‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 48 sur 163 · RÉFLEXIONS SUR LES PROPHÉTIES PRÉCÉDENTES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LES PROPHÉTIES PRÉCÉDENTES

Force des prophéties. — Le soupçon de l'imposture se détruit par lui-même. — Si les prophéties sont vraies, l 'aveuglement et la conservation du peuple juif seront des sources de lumières pour les hommes qui viendront après la venue du Messie. — Etat misérable des Juifs, connaissance de Dieu répandue parmi les fjenlils, deux faits visibles qui prouvent que le Messie est venu. — Prétentions de la société chrélieiuie.

\rticle I. — Force des prophéties. — Elles ne sont pas le fruit de l'imposture. — Avantages qui résultent de l'aveuglement et de la conservation du peuple juif.

I. Quand un seul homme serait l'auteur le toutes ces prophéties et que le Messie

viendrait conformément à tant de prédictions ; cela serait d-'une force infinie. Par quelle lumière prévoir des choses si extraordinaires, si éloignées de toutes les conjectures humaines, si au-dessus de nos esprits que l'événement peut à peine les rendre croyables? Il y a plus ici. C'est une suite d'hommes durant 4000 ans, qui constamment et sans variation viennent l'un après l'autre prédire l'avènement du Messie. C'est un peuple entier qui l'annonce, et qui subsiste pendant 4000 ans, pour rendre en corps témoignage des assurances qu'il en a.

II. Que peut-on opposer à ce témoignage? Soupçonner ai -je que ces prophéties si vantées sont le fruit de l'imposture, et qu'elles ont été ajustées à l'événement? Mon soupçon ne peut se soutenir. Quel serait l'imposteur et le faussaire? Le gentil ? mais le Juif est le porteur des prophéties; il en lire toute sa gloire ; il les conserve avec un zèle inébranlable; ne se serait-il pas élevé contre la fausseté et contre l'imposture? Auraitil reçu, d'une main qu'il déleste, des titres contre lui-même ? Le Juif sera-t-il l'imposteur ? Mais quel intérêt aurail-il donc eu à ne fabriquer des prophéties que contre luimême, à favoriser le gentil son ennemi, à lui céder ses privilèges, et à devenir l'opprobre du genre humain?

III. En supposant que le peuple juif soit conservé, après avoir rejeté le Messie, il me semble que ces deux événements, c'està-dire son aveuglement et sa conservation, seront ménagés par une sagesse supérieure pour nous éclairer. Rien de plus grand qu'un libérateur, rien de plus nécessaire; il est donc de l'ordre qu'il soit attendu ei annoncé, avant qu'il vienne. Nous ne pouvons vivre dans tous les temps; il faut donc que nous soyons en état de profiter des lumières des prophètes; il est donc nécessaire que nous soyons certains que les prophéties ont été conservées avec une exactitude incorruptible : or dans l'aveuglement -des Juifs qui rejetteront le Messie, nous trouverous ce l'ail porté jusqu'au plus haut degré de certitude. Que le Messie vienne plusieurs siècles avant noire naissance, un peuple entier fait exprès pour nous servir de témoins s'offrira à nous.

Il sera plein de zèie pour la loi et les prophéties; il les conservera religieusement. Nous les recevrons de sa main; nous les comparerons avec l'événement. Si la conformité est telle que nous pouvons la désirer: nous plaindrons ce peuple de porter avec tant de fidélité sa condamnation, et d'enêlre lui-même la preuve la plus complète. Mais en même temps nous rendrons grâces à Dieu de nous donner des témoins et fidèles et ennemis. Si le peuple juif, en rejetant le Messie, était exterminé , nous n'aurions point de témoins. S'il recevait le Messie, nous n'en aurions pas de si peu suspects.

IV. De ces réflexions je conclus que, si les prophéties sont vraies, la conversion des gentils par le Messie et la réprobation des Juifs seront des témoignages authentiques do

ai a

leur vérité. Et tandis que ces deux effets subsisteront, la preuve non-seulement subsistera, mais elle ne fera qu'acquérir de nouveaux degrés de force d'évidence dans la suite des siècles; en sorte qu'un homme attentif qui vivra 2000 ans après le Messie, trouvera, dans la foi des gentils et dans l'incrédulité des Juifs, un argument aussi évident de la vérité des prophéties, que s'il avait été témoin oculaire de ces événements dans leur origine. La raison eu est claire : plus l'effet d'une prophétie a de durée, plus elle est vraie, notoire, évidente; c'est un miracle subsistant. Telle est notre situation, mon cher Eusèbe.

Article IL — Etal misérable des Juifs ; connaissance de Dieu répandue parmi les gentils; deux faits visibles qui prouvent que le Messie est venu. — Prétentions de la société chrétienne.

I. Le peuple juif subsiste, et il subsiste misérable. Le fait est visible; et quoiqu'il paraisse contraire d'être misérable et de subsister , ce peuple subsiste néanmoins malgré sa misère. Les Juifs désunis, séparés en une infinité de familles particulières , exilés dans des pavs de langues et de mœurs différentes, sans avoir une seule ville où ils puissent vivre selon leurs lois, sans rois, sans prince, sans sacrifices, sans autels, sans éphod, sans urim ni thummitn, selon la prédiction du prophète Osée (m, 4); haïs, méprisés, errants, fugitifs, tremblants, ils subsistent depuis plus de seize siècles ; ils se multiplient; ils demeurent visiblement séparés de tous les autres peuples, malgré la puissance de toutes les nations qui Jes haïssent et qui les ont en leur pouvoir ; malgré tous .es obstacles humains, ils sont conservés.

Tout le monde, en Orient et en Occident, a changé de face; tous les peuples se sont mêlés en cent manières différentes. Les Juifs survivent à tous ces changements, à l'extinction de toutes les nations, et savent remonter jusqu'à l'ancienne tige d'Abraham.

Ici, la Providence est si sensible, qu'il ne faut qu'ouvrir les yeux. Je reçois de leurs mains Moïse et les prophètes. Leur état misérable m'est une preuve qu'ils sont les meurtriers du Messie. Il y a plus de seize siècles que, chassés de Jérusalem , ils sont répandus parmi les nations comme une poudre agitée par le vent. Le Messie est donc venu, et il y a plus de seize siècles qu'il est venu.

II. Les nations qui étaient le plus attachées à l'idolâtrie, n'adorent que le seul Dieu véritable. Les Romains, les Grecs, les Egyptiens, les Chaldéens, n'ont plus d'idoles. A qui faut-il attribuer leur conversion ? Elle était promise au Messie ; elle lui était réservée ; elle devait servir de preuves à sa venue. Il y a plus de seize siècles que les idoles ont commencé d'être renversées par toute la terre. Il y a plus de seize siècles que la connaissance du vrai Dieu s'est répandue dans le monde. Le Messie est donc venu , et il y a plus de seize siècles qu'il est \e;.u.

III. S'il estvenji conformément aux prophéties, il est nécessaire qu'il soit né dans la Judée, et qu'il y ait fait éclater sa puissance et sa bonté; que la nation juive l'ait rejeté et mis à mort, que la conversion des gentils ail été exécutée par ses disciples. Les disciples du Messie n'ont pu lui soumettre les gentils qu'en leur annonçant les merveilles de sa vie, et en les leur persuadant. Je souhaiterais que les gentils eussent pu vérifier tout sur les lieux, et entendre des témoins aussi suspects que les Juifs ; par conséquent que Jérusalem n'eût pas été renversée aussitôt après la mort du Messie, mais après la conversion d'un grand nombre de gentils. Alors, cette conversion me paraîtrait fondée sur une conviction intime et éclairée de la vérité et de la sincérité des premiers disciples du Messie.

IV. La société chrétienne prétend que Jésus-Christ est le Messie promis par les prophètes : elle l'adore comme son Sauveur; elle le fait naître, vers l'an 4000 du monde, sous l'empire d'Auguste : elle accuse les Juifs de l'avoir crucifié sous l'empire de Tibère, et soutient que c'est en punition de ce crime, que Jérusalem et le temple furent renversés sous l'empire de Vespasien. Il est certain que les Juifs ont crucifié Jésus- Christ sous l'empire de Tibère. Il est certain que Jérusalem a été détruite sous Vespasien. Le monde était-il plongé dans l'idolâtrie du temps d'Auguste? Y a-t-il eu des Chrétiens avant Vespasien? Voilà deux faits importants à établir. S'ils sont vrais, il en résultera des conséquences favorables aux prétentions de la société chrétienne.

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