharaon.
II. Moïse, de la part du Seigneur, du Dieu d'Israël, ordonne à ce prince de laisser aller les Israélites pour offrir des sacrifices dans le désert. Et au nom du Seigneur, du Dieu d'Israël, Moïse dispose de la nature. Que devait faire Pharaon? Obéir. Ou si les termes de Seigneur, du Dieu d'Israël, lui paraissaient équivoques ; il devait se les faire expliquer, comparer l'explication avec l'idée de la Divinité qu'il portait gravée en luimême : il eût été forcé de céder à des miracles faits au nom du Dieu Créateur. Les ressources qu'il chercha dans ses sages et ses magiciens auraient contribué elles-mêmes à lui ouvrir les yeux. Ces sages font quelques prodiges, mais au nom de qui les font-ils? Le seul défaut d'invocation du Dieu Créateur eut dû suffire pour lui donner de la défiance. Mais le cœur de Pharaon était trop endurci pour être raisonnable.
III. Remarquez en passant, mon cher Eusèbe, au sujet des prodiges des magiciens de Pharaon, que les lois suivant lesquelles Dieu produit des effets extraordinaires, à l'occasion des désirs des esprits séducteurs, ont leurs bornes et leurs limites. Car si les verges de ces magiciens sont changées en serpents, celle d'Aaron les dévore. (Exod. vu, 12.) Si ces magiciens font venir des grenouilles, ils ne peuvent produire des moucherons, et sont contraints de confesser la puissance de Dieu qui les arrête. Digitus Dei est hic : « C'est le doigt de Dieu qui agit ici. » (Exod. vin, 7, 19.)
IV. N'imitons pas certains peuples de l'Arabie Pétrée en adorant Moïse à cause de ses miracles (S. Epipii., hœrcs. 55) : mais écoutons-le avec respect. Ce n'est plus un homme comme nous, livré à ses ténèbres, qui nous parle. C'est Dieu lui-même qui nous instruit par sa bouche. No lui demandons point qu'il nous enseigne les sciences et les arts : ces belles connaissances sont trop souvent stériles, et séparées de Ja justice dont nous avons besoin ; elles ne servent pour l'ordinaire, qu'à nous amuser et à repaître notre amour-propre, ce penchant funeste et violent que nous avons de nous assujettir nos semblables par l'admiration, quanti nous ne pouvons les soumettre par la force, comme si nous étions leur fin, et non leurs égaux. Ce qu'il nous importe de connaître, c'est notre Créateur et nos devoirs; l'origine de nos maux et un remède efficace à nos maux. Des leçons claires sur des objets si peu connus seraient pour moi des preuves de la mission de Moise, aussi persuasives que les miracles.