‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 42 sur 163 · JESUS- CHRIST. — PART. III · texte numérisé non relu

JESUS- CHRIST. — PART. III

vinité, à l'exclusion de tous les autres; c'était là le préjugé le plus enraciné dans leurs cœurs, le plus fortifié par l'éducation, le plus flatteur pourl'amour-propre., et il était fondé sur les faveurs les plus insignes. Est-ce par ce préjugé que Moïse et les autres prophètes prédisent queles gentils serontsubstilués et préférés aux Juifs ? Quoi ! parce que Jérémie voyant les malheurs qui allaient fondre sur Jérusalem et sur les nations voisines, annonce ces malheurs avec un courage et un zèle supérieuraux contradictions, auxoutragesetauxplus indignes traitements, Jérémie ne sera prophète que parce qu'il est triste et las de vivre ? Fallait-il qu'insensible aux malheurs futurs de sa patrie, il se joignît aux faux prophètes de son temps pour annoncer la victoire et la paix?

Mais si c'est par mélancolie qu'il prédit des malheurs, est-ce par mélancolie qu'il console par la douce promesse d'une délivrance certaine après soixante et dix ans de captivité? Est-ce encore sur son humeur noire qu'il faut rejeter l'événement qui vérifie à la lettre toutes ses prédictions ?

Une preuve, dit Spinosa, que les prophètes suivaient leurs préjugés, l'éducation, le tempérament, c'est la conformité de leur style avec leur éducation et leur capacité. Quelle preuve ? On prouverait par cette raison frivole qu'il ne peut y avoir de véritable prophétie, à moins qu'elle ne soit énoncée dans le langage des anges. Pour qui seraient de telles prophéties ? La Sagesse éternelle pour faire connaître ses volontés aux hommes, se sert comme il lui plaît, des traces qui sont dans le cerveau de ceux qu'elle emploie à ce ministère. La diversité du style des prophètes prouve contre Spinosa qu'Esdras n'est pas l'auteur des livres prophétiques. Mais il est bien ici question du style. C'est l'amour des hommes et de leur bien véritable, c'est le désintéressement, c'est une aimable et vertueuse simplicité, c'est la piété c'est la douceur, c'est la force et l'autorité, c'est le zèle de la gloire de Dieu qui doivent éclater dans le style d'un prophète, et non le tour, l'affectation, le raffinement, l'arrangement des pensées. Est-ce pour flatter l'oreille et pour nous former au bon goût, que les prophètes parlaient où écrivaient ? C'était pour nous rendre meilleurs, pour nous puritier et nous convertir, pour nous rappeler du dehors où nos sens nous entraînent , à notre cœur où la grâce nous éclaire et nous instruit. La divine sagesse, pour se rendre plus accessible et plus intelligible, a bien voulu se rabaisser jusqu'à notre langage, prendre notre ton ; et balbutier , pour ainsi dire, avec les enfants. De là vient que le caractère dominant des Ecritures , et qui s'y fait sentir presque partout, est la simplicité. On y trouve des endroits beaux et éclatants; mais il est très-remarquable que cette beauté et cet éclat ne viennent point d'une élocution recherchée et étudiée, mais du fond même des choses qu'on y traite, qui sont par elles-mêmes si grandes et si élevées, qu'elles entraînsnt nécessairement la

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