‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 39 sur 163 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il est impossible d'avoir des monuments contraires à l'histoire écrite par Moïse. — Les prodiges qu'il raconte ont des caractères qui en supposent la réalité. — Liaison de ces prodiges avec l'inspiralion de Moïse. — Comparaison des vérités qu il annonce, avec les opinions des anciens philosophes.

I Le Pentateuque est de Moïse : nous l'ayons dans sa pureté. Moïse est sincère, exact, désintéressé, véritable, li est impossible d'ébranler des faits si bien appuyés. Il faut ou les recevoir, ou renoncer à la raison ; leur certitude égale celle que nous avons de l'existence du monde avant notre nais-

11. Que pourriez-vous opposer a Moïse / L'antiquité fournit-elle des monuments contraires aux faits qu'il raconte dans la Genèse ? A moins que vous n'alliez en déterrer parmi les peuples qui habitent, ou le centre de l'Afrique, ou les lieux les plus reculés de l'Amérique, ou les terres australes : vous en chercheriez en vain chez les nations qui nous sont connues. Non-seulement les Chaldéens, les Egyptiens, les Indiens, les Phéniciens, les Assyriens, les Arabes, les Perses, les Grecs, los Gaulois, les Romains n ont rien à opposer à Moïse; mais il faut qu'ils aient recours à ce premier historien du monde, s ils sont curieux eux-mêmes de connaître leur origine et leur véritable antiquité, Suivre ces peuples sans prendre Moïse pour guide, c'est se jeter avec eux dans un précipice ténébreux, d'où l'on ne peut sortir que chargé d'incertitudes, de fables et de chimères. Leurs anciennes annales ne sont plus; leurs Mémoires primitifs ont péri. Dans les fragments informes qui sont parvenus jusqu'à nous, tout est confus, tout est exagéré, tout est plein de contradictions. ■ Peut-on entendre sérieusement les Chaldéens quand ils se vantent d'avoir des observations astronomiques de sept cent vingt

mille ans, selon Epigènes, ou de quatre cent quatre-vingt mille ans, selon Bérose et Critodème? S'ils avaient eu des observations certaines depuis ce temps-là, auraient-elles pu échapper aux recherches qu'en fit Callisthènes à la prière de son ami Aristole ? Celles qu'il découvrit à Babylone, où il était à la suite d'Alexandre, ne sont que de 1903 ans; ce qui ne remonte qu'au temps de Nemrod, après l'entreprise de la tour de Babel. Y a t-il plus de vraisemblance dans les trente-six mille ans que les Egyptiens attribuent au règne des dieux, des demi-dieux, des hommes dans leur pays? Où Manéthon prend-il tout ce qu'il nous dit de ses dynasties? Sur des colonnes qui étaient dans le pays de Sériade, avec des inscriptions en dialecte sacré, gravées par le premier Mercure Thyolh, et après le déluge traduites en grec, copiées en caractères sacrés, et déposées dans les temples par Agathodœmon, le second Mercure. (Apud Euseb., in Chron.) Mais où est ce pays de Sériade? quel écrivain l'a connu avant ou depuis Manélhon? quel écrivain, avant ou depuis cet auteur, prétend avoir vu ces colonnes si vénérables, et conservées si religieusement? quel écrivain prétend avoir déchiffré ces caractères sacrés? Les auteurs grecs qui avaient été en Egypte et qui en avaient consulté les prêtres sont-ils revenus enrichis de tous ces précieux monuments? Diodore de Sicile, postérieure Manéthon, le suit-il, lo citc-t-il ? il n'en parle seulement pas. Et que trouve-t-on dans ces rares découvertes de Manéthon? des noms et des nombres. Quels faits accompagnent ces noms et ces nombres? c'est une inondation de miel arrivée sur les terres d'Egypte par le débordement du Nil ; c'est l'augmentation de la lune; c'est la parole d'un agneau; c'est le règnede soixante et dix rois durant soixante et dix jours.

Un écrivain capable de débiter des contes si puérils, et qui n'appuie ses récits sur aucun témoignage, ne mérite pas que 1 on se donne la oeine de le concilier ni avec les écrivains qui l'ont précédé et qu'il contredit, ni avec les histoires des nations voisines qui le démentent. 11 mérite encore moins que l'on recoure aux suppositions que ses mensonges ont fait avancer au sujet de la durée des anciennes années égyptiennes.

Paléphate veut que les Egyptiens ne comptaient le règne de leurs rois que par jours. D'autres, selon Diodore de Sicile, soutiennent qu'au commencement, avant que 1 on eût fixé l'année à douze mois, suivant le cours du soleil, on se contentait de donner un mois à l'année, se cor.r'rmant au cours de la lune. Diodore ajoute que dans la suit© les Egyptiens firent leurs années de quatre mois. Censorin assure que l'ancienne année égyptienne n'était que de deux mois, et que ce fut le roi Pison qui lui en donna quatre, et qui, dans la suite, la fixa à douze mois. Laissons à nos laborieux chronologies le soin d'exercer leurs talents sur les dynasties égyptiennes. Que les uns les accourcisseiit; que les autres en retranchent une

grande partie; que les autres les rejettent comme insoutenables : rien de moins intéressant. Le temps est trop court et trop précieux pour être employé à des recherches dont le terme est nécessairement une entière incertitude.

Les antiquités chinoises, si vantées par certains esprits, ne méritent pas plus d'attention que les égyptiennes et les chaldéennes. Dès qu'on remonte au delà de Fohi, on n'y trouve, de l'aveu même des Chinois, qu obscurités et incertitudes; et encore n'y a-t-il rien de bien avéré sur cette époque' dans leur chronologie. Que peut-on attendre de bien assuré, en matière d'histoire, d'une nation dont le caractère général est d'être puérilement crédule, adonnée à la recherche de la pierre philosophale, et d'un remèdu qui rendît immortels ceux qui en feraient usage, ajoutant foi à l'astrologie judiciaire et ï toutes sortes de présages, très-peu versée en phvsique et en mathématiques, dont les historiens connus ne sont rien moins que critiques, se bornant à écrire ce qui arrive de leur temps sans oser censurer ou même révoquer en doute les histoires précédentes, malgré tous les caractères de fausseté qu'elles portent évidemment. Quel fond peut-on faire sur leurs annales, s'ils conviennent eux-mêmes que les plus anciens livres en caractère intelligible qu'ils aient à présent n'ont que deux raille ans? En un mot, peuton regarder comme authentiques des annales qui contiennent des faits dénués de toute vraisemblance : par exemple, que le soleil ne se coucha pas durant dix jours, que durant trois il lomba une pluie d'or, etc., sans que les auteurs qui ne méritent assurément pas d'en être crus sur leur parole, appuient des faits si extraordinaires sur aucune preuve.

L'antiquité aes Phéniciens est, sans doute, incontestable; mais que nous reste-t-il de l'histoire de ces peuples? quelques débris conservés par la nation juive.

Trouve-t-on plus de ressource chez les Assyriens pour connaître leur origine, l'époque de la fondation de leur empire, la durée de cet empire célèbre, les noms et les exploits des puissants princes qui l'ont gouverné? Les auteurs grecs qui nous en parlent ne l'ont connu que très-imparfaitement; ils ne s'accordent pas même entre eux. Comment concilier Ctésias avec Hérodote et.avec les autres historiens?

Les Arabes, à l'exception de quelques traditions générales, n'ont que des idées confuses de ce qui a précédé Abraham.

Leurs écrivains sont récents : la plupart n'ont paru que depuis Mahomet.

Les Mèdes et les Perses seraient inconnus si les Grecs avaient pris aussi peu d'intérêt à l'histoire de ces peuples, que ces peuples eux-mêmes. Nous n'avons aucun historien ancien, Mède ou Persan, dont les écrits soient venus jusqu'à nous. Mais que nous apprennent les Grecs de l'origine et de l'antiquité de ces peuples? Hérodote ne remonte

qu'à Déjocès, qu'il donne pour le premier roi des Mèdes. Depuis Cyrus, la monarchie des Perses a été trop puissante pour être restée dans l'oubli. Mais avant Cyrus, quelle fut l'obscurité de la nation? les auteurs qui en font remonter la monarchie le plus haut ne passent pas au delà d'Achemènes, père de Cambyse et aïeul de Cyrus.

Si vous espérez de trouver de plus grandes lumières dans les écrivains grecs sur les antiquités de leur nation,' vous vous flattez d'une vaine espérance. Les plus anciens de ces écrivains étaient poètes, par conséquent aussi ennemis du vrai et du naturel qu'épris de l'amour du merveilleux et de l'extraordinaire.Souhaitez-vous de vousformerunejusle idée de l'histoire des Grecs? partagez-la en trois classes, d'après Varron, le plus savant des Romains : la première depuis le commencement du monde jusqu'au déluge; la seconde depuis le déluge jusqu'à la première olympiade ; la troisième depuis la première olympiade jusqu'au siècle de Varron. Le premier intervalle était entièrement inconnu aux Grecs, de même qu'au savant romain; le second intervalle est purement fabuleux; Varron appelle le troisième historique. Ce savant eût-il voulu le garantir, ce troisième intervalle? il était trop judicieux pour l'appeler historique, si ce n'est dans le sens que depuis l'époque de la première olympiade, époque assez incertaine elle-même, il est des événements certains et connus.

Vous savez que les Latins sont au moins aussi dénués que les Grecs de bons historiens sur leurs antiquités. Tout ce que vous avez vu des temps qui précèdent la fondation de Rome vous a paru, sans doute, se ressentir de ce goût fabuleux qui est répandu sur toute l'antiquité profane. On ne reconnaît* point le langage de l'ingénue vérité sous tous ces embellissements avec lesquels paraît l'histoire de Cacus, celle de Latinus et de Turnus, l'arrivée d'Enée en Italie, la naissance et l'éducation de Rémus et de Romulus. Le temps même de la fondation de Rome est peu assuré. Les premiers Romains étaient laboureurs et guerriers, et non chronologistes et historiens.

Vous me dispensez, sans doute, de tout détail au sujet des antiquités des Gaulois, des Germains et des peuples septentrionaux. Où voudriez-vous que je prisse des monuments historiques de ces nations? Tout ce que nous en savons, nous le tenons des Grecs et des Romains, trop récents et trop ignorants eux-mêmes sur leur première origine pour nous instruire de celle des premiers fondateurs des républiques et des royaumes dans ces pays.

Peut-être seriez-vous tenté d'aller en Amérique compulser les chartes des Mexicains et des Péruviens, étudier leurs annales, visiter leurs monuments antiques, consulter leurs savants, vous enrichir de leurs recherches, pour confondre Moïse. Epargnez-vous tant de frais et de périls. Sans sortir de France, vous, trouverez l'histoire des Mexi-

cains : elle ne remonte pas au delà de l'an 1324 de l'ère chrétienne. C'est là l'époque de k fondation de la ville de Mexique. Les autres peuples de ce vaste continent ne sont pas plus habiles que ceux du Mexique. Les Péruviens font descendre du soleil leurs premiers rois ; mais la vérité est qu'ils n'ont commencé d'en avoir -qu'environ l'an de Vève chrétienne 1125, quatre cents ans avant l'entrée des Espagnols dans leur pays. Avant ce temps-là ces peuples, au lieu d'écriture, ne se servaient, comme les Mexicains, que de quelque peinture grossière. Comment cette partie de la terre a-t-elle été habitée? dans quel temps a-t-elle commencé de l'être? c'est ce que les Américains ne savent pas eux-mêmes. Mais soit que l'Amérique touche à notre continent par ses extrémités, et qu'elle en aitreçu ses premiershabitants ; soit qu'elle en soit séparée par des intervalles de mer, qui ne doivent pas être bien considérables, et que des hommes de notre continent aient traversé ces intervalles, qu'ils soient allés d'eux-mêmes chercher ces nouvelles terres ou qu'ils y aient été jetés par la tempête, il ne paraît pas douteux que l'Amérique n'ait été longtemps déserte: car lorsque Améric Vespuce et Christophe Colomb en firent la découverte, elle était trop peu peuplée pour avoir été habitée aussi anciennement que les trois autres parties de la terre. Les hommes sont faits pour vivre les uns avec les autres, pour s'aider, se défendre, se secourir mutuellement. Leur multiplication ne tient pas moins à leur union qu'à la nature : ainsi île même que leur nombre ne peut augmenter considérablement que par leur réunion en société, c'est leur nombre déjà augmenté à un certain point qui produit presque nécessairement la société. Ainsi, puisque au *.emps de la découverte de l'Amérique il y avait si peu de nations civilisées et depuis si peu de siècles, c'est une preuve que le nombre de ses habitants était trop petit et Jeur établissement trop nouveau pour qu'ils aient pu se réunir en société.

111. Puisqu'il n'est aucune nation dont l'histoire certaine remonte au delà de Moïse, il s'ensuit qu'il est impossible de trouver dans l'antiquité aucun monument qui soit contraire à l'histoire de la Genèse; la conséquence me paraît incontestable. Mais voyons si tous les peuples ne doivent pas recourir à cette première histoire du monde pour apprendre leur véritable origine, et si parmi eux il ne subsiste pas des monuments qui en constatent la vérité. Moïse fait descendre de Noé, de ses trois enfants Cham, Sem, Japhet, et de ses petits-fils, tous les habitants de la terre. (Gen. x, 1 seq.)

Quel est le chef des Chaldéens, et le fondateur de leur empire? c'est, selon Moïse, Nemrod, un des fils de Chus, petit-fils de Noé, par Cham ; c'est lui qui régna le premier à Babyîone, et qui bâtit Ninive, en l'appelant de ce nom, autant pour éterniser sa mémoire que celle de son fils Ninus, qui par cette raison a été confondu avec lui par les historiens grecs et latins. Diodore de Sicile,

dans le portrait qu'il trace du premier roi d'Assyrie, comme d'un roi qui fit de grandes choses, qui était plein d'esprit et de courage, qui joignait l'adresse à la force, et à l'un et à l'autre un exercice continuel qui l'avait rendu infatigable, capable de tout entreprendre et de tout exécuter; qui s'associa de jeunes gens qu'il aguerrit à la chasse pour les rendre invincibles à la guerre ; croyant peindre Ninus, ne fait que développer ce que Moïse dit en un mol de Nemrod : // fut un violent chasseur devant le Seigneur. (Ibid., 9.) Ce qu'ajoute Diodore, que Ninus fit alliance avec le roi des Arabes, en unissant ses troupes aux siennes, est un reste de l'ancienne tradition qui nous apprend que les enfants de Chus, et par conséquent frères de Nemrod, s'établirent dans l'Arabie, le long du golfe Persique, depuis Hévila jusqu'à l'Océan, et qu'ils étaient assez ses voisins, pour le secourir et en être secourus.

11 est le fameux 13aal ou Bélus des Babyloniens, le plus ancien roi que les peuples aient adoré pour ses grandes actions. Peut-être que son fils Ninus, par reconnaissance, ne contribua pas peu au changement de son nom ( Nemrod en hébreu signifie rebelle ; Baal, seigneur), et à son apothéose. 11 se pourrait bien être aussi qu'il est le Bacchus vainqueur de l'Orient, si fanaux dans l'antiquité profane. Le nom est le même, Bar- Chus étant très-peu éloigné de Bacchus. Les victoires regardent les mêmes peuples. Il est fils de Jupiter, parce qu'il est petit-fils d'Hammon. Son char est traîné par des tigres ; il se couvre de leur peau : Nimra, qui signifie tigre, étant le voile et la couverture de Nemrod. 11 préside au vin : or le plus excellent, et celui même qui portait le nom de Nectar, venait de Babylone, au rapport de Chœreas dans Athénée.

L'Egypte, appelée anciennement Chemia, selon Plutarque; divers cantons de ce pays appelés Chemnis, Psochemnis etc.; le dieu Hammon, la ville de No-Ammon ; le nom de Mezari donné par les anciens Egyptiens à leur premier mois; le Grand-Caire appelé encore aujourd'hui Mezer par les Arabes ; l'Egypte appelée du temps de George Syncellepar les Hébreux, les Syriens et les Arabes Metzrca : tous ces nems,' et le rapport manifeste qu'ils ont avec ceux de Cham fils de Noé, et de Mezraïm, fils de Cham, ne laissent aucun doute sur les premiers chefs et les premiers auteurs des Egyptiens. Cham et Mezraïm sont montrés trop à découvert, pour qu'on les méconnaisse.

11 n'est pas douteux non plus que les peuples que les Grecs nomment presque toujours Phéniciens, ne soient les Chananéens descendus de Chanaan maudit par Noé. Eupolémus, cité par Eusèbe, dit expressément que Chanaan est le père des Phéniciens. Philon-Biblius, qui avait traduit en grec le^ Annales phéniciennes de Sanchoniaton, auteur très-ancien, dit que le premier qui prit le surnom de Phénicien, s'appelait Chnu; et Stéphanus donne le même nom à la Phénicie, et aux habitants celui de Chnaos N'est-

il pas sensible que ces deux noms ne sont que l'abrégé ie celui de Chanaan? Depuis que Josué eut fait la conquête de la Palestine, et qu'il eut exterminé ou chassé la plupart des Chananéens, ceux qui restèrent dans le pays, resserrés vers les bords de la Méditerranée, abandonnèrent aux Hébreux Ja culture des terres et le soin des troupeaux, se livrèrent entièrement à la navigation et au commerce, y excellèrent de même que dans l'usage dès colonies, dont ils remplirent presque toutes les îles de la Méditerranée, les cotes de l'Afrique et de l'Espagne, amassèrent des richesses immenses, se firent une réputation qui se répandit dans tout le monde.

Les Arabes se glorifient de descendre d'Abraham et d'Ismaël; c'est tout ce qu'ils savent de leur origine. Moïse ne leur conteste pas l'honneur qu'ils s'attribuent d'avoir pour ancêtres Ismaël et les enfants de Cethura, et par conséquent d'avoir Abraham pour père; mais il remonte plus haut: il fait sortir les premiers habitants de leur pays, des enfants de Chus, Saba, Hévila, Sabaiha, Regma, et Saba fils de ce dernier. (G en. xxv, 1 seq.) Rien de plus commun chez les auteurs, que ces noms donnés à divers cantons de l'Arabie. Elle est aussi appelée Chus, du nom, sans doute, du père de ses premiers habitants, qui pour honorer leur père commun, se firent un devoir de l'appeler de son nom. Il avait donné lui-même son nom à un autre pays où il habita, quoique ce pays fût sous la domination de son fils Nemrod.

Les Assyriens ont pour père Assur, fils de Sem. L'Atturic, comme prononçaient les Chaldécns, et comme quelques géographes l'appellent, est la même chose que l'Assyrie. Elle est aussi la même chose que l'Adiabène, et le nom vient du fleuve que les Grecs appellent Lycus; en Chaldaïque, Deba ou Dieoa. Lud, autre fils de Sem, est le père des Lydiens de l'Asie-Mineure.

Aram, cinquième fils de Sem, est sans doute le chef de tous les Syriens, qui dans tous les livres des Hébreux sont appelés constamment Araméens, du nom de leur père ; c'est aussi sous ce nom que d'autres écrivains les ont connus. La Syrie, dit Eusèbe après Josèphe, était anciennement appelée Aram, jusqu'à ce que dans la suite elle eût reçu un autre nom d'un certain 5?/rus ; et Strabon assure clairement que ceux qu'on appelle maintenant Syriens, s'appelaient autrefois Aramc'niens ou Araméens.

Les pays voisins, habités par les descendants û'Aram, reçurent le même nom. On y ajouta seulement quelque épilhète pour les distinguer de la Syrie, qui s'appelait simplement Aram. Ainsi l'Arménie Mineure fut nommée Aram-minni, ou la petite Aram : la Mésopotamie, Paddam-Aram, le champ d'Aram, ou Aram-Naharaïm, Aram des fleuves.

Les Perses sont les Elamites, qui viennent d'isVam, autre fils de Sem. C'est sous ce nom qu'il en est parlé dans les premiers livres des Hébreux. Le nom do Paras ou Persa

leur fut apparemment donné à cause de l'habitude où ils ont toujours été, et où ils sont encore aujourd'hui d'aller presque toujours à cheval. Paras en hébreu, signifie proprement un cavalier.

Le nom de Japliet, troisième fils de Noé, n'a pas été inconnu aux Grecs et aux Romains, sans y faire d'autre changement que celui de la terminaison propre à leur langue, en l'appelant Japet : il ne signifie rien dans l'une ni dans l'autre, mais seulement en hébreu, d'où il est évident par cette raison qu'il est venu, et par conséquent la tradition qui l'a conservé. Il n'est pas sans vraisemblance que son fils Gomer peupla la Phrygie, et cette partie de l'Asie-Mineure, où s'établirent depuis les Galates ; le nom de Phrygie ayant en grec là même signification que le mot de Gamar en hébreu.

G'est de Madaï que les Mèdes et le nom de leur pays tirent leur origine.

Les Scythes descendent sans doute de Magog, autre fils de Japhet. Ces peuples, après avoir subjugué la Syrie, en appelant la ville d'Hierapolis Magog, donnèrent une preuve du respect qu'ils avaient pour ce nom. Le mont Caucase qui les séparait de leurs voisins, fut peut-être appelé Gog-Hasan ( prononcé Chasan ), le rempart ou la forcé de Gog. Peut-être aussi que Magog, fils de Japhet, est le célèbre Prométhée, à qui les anciens donnaient le même père ; que le Caucase, où les poètes l'ont attaché marque sa demeure, et que le vautour qui lui ronge le cœur, ne désigne que son nom, qui signifie dans sa racine, manquer de cœur et s'affaiblir.

Le nom de Mosoch, fils de Japhet, subsiste encore aujourd'hui dans una nation bien connue : car Mosoch est Moschus ou les Moscovites. Il en faut dire autant de Thiras par rapport aux Thraces. Ce Thiras devint la fausse divinité que les Thraces adoraient, comme présidant à la guerre.

Lisez les savantes recherches des commentateurs de la Genèse, vous verrez dans Ascenés, Riphath et Thogorma, enfants de Gomer, les pères des Bythiniens,des Paphlagoniens, des Cappadociens. Le lac Ascanius et la ville maritime Ascania dans la Bythinie; le Pont-Euxin, appelé autrefois Axenos, tirent sans doute leur nom d'Ascenès. Ce que vous verrez plus distinctement, c'est l'origine de tous les peuples connus sous le nom de Grec, dans Javan, fils de Japhet. Ce nom est demeuré propre aux Ioniens parmi ces peuples mais les Hébreux, les Chaldéens, les Arabes, no nomment point autrement le corps de la nation, que les Ioniens.

Si Javan est, sans contredit, l'origine des Grecs, peut-il être douteux que ses fils Eliza, l'harsis, Cettim et Dodanim, ne soient les principales branches de cette nation? Eliza est la même chose qu'Elias. La nation entière a porté ie nom d'Hellènes, et tout Je pays celui d'IIellas. La ville d'Elide, dans le Péloponèse, les champs Elysiens, la rivière Elyssus, ont retenu longtemps les traces du

nom d'£7isa;etont pins contribué à conserver sa mémoire, que les historiens mêmes de la nation, qui au lieu de remonter à leur véritable origine, se vantaient, pour relever leur antiquité, d'être les enfants de la terre, c'est-à-dire avançaient la plus impertinente absurdité dont l'ignorance humaine soit capable. Cettim a peuplé la Macédoine, qui était même appelée anciennement Macétie.

La Thessalie et l'Epire furent le partage de Dodanim. Le culte impie de Jupiter Dodonée aussi bien que la ville de Dodone, sont des preuves que le premierauteur était demeuré dans la mémoire de ceux qui tenaient de lui l'établissement et la vie.

Je sais qu'il y a ici de l'obscurité, et que les savants ne sont pas d'accord entre eux sur les lieux que les enfants de Noé peuplèrent. Mais n'est-il pas étonnant qu'au bout de plus de trois mille ans, malgré tant de guerres, tant de changements de peuples, tant de renversements de monarchies, tant de révolutions arrivées sur la terre, y reste encore autant de vestiges de l'exactitude de Moïse? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ne trouve dans tout ce qui nous reste d'anciens monuments sacrés ou profanes, pas la plus petite trace d'histoire ou d'antiquité, d'où l'on puisse conclure, avec la plus légère vraisembance, que les hommes ont vécu au commencement, ailleurs que là où Moïse les place.

Ainsi, sans entrer dans le détail que je viens de faire et que j'ai abrégé le plus qu'il m'a été possible, j'aurais pu vous rendre l'exactitude de Moïse, en vous priant seulement d'être attentif à ce que vous avez appris par la lecture de l'histoire ancienne. Dans quelle partie de la terre se sont formés les premiers empires ? d'où les Grecs et les Latins ont-ils reçu les lois, les arts, les sciences, la religion ? Vous le savez : c'est dans la Cbaldée, dans l'Assyrie, dans l'Egypte, que se trouvent les premières monarchies ; c'est de ces lieux que viennent les lois, la religion et les arts. On n'y voit point les peuples vivre dans la barbarie, commencer, après un long espace de temps, à bâtir des villes, à écrire, à se cultiver, à former leur religion. Pour les autres peuples, plus ils sont éloignés de ces régions, plus ils sont grossiers, barbares, ignorants. Tout cela s'entend dans le système de Moïse.

Il est naturel que les enfants de Noé, qui s'établirent dans le lieu, ou proche du lieu où ils avaient vécu ensemble après le déluge, se soient promptement réunis en société, aient bâti des villes, fondé des royaumes, conservé les lois, la religion, les arts, les traditions qu'ils tiennent de leurs pères. Il n'est pas moins naturel que les familles qui s'en séparèrent, se soient occupés à défricher les lieux où elles arrivaient; aient travaillé à s'y défendre du froid, du chaud, des injures de l'air, des bêles farouches ; et si elles y avaient été prévenues par d'autres familles, qu'elles aient pensé à les attaquer et à se défendre. Il est naturel qu'absorbées pir tant de soins, de travaux, d'inquiétudes,

Œuvres coupl. on ut François,

de misères, ellesaient négligé lesarts; qu'elles soient tombées dans l'ignorance et la barbarte.

C'est en effet ce qui est arrivé aux peuples éloignés du pays que Moïse donne comme le centre des hommes. Combien de temps les Grecs, les peuples du Nord, les Germains, les Gaulois, les Italiens mêmes ontils été sans forme réglée de gouvernement, sans politesse, sans usage de l'écriture et des beaux -arts? Qu'est-ce que c'était que leur religion aussi brute que leurs mœurs? D'abord ils négligèrent leur histoire et leur origine, ensuite ils les oublièrent entièrement, et lorsqu'ils ont voulu y revenir et les écrire, ils ne débitent que des fables informes, fondées sur quelques légères traces d'une tradition confuse et incertaine qu'ils avaient conservées. Les Grecs reçurent des lettres et l'usage d'écrire de la Phénicie. Ils croient que Cadmus leur apporta cette invention de son pays, mais ils ne la mirent en usage qu'assez tard. Josèphe prétend qu'Homère n'écrivit pas son poëme, qu'il le chantait de mémoire ; qu'il l'apprit à des chantres qui le récitaient à leur tour, et l'apprenaient à d'autres, jusqu'à ce qu'il fût écrit dans la suite des temps. Ce qu'il y a de constant, c'est qu'on ne voit point d'historien dans la Grèce, avant la guerre des Perses contre les Grecs. La fable et la poésie furent en honneur dans ce pays longtemps avant l'histoire et la philosophie, comme le remarque Strabon. Les premiers historiens mêlèrent même la fable avec l'histoire pour lafaire mieuxgoûterauxpeuplesaccoutumés aux fictions. C'est ainsi qu'Homère a traité l'histoire de la guerre de Troie: il y a mêlé la fable, etluiadonnélesagréments de la poésie. IV. Ce n'est donc pas dans ces peuples fabulistes que nous pouvons apprendre leur origine et celle de toutes choses. 11 faut nous transporter dans le pays qui a vu naine leurs premiers chefs, et qui est le berceau du genre humain. Il faut, si nous voulons être instruits, aller converser avec les Chaldéens, les Assyriens, les Phéniciens, les Egyptiens. Or, dans Moïse sont réunies toutes les lumières de ces anciens peuples. 11 possède toute la sagesse de l'Egypte ; il y a été élevé avec le plus grand soin; il y a passé quarante ans de sa vie : il sait tout ce que savent les Arabes; il a vécu parmi eux quarante ans. Ses pères ne sortent de la Chaldée et de la Mésopotamie; ils ont vécu dans la Phénicie : ils ne peuvent en ignorer les antiquités. Moïse sait donc tout parfaitement l'histoire des Chaldéens, des Assyriens, des Egyptiens, des Phéniciens, des Arabes, l'origine de ces nations, leurs antiquités, la formation du monde, la dépravation des hommes, le déluge, la conservation de Noé, la dispersion de ses enfants, etc.

Si la Providence avait fait parvenir jusqu'à nous l'histoire des Phéniciens, écrite par Sanchoniathon, etcelle des Chaldéens, écrite par Rérose, quelle conformité n'y verrionsnous pas avec la Genèse pour les premiers temps? Si Josèphe et Eusèbe sont dignes de

foi, elle ne pouvait être plus grande, lu*

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