CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
Idée des prophètes. — Réponse à Spinosa. —
Plan de la troisième partie.
Article I. — Idée des prophètes.
I. Le Messie, ouïe Libérateur promis au premier homme, est le centre de la révélation, et le grand objet des desseins du Créateur dans la conservation du monde. Le peuple choisi pour être le dépositaire d'une promesse si auguste, n'est pas seulement conduit par une Providence générale et commune; Dieu s'en rend lui-môme le chef, le législateur et le roi; et le montre comme en spectacle à tout l'univers parles merveilles qu'il y opère. Nous avons vu par combien de prodiges frappants, publics, notoires, il l'a fait sortir de l'Egypte, et subsister dans le désert. Ce n'est que par de nouveaux prodiges qu'il l'établit sur la terre qu'il lin o destinée. Dès que l'arche touche les bords du Jourdain, les eaux de ce fleuve enflé et débordé, se divisent en deux pour ouvrir un passage: une partie s'écoule, selon sa pente naturelle; et 1 autre est suspendue jusqu'à une hauteur extraordinaire. Les murailles de la ville de Jérichose renversent d'elles-mêmes à Ja présence de l'arche, portée sept jours de suite autour de son enceinte. Le soleil s'arrête dans sa course pour assurer la victoire à Josué. Les nuées sont converties en une grêle de pierres pour écraser ses ennemis. (Josue, m, iv, vi, x.)
C'est encore par des preuves sensibles et réitérées de sa puissance que Dieu maintient les Israélites dans la terre de Chanaan, qu'il les en chasse, qu'il les y rappelle, à proportion qu'ils lui sont fidèles, ou qu'ils se laissent entraîner vers les idoles. En sorte que l'histoire de ce peuple, qui n'est qu'une alternative continuelle de consolations et d'afflictions, de récompenses et de châtiments, est visiblement l'exécution des promesses et des menaces de Moïse.
II. Dieu toujours attentif à sa promesse, établit une famille royale d'où le Messie;doit naître, et il la choisit dans Juda. David, jeune berger, sorti de cette tribu, le dernier des enfants d'Isaï, fut sacré par Samuel dans dans Bethléem, sa patrie. (/ Reg. xvi.) Dieu a choisi les princes, dit David, dans la tribu de Juda. Dans la maison de Juda, il a choisi la maison de mon père. Parmi les enfants de mon] père, il lui a plu de m élire roi sur tout son'peuple d'Israël; et parmi mes enfants, il a choisi Salomon pour, être assis sur le trône du Seigneur, et régner sur Israël. (I Parai. xxviii, fc, 5.) Cette élection divine avait un
objet plus relevé que celui qui paraît d abord. Le Messie tant de fois promis comme le fils d'Abraham, devait aussi être le fils de David et de tous les rois de Juda. David le chante dans ses psaumes avec une magnincence que rien n'égalera jamais. C'est ce qui a rendu ces cantiques si précieux au peuple juif, qui les a toujours conservés comme les ouvrages d'un homme aussi grand prophète qu'il était grand roi.
III. David n'est pas le seul prophète occupé Ju Messie; Dieu en suscita un grand nombre d'autres durant plusieurs siècles, pour en renouveler la promesse, et pour en annoncer l'avènement. Ces hommes célèbres, séparés du reste du peuple par une vie retirée, et souvent par un habit particulier, étaient tous consacrés à la méditation delà loi, à la prière et aux exercices de la vertu. Quelques-uns vivaient dans une espèce de communauté, sous un supérieur que Dieu leur donnait.
Dans les temps de désordres où il semblait que l'idolâtrie allait abolir la loi, ces grands hommes pleins de zèle et de force, malgré les persécutions qu'ils avaient à essuyer de la part des méchants, et malgré les combats qu ils avaient à soutenir de la part des faux prophètes, qui se disaient envoyés de Dieu, et qui étaient écoutés des princes et du peupLe, parce qu'ils leur promettaient ce qui était conforme à leur désirs, ces grands hommes faisaient retentir de. tous côtés, et d» vive voix et par écrit, les menaces de Dieu, et le témoignage qu'ils rendaient à sa vérité. Les gens de bien encouragés par leur exemple, et fortifiés par leurs exhortations, s'unissaient à eux, et demeuraient fermes dans l'alliance. Leurs écrits étaient entre les mains de tout le peuple, soigneusement conservés en mémoire perpétuelle aux siècles futurs, et sont venus jusqu'à nous par unetradition non interrompue qui remonte jusqu'au teinps des prophètes.
IV. Si les passions n'ôtaient pas la raison, tout aurait dû plier sous l'autorité de ces hommes admirables. Outre les miracles éclatants que plusieurs opéraient, leurs prophéties étaient des preuves évidentes de leur mission divine. S'ils n'avaient prédit que des événements fort éloignés, il aurait fallu attendre longtemps, pour savoir s ils étaient prophètes; et ils n'auraient pu avoir aucune autorité pendant leur vie. Mais ils en faisaient qui étaient accomplies peu de temps après qu'ils les avaient publiées. D'autres avaient leur accomplissement un peu plus lard, mais durant la vie du pru-
phète. Alors l'illusion des faux prophètes était démontrée; la séduction et l'incrédulité qui avaient prévalu, s'évanouissaient; on était contraint de respecter ce qu'on n'avait pas cru. On ne pouvait plus douter que la lumière du prophète ne vînt de Dieu; on attendait avec une entière certitude que ce qui lui était révélé pour des temps plus reculés, s'accomplirait aussi infailliblement, que ce qu'il avait prédit pour un temps plus voisin.
Les monuments publics attestaient ce qui était accompli : l'instruction en faisait passer la mémoire aux enfants; et ceuxrci joignant ce qui arrivait de leurs jours, à ce qui était arrivé au temps de leurs pères, laissaient à leur postérité un profond respect pour les prophètes qui l'avaient prédit, et une ferme espérance que tout ce qui était contenu dans leurs autres prédictions s'accomplirait.
C'est ainsi que leurs livres ont mérité d'être regardés comme des livres divins. La preuve était sûre et à la portée des plus simples. On croyait l'avenir, parce qu'on voyait le présent. On était persuade que la révélation était divine, parce qu'elle était infaillible, au-dessus de toute connaissance humaine, et que les prophètes dont il s'agit, se donnaient toujours pour inspirés, qu'ils parlaient au nom du Seigneur, qu'ils ne faisaient que l'écouter, et répéter ce qu'il leur disait, dans les mômes termes qu'il leur suggérait. (Voy. part, n, col- 216.)
La lecture des prophéties comparées avec l'histoire des Juifs, des peuples voisins et du monde entier, vous rendra sensible tout ce que je viens de vous dire. Vous verrez dans les prophètes les révolutions des villes et des empires annoncées avec un amas de circonstances qui vous étonneront, les temps marqués par des dates précises, les lieux désignés par des caractères propres, souvent même par leur nom; et vous verrez dans l'histoire l'accomplissement exact des prédictions. Il faut vous en donner quelques exemples, en attendant que vous vous appliquiez à la lecture des prophètes.
V. Phacée, roi d'Israël, et Ilasin, roi de Syrie, s'unissent pour détruire entièrement Je royaume de Juda, et viennent mettre le siège devant Jérusalem. Le cœur d'Achaz et le coeur de son peuple fut saisi et trembla de crainte , comme les arbres des forêts tremblent lorsqu'ils sont agités des vents. Isaïe annonce hautement que l'entreprise sera vaine; que dans peu de temps Damas, capitale de Syrie, et Samarie, capitale du royaume d'Israël, seront assujetties au roi des Assyriens. (Isai. m, 1, 2, 7; vm, 4.) L'événement ne peut être plus conforme à la prédiction : Jérusalem ne succombe pas sous les elforts de ces deux puissants ennemis confédérés : ces deux rois périssent euxmêmes; et Teglathphalasar se rend maître do Samarie et de Damas. (IV Reg. xv, 29, 30; xvi, 9.)
Quelques années après, sous le règne d'Ezéchias, tils et successeur d'Achaz, Seuna-
chérib, pelit-fils de Teglathnhalasar, à la tête d'une armée formidable, se répand comme un fleuve débordé, dans le royaume de Juda, et inonde tout le pays, selon que l'avait prédit Isaïe , qui avait inarqué la route, les séjours, les campements, la défaite de ce monarque, avant qu'il eût songé à sortir d'Assyrie. (Isai. vin, 7; x, 28 seq.) Jérusalem reste seule à Ezéchias, toutes ses autres villes ayant été forcées, ou s'étant rendues. Elle est bloquée et réduite à la dernière extrémité, sans troupes, sans vivres, sans aucune espérance de secours humain, surtout depuis que Tharaea, qui venait à son secours, a été taillé en pièces avec tous les Egyptiens. Le prophète assure toujours Ezéchias que la ville ne sera point prise, qu'elle ne sera pas même assiégée dans les formes, que l'ennemi ne lancera pas contre elle un seul trait, que bientôt une armée si formidable sera exterminée tout d'un coup , et sans le concours d'aucun homme, et son roi mis en fuite. (Isa. xxxvi, xxxvii.) Tout arrive selon la prédiction : l'ange du Seigneur ôte la vie dans une seule nuit à cent quatre-vingt-cinq raille hommes. Sennacherib se retire presque seul avec beaucoup de honte, et est tué à son tour (IV Reg. xix, 35, seq.), comme Isaïe l'avait encore prédit. Ce prodige fut su de toutes les nations voisines, et l'éclat en fut tel que de toutes parts on vint offrir des sacrifices à Jérusalem, et féliciter Ezéchias d'une protection si miraculeuse. (It Parai, xxxn, 23.)
Ce roi si protégé ne fut pas dans la suite inaccessible aux atteintes de l'orgueil. Attaqué d'une maladie mortelle, il recouvre la santé par un prodige. Mérodach Baladan, roi de Babylone, lui envoie des ambassadeurs pour le congratuler. Ezéchias, sensible à cet honneur, montre avec trop de complaisance à ces ambassadeurs tout ce qu'il a de plus précieux. [Isai. xxxvm.) Isaïe vient lui dire de la part de Dieu, que tous ses trésors seraient portés à Babylone, que des princes nés de son sang y seraient captifs, et qu'ils y seraient employés par le vainqueur à des ministères humiliants. La prédiction s'accomplit à la lettre. Nabuchodonosor en fut l'exécuteur. (Isai. xxxix, 5 , 6, 7.) Put-on alors, en voyant celte prédiction si exactement vérifiée, douter du retour de la captivité, que le même prophète avait prédit si souvent en termes si magnifiques en marquant le vainqueur de Babylone et le libérateur des Juifs, et en le désignant par son nom plus de deux cents ans avant sa naissance : C 'est Dieu qui dit de Cyr us : Celui-ci sera le pasteur de mon troupeau, et il exécutera tous mes ordres ; qui dit de Je' rusalem : Elle sera rebâtie, et a>x temple : Tu seras fondé. {Isai. xliv, 46, 52, 28; xlv, 1-4.)
Le même prophète prédit que Babylone, cette ville si distinguée entre les royaumes du monde, dont l éclat inspirait tant d'orgueil aux Chaldéens, sera détruite, comme Sodome et Gomorrhe que le Seigneur a renversées; quelle ne sera plus jamais habitée,
PREUVES DE LA RELIGION DE JESUS-ClIRIvST. — PART. 111.
et qu'elle ne se rebâtira point dans la suite de tous les siècles, etc. (Isai. xm, 1 seq.) 11 est étonnant avec quelle exactitude toutes les pat lies de cette prédiction ont été accomplies. Babylone cessa d'abord d'être la ville régnante. Elle fut ensuite dépeuplée par les nouvelles villes de Seleacio et de Ctesiphon, qui furent bâties à ce dessein dans son voisinage. Ses murs ne servirent plus qu'à environner un lieu malsain et désert, dont les rois de Perse firent un parc pour la chasse. Insensiblement les murailles tombèrent en ruine. L'Euphrate qui divisait autrefois la ville, n'ayant plus son cours libre à cause des démolitions, se fit un nouveau canal éloigné de son ancien lit. Un faible ruisseau qui continua d'y couler, n'ayant pas d'issue, fit un lac et des marais inaccessibles. Et les plus habiles ne sauraient marquer aujourd'hui bien certainement le lieu où Babylone était située : tant le serment que Dieuavait fait d'en effacer jusqu'aux moindres vestiges a été sévèrement accompli.
VI. Joachim vient de monter sur le trône, et Jérémie lui déclare et à la reine, qu'ils tomberont dans la servitude. [Jercm. xm, 18.) La prédiction fut justifiée par l'événement. {II Parai, xxxvi, 6.) Jéchonias, nommé ailleurs Joachim, son fils, lui succède; mais il ne règne que quelques mois, et est emmené à Babylone avec sa mère (IVReg. xxiv, 12), comme l'avait prédit le prophète. (Jercm. xxii, 24, 26.) En vain se flalte-t-on que Sédécias, rais à la place de Jéchonias, jouira d'un règne heureux; Jérémie ( c. xxiv) assure le contraire. Il prédit que les exilés à Babylone retourneront dans leur pays; que ceux qui y sont demeurés sous Sédécias périront; que Sédécias sera plus malheureux que son prédécesseur; que la servitude de celui-ci sera adoucie, au lieu que la misère de l'autre sera sans consolation ; ce qui arriva : on tue les enfants de Sédécias en sa présence. On lui crève les yeux à lui-même. (IV Reg. xxv, 7.) On le charge de chaînes, et on l'emmène à Babylone. (Ibid., 27.) Ainsi s'accomplit la prophétie d'Ezéchiel, (xii, 13), qu'il serait emmené à Babylone, et qu'il ne la verrait pas de ses yeux. Jéchonias au contraire est tiré de prison par Evilmerodach, successeur de Nabuchodonosor, mis au-dessus de tous les rois captifs, et admis tous les jours à la table du prince régnant.
Dans le chap. xlvi et suiv. jusqu'au lu, le prophète marque en particulier la conquête future de toutes les nations que Dieu avait résolu d'assujettir au roi de Babylone; et il entre dans un si merveilleux détail, qu'aucune histoire n'est aussi exacte, et qu'on croit être témoin de tout ce qui se passe, tant les circonstances en sont vivement et fidèlement représentées. Mais rien n'est plus frappant ni plus divin que la prédiction qu'il fait de la liberté et du retour de ceux qui étaient menés captifs à Babylone; du temps de leur captivité fixé au terme précis de soixante et dix ans; des bornes assignées à l'empire des Babyloniens,
et à la postérité de Nabuchodonosor; la durée de l'empire étant limitée à soixante et dix ans, et celle de la postérité de Nabuchodonosor, à son petit-fils.
Le temps vient, dit le Seigneur, qu'on ne dira plus : Vive le Seigneur qui a tiré les enfants d'Israël de l'Egypte : mais vive le Seigneur qui a tiré les enfants d'Israël de la terre de l'Aquilon, et de tous les pays où il les avait chassés; car je les ramènerai en leur pays, en cette terre que j'ai donnée à leurs pères. (Jerem. xvi, 14, 15; xxm, 7, 8.)
Voici ce que dit le Seigneur : Lorsque soixante et dix ans se serontpassésàBabylone, je vous visiterai, et je vérifierai, en vous faisant revenir en cette terre, les paroles favorables que je vous ai données. (Jerem. xxix, 10.)
Toute cette terre (la Judée) deviendra un désert affreux, qui épouvantera ceux qui le verront; et toutes ces nations seront assujetties au roi de Babylone, pendant soixante et dix ans. Mais lorsque les soixante et dix ans seront finis, je visiterai, dans ma colère, le roi de Babylone et son peuple, dit le Seigneur je jugerai leur iniquité et la terre des Chaidéens, et je la réduirai à une éternelle solitude. (Jerem. xxv, 11, 12.)
J'ai livré tous ces pays entre les mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone, mon serviteur. Tous ces peuples lui seront assujettis à lui, à son fils, et au fils de son fils, jusqu'à ce que le temps de punir aussi ce royaume soil venu : jusque-là plusieurs peuples et de grands rois lui seront soumis. (Ibid.)
Je ne vous avertis pas de l'accomplissement de ces prophéties, vous savez mieux que moi que Cyrus, le libérateur des Juifs, conquit le royaume de Babylone, possédé alors par Nabonide ou Balthàsar, fils d'Evilmerodach, fils de Nabuchodonosor, qui était enfin monté sur le trône de ses pères après la mort des usurpateurs Neriglissor et Laborosoarchod.
VII. Ezéchiel transféré a Babylone avec le roi Jéchonias , exerçait au milieu de ses frères captifs comme lui, le même ministère que Jérémie à Jérusalem. Dans le même temps que Sédécias était en paix , et que l'intérêt et la religion engageaient ce prince à demeurer fidèle au roi de Babylone , Dieu révélait dès lors à Ezéchiel (Ezech. xvn, 14 seq.) que ce prince trompé par la confiance au roi d'Egypte , deviendrait rebelle et parjure, et qu'il s'attirerait une guerre , dont la ruine de Jérusalem et de la Judée serait la fin. Le prophète ne se contente pas de prédire ces malheurs , il emploie les actions aussi bien que les paroles. Il dessine lui-même le siège de Jérusalem. Il annonce l'extrême famine que le siège y causera , en l'éprouvant dans sa personne pendant autant de jours que les assiégés doivent la sentir. Et il représente dans un plus grand détail que l'histoire même tout ce que seraient contraints de faire les habitants de Jérusalem , et toutes les circonstances de la fuite et de la prise du roi Sédécias. (Ezech. iv , 1 seq. : xn, 2 seq. ; iv , 9 seq.) Il décrit le doute où serait Nabuchodonosor, s'il ferait
le siège de Jérusalem, ou celui de Rabbath, capitale des Ammonites, q.uelle serait son irrésolution, quels moyens il emploierait pour en sortir , et à quoi ces moyens le déterminerait. (Ezech. xxi, 19 seq\) Il prédit la conquête de l'Egypte par Nabuchodonosor comme une récompense que le Maître du monde et des empires donne à ce prince pour le service qu'il lui a rendu au siège de Tyr. 1! voit so'us le symbole d'une grande quantité d'os qui reçoivent le mouvement et la vie , le rétablissement des captifs dans la Judée , et il ranime l'espérance de ces pauvres captifs, en leur faisant part de sa vision. (Ezech. xxix, 18, 19.)
VIII. Daniel était du nombre de ces captifs, ses propbéties étaient déjà si célèbres dans tout l'empire de Babylone, qu'Ezéchiel son contemporain , quoique plus âgé, pour confondre l'orgueil du roi de Tyr qui affectait la divinité , lui demande s'il est donc plus sage que Daniel , et s'il connaît comme lui les choses les plus secrètes et les plus cachées. L'inspiration divine est d'une telle évidence dans ce prophète, que ses prophéties paraissent être faites sur le passé plutôt qve sur l'avenir. [Ezech. xxvm, 1 , 2, 3.)
il voit dans les différents métaux dont la statue que Nabuchodonosor avait vue dans le sommeil était composée, autant de monarchies différentes qui se succéderont les unes aux autres, et dont les premières seront détruites par les suivantes. La première est la monarchie des Babyloniens ; la seconde, suivant quelques interprètes , celle des Mèdes ; la troisième celles des Perses ; la quatrième celle des Grecs. Il serait peutêtre mieux de ne pas diviser en deux la monarchie des Mèdes et des Perses, et de mettre pour la quatrième celle des Romains. A ces empires, le prophète en voit succéder un autre, qui est l'ouvrage du Tout-Puissant, qui renverse les quatre premiers, qui remplit l'univers, et qui sera éternel. A ces caractères, peut-on méconnaître l'empire de Jésus-Christ? (Dan. il, 31 seq.)
Daniel n'abandonne pas à nos faibles conjectures l'explication des monarchies qu'il voit dans la suite sous la figure d'un bélier et d'un bouc. Le bélier est le roi des Perses et des Mèdes. Le bouc est le roi des Grecs. Il voit Alexandre le premier roi des Grecs ; il voit Ja rapidité de ses conquêtes qu'il exprime en disant de ce conquérant qu'il vient sur la surface de toute ta terre , sans qu'il touche néanmoins la terre. 11 voit que ce prince n'aura aucun successeur qui lui soit égal; qu'il n'aura point de fils qui lui succède, que son empire se démembrera en quatre principaux royaumes, que ses successeurs seront de sa nation et non de son sang, et qu'il y aura dans lés débris d'une monarchie formée en si peu de temps , de quoi composer des Etats , dont les uns seront à l'Orient, les autres au Couchant, les uns au Midi, les autres au Septentrion (Dan. VHi, 1 seq.; 20, 22.)
Il voit (Xerxès) le quatrième successeur de Cyrus , assembler toutes ses forces cou-
Ire la Grèce. Il voit toutes les persécutions d'Antiochus Epiphanes contre les Juifs au temps des Machabées, la manière dont il abolirait le sacrifice qui s'offrait tous les jours dans le temple de Jérusalem, la profanation qu'il ferait de ce lieu saint en y établissant une idole, et la>engeance que Dieu en tirerait. Il voit les guerres que se feront les rois macédoniens, successeurs d'Alexandre, dans les royaumes de Syrie et d'Egypte, leurs invasions mutuelles, leur peu de sincérité dans leurs traités, leurs alliances par des mariages qui ne serviront qu'à couvrir l'artifice. (Dan. xi, 2; vm, 9, 23, 11 ; xi, 3, 5 seq.) IX. Je ne vous citerai pas d'autres exem-
ples. Ceux que je viens de vous mettre sous les yeux me paraissent bien suffire pour vous donner une idée des prophètes. On ne peut attribuer ni la force de leur génie, ni a la supériorité de leurs lumières, ni à la profonde connaissance qu'ils avaient du caractère des hommes et des peuples, des prédictions si précises, si détaillées, si fort au-dessus du ressort de la prévoyance humaine et si fort éloignées de toute vraisemblance dans le temps qu'elles étaient faites. La divinité des prophéties est manifeste. Le doute le plus léger sur cela, ne peut être l'effet de la raison. Il ne pourrait être que l'effet d'une incrédulité volontaire, don* quelque passion serait la raeine secrète. Quelle idée peut-on donc avoir des esprits forts qui refusent de voir ce caractère divin si marqué dans les prophéties?
Article 11. — Réponse a Sphiosa*
I. Spinosa (Tract, theol. polit., ch. 1 et 2.) ne voit dans les prophètes qu'une imagination vive, ni dans leurs prédictions que les effets de leurs préjugés, de leur éducation, de leur tempérament. Selon lui, les prophètes ne rapportent à Dieu ce qu'ils disent que par un langage familier à la nation juive. Ils se contredisent mutuellement et à peine ont-ils quelque connaissance de la Divinité. L'impiéténe peut aller plus loin. Mais il n'est pas étonnant que lorsqu'on ne veut point de Dieu, on ne veuille point de prophètes. L'idée de ces hommes admirables que nous venons de puiser dans leurs écrits, nous met en droit de mépriser de si vains discours. 11 n'y a que la frénésie qui puisse les dicter, comme il n'y a que l'amour effréné du vice qui puisse les recevoir. Mais ne laissons rien sans réponse.
H. Y a-t-il le sens commun de donner aux prophètes une imagination plus vive qu'aux autres hommes? Ou les prophéties sont réelles et véritables, ou elles ne le sont pas : si elles ne sont ni réelles ni véritables, c'est en pure perte qu'on fait présent aux prophètes d'une vive imagination. Si les prophéties sont réelles et véritables, c'est-à-dire si elles ont pour auteurs ceux dont elles portent le nom et qu'elles aient été vérifiées par l'événement, quelle part y a eu l'imagination ? Estce que l'imagination est plus propre que les autrcsfacultés de l'âme, à percer les ténèbres
de l'avenir? Ou bien est-ce que l'avenir peut remuer plus facilement l'imagination queles autres facultés de l'âme ? Isaïe, par exemple deux cents ans avant la naissance de Cyrus, vovait-il par la vivacité de son imagination, ce prince triomphant de Babylone et renvoyant les Juifs dans leur patrie? Ou bien Cyrus, deux cents ans avant qu'il fût était-il plus capable d'agir sur l'imagination d Isaïe que sur Ion entendement? Est-ce parce que Daniel a une imagination vive qu'il voit les conquêtes rapides d'Alexandre et les fureurs impies d'Antiochus, des siècles avant l'événement? En vérité, l'imbécillité des admirateurs de Spinosa déshonore la nature humaine.
Mais, dit Spinosa, les prophéties sont obscures: donc, elles partent de l'imagination i.La conséquence n'est-elle pas bien tirée ? Il n y a qu'un homme aussi confus et aussi obscur que cet écrivain qui puisse rejeter sur l'imagination l'obscurité du discours, quand il ne s'agit que de présenter des faits. Mais est-il p'ossible de contenter les ennemis de la révélation ? H est des prophéties qui paraissaient si claires à Porphire, qu'il en concluait qu'elles avaient été composées après 1 événement, et Spinosa les trouve si obscures qu'il en conclut qu'elles sont le» productions de l'imagination. Concluons à notre tour contre ces faux raisonneurs, quil fallait qu'il eût des prophéties claires pour confondre les Spinosa, et qu'il y en eût qui fussent mêlées d'obscurité pour confondre les Porphire.
En voilà assez contre Spinosa sur cet article. Mais peut-être souhaitez-vous de savoir la raison de ce mélange de clarté et d obscurité qu'on remarque etfectivement dans plusieurs prophéties. Il est aisé de vous satisfaire. Dès qu'il entre dans le plan de la sagesse éternelle de permettre qu'il y ait des méchants sur la terre il est clair que 1 obscurité des prophéties est une suite de ce plan. Elles doivent être couvertes de quelque voile avant d'être accomplies. Les méchants n ont point lieu d'éviter et de changer l'événement. On sait bien que Dieu serait le maître d'arrêter la volonté des méchants par une intitulé d'autres voies, mais celle-ci est sage puisqu'il l'emploie. Ses pensées ne sont pas les nôtres. Il se manifeste comme il lui plan. Les voiles dont il couvre sa vérité, ne sont point assez épais pour la dérober à ceux qui ont le cœur droit et qui la cherchent sincèrement ; ni pour rendre excusable l'aveuglement de ceux dont le cœur est corrompu.
111 Les prophéties ne sont-elles pas du moins l'effet des préjugés, de l'éducation, du tempérament? Lisez les prophètes, vous demeurerez convaincu qu'avant rétablissement du christianisme, il n'y eut jamais d'hommes sur qui les préjugés aient moins exercé leur empire, parce qu il n'en est point qui nient paru moins sujets aux faiblesses de l'humanité. De plus, est-ce que les préjugés, l'éducation, le tempérament rendent prophète^? Qu'il v aurait de prophètes sur la terre I * Entrons dans le détail; le préjugé des J mis était de se croire le peuple choisi par la Di-