CHAPITRE H
Eclaircissement de quelques difficultés.
I. Mais, direz-vous, qu'est-ce qu'un esprit ? Je réponds que c'est un être pensant. La réponse est simple. Je défie tous les matérialistes d'en faire voir la fausseté et d'opposer rien de solide aux preuves sur lesquelles est appuyée l'immatérialité d'un être pensant.
Examinons tranquillement si la difficulté que vous trouvez à concevoir un esprit doit vous paraître sérieuse. Vous vous laites un monstre d'un esprit, parce qu'en le dépouillant de toutes sortes de parties, en niant qu'il ait un dessus, un dessous, des côtés, en un mot, en excluant de lui toutes les propriétés de la matière, vous ne concevez plus qu'il puisse exister en un lieu, ni occuper un espace. Car s'il existait en un lieu, il aurait dès là même une superficie; s'il occupait un espace, il répondrait aux diverses parties de l'espace dont il serait environné ; et par conséquent, il aurait lui-même des parties.
Or, cette difficulté peut-elle vous paraître sérieuse? Quelque effort que vous fassiez, il vous est impossible de vons représenter la pensée sous une image, sous une figure, avec des parties. Essayez, par exemple, de donner une superficie à un désir, à un vouloir. Essayez d'imaginer le rapport d'une réflexion," d'un jugement, d'un raisonnement, à la partie A, ou à la partie B, d'un espace quelconque. Il est aussi absurde de vouloir imaginer la pensée que de vouloir ouïr des couleurs et voir des sons.
Conclurez-vous que la pensée n'est rien de réel, et qu'elle n'existe en aucune sorte, parce qu'elle n'occupe aucun espace? Vous en devez conclure, au contraire, que la pensée n'a rien de commun avec les corps ; qu'elle est d'un ordre supérieur; qu'elle n'en est pas moins réelle, quoiqu'elle n'existe