‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 49 sur 163 · ÉTAT DE LA RELIGION SOUS L'EMPIRE D'AUGUSTE, DE CLAUDE ET DE NÉRON · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA RELIGION SOUS L'EMPIRE D'AUGUSTE, DE CLAUDE ET DE NÉRON

La dispersion des Juifs dans l'Asie, depuis leur retour de la captivité, n'opère aucun changement dans le monde. — Le vice et l'idolâtrie y régnent universellement. — Les Juifs mêmes s'affaiblissent. — C'est dans ce temps de désordres que Jésus- Christ paraît sur la terre; le fait est incontestable. — Dès te règne de Claude et de Néron, tl y avait à Home des Chrétiens. — Prise de Jérusa ■ lem par Tue, fils de l'empereur Vespasien. — La désolation du peuple juif et la conversion des gentils, deux faits éclatants arrivés dans le même temps que Jésus-Christ a paru, doivent ôter l'espérance du Messie, si Jésus-Christ ne l'est pas. — Histoire de sa vie et celle de ses premiers disciples, présentée par la société chrétienne.

Article. I. — Etat de la religion sous l'empire d'Auguste.

I. Les Juifs, après le retour de la captivité sous les successeurs d'Alexandre, se dispersèrent en divers endroits de la haute Asie, dans l'Asie Mineure, dans l'Egypte, dans la Grèce. Leurs Ecritures furent mises dans la langue la plus connue de l'univers; leur temple était révéré. Ainsi commençait à éclater parmi les gentils le nom et la gloire du Dieu d'Israël. Quelques philosophes grecs connurent que le monde était régi uar un Dieu bien différent de ceux que le

vulgaire adorait, et qu'ils servaient euxmêmes avec le vulgaire. Mais ces secours que donnaient les Ecritures des Juifs étaient trop faibles ; ces notions de la Divinité, chez les philosophes, étaient trop confuses pour opérer aucun changement dans le monde.

L'erreur et l'impiété avaient jeté de si profondes racines, que le genre humain avait besoin d'une sagesse plus qu'humaine pour être arraché à ses ténèbres. (Josepu., Antiq. Jud., 1. xn, ch. 2 ; Tertul., Apolog.)

IL Les nations les plus éclairées et les plus sages, les Chaldéens, les Egyptiens, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, étaient les plus ignorants et les plus aveugles sur la religion. Qui oserait raconter les cérémonies des dieux immortels, et leurs mystères im-

I»urs ? Leurs amours, leur cruautés, leurs jaousies et tous leurs autres excès, étaient le sujet de leurs fêtes, de leurs sacrifices, des hymnes qu'on leur chantait, et des peintures qu'on leur consacrait dans leurs temples. Ainsi, le crime était adoré, et reconnu nécessaire au culte des dieux. La pudeur ne peut lire les honneurs qu'il fallait rendre à Vénus, et les prostitutions qui étaient établies pour l'adorer. La Grèce, si polie, avait reçu ces mystères abominables. La gravité romaine ne traitait pas la religion plus sérieusement : elle consacrait à l'honneur des dieux les impuretés du théâtre, et les sanglants spectacles des gladiateurs , c'est-àdire, tout ce qu'on peut imaginer de plus corrompu et de plus barbare.

Les historiens et les poètes grecs et latins que vous avez lus pour apprendre les langues, me dispensent de charger ce récit de citations. Qui ignore les folies et les horreurs du genre humain 1 Les contes des dieux, ramassés dans les fables poétiques, sont entre les mains des enfants. Nous savons, dès le berceau, que, sous le règne d'Auguste, tout était adoré , excepté le Dieu créateur du monde , qui n'avait point de temple et de culte qu'à Jérusalem. Quand les gentils y envoyaient leurs otfrandes, ils ne faisaient d'autre honneur au Dieu d'Israël , que de le joindre à leurs dieux chimériques.

III. Les Juifs mêmes, à la fin des temps , commencèrent, non point à oublier le Dieu de leurs pères, mais à mêler dans la religion des superstitions indignes de lui.

Les pharisiens, devenus les arbitres de la doctrine, tournèrent insensiblement la religion à des pratiques superstitieuses, utiles à leurs intérêts et à la domination qu'ils voulaient établir sur les consciences. A ces maux se joignit un plus grand mal, l'orgueil et la présomption. Les Juifs no se souvinrent plus qu'ils ne tenaient leur religion que de la seule bonté de Dieu ; ils regardèrent .sa grâce comme une dette ; ils se jugeaient les seuls dignes de le connaître. Les gentils étaient l'objet de leur mépris, lisse croyaient saints par nature, et non par grâce : erreur qui dure encore parmi eux.

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