PRINCIPALES CIRCONSTANCES DE LA VIE DU MESSIE
Il doit naître à Bethléem, descendre de David, avoir une vierge pour mère, porter le nom du Sauveur , être pauvre, avoir un précurseur , prêcher l'Evangile, être prophète et opérer des miracles , entrer à Jérusalem monté sur une ànesse, établir une nouvelle alliance, instituer un sacrifice, mourir, au milieu des scélérats, sur une croix, dépouillé, insulté, être enseveli, descendre aux enfers, ressusciter, monter au ciel.
Article ». — Lieu de la naissance du Messie, ses ancêtres, sa Mère.
I. Le prophète Michée voit Bethléem illustrée parla naissance du Messie, Et vous Bethléem, appelée Ephrata, vous êtes petite entre les villes de Juda. C'est de vous que sortira celui qui doit régner dans Israël. Sa naissance est des le commencement, dès les jourr
de V éternité..... C'est lui qui sera la paix. (Mich. v, 2, 5.) Il n'y a que le Messie, qui naissante Bethléem, puisse avoir une autre naissance éternelle ;il n'yaque lui qui puisse être la paix du monde.
II. Isaïe et Jérémie font descendre le Messie de Jessé et de David. Voici les paroles d'Isaïe (xi, 1) : Il sortira un rejeton du tronc coupé de Jessé , et une fleur naîtra de sa racine.
Le prophète annonce visiblement le Messie. Sans faire une violence extrême à ses paroles , on ne peut les détourner à Ezéchias, qui vivait depuis plusieurs années , au lieu qu'il s'agit ici d'un roi futur , qui naîtra même delà maison de Jessé, lorsque le tronc en sera coupé , c'est-à-dire , lorsque le sceptre en sera sorti, et qu'elle sera tombée dans l'obscurité.
Le prophète , dans la suite du chapitre , peint ce rejeton par des traits propres au seul Messie. Sur ce rejeton se reposera l'esprit du Seigneur... afin qu'il inspire la crainte du Seigneur. Il jugera les pauvres dans la justice, il se déclarera le juste vengeur des humbles de la terre. Il frappera la terre par la verge de sa bouche, et il tuera l'impie par le souffle de ses lèvres. La justice sera la ceinture de ses reins , et la fidélité son baudrier. (Ibid. , 3 , fr, 5.)
Si à ces traits nous ne reconnaissons pas le Messie, où le verrions-nous? Est-ce ici un roi semblable aux rois de la terre? C'est un juge que rien ne peut tromper , et il ne l'est que pour protéger les pauvres et les humbles. Il est indépendant de tout autre secours que du sien. C'est lui seul qui fait tout, il est la justice même et la vérité même. 11 est lui-même sa force et sa défense. Son indignation contre les injustes n'a besoin que d'elle-même. Ecoutons Jérémie.
Le temps vient, dit le Seigneur, et je susciterai à David une race juste; un roi régnera , et il sera plein d'intelligence ; il agira avec équité et il rendra la justice sur la terre... Voici le nom qu'on lui donnera; le Seigneur est notre justice. (Jerem. xxm , 5, 6.) La môme promesse est répétée presque dans les mêmes termes au ch. xxxm , f 14, 15, 16. Pour entendre cette promesse, il ne faut point de réflexions: depuis Jérémie, il n'y a point eu de roi à qui l'on puisse attribuer les qualités de celui-ci. Le prophète désigne d'une manière bien précise , les temps qui suivront le retour de la captivité. C'est pourquoi le temps vient , dit le Seigneur , qu'on ne dira plus, vive le Seigneur qui a tiré les enfants d'Israël de la terre d'Egypte; mais vive le Seigneur qui a tiré et qui a ramené les enfants de la maison d'Israël de la terre d'Aquilon, et de tous les pays où je les avais chassés, afin qu'ils habitassent de nouveau dans leurs terres. (Ibid., 7, 8.) Or après le retour de la captivité il n'y a point eu d'autres rois quo les Hôrodes, Peut-on leur appliquer la prophétie ? Peuvent-ils être appelés notre justice? Vn nom
si auguste est incommunicable à tout autre qu'au Messie.
III. Isaïe donne au Messie une vierge pour mère. Voici à quelle occasion : Razin, roi de Syrie , et Phacée , roi de Samarie, avaient conjuré la perte de la maison de David; ils avaient résolu de placer un étranger sur le trône de Jérusalem ; ils mirent le siège devant cette place. Tout le peuple, et Achaz même, sont dans la consternation. Isaïe reçoit ordre de les rassurer; il leur promet de la part' de Dieu que les desseins et les pensées de leurs ennemis n'auront point d'effet. En preuve de la vérité de sa promesse , il offre tel prodige qu'i'. plaira à Achaz de choisir, ou du fond de la terre, ou du plus haut du ciel. Le prince incrédule et défiant refuse le miracle. Après un refus si déraisonnable , le prophète ne lui adresse plus la parole , mais à la maison de David. Ecoutez donc , maison de David. (Isa. vu, 7, 11, 13.)
Le Seigneur vous donnera lui-même un prodige : Voici que la Vierge conçoit , et elle enfante un fils , qui est appelé Emmanuel. Il mangera la crème et le miel , jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien (Ibid. 14, 15.) Comme s'il leur disait : ces rois qui veulent exterminer la maison de David ne réussiront pas dans leur projet. Le Seigneur conservera à David une suite de rois et d'hommes illustres, jusqu'à ce qu'une Vierge naisse de sa tige, qui sera la mère du Messie attendu. Cette Vierge m'est présente. Je vois sa naissance comme déjà arrivée: elle est déjà féconde, le Sauveur en est déjà né , tant l'avenir m'est présent.
La promesse du Messie renouvelée, dans une conjoncture si fâcheuse, était tout ce qui pouvait le plus dissiper la crainte et l'effroi de la maison de David. Rien n'interrompra la succession de ses descendants; Razin et Phacée qui veulent t'éleindre, tentent l'impossible ; elle subsistera jusqu'à la venue du Messie.
Envisageons de plus près cette prophétie; pesons la force des termes dans lesquels elle est conçue. Il me paraît évident qu'elle ne peut convenir qu'au Messie. L'enfant dont Isaïe voit la naissance, sera Emmanuel, c'est-à-dire, Dieu avec «nous. Et dans le chapitre suivant, le prophète considère cet Emmanuel comme maître absolu des Juifs, et du pays qu'ils occupent; car, en prédisant les victoires du roi d'Assyrie dans la Judée , il dit : il étendra ses ailes , et il en couvrira toute l'étendue de votre terre, ô Emmanuel. La naissance de cet Emmanuel est donnée comme un miracle digne de la grandeur et de la toute-puissance de Dieu ; le Seigneur vous donnera lui-même un prodige (Isa. vin, 8) ; miracle qui tiendra lieu de tout ce qui pouvait arriver do plus surprenant dans le ciel , sur la terre et dans les enfers. C'est une Vierge qui reniante : dans l'original et dans la version grecque, l'article est ajouté, la Vierge, comme l'on dirait cette Vierge par excellence ; ce qui fait voir que le prophète a dans l'idée une Vierge,
célèbre et unique, promise dès le commencement du monde. Le terme de l'origine Atmah ajoute à la signification de Vierge, celle d'une retraite fort exacte. Où serait le prodige , s'il n'était question que d'une femme mariée qui dût devenir mère?
Ces caractères sont si grands , qu'il est impossible de les adapter à un simple mortel. 11 faut avoir perdu le sens pour les chereber dans Ezéchias , ou dans les deux enfants d'isaïe. Je ne dis pas seulement , parce que Ezéchias était né, parce que le prophète avait déjà un enfant , parce que sa femme est nommée prophétesse, et non pas vierge , parce que les enfants de celte prophétesse ont des noms bien différents de celui d'Emmanuel, mais parce que ce nom est trop auguste pour leur convenir ; parce que leur naissance n'est point un miracle, parce qu'ils n'ont pas pour mère la Vierge.
On ne peut pas affaiblir la force des expressions d'isaïe , par le verset suivant : // mangera la crème et le miel , jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien. (Isa. vu, 15.) Cela veut dire simplement qu'Emmanuel sera nourri comme les enfants , et qu'en se réduisant aux besoins de l'enfance, il ne donnera aucune preuve sensible qui le distingue de l'état naturel des enfants ; qu'il attendra le temps marqué aux autres pour faire paraître sa sagesse et sa connaissance, comme il attendra celui où ils n'ont plus besoin de lait, ni d'être portés, ni d'être conduits par la main.
Ce qu'ajoute tout de suite le prophète paraît, au premier coup d'oeil , un peu plus embarrassant. Avant que l'Enfant sache rejeter le mal et choisir le bien , les deux pays que vous détestez à cause de leurs deux rois, seront désolés. (Ibid. , 16.) Isaïe parle donc d'un fils qui doit naître bientôt, puisqu'il précédera la mort de Phacée , qui arriva au plus tard trois ans après cette prédiction. Et puisqu'avant que cet Enfant donne des signes extérieurs de réflexion et de discernement, Samarie et Damas deviendraient la proie des Assyriens. Cet enfant ne peut donc être le Messie. La difficulté n'est qu'éblouissante , sans avoir rien de solide.
11 est manifeste que ce verset 16 n'est pas l'explication du 14. Il est donc toujours constant qu'une Vierge concevra et enfantera un fils appelé Emmanuel. Ce qui ne peut compatir avec l'idée d'un enfant ordinaire , né , selon l'ordre de la nature, d'une femme mariée. 11 faut donc entendre ce que dit Isaïe au verset 16 d'un autre enfant fort différent de V Emmanuel, qui n'est plus donné en signe, mais uniquement en exemple , pour marquer le temps que la Judée serait délivrée de Razin et de Phacée ses ennemis.
t Isaïe avait avec lui son fils encore enfant, c'est de lui qu'il parle, c'est lui qu'il montre, cardans le texte-est le pronom démonstratif : avant que cet enfant sache rejeter le mal.... les deux pays que vous détestez seront désolés. Rien n'empêche même d'entendre l'exl • ession du orophète de tout enfant, comme
s'il leur disait: Vous serez délivrés de Razin
et de Phacée, leurs pays seront désolés, avant que les années nécessaires à un enfant pour discerner le bien et le mal soient écoulées.
Supposons, mon cher Eusèbe , qu'il reste de l'obscurité dans la prophétie d'isaïe ; l'unique sûr et souverain interprète sera l'événement. Si Jésus-Christ est réellement Emmanuel, et s'il naît d'une Vierge, il n'y aura plus de doute qu'il ne soit le grand prodige promis à la maison de David. S'il naît à Bethléem , et qu'il ait une autre naissance dès les jours de l'éternité; s'il est la paix; s'il descend de Jessé , de David, et qu'il soit notre justice, il sera le Messie prédit Dar les prophètes Jérémie , Isaïe , Miellée
Article 11. — Nom du Messie, sa pauvreté, son précurseur , son ministère.
I. Zacharie nomme Sauveur le Messie. Fille deSion, soyez comblée de joie: Fille de Jérusalem , poussez des cris d'allégresse : voici votre Roi qui vient à vous , votre Roi juste et Sauveur. On ne peut douter que le prophète ne parle du Messie : quel autre roi doit combler de joie Jérusalem ? 11 n'y a que lui qui puisse être appelé Juste et Sauveur. D'ailleurs le même roi , ajoute Zacharie, annoncera la paix aux nations , et sa puissance s'étendra depuis une mer jusqu'à l autre mer, et depuis le fleuve jusqu'aux extrémités du monde. (Ibid., 10.) Voilà le vrai caractère du Messie, d'être porteur de la paix aux nations ; c'est le même roi Juste et Sauveur.
II. Zacharie, dans le même endroit où il annonce aux filles de Sion le Messie comme leur Sauveur, prédit qu'il sera pauvre. Voici votre roi qui vient à voui, votre roi Juste et Sauveur, il est pauvre. (Zachar. ix, 9.)
Longtemps avant ce prophète , le Messie avait été représenté sous le même rapport par Isaïe. Il s'élèvera, avait dit ce prophète, devant le Seigneur, comme un arbrisseau, et comme un rejeton qui sort d'une terre sèche. Il est sans beauté et sans éclat. (Isa. lih, 20.)
Mais est-il sûr qu'Isaïe a ici en vue le Messie? Le caractère humiliant qu'il lui donne, dès l'entrée de son discours, m'engage à lire le chapitre 53 tout entier avec le précédent. J'entrevois dans le chapitre 52 jusqu'au verset 13, une prédiction de la délivrance de la captivité par Cyrus. Mais il me paraît évident que le prophète change de sujet au verset 13. Dieu parle d'un serviteur rempli d'intelligence, grand et élevé , montant au plus haut comble de Ja gloire, et cependant sans gloire devant les hommes, et dans une forme méprisable ; devant purifier par l'aspersion beaucoup de nations; devenu l'admiration des rois. (Isa. lu, 13, 14, 15.)
Dans le chapitre 53 il continue de peindre ce serviteur : les traits qu'il ajoute à ceux que vous venez de voir ne sont pas moins extraordinaires , et paraissent également contradictoires. 11 est le bras de Dieu, et il est sans beauté un homme de douleurs. Il est percé de plaies, mais c'est pour nous guérir
par ses meurtrissures, car le mensonge n'a jamais été dans sa bouche. Il a été brisé dans son infirmité, et il distribue la dépouille des forts. 11 est retranché du nombre des vivants, et il est rendu par cela même le père d'une nombreuse et longue postérité. 11 est mis au nombre des scélérats, et il justifie les nations par sa doctrine; il devient l'hostie que Dieu choisit et qui est assez sainte et assez efficace pour détourner sa colère, pour expier les crimes de tous, et pour leur procurer la paix. Enfin il est frappé de Dieu et puni;comme responsable seul de l'iniquité de tous, et il est néanmoins reconnu de Dieu , comme son serviteur par excellence, comme le juste par privilège, comme le ministre fidèle qui accomplira heureusement sa volonté. (Isa. LUI, 1-12.)
Si ce n'est pas là le Messie, il n'est pas promis dans les Ecritures. Si je voyais, dans Jésus-Christ, tant de contradictions levées, j'avoue qu'il me serait impossible de ne pas m'altacher à lui comme au Messie : et si j'apercevais, en moi, quelque désir d'en chercher, ou d'en attendre un autre, je n'hésiterais pas à regarder ce désir comme une saillie insensée. Car lorsque nos péchés seront expiés, lorsque nous serons en possession de la paix, lorsque nous serons purifiés et justifiés, quels biens recevrions-nous d'un autre Messie? Certains que le chapitre 53 d'ïsaïe contient une prédiction claire du Messie, nous y reviendrons quand l'ordre des choses nous y ramènera.
III. Malachie nous a déjà appris que le Messie doit avoir un précurseur. Voici que f envoie mon ange; il préparera la voie devant moi. (Malach. m, 1.) C'est le Messie lui-même qui parle par la bouche de son prophète.
Isaïe nous découvre la même chose. On, entend, dit-il, la voie qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur , rendez droit dans la solitude le chemin pour notre Dieu. Toutes les vallées seront comblées, toutes les montagnes et les collines seront abaissées : les chemins tortus seront redressés, ceux qui étaient raboteux seront aplanis. Et la gloire du Seigneur se manifestera , et toute chair verra en même temps, que c'est la bouche du Seigneur qui a parlé. [Isa. xl, 3, k, 5.)
Le retour de la captivité ne présente rien qui justifie la vérité de ces magnifiques promesses. Si le prophète prédit donc cet événement, je suis convaincu que sous cet événement, comme sous un voile et une figure, il en voit un supérieur. Les expressions sont métaphoriques, pri.ses dans leur étendue et leur énergie, elles marquent le second : au lieu qu'elles doivent être limitées pourconvenirau premier. Ou bien il faut dire qu'il voit deux événements, qu'il représente par les mêmes termes à cause de quelques rapports qu'ils ont entre eux. Ou enfin, il faut dire que le prophète en prédisant le retour de la captivité, interrompt son discours pourannoncer un autre événement plusgrand et plus intéressant qui regarde le Messie, et que le socret était découvert par le prophète à ses disciples. Mais l'accomplissement des pro-
phéties en est la clef. Si celle-ci est accomplie en Jésus-Christ, nous serons sûrs qu'lsaïe l'a eue en vue.
IV. Voici les paroles qu'Isaïe met dans la bouche du Messie : L esprit du Seigneur Dieu s'est reposé sur moi, parce que le Seigneur m'a rempli de son onction , pour annoncer l'heureuse nouvelle à ceux qui sont pauvres et humbles; il m'a envoyé pour bander les plaies de ceux qui ont le cœur brisé; pour prêcher la liberté aux captifs, et la délivrance à ceux qui sont en prison; pour publier l'année de la miséricode du Seigneur, et le jour de la vengeance de notre Dieu, pour consoler tous ceux qui pleurent. (Isa. lxi, 1, 2.) Si le prophète parle ici de lui-même , ce ne peut être que dans le sens que je l'ai expliqué au sujet de la prophétie précédente.
V. Moïse annonce le Messie comme un prophète opérant des miracles. Le Seigneur votre Dieu vous suscitera un prophète comme moi , de votre nation et d'entre vos frères : c'est lui que vous écouterez. (Deut. xvin, 15.) Nous avons déjà remarqué qu'il n'y a que le Messie qui puisse être semblable à Moïse, prophète comme lui, législateur comme lui, opérant comme lui des miracles.
Dieu viendra lui-même, dit Isaïe, et il vous sauvera. Alors les yeux des aveugles , et les oreilles des sourds s'ouvriront. Le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des muets éclatera en cantiques de louanges. (Isa. xxxv, 4, 5, 6.) On chercherait en vain l'accomplissement de celte prédiction dans le retour de la captivité. Elle aura donc lieu à l'avénement du Messie ; il en est donc l'objet.
VI. Le prophète Zacharie prédit que le Messie entrera à Jérusalem monté sur une ânesse . Voici votre Boi qui vient à vous, ditil aux filles de Sion, votre Roi juste et Sauveur. Il est pauvre, et il est monté sur une ânesse, et sur le poulain d'une ânesse. (Zachar. ix, 9.)
VIL Le Messie établira une nouvelle alliance. Il viendra un temps, dit le Seigneur, par la bouche de Jérémie, où je ferai une alliance nouvelle avec la maison d'Israël et la maison de Juda. Elle ne sera point semblable à celle que je fis avec leurs pères, lorsque je les pris par la main pour les tirer de l'Egypte. Ils y furent infidèles, et moi je les ai traités comme un maître sévère. Mais voici quelle sera l'alliance que je ferai avec lamaison d'Israël : Après certains jours, je mettrai ma loi dans leur intérieur, je l'écrirai dans leur cœur, et je serai leur Dieu, cl ils seront mon peuple. Il ne sera plus nécessaire alors d'enseigner son prochain et son frère, et de lui dire, connaissez le Seigneur, car tous me connaîtront depuis le plus petit jusqu'au plu» grand .-parce que je leur pardonnerai leurs iniquités, et que je ne me souviendrai plus de leurs péchés. (Jerem. xxxi, 31 scq.)
S'il n'est pas réservé au Messie d'êtro auteur de cette alliance nouvelle, selon laquelle la loi n'est plus simplement extérieure, ni gravée sur la pierre; mais mise dans le cœur, imprimée dans la volonté : s'il n'est Das réservé au Messie d'être auteur
BU
d'une alliance qiw consiste et dans la promesse de notre 'fidélité, et dans le don de notre justice, et dans le pardon do nos péchés, et dans la connaissance de toutes les volontés de notre Dieu; que viendra-t-il l'aire sur la terre? Si cette alliance est déjà établie, il est inutile, il n'a plus rien à nous donner, nous avons tout ce que nous pouvons désirer. Si elle n'est pas établie à son arrivée, quand le sera-t-elle donc, s'il ne l'établit pas? Je suis bien résolu, si Jésus- Christ est le ministre d'une alliance de celte espèce, de le prendre pour le Messie.
VIII. Le Messie instituera un sacrifice qui sera offert dans tous les lieux du monde. La promesse est claire dans Malachie. Par la bouche de ce prophète, Dieu reproche aux prêtres leur négligence et leur avarice. Tous ne me plaisez point, dit le Dieu des armées, et je ne veux plus recevoir de vos mains aucune oblation ; car depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, mon nom est grand parmi les nations , et dans tous les lieux on m'offre la bonne odeur d'un sacrifice et une oblation pure : parce que mon nom est grand parmi les nations, parce que je suis le grand Roi, et que mon nom est craint par tous les peuples. (Malach. I, 10, 14.) Le prophète préditil un vrai sacrifice ? Sera-ce le Messie qui l'instituera?
Ces deux points me paraissent évidents.
Commençons par le premier. Le prophète appose le sacrifice dont il parle aux sacrifices de la loi; il rejette ces derniers. Le sacrifice nouveau n'est donc pas un simple sacrifice intérieur et spirituel ; un tel sacrifice ne serait pas opposé aux sacrifices de la loi ; ceux-ei ne devaient pas être séparés de l'intérieur; tous les justes de l'ancienne loi unissaient toujours ces deux espèces de sacrifices. Ce nouveau sacrifice sera offert dans tous les lieux, au lieu que les autres ne pouvaient être offerts que sur un seul autel et dans un seul temple : si l'on restreint le sacrifice nouveau à des prières, il n'y a plus aucune merveille que l'on en offre à Dieu dans tous les lieux, et les victimes extérieures pourront encore être réservées à un seul autel : or cependant le prophète donne pour une merveille que le sacrifice dont il parle soit offert dans tous les lieux; et c'est sur ce sacrifice universel qu'il fonde le mépris des sacrifices judaïques.
Le Dieu des années veut ici donner une marque à laquelle on reconnaîtra qu'il sera adoré de tous les peuples; il donne le sacrifice universel pour cette marque : que deviendra cette marque, si le sacrifice des nations n'est pas extérieur, et s'il est réduit à quelque culte invisible? Les sacrifices offerts à Jérusalem étaient une marque publique du culte suprême qui y était rendu à Dieu. Les nations auront donc, dans leur sacrifice, une preuve publique que Dieu est le grand Roi, et que son nom est terrible parmi elles, depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher.
Ce sacrifice des nations est une oblation pure ; il faut donc que sa sainteté soit in-
dépendante des prêtres et du peuple, et qu'elle soit toujours agréable aux yeux de Dieu. Celte obligation ne consiste donc point précisément dans les prièresqui n'ont point cet avantage d'êlre toujours une oblation pure. Il n'y a qu'une hostie sainte par elle-même, de qui on puisse le dire. Il est donc constant que le sacrifice universel prédit par Malachie est un sacrifice visible. Il ne nous reste qu'à découvrir par qui il doit être établi.
Mais notre dernière remarque décide la question en faveur du Messie. Lui seul peut instituer un sacrifice d'une bonne odeur ; il n'y a que lui qui puisse être une hostie sainte par elle-même. N'est-ce pas en lui que toutes les nations seront bénies ? Elles ne le seront qu'autant qu'elles connaîtront Dieu pour le grand Roi. C'est donc au Messie à leur donner cette connaissance, et à leur fournir le moyen de lui rendre le culte suprême, en mettant dans leurs mains une oblation pure. Il ne s'agit plus de raisonner, lorsque les prophètes parlent.
Le Messie sera prêtre. Le Seigneur l'a juré, dit David, et Une rétractera jamais son serment : Vous êtes le Prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech. (Psal. cix, 4.) C'est ainsi que Dieu parle au Messie ; car il est impossible de détourner à un autre qu'au Messie le psaume eix. Le Messie offrira donc un sacrifice, puisqu'il sera prêtre.
Après avoir converti les nations, il choisira parmi elles, dit Isaïe, des prêtres et de» lévites (Isa. lxvi, 21), sans doute pour offrir à Dieu ce que le peuple seul ne saurait offrir : comme les prêtres et les lévites offraient parmi los Juifs ce que les simples particuliers n'avaient pas droit d'immoler. Le Messie instituera donc un nouveau sacrifice. Autrement de quel usage seraient ces nouveaux prêtres et ces nouveaux léviles?
IX. Il serait aisé de pousser plus loin le détail de la vie du Messie: mais ce que nous venons d'apprendre des prophètes est si surprenant et si extraordinaire, qu'il peut suffire pour le distinguer et le reconnaître. Notre aveuglement serait inconcevable, si nous refusions le titre de Messie à un homme dont la vie serait conforme à ces prophéties. Si Jésus-Christ a donc porté le nom de Sauveur, s'il a été pauvre, s'il a eu un précurseur, s'il a prêché l'Evangile, s'il a été prophète, s'il a opéré des miracles,' s'il est entré à Jérusalem monté sur une ânesse, s'il a établi l'alliance et le sacrifice prédit par Jérémie et Malachie, il ne sera plus permis de douter qu'il ne soit le Messie.
Article RI. — Mort du Messie.
I. Nous avons déjà entendu Daniel annoncer la mort du Messie. Les autres prophètes paraissent pleins de ce grand événement : le détail dans lequel ils entrent surprend et étonne. Us le voient trahi? par un ami, vendu pour trente pièces d'argent, abandonné de ses disciples, accusé par do faux témoius. ( Psal. xl, 10; Zachar. xi, 12, 13,
7; Psal. xl, 9.) Pour abréger, arrêtons-nous au chapitre dxxxi d'isaïe, et au psauraexxi, parce que nous sommes assurés que le Messie est l'objet immédiat du lui" chapitre d'isaïe; et il est évident qu'il parle dans le xxie psaume.
Le grand caractère du Messie est de convertir toutes les nations au vrai Dieu. (Psal. xxi, 28, 29, 31, 32. ) Lui seul formera un nouveau peuple, dont tout le soin sera de plaire à Dieu. Lui seul peut inviter tout le monde à un sacrifice qui suffise également aux pauvres et aux riches, qui donne à tous une vie intérieure, et dont l'effet soit de les rendre immortels. (Ibid., 27, 30.) Voilà les promesses que fait celui qui parle dans le psaume. Il y aurait de la folie à y chercher David qui n'a jamais été livré à ses ennemis, ni attaché à une croix, qui n'est point mort dans les supplices, ni ressuscité après sa mort. On ne lui «jamais ôté les habits dont il était actuellement couvert; on n'en a pas fait un partage à ses yeux. (Ibid., 17.) On n'a pas jeté au sort sa robe. ( Ibid., 16. ) Il est cependant clair que celui qui parle, est cloué à une croix, qu'il .y expire, qu'il ne lui reste que le tombeau, et qu'il est plein de vie avant la fin du psaume. ( Ibid., 2.) Il est donc évident que Je Messie est l'objet du psaume xxi. Lisons-le donc, et le chapitre lui d'isaïe, pour apprendre quel genre de mort doit souffrir le Messie.
H. Le Messie se laisse conduire à la mort sans résistance et sans plainte. lia étéoffert, dit Isaïe, parce que lui-même l'a voulu, ou selon une autre version, l'on a exigé de lui avec rigueur ce que nous devions, et il s'est rendu notre caution. Il n'a point ouvert la bouche ; il a été mené à la mort comme une brebis qu'on va égorger, et il est demeuré dans le silence comme un agneau qui est muet devant celui qui le tond. (Isa. lui, 7 seq.)
III. Il meurt au milieu des scélérats. // a livré son âme à la mort, il a été mis au nombre des scélérats, il a porté les péchés de plusieurs, il a prié pour les violateurs de la loi. (Ibid., 12.)
IV. Il meurt sur une croix. Ils ont percé, dit-il lui-même, mes mains et mes pieds. On pourrait compter tous mes os. (Psal. xxi, 17, 18.) Ce qui désigne clairement les clous par lesquels ses mains et ses pieds seront attachés à une croix, et en môme temps la manière dont ses pieds et ses mains seront tendus, en sorte, que toutes les liaisons de ses membres deviendront tellement sensibles qu'on pourra compter ses os. Je sais qu'au lieu de carou, qui signifie, ils ont percé, on trouve aujourd'hui dans le texte hébreu caari, qui signifie, comme wjj lion. Mais il est certain que carou est le terme original, lu par les Septantes; et que caari, qui ne peut avoir ici aucun sens raisonnable, n'a été introduit par les copistes dans le texte, quepai uu ue'aut d'exactitude ou par malice
V. Il est aepouillé, ses vêlements sont partagés, et sa robe est jetée au sort. Ils ont
partagé entre eux mes vêtements et ils ont jeté ma robe au sort. (Ibid., 19.)
VI. Dans cet état de douleur il est insulté. Tous ceux qui me voient se moquent de moi : ils marquent par le mouvement des lèvres le mépris qu'ils font de moi ; ils secouent la tête en disant, il a mis sa confiance dans le Seigneur, que le Seigneur le délivre, qu'il le sauve, puisqu'il a mis en lui son affection. {Ibid, 8, 9.)
VII. Il est enseveli dans le même lieu que les impies, et dans le tombeau d'un homme riche. Je mettrai son sépulcre avec les impies, et son tombeau avec un homme riche. Ou selon une autre version. Je donnerai aux impies la garde de son sépulcre, et je confierai son corps mort à un homme riche. ( Isa., lui, 9.)
Article IV. — Suites de la mort du Messie.
I. Il descend aux enfers pour en tirer les anciens justes. Et pour vous, ô Sion, j'ai fait sortir vos captifs du profond abîme qui était sans eau, en considération du sang qui a scellé votre alliance. (Zachar. ix, 11.) Voilà des prisons souterraines ouvertes par le mérite d'un sang qui aura scellé une nouvelle alliance ; car le sang des animaux, qui a scellé l'ancienne, n'a aucun pouvoir.
11.11 ressuscitera. Le Messie dit lui-même à Dieu : Vous ne laisserez point mon âme dans l'enfer, et vous ne permettrez point que votre Saint éprouve la corruption. (Psal.xy, 10.)
Ce qui est dit du Messie dans Isaïe no peut être conçu sans sa Résurrection. S'il livre son âme pour être une hostie pour le péché, il verra une longue postérité; et la volonté de Dieu s'accomplira heureusement par son ministère. H verra le fruit de ce que son âme aura souffert, et il en sera rassasié. Le Juste, mon serviteur, justifiera plusieurs par sa doctrine, et il portera sur soi-même leurs iniquités. Car je lui donnerai pour partage une grande multitude de personnes; et il distribuera les dépouilles des forts, parce qu'il a livré son âme à la mort. (Isa. lui, 10 seq.)
Et dans le psaume xxi, le Messie, après avoir décrit sa mort et le genre de sa mort, promet à Dieu d'annoncer son nom et de le louer : J'annoncerai votre nom à mes frères, je vous louerai au milieu d'une grande assemblée. (Psal. xxi, 22, 23.)
111. 11 montera au ciel. C'est ce qu'on lit dans le psaume lxvii (i 19) : Vous êtes monté en haut ; vous avez mené en triomphe ceux qui étaient captifs ; vous avez pris de quoi faire largesse aux hommes. N'est-ce pas au Messie que Dieu adresse ces paroles ? Le Seigneur a dit à mon Seigneur, asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied. (Psal. cix, 1.) Qu'on me montre ces prophéties, sur la mort, la résurrection et l'ascension du Messie, vérifiées par Jésus-Christ, je n'hésiterai pas à le prendre pour le Messie.