II
restes des anciens Perses, qui se trouvent encore aujourd'hui dans le royaume de Perse et dans les Indes, et qui ont conservé le culte du feu et plusieurs autres superstitions des premiers Perses, dont ils sont descendus, avec un livre nommé Zadava- Staw, qui contient les rites de leur religion et les articles de leur créance, racontent l'origine du monde à peu près de même que Moïse; ils reconnaissent Adam et Eve pour les premières souches du genre humain ; ils d isent, qu'après que les hommes se furent mu 1ti plies et corrompus sur la terre, Dieu envoya le déluge qui les noya tous, à l'exception de Noé, qu'ils appellent le second Adam, et de peu de personnes qui repeuplèrent le monde.
Mais sans s'appuyer sur ces témoignages étrangers, ni sur les traditions universelles répandues parmi toutes les nations, il me semble que Moïse se suffit à lui-même pour se faire croire : car il faut être ennemi du vrai jusqu'à la folie pour nier que tous les peuples de la terre descendent de Noé et de ses trois fils, puisque, d'un côté, on ne peut avoir contre ce fait aucune preuve, et de l'autre, qu'il faut se roidir contre des preuves subsistantes qui s'offrent de toutes parts. Or, de ce fait il suit nécessairement ou que Noé est le premier homme qui ait existé sur la terre, ou que Noé a repeuplé la terre. Personne ne s'est encore avisé de regarder Noé comme le premier homme; il n'en est donc que le réparateur. Or, par quel autre événement a pu périr le genre humain que par un déluge universel? Par quelle autre voie Noé a-t-il pu échapper à un déluge universel que par celle que décrit Moïse? quel peut être l'auteur d'un déluge universel, si ce n'est le Créateur même ? qui a pu faire prévoir à Noé cet événement terrible ? qui a pu lui enseigner le moyen de s'en garantir, si ce n'est l'auteur même du déluge? qui est-ce qui a pu déterminer l'auteur du déluge à sévir d'une manière si effroyable contre le genre humain, sinon les crimes auxquels le genre humain s'était abandonné?
comment le genre humain était-il tombé dans cet état de corruption ? Moïse éclaircit tout ; et tout est lié, tout est suivi et raisonnable dans cet historien. Tout lui est dicté par la vérité, parla sagesse, par l'amour de ses frères. 11 avait à prévenir les Israélites contre l'idolâtrie régnante : quelle- digue plus forte et plus efficace pouvait-il opposer contre ce torrent au milieu duquel il les voyait avec un funeste penchant à s'y laisser entraîner, que de leur retracer 1 idée du Créateur, des effets de sa puissance, de sa justice envers les méchants, de sa protection envers les bons, de ses promesses, de la vie pure et innocente des patriarches et de leur fidélité dans son culte? Il faut ou écouter Moïse, ou se livrer à toutes les folles et absurdes fictions de l'antiquité païenne.
Aimez-vous mieux, avec, les poëtes et les théologiens du paganisme aveugle, imaginer un Saturne, un Jupiter, un Neptune, un Pluton? Ne serait-ce pas préférer les ténèbres à la lumière? De plus, ne voyez-vous
pas que c'est l'histoire même Je Noé et de ses enfants travestie en fable par l'ignorance? Si dans les hymnes attribuées à Orphée, Saturne est appelé le père de toutes choses, le chef des générations, et sa femme Miétf, qui est la terre, la mère des dieux et des hommes; c'est parce que Noé, nommé l'homme de la terre [Gen. ix), est le pore de tous les hommes et de ceux que l'idolâtrie avait convertis en divinités. Ce qui est dit de Saturne qu'il adoucit les mœurs sauvages et féroces des hommes de son temps, qu'il établit partout la justice et la bonne foi, n'a point d'autre fondement que le témoignage que Dieu rendit à la justice de Noé. L'âge d'or de Saturne n'est fondé non plus que sur la douceur avec laquelle Noé, avant la dispersion des nations et l'entreprise de Babel, gouvernait sa famille et lui faisait goûter la paix dont le désintéressement était lasource, personne n'étant opprimée, et personne n'ayant d'autre maître que Dieu. Peut-être que la liberté des esclaves dans les saturnales, et l'usage d'être servis par leurs maîtres n'étaient qu'une imitation de la liberté et de l'indépendance des hommes sous le règne tranquille de Noé. C'est aussi sans doute d'une mémoire peu respectueuse de l'ivresse de Noé que venait la licence des saturnales. C'est encore de ce qu'il est dit de Noé qu'il était l'homme de la terre, et qu'il planta la vigne, que Saturne est appelé le dieu qui apprit aux hommes la vertu des fruits et l'agriculture, la manière de cultiver la vigne et de faire le vin. Enfin, l'histoire scandaleuse de Saturne, mutilé par l'un de ses fils, la tradition que les dieux ne sont point vus à nu impunément par les mortels, ne sont -elles pas dérivées de l'histoire de Noé et de Cham ? Le vaisseau donné à Saturne pour symbole ; sa naissance, de même que celle de Uhéa, attribuées à l'Océan et à Thélis, ce que l'on disait de lui qu'il avait dévoré tous ses enfants, excepté Jupiter, Neptune et Pluton, toutes ces fables et tant d'autres ne sont-elles pas l'histoire déguisée de Noé?
Cham est le même que Jupiter Ammon adoré en Afrique. Japhet, père des peuples qui ont habité les îles des nations, est le même que Neptune, le dieu de la mer, des îles et des côtes. La postérité de Sem, plus religieuse dans plusieurs de ses descendants, a laissé son nom dans un oubli, qui l'a fait prendre pour le dieu des morts et de l'oubli. Les païens le nommèrent Adés ou Pluton, ou Orcus, et le dieu des richesses, parce que ses descendants peuplèrent des pays riches en métaux d'or et d'argent. Us donnèrent aussi à Typhon, qui était, selon eux, une divinité odieuse, surtout en Egypte, le surnom dé Smtiy qui a un rapport visible au nom de Sem, qui ne pouvait qu'être odieux à Cham, père des Egyptiens, puisque Noé avait assujeli Canaan à Sem. C'en est trop sur la fable; mais il me semble que c'en est assez pour vous convaincre qu'il est impossible de rien opposer à l'histoire de la Genèse.
V. L'histoire contenue dans YKxode, le Lévitique, les Nombres., le Deutéroncme n'a
ÎS9
pas besoin d'être prouvée : Moïse cite un trop grand nombre de témoins pour n'être pas cru. Permettez-moi de vous faire remarquer, en passant, que le Pentateuque n'est pas le seul ouvrage historique que possède la nation juive. Elle a une histoire complète des principaux événements qui l'intéressent jusqu'au renversement de sa république. Cette histoire est écrite par des auteurs contemporains, sincères, exacts, judicieux, désintéressés. Les faits y sont suivis, soutenus, conformes à toutes les lois du bon sens et de la raison, liés avec les histoires étrangères les moins douteuses. Le style en est simple, sans ornements affectés, marqué au coin de la droiture et de la vérité. Toute la nation, au travers d'une infinité de révolutions, de guerres, de malheurs, l'a conservée religieusement dans le texte original avec une version qui a plus de dix-huit cents ans. Ainsi cette petite nation si dédaignée par les Plutarque, les Cicéron, les Sénèque, les Tacite, et si méprisée par les prétendus beaux esprits de nos jours, est cependant de toutes les nations celle qui est la mieux instruite de ses propres affaires et la plus éclairée sur l'origine et l'antiquité de tous les peuples. Ses livres sont un flambeau qu'il faut toujours avoir à la main, si l'on veut démêler le vrai d'avec le faux dans les historiens si vantés du paganisme. Revenons à Moïse.
Quand je dis que les faits contenus dans {'Exode et les livres suivants sont appuyés sur le témoignage d'un trop grand nombre de témoins pour être révoqués en doute, je l'entends surtout des prodiges qui en font la partie la plus essentielle.
Pourrions-nous dire, sans nous reprocher notre mauvaise foi, qu'un peuple nombreux a pu être trompé sur des faits sensibles, variés, multipliés, opérés en sa présence, sous ses yeux, à !a face du soleil, constatés dans Je temps de l'événement par des monuments publics, que ce peuple a érigés lui-même pour en transmettre la mémoire aux siècles futurs ; et soutenus par des lois que ce peuple a adoptées dans le même temps en preuve de sa conviction? Or, si la nature de ces faits, si les monuments dressés, si les lois adoptées en conséquence, dans le temps que ces faits sont arrivés, montrent que le peuple juif n'a pu être trompé par Moïse : tout cela montre également qu'il est impossible que, dans aucun siècle après Moïse, il y ait eu un imposteur qui ait pu inventer ces faits, et les faire croire au peuple juif. Parce que, d'un côté, il est impossible d'engager un peuple à dresser des monuments et à recevoir des lois pour constater des laits qu'on lui dit qu'il voit lorsqu'il ne les voit point, et qu'il est impossible d'un autre côté de faire croire à un peuple que tels monuments et telles lois sont des signes et des témoignages de faits dont il n'aurait jamais entendu parler.
Pour éluder la force des faits dont il est ici question, aurons-nous recours aux prodiges si vantés dans le paganisme? Epar-
gnons-nous à présent ces pénibles etlrivoles recherches. Il est impossible, comme nous le verrons, d'en trouver dans aucune religion différente de la juive et de la chrétienne, qui aient le double caractère de ceux de Moïse, je veux dire d'avoir eu pour témoins les yeux d'un peuple tout entier, et d'avoir été constatés dans le temps de l'événement, par des lois et par des monuments publics. 11 ne nous reste donc qu'une ressource, si nous voulons nous inscrire en faux contre le Pentateuque, c'est de nier qu'H y ait eu un Moïse, un peuple juif, que ce peuple ait eu des yeux, des oreilles, qu'il ait eu ses usages, ses lois, ses cérémonies, une religion; c'est-à-dire, qu'il ne nous reste que de renoncer au sens commun. Or, entre les faits rapportés dans le Pentateuque, et la divinité de la mission de Moïse, la liaison est d'une évidence palpable. Il me semble que vouloir séparer deux choses si étroitement unies, c'est vouloir séparer du jour la lumière.
VI. Reprenons la route qui nous a conduits à la révélation. Animés du désir le plus ardent de nous connaître, de connaître notre auteur et nos devoirs, nous avons imposé silence à nos sens et à notre imagination; recueillis en nous-mêmes, dans le calme de nos passions, ne consultant que les idées les plus pures, nous avons découvert que l'Etre qui pense en nous, n'a rien de commun avec la matière; qu'il y a un Etre qui a l'existence par soi ; que cet Etre, souverainement parlait, a tiré du néant l'univers, et qu'il nous a faits pour le connaître et pour l'aimer. Des vérités si sublimes nous eussent remplis d'admiration et de confiance, sans les difficultés dont notre route était hérissée. Nous n'avons marché qu'au travers des ténèbres et des précipices : à droite, nous avions l'ignorance, l'incertitude, les erreurs des anciens philosophes ; à gauche, les systèmes des nouveaux matérialistes, des naturalistes, des spinosistes. Et lorsque nous avons cru avoir surmonté tant d'obstacles, et être arrivés heureusement au terme , les contrariétés de notre être ont élevé de nouveaux nuages que nous n'avons pu entièrement dissiper. Au milieu de tant de clartés et do tant d'obscurités, dans le chaos confus formé par nos lumières, par les opinions des hommes et par nos passions, quel parti plus sage pouvions-nous prendre que celui de nous adresser à Dieu même, et de le prier, s'il était vrai que nous eussions été assez heureux dans nos recherches, pour le découvrir, de confirmer nos découvertes, et d'achever de nous éclairer.
Vil. Dans ce moment, Moïse se présente, et nous dit : Dieu m'envoie vous instruire. Nous ne l'avons écouté qu'après les preuves les plus manifestes de sa mission. S'il est vrai que vous veniez de la paît du Créateur de l'univers, il ne peut y avoir hors de lut ni éternité ni indépendance; il doit être le maître absolu de la induré; sa volonté doit êtie le seul lien qui entretient l'ordre du monde. Qu'il rende la nature obéissante à l'invocation que vous ferez de son nom :
nous sommes prêts, sous cette condition, de vous entendre. Moïse parle au nom du Créateur : la nature attentive, souple et docile, sort de ses lois les plus constantes. A cette preuve, Moïse en ajoute une autre : ce sont des prédictions claires et circonstanciées que l'événement vérifie. Pourrions-nous, sans un abus manifeste de la raison, hésiter à regarder Moïse comme l'envoyé du Créateur, comme son interprète et son organe? Que craindrions-nous? d'être trompés? Ce serait le Créateur lui-même qui nous tromperait.
VIII. Ne perdons pas un mot des leçons de Moïse : écoutons ce qu'il va nous dire de Dieu, de l'origine du monde, de nousmêmes, de nos devoirs. Quel beau système des savants de la Grèce va-t-il exposer à nos yeux? Est-ce celui de Thaïes? que l'eau, jointe à une intelligence, est le principe universel d'où tous les êtres tirent leur origine. Est-ce celui d'Anaximandre? que le principe universel est l'infinité de la nature qui donne l'être aux dieux mêmes, qui sont des mondes innombrables. Est-ce celui d'Anaximène? que le principe universel est l'air immense, infini, toujours en mouvement, et néanmoins produit lui-même.
Est-ce celui d'Anaxa0ore? que l'arrangement et l'ordre de l'univers se doivent à la puissance et à la sagesse d'un esprit infini, qui, trouvant pêle-mêle, dans une matière infinie, une infinité de parties semblables, c'est-à-dire de parties terrestres, de parties aériennes, de parties qui étaient du sang, des os, etc., toutes en repos, et ne faisant, ainsi mélangées, qu'un chaos informe, les mit en mouvement, joignit ensemble les corpuscules de même espèce, forma les êtres particuliers qui composent l'univers. Est-ce celui de Pylhagore? que la matière n'est qu'une, même substance qui se métamorphose en tous lieux et à tout moment, et qu'il y a une âme répandue dans tous les êtres de la nature qui les anime, et dont les âmes humaines ne sont que des particules. Est-ce celui de Xénopbane? qu'il n'y a qu'une subsistance animée, immuable, infinie, où il n'arrive ni génération, ni corruption, et que tous les changements que nous croyons y apercevoir, ne sont que des illusions de nos sens.
Est-ce celui de Parménide? que l'univers est quelque chose de semblable à une couronne, un cercle tout lumineux et non interrompu qui environne le ciel; ou celui de Démocrite qui donne la qualité de dieux, et aux images des objets qui nous frappent, et à la nature qui fournit, qui envoie ces images, et aux idées dont elles nous remplissent l'esprit? Tout cela, selon lui, n'était que des atomes et l'effet des atomes qu'il croyait improduits, indivisibles, incorruptibles, immuables et tous animés. Est-ce celui de Platon, qu'il est une intelligence très-bonne et tr»ès-puissante, qui a tiré d'une matière éternelle l'univers suivant l'idée du meilleur ouvrage possible; ou celui d'Aristote, qui, tantôt veut que la Divinité réside dans 1 intelligence, par laquelle pensent tous les êtres
pensants; tantôt que 'e monde soit Dieu; tantôt qu'il y ait un Etre au-dessus du monde qui en règle et conserve le mouvement; tantôt que Dieu ne soit autre chose que ce feu qui brille dans le ciel? Ou celui d'Epicure qui donne l'univers comme la production d'une infinité de corpuscules, qui, par leurs combinaisons fortuites, ont formé non-seulement les êtres inanimés, mais ceux mêmes qui ont la raison en partage, ou celui de Straton qui attribue la formation de tous les êtres qui ont été et qui se produiront aux lois mécaniques de la pesanteur et du mouvement?
Est-ce enfin le système de Zenon le fondateur de la secte des stoïciens, qu'il n'y a que les quatre éléments qui composent tout l'univers, que ces quatre éléments ne font qu'une nature continue, sans division :
qu'il n'existe absolument nulle autre substance, hors ces quatre éléments : que la source de l'intelligence et de toutes les âmes, c'est le feu réuni dans l'éther, où sa pureté n'est point altérée, parce que les autres éléments ne s'y mêlent point. Que ce feu intelligent, actif, vital, pénètre tout l'univers : que comme il a l'intelligence en partage, à la différence des autres éléments, c'est lui qui est censé opérer tout, qu'il procède, méthodiquement à la génération, c'est-àdire, produit toutes choses, non pas fortuitement ni aveuglément', mais suivant de certaines règles toujours les mêmes : qu'étant l'âme de l'univers, il le fait subsisté/, le gouverne avec sagesse, puisqu'il est le principe de toute sagesse : que par conséquent il est Dieu : qu'il donne la même dénomination à la nature, avec laquelle il ne fait qu'un; et à l'univers dont il fait partie : que le soleil, la lune, tous les astres étant des corps ignés, ce sont des dieux : que l'air, la terre, la mer ayant pour âme ce feu céleste, sont aussi des dieux : que toutes les choses où l'on voit quelque efficacité singulière, et où ce principe actif paraît se manifester plus clairement, méritent le nom de divinités : que ce même titre doit être prodigué aux grands hommes dans l'âme desquels ce feu divin étincelle avec plus d'éclat : qu'enfin, de quelque manière qu'on nous représente cette âme de l'univers, et quelques noms que la coutume lui donne par rapport aux diverses parties qu'elle anime, on lui doit un culte religieux.
IX. Si Moïse n'avait que des visions si monstrueuses à nous annoncer, notre raison ne pourrait l'entendre qu'en frémissant. Car, à quoi se réduisent ces systèmes? à donner la matière seule privée de sentiment et de raison pour la cause de l'univers; ou à lui associer une cause intelligente qui soit ellemême matérielle, puisqu'elle réside dans le feu de l'éther; ou enfin à faire présider à la formation du monde une intelligence qui soit distinguée de tous les corps, mais dont le pouvoir est borné à les mettre en ordre et à les animer.
Si ces systèmes n'avaient pas de nos jours leurs partisans dans les matérialistes, les
spinosïstes, les naturalistes, ne senez-vous pas tenté de penser que Cicéron (De natura deor.) qui les rapporte et qui les combat, les a imaginés lui-même, pour se donner le plaisir de lutter contre des fantômes? Est-il rien de plus insensé que le premier attribué à Epicure et à Straton? d'un côté, ce que la ra.son aperçoit le plus clairement dans l'univers; c'est le bel ordre qui y règne; c'est la proportion, la correspondance, l'harmonie des corps qui le composent; c'est l'ait, le dessein, la sagesse qui y éclatent : d'un autre côté, ce que la raison conçoit le plus évidemment, c'est que l'ordre et le dessein ne peuvent procéder d'une cause aveugle et stupide. Il faut donc de deux choses l'une, ou qu'Epicure et Straton n'aperçussent dans l'univers ni ordre ni dessein , ou qu'ils crussent que l'ordre et le dessein puissent avoir un principe aveugle et stupide. Où était la raison de ces fameux philosophes? mais qu'est-ce que c'est que la matière, ce
{)rincipe si industrieux et si sage, et tout à a fois si aveugle et si stupide?
Elle est infinie, sans doute, puisqu'elle existe par elle-même et qu'elle n'a pu ni recevoir, ni se donner des bornes. Si la matière est infinie, comme ces philosophes en conviennent, elle est dès là commensurable à l'espace qu'ils imaginent, et dans lequel ils la font exister; elle est donc aussi immobile, aussi incapable de mouvement que J'espace même. Supposons la matière capable de mouvement : on ne dira pas qu'elle puisse se le donner : car on ne se donne pas ce que l'on n'a pas : il faut donc qu'elle l'ait par elle-même. Si cela est, on ne peut refuser le mouvement à aucune des parties de la matière; car, pourquoi la partie A Tauraitelle, et la partie B en serait-elle privée? Le repos est donc impossible, puisque le mouvement est essentiel à toutes les parties de la matière. Dans quel degré doit-il s'y trouver? pourquoi, dans un tel degré plutôt que dans un tel autre?
Supposons , avec certains nouveaux physiciens, qui, à l'exemple des anciens , prodiguent à la matière une multitude de vertus intrinsèques pour expliquer ce qu'ils n'entendent pas, par des qualités qu'ils entendent encore moins; supposons, dis-je, une force motrice dans les parties de la matière, par laquelle elles se meuvent et se façonnent elles-mêmes en se donnant des formes. Si cette force motrice est la même dans toutes les parties de la matière , une môme cause doit produire un même effet : toutes les parties de la matière doivent donc avoir une même forme invariable et un môme mouvement ; que nourrait-il résulter de leur union pour la formation des corps dont l'univers est l'assemblage? Supposons que la force motrice ne soit pas la même dans chaque partie de la matière, et que par conséquent elle y produise divers mouvements et diverses formes, il faut, pour la construction de l'univers tel que nous le voyons, que les parties infinies de la matière aient pris leurs formes et qu'elles se soient combinées
ensemble, dans un temps fini et déterminé; car entre les corps qui composent l'univers est un tel enchaînement, une telle correspondance, qu'ils ne peuvent subsister les uns sans les autres. Le soleil , par exemple, ne peut se soutenir sans ses planètes, et les planètes ont un besoin égal du soleil pour se maintenir. Si donc il était possible que le soleil eût reçu l'existence par la production et la combinaison des formes d'un certain nombre de parties de la matière, il serait bien vite retombé dans le chaos d'où il aurait été tiré, si en même temps ses planètes n'eussent reçu l'être. L'exemple tiré des animaux rendra la chose plus sensible.
Soit que l'animal vienne d'un germe , ou qu'il vienne de parties organiques , pour parler le nouveau langage que l'on voudrait introduire, je veux bien supposer le germe d'un chien produit par le concours fortuit d'une certaine quantité de parties de la matière : quel sera le sort de ce germe? S'il n'y a point de femelle de son espèce où il se développe et prenne son accroissement, bientôt mêlé et confondu avec d'autres parties agitées de la matière, il sera mis en poudre et périra. Dans le système des parties organiques , il faut un moule qui les fabrique en se les assimilant. Supposons ce moule, ne sera-t-il pas détruit avant de remplir sa destination , s'il ne doit travailler à son ouvrage qu'après un long espace do temps? Supposons des parties organiques fabriquées par le moule, que deviendrontelles si elles s'unissent? ou s'uniront-elles si elles ne trouvent un vase propre à les recevoir? où trouveront-elles ce vase, s'il n'y a point encore de femelles ? et s'il y a une femelle, où trouvera-t-elle elle-même de quoi subsister, s'il n'y a point encore d'aliments propres à sa nourriture? etc. 11 est donc évident que pour la construction de l'univers tel que nous le voyons, il est nécessaire que les parties infinie's de la matière aient produit des formes infinies et se soient combinées infini ment dans un temps fini et déterminé; or, il est évident que la production d'un nombre infini de formes et [es combinaisons infinies de ces formes 'ne Sauraient se faire dans un temps fini et déterminé.
Cela est vrai, direz-vous; aussi, dans le système d'Epicure et de Straton, la malière est-elle éternelle, et par conséquent il y a ici un temps infini pour la construction de l'univers. Je l'avoue; mais ce temps infini est successif par rapport à la production das formes dans les parties de la matière et par rapport à leurs combinaisons : tout cela suppose des révolutions , des changements successifs, des passages d'une forme à uno autre , d'un mouvement à un autre , d'un? combinaison à une autre. Ainsi do quelque infinité que soit le temps en rétrogradant, la production des formes et leur combinaison ne s'opèrent que dans des parties infinies do ce temps infini. Ainsi la production des formes dans les parties de la matière et leur combinaison ne peuvent arriver que dans un temps fini. Puisqu'il est donc évident ,
d'un côtii, que l'univers n'a pu être formé que par la production et par la combinaison des formes infinies des parties de la matière arrivées et opérées dans un temps fini et déterminé, et, d'un autre côté, que la production et la combinaison d'un nombre infini de formes sont impossibles dans un temps fini et déterminé; il est manifeste que le système d'Epicure et de Straton est l'absurdité même, en accordant à ces philosophes et l'éternité de la matière et l'infinité de la matière, et un mouvement propre, qui sont autant d'articles également absurdes.
Zenon, en faisant sortir de la matière l'univers par une cause intelligente qui est elle-même matérielle, ne se montre pas plus philosophe qu'Epicure et Straton. Si la beauté et le dessin qui brillent de toutes parts dans la structure du monde lui font sentir la nécessité d'une cause intelligente, pourquoi aller chercher cette cause dans le feu de l'élher? La puissance et la sagesse conviennent-elles plus au feu qu'à l'air, à l'eau, à la terre? parce que les particules en sont plus fines, plus déliées, dans une plus grande agitation, en sont-elles moins matière que celles de l'air, de l'eau, de la terre? sont-elles plus capables de penser, de vouloir, de raisonner? est-ce que la pensée est un corpuscule ou un grand mouvement, plutôt qu'une masse ou un faible mouvement ?
Anaxagore et Platon ne sont pas plus raisonnables quand ils imaginent une matière éternelle, et qu'ils la soumettent a l'action d'une intelligence infinie. Si ces deux êtres sont nécessaires et coexistants, l'un ne peut obéir à l'autre. Tout ce qui est par soi est indépendant par soi. Il est aussi impossible à la matière, si elle est par soi , de recevoir quelque perfection de l'intelligence infinie, qu'il lui est impossible d'en donner à cette intelligence. De plus, l'intelligence infinie qu'on associe à la matière ne peut agir sur elle, si sa puissance est bornée; or, n'est-ce pas la borner que de la réduire à mettre l'ordre dans la matière et à l'animer? C'est faire de cette intelligence un artisan contraint dans son ouvrage par la matière et par ses dispositions. 11 faudra aussi lui donner des machines pour la mettre en œuvre et la façonner.
X. Si Moïse ne nous tient pas, au sujet du principe de toutes choses, le même langage, injurieux à Dieu et indigne de la raison, que celui des anciens philosophes et des spinosistes do nos jours, ne se rapprochera-t-il pas du moins d'eux au sujet de cette portion de nous-mêmes que nous appelons notre âme? Ne nous la représenlerat-il pas comme un air subtil, une légère vapour? ou comme une étincelle du feu de l'élher? ou comme une particule de l'âme du monde? ou ne nous dira-t-il pas avec les matérialistes de nos jours que nous ne connaissons pas assez la matière pour n'en pas regarder la pensée comme une de ses propriétés, et pour ne nous laisser aucun doute i>ur l'essence de notre âme , ne nous en tra-
cera-t-il pas l'image en dépeignant à nos yeux la structure de nos nerfs , des organes de nos sens, des parties les plus subtiles du sang qui coule dans nos veines, et de noire cerveau? Afin de nous rendre encore plus sensible la nature de celte partie de nousmême qui pense, ne la comparera-t-il pas au timbre d'une montre , en nous enseignant qu'elle est touchée, remuée, pénétrée par les esprits animaux, suivant les impressions des objets extérieurs sur les organes, comme le timbre d'une montre est frappé par le marteau, suivant le mouvement des ressorts et des roues, et que comme le timbre ne rend aucun son , s'il ne reçoit les coups de marteau, de même l'âme ne pense point, si les esprits animaux n'agissent sur son timbre f
Ne craignons pas que l'envoyé de Dieu vienne révolter notre raison par trop d'inepties. L'air, quelque subtil qu'il soit, des vapeurs, quelque légères qu'elles soient, le feu de l'élher, quelle que soit son activité, n'en sont pas moins matière, par conséquent moins incapables de sentir et de penser que tout autre corps, qu'une pierre, que du fer. L'âme du monde n'est rien, ou si elle est quelque chose qui pense, elle n'a point de parties, elle est simple et indivisible. 11 serait moins absurde de nous dire que nous ne connaissons pas assez l'eau ni le feu pour refuser à l'eau la propriété de brûler, et au feu celle de rafraîchir, que de nous dire que nous ne connaissons pas assez la matière pour lui refuser la propriété de penser. Serait-il aussi plus absurde de nous renvoyer à l'anatomie d'une plante pour découvrir un être pensant caché dans sa moelle environnée de tous ses vaisseaux, que de nous renvoyer à l'anatomie de la moelle de notre cerveau et des nerfs qui y aboutissent, pour y découvrir notre âme? Serait-il aussi plus ridicule de faire penser une montre qui sonne les heures , lorsque son timbre reçoit les coups de marteau , que de faire penser une partie quelconque du corps humain , soit osseuse, soit charnue, soit nerveuse, soit cartilagineuse , lorsqu'elle reçoit les coups des esprits animaux?
Ne craignons pas non plus que l'envoyé de Dieu , pour nous rendre raison de cette foule de maux tant intérieurs qu'extérieurs dont nous sommes tourmentés, nous enseigne, avec Pline, à nous plaindre d'une nature marâtre, qui ne nous ait faits que pour avoir le cruel plaisir de nous écraser, ou qu'il en chargeavec Manèsun principe éternel du mal ennemi de l'humanité , ou qu'il nous impute des crimes commis dans une autre vie, ouqu'avec les poêles il ait recours à la boîte de Pandore envoyée du ciel par Jupiter pour punir Prométhée d'avoir dérobé le feu du ciel. Craignons encore moins qu'il ne nous laisse pour toute consolation dans nos misères qu'une vaine espérance cachée au fond de la boîle fatale. Ce ne sont là que des contes puériles que la raison ne peut supporter.
La nature est un mot vide de sens, si ce moi est employé pour signifier autre enoso
PREUVES DE LA RELIGION DE JESUS-CHRIST. — PART. ïï.
que l'Auteur même de la nature, on les corps, dont le monde est l'assemblage ; or, l'homme coupable et misérable ne peut sortir immédiatement des mains de l'Auteur de la nature. Un principe éternel du mal n'a de réalité que dans les imaginations illuminées. Des crimes commis dans une autre vie, Jupiter, le vol de Prométhée, la boîte de Pandore, ne sont que de pures fictions.
XI. Ecoutons Moïse. Le Dieu qu'il nous annonce est un, infini, parfait, seul digne de venger les crimes et de couronner la vertu, parce qu'il est seul la sainteté même. Ce grand Dieu n'a besoin pour faire tout ce qu'il veut que de lui-même et de sa volonté toute- puissante. 11 n'a pas seulement, arrangé le monde, il l'a fait tout entier dans sa matière et dans sa forme. Avant qu'il eût donné l'être, rien ne l'avait que lui seul. Il fait tout, et il fait tout par sa parole. Pour faire de si grands ouvrages, il ne lui en coûte qu'un mot, c'est-à-dire il ne lui en coûte que le vouloir. En lui seul réside la fécondité et la puissance. Tout sort immédiatement de sa main, la lumière , le soleil , les astres, les plantes, les animaux, le corps de l'homme, mais ce dernier avec une conformation qui lui montre son origine et le lieu où il doit tendre. Ce n'est point de la matière qu'il tire l'être dont il anime un corps si bien travaillé; il l'inspire d'en haut. C'est un souffle de vie qui vient de luimême. C'est un être pensant qu'il fait à son image et qui doit vivre de raison et d'intelligence. Ce n'est ni un air subtil , ni une vapeur déliée , ni une portion de la nature diviue. L'air et la vapeur sont incapables de penser, et la nature divine est une et simple, et non un tout qui se partage, et quand elle aurait des parties, elles ne seraient pas faites. Or l'âme est faite, et une chose faite à l'image de Dieu. Moïse réserve à un autre prophète de nous développer les suites de cette doctrine sur l'âme et les merveilles de la vie future.
Mais l'homme, cette créature si distinguée et si supérieure à toutes les autres, au lieu d'être reconnaissant et soumis, oublie qu'il a tout reçu; il veut être libre et indépendant; il veut être heureux en lui-même, sage par lui-même; il affecte la divinité; i[ s'élève contre le Créateur. Tout change en un moment pour lui. Ses organes se dérèglent, ses sens se révoltent, son imagination s'égare, ses inclinations se pervertissent, tout se tourne pour lui en supplice. Il est condamné et frappé non-seulement en sa personne, mais encore dans tous ses enfants comme dans la plus vive et la plus chère partie de lui-mêmo. Coupable et malheureux , il ne fera que des coupables et des malheureux. Mais il ne sera point la proie éternelle des misères. On lui promet une délivrance future dès le jour môme de sa perte. Que ces idées sont au-dessus do toutes les pensées humainesl Qu'elles sont dignes de Dieu même! Que de doutes éclaircis ! Que de systèmes anéantis l Que de spectres, que de fantômes dissipés 1 Quel
supplément nour notre raison 1 Quelle précision I Quelle certitude n'ajoute pas Moïse aux idées empreintes dans notre âmel
XII. Mais que devons-nous faire pour plaire à ce grand Dieu qui nous a tirés du néant par sa parole, qui nous conserve par sa boulé, qui nous gouverne par sa sagesse, qui nous punit par sa justice, qui nous délivre par sa miséricorde, qui nous tient toujours assujettis à sa puissance, qui nous éclaire de si vives lumières?
Donnons-nous de garde de consulter ici les philosophes grecs et ceux de nos jours, qui se glorifient de marcher sur leurs traces. Quelle pourrait être leur réponse, si elle était conforme à leurs systèmes sur Dieu et sur l'homme ? Dans celui d'Epicure et de Straton, tout est matière, tout est l'effet du hasard, ou de certaines lois mécaniques : or il est manifeste que la matière, le hasard, des lois mécaniques, ne méritent ni culte, ni hommage, et que nous sommes nous-mêmes incapables d'en rendre aucun, puisque soumis à l'action des corps qui nous environnent, nous en suivons l'impression, comme des machines suivent celle des ressorts qui les font mouvoir. Dans le système de Zenon et des stoïciens ses sectateurs, tout est encore matière, tout est conduit par une fatalité insurmontable ; il n'y a donc dans la nature, ni objet qui soit digne de respect et d'adoration, ni sujet qui soit capable de respecter et d'adorer. Il est vrai que dans le système d'Anaxagore et de Platon, on reconnaît une intelligence qui anime la matière et qui nous anime nous-mêmes. Mais cette intelligence est très-imparfaite, quoiqu'on la dise infinie; sa puissance est bornée, elle est assujettie à des règles qui la dirigent nécessairement; elle fait tout ce qu'elle peut ; nous ne recevons d'elle que celle qu'elle ne peut nous refuser : nous ne lui avons donc pas plus d'obligation'.dece que nous sommes, qu'elle en a elle-même de ce qu'elle est : nous sommes donc dispensée de tout devoir à son égard Ajoutez que, si notre âme est une portion de cette âme du monde, nous imposer des devoirs à son égard, ce serait lui en imposer à elle-même.
Mais, direz-vous, les ouvrages qui nous restent de ces anciens maîtres de la Grèce, sont remplis de belles règles, de beaux préceptes, d'excellentes maximes surles mœurs, sur l'honnêteté et sur la vertu, sur le respect dû aux dieux. Je l'avoue, mais ce sont certainement, des inconséquences dans ces disputeurs, puisqu'il est manifesle| que toute leur morale est incompatible avec leurs principes sur Dieu et sur, l homme. J'entrevois un moyen de les concilier avec euxmêmes; c'est de distinguer en eux l'homme et le philosophe, je veux dire la raison et les passions.
Qu'était-ce que ces sages systématisant sur Dieu et sur l'homme? c'étaient des superbes entlés de la supériorité de leurs lumières, et des voluptueux, la plupart livrés à des crimes contraires à la société et à l'ordre delà nature, qui cherchaient h étouffer
en eux tout reproche et tout sentiment do crainte. Voilà quel était l'inspirateur de tous ces" systèmes : Cicéron nous le décèle cet inspirateur, en nous manifestant ses propres dispositions. Après avoir rapporté l'opinion de Straton, qui était le plus grossier matérialisme. Il me sauve, dit-il , une grande frayeur; car enfin qui peut croire qu'un Dieu pense à nous, et ne pas trembler nuit et jour dans la persuasion où l'on sera que c'est sa justice qui nous punit, lorsqu'il nous arrive de ces accidents fâcheux à quoi tous les hommes sont exposés (Cicûr., Quœst. Acad., édit. I, lib. h, c. 38.) C'est où ils en voulaient venir par ce principe qui leur était commun : Que Dieu ne se fâche jamais, ne fait jamais de mal aux hommes, ni dans celte vie, ni dans l'autre. (Id., De officiis, 1. m, c. 28, n. 102.) C'est à ce but que Pythagore tendait par son système de la métamorphose et de la métempsycose; c'est-à-dire en ne faisant consister la mort que dans le changement d'une l'orme que la matière avait, en une nouvelle, et dans le passage de l'âme d'un corps en un autre. Il est est vrai qu'il menace de supplices, après la mort, les vicieux ; un féroce, par exemple, de devenir ours, un voleur de devenir loup, un fourbe renard: mais il est visible que dans son système, ce n'était là qu'une pieuse tromperie pour contenir le peuple dans le devoir. Serait-ce même une punition pour une âme féroce de passer dans le corps d'un ours? c'est la mettre dans la situation Japljis proprepour contente! 5-a passion.
Tel est le portrait d'après nature de ces faiseurs de systèmes. Semblables à nos athées et à nos déistes, ce sont des hommes qui veulent suivre leurs penchants déréglés, sans trouble et sans remords; et qui, pour y parvenir, s'efforcent de se persuader que le principe de toutes choses (ils confessent tous, l'athée comme le déiste, qu'il y en a un, une première cause) est la matière môme, ou que si ce principe est intelligent, il n'est ni libre ni juste; ou que s'il est libre, après avoirfait son ouvrage, il l'abandonne à des lois qu'il leur plaît d'appeler lois de la nature; ou que s'il en prend soin, ils ne sonteux-mêmes qu'un peu de de matière organisée qui périt par la dissolution de ses parties qui arrive à la mort.
Mais ces anciens philosophes n'étaient pas sans cesse dans l'enthousiasme du système, ni dans l'ivresse des passions. Durant ces intervalles de calme et de sens-froid, ils redevenaient hommes, ils recouvraient la raison. Ils ne pouvaient alors s'empêcher de vpir la beauté de certains sentiments qui
nous sont naturels, et d'être frappés de l'évidence de certaines idées empreintes dans notre âme, qui sont une émanation de cette lumière éternelle qui luit toujours, jusqu'à un certain point, dans tous les esprits. De là ces règles pures de bonne foi et de justice, ces maximes salutaires sur l'honnêteté, la vertu, le gouvernement, répandues dans leurs ouvrages. Mais de quelles ténèbres n'y est pas couverte la lumière 1 jugez de ces sages par Lycurgue, le fameux législateur de „Lacédémone : quelle injustice, quelle barbarie dans la loi qui condamnait à mort les enfants qui avaient le malheur de naître avec une complexion trop faible et trop délicate 1 Quelle cruauté, quelle inhumanité dans l'épreuve de la patience et de la fermeté des jeunes Lacédémoniens : on les fouettait jusqu'au sang, et souvent jusqu'à la mort, sur l'autel deDiane ! Quelle dureté autorisée dans les mères, elles se réjouissaient de la mort de leurs enfants tués dans les combats 1 Quelle dureté permise à l'égard des esclaves 1 Quelle infamie dans les luttes ordonnées où les jeunes gens de différent sexe combattaient nus les uns contre les autres 1 Quelle horreur dans la licence effrénée accordée aux personnes engagées dans le mariage 1 Détournons les yeux de dessus îant d'infamies ; tournons-les vers Moïse pour apprendre à honorer notre Dieu.
XIII. Adorez Dieu, nous dit-il, et n'adorez que lui seul. Aimez-le de tout votre cœur, de tout votre esprit, de toute votre âme. Respectez son saint nom. Consacrez-vous à son culte. Honorez votre père et votre mère. Soyez justes, chastes, vrais, fidèles. Aimez vos semblables. N'attentez ni à leur vie, ni à leur réputation, ni à leurs biens. Interdisez-vous jusqu'au plus faible désir injuste. Qu'une morale si-pure est bien assortie à la grandeur des idées que Moïse nous a données.du Créateur et de la créature raisonnable 1
Nous ne pouvons, je l'avoue, régler nos sentiments et notre conduite sur des maximes si épurées, sans déclarer la guerre à nos passions, qui en sont les ennemies. Mais est-il glorieux de leur céder? Est-il beau de mener une vie brute? En résistant à des passions qui nous dégradent,ne trouverons-nous aucun dédommagement dans l'amour du Créateur, qui nous ennoblit? Faisons-en l'essai. Le chemin delà vertu paraît d'abord rude et difficile : mais bientôt il s'aplanit ; on y marche avec joie. Le Dieu de Moïse s'est engagé de nous y soutenir et de nous fortifier. 11 a promis un Sauveur. Voyons l'accomplissement d'une si haute promesse.