‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 51 sur 163 · LES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT NE SONT PAS SUP- POSÉS · texte numérisé non relu

LES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT NE SONT PAS SUP- POSÉS

Foi publique. — Les auteurs de ces livres ont vécu dans le temps que les choses qu'ils racontent sont arrivées. — Caractère des Epîlres de saint Paul. — Ii est impossible d'imaginer un temps où ces livres aient pu être supposés. — On le démontre en particulier par rapport aux Epîlres de saint Paul.

Article I. — Foi publique. — Caractère des livres du Nouveau Testament, et en particulier des Epîlres de saint Paul.

I. La preuve la plus naturelle et la plus sûre toute la fois qu'un livre est d'un tel temps et d'un tel auteur, c'est la foi publique, la tradition constante. Or, et les Chrétiens , et les païens, et les hérétiques sont unanimes. Tous attribuent les livres du Nouveau Testament aux auteurs dont ils portent le nom. Ces livres , aussitôt qu'ils ont été faits, ont été reçus et traduits par des peuples divers qui conviennent tous de leur date et de leurs auteurs.

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Les païens n'ont pas contredit cette tradition. Ni Celse, qui a attaqué ces livres presque dans l'origine du christianisme; ni Julien l'Apostat, quoiqu'il n'ait rien ignoré ni rien omis de ce qui pouvait les décrier; ni aucun autre païen ne les a jamais soupçonnés d'être supposés; au contraire, tous leur ont donné les mêmes auteurs que les Chrétiens. Les hérétiques, quoique accablés par l'autorité de ces livres, n'osaient dire qu'ils ne fussent pas des disciples de Jé^us- Christ. 11 y a cependant de ces hérétiques qui ont vu le christianisme dans son berceau, et aux yeux desquels ont été écrits ces livres (3). Ainsi la fraude, s'il y en eût pu avoir, eût été éclairée de trop près pour réussir. Que répondre à cette preuve ? Il faut, mon cher Eusèbe, ou nous rendre , ou révoquer en doute tous les faits dont nos yeux n'ont pas été témoins.

II. Déterminé cependant à ne me rendre qu'après avoir épuisé tout ce que la sagesse et la malignité pourront me suggérer, je lis les livres du Nouveau Testament pour y déterrer quelque apparence, et la plus légère me suffira, d'où je puisse présumer que les auteurs de ces livres n'ont pas vécu dans le temps que les choses qu'ils racontent sont arrivées. Alors ils ne seraient plus témoins oculaires. Peut-être seraient-ils inventeurs d'une partie de ce qu'ils écrivent. A quoi se termine ma lecture maligne? à me convaincre que ces écrivains ne disent rien qui ne soit parfaitement conforme au temps, aux lieux, aux personnes, aux usages, au gouvernement civil, à l'état de la religion, aux affaires publiques dont ils parlent.

Toutes les circonstances prouvent qu'ils ont vécu longtemps avant la destruction de Jérusalem. Ils vivent au milieu de cette ville; ils prient dans le temple; ils y enseignent ; ils sont cités devant les prêtres et le conseil de la nation; saint Pierre est mis en prison par l'ordre d'Hérode ; saint Paul est arrêté dans le temple; les Juifs sont chassés de Rome par l'empereur Claude; saint Paul se joint à un de ces exilés. Saint Pierre et saint Paul vivaient donc sous l'empereur Claude. L'auteur des Actes des apôtres écrivait donc longtemps avant Tite, destructeur de Jérusalem.

III. Les Epîlres de saint Paul sont si vives, si originales, si fort du temps, si relatives aux affaires et aux mouvements qui étaient alors, d'un caractère si marqué, qu'il est impossible de les donner à un autre. 11 n'y a qu'un apôtre seul qui soit capable du zèle pur, tendre , courageux qui se fait sentir dans ses Epîtres. L'imposture ne saurait feindre les sentiments dont elles sont pleines. Les expressions sont trop fortes , trop naturelles, pour couler d'une autre source que du plus généreux et du [/lus religieux de tous les cœurs. Ce qui saute aux yeux, c'est qu'elles n'étaient propres qu'à exciter

(1) Suint Matthieu, saint Marc, saint Luc, saint (3) Les Simon, les Ebion, les Cérimhe, les Mé- Jean , saint Paul , saint Jacques , saint Pierre, saint nantira, les Saturnin, les Basilide, les Carpocras , Jude. les Valeniin, les Mareion, le

les Appelles, etc.

le mépris et la raillerie , si elles étaient le fruit de l'enthousiasme.

Je ne demande point si l'imposture sait allier les reproches les plus amers avec toutes les tendresses de la charité , mise en œuvre dans VEpître aux Galates, pour arracher ce peuple aux erreurs où l'avaient jeté des docteurs juifs ; je demande si un homme qui n'eût pas converti les Galates aurait le front de leur parler avec la force et la véhémence del'auteurde cette Epître?Qu'auraient pensé les, faux maîtres qui s'étaient glissés dans l'Eglise de Corinthe; qu'auraient pensé les Corinthiens eux-mêmes de l'autorité que s'arroge l'auteur des deux Epîtres qui leur sont adressées , si cet auteur n'était pas un saint Paul, et si saint Paul n'était pas le premier apôtre?

S'il n'y avait point à Rome de disputes entre les gentils et les Juifs qui venaient d'embrasser la religion chrétienne, un fourbe les attaquerait-il si vivement les uns et les autres? Et quand les disputes auraient été réelles, quelle autorité aurait eue, pour s'y ingérer, un homme qui n'aurait pas porté l'Evangile de Jésus-Christ dans l'étendue du pays qui est depuis Jérusalem jusqu'à 1*11lyrie?

Les Epitres de cet apôtre sont chargées d'un nombre infini d'événements, de circonstances, de motifs, de raisons. L'imposture entre-t-elle dans ces détails? Timide et tremblante, elle fuit la lumière, elle s'enveloppe, elle se eache, parce que la fausseté d'une seule circonstance sufiit pour la trahir. Il ne faut jamais avoir lu ces Epîtres, pour douter qu'elles n'aient élé écrites dans le berceau de l'Eglise par un saint Paul.

Article II. — // est impossible d'imaginer un temps où les livres du Nouveau Testament aient élé supposés

I. Dans quel temps les livres du Nouveau Testament auraient-ils été supposés? Ici la fiction est à bout. La société chrétienne a les ouvrages de saint Ignace, de saint Clément, de saint Polycarpe, contemporains des apôtres. Elle a les ouvrages de saint Justin, de saint Irénée, disciples de ces premiers disciples des apôtres ; or ces grands hommes rendent témoignage aux livres du Nouveau Testament, ils les citent , ils les attribuent aux apôtres; ils font plus, ils versent leur sang pour attester les vérités et les faits que contiennent ces livres. Ces premiers témoins sont soutenus par d'autres, qui forment une chaîne dont nous touchons une extrémité.

Pour imaginer donc un temps où les livres du Nouveau Testament aient été supposés, il faut en imaginer un, avant le renversement de Jérusalem, où les hommes auraient été ensevelis dans un sommeil profond. Durant ce sommeil l'élhargique, leurs cerveaux sont changés , ils oublient le passé , ils rêvent l'histoire de l'établissement de la religion chrétienne; un imposteur habile se réveille avant tous les autres, fait un volume de ses rêves, en tire une multitude de copies, les

OËLVnES COMPL. DE LE FllANÇOIS. 11.

envoie dans toutes les parties du monde qui se réveille enfin, et qui, charmé de trouver ses rêves écrits avec tant de simplicité et de candeur, les adopte, les croit, les professe, s'y attache jusqu'à se faire égorger pour leur défense.

II. Reprenons plus sérieusement la question, et comme les livres du Nouveau Testament contiennent tous les mêmes faits essentiels, nous pouvons la réduire aux Epitres de saint Paul. Dans quel temps voudraiton qu'elles eussent été supposées ces Epîtres? Ce ne peut être que [tendant la vie de l'Apôtre ou après sa mort.

III. Si un imposteur a emprunté le nom de saint Paul durant sa vie, saint Paul n'a pu l'ignorer,' lui qui entretenait un commerce si intime avec les Eglises qu'il avait formées , qui y envoyait ses disciples pour les visiter et les consoler, qui attendait l'effet d'une première lettre, pour en écrire une seconde. Ces faits sont constants par les Epîtres en question. Si saint Paul a connu la fourberie, a-t-il gardé le silence? S'il ne l'a pas gardé, comment des pro ludions aussi fausses ont-elles été conservées aussi religieusement? Accordons que le mensonge a échappé à la connaissance de saint Paul. Mais a-t-il pu échapper à celle des Eglises à qui ces Epîtres sont adressées?

L'auteur se vante ordinairement d'être leur fondateur. Ces Eglises n'étaient pas composées de stupides. Elles connaissaient donc le style et le langage de leur premier apôtre; elles n'avaient pas oublié les vérités qu'elles avaient apprises de sa bouche, ni les faits qu'elles avaient vus de leurs yeux. A la première confrontation de l'Epître avec Je style , les leçons et les œuvres de leur Apôtre , la contradiction eût été aperçue , l'imposture eût élé démasquée , l'impertinence et le ridicule de l'auteur auraient été sensibles.

Un simple particulier eût fait ouvrir les yeux à l'assemblée qui écoutait la lecture de la pièce , et l'imposteur, malgré toute la confiance qu'il alfecte , en eût été la fable, son ouvrage foulé aux pieds, ses miracles sihTés , son autorité prétendue méprisée. Personne n'aurait élé assez dupe pour adopter des Epîtres d'une si dangereuse conséquence, dont le but est de faire renoncer à toutes les douceurs de la vie , et de ne faire espérer que des persécutions. Jo ne sais comment les autres hommes sont faits, mais il me semble que si la supposition des Epîtres de saint Paul , durant sa vie , n'est oas absurde, il n'y a plus rien qui ne le soit.

IV. La supposition est-elle possible après sa mort? Pour qu'elle soit possible, il est évident qu'il fallait persuader les diverses Eglises de Rome, de Corinthe, d'Ephèse, de Galatie , de Philippe, de Thessalonique, qu'elles avaient reçu de saint Paul ces Epîtres, dont néanmoins elles n'avaient point encore entendu parler. J'avoue que j« ne conçois pas une tête capable d'un tel projet, tant il me parait insensé , et tant l'exécution me parait impossible. Le projet est formé,

jo le veux ; comment le -faire réussir? Tous les hommes qui composent ces Eglises ontils perdu le sens? Leur fait-on accroire tout ce qu'on yeut? Je n'ai plus rien 5 dire, l'imposteur est maître. Mais malheureusement ri a affaire à des Grecs et à des Romains qu'on ne peut accuser de manquer ni de pénétration, ni de solidité. Et d'ailleurs les Epîlres de saint Paul ne sont pas assez flatteuses à i'amonr-propre, pour se faire recevoir sans examen. N'insistons pas davantage sur une impossibilité palpable.

V. 11 s'ensuit nécessairement que si les Epîlres de saint Paul ont été fabriquées après sa mort, les Eglises qui les ont reçues ont été d'accord avec le fourbe. Mais est-il concevable ce complot de mensonge entre un fourbe et diverses Eglises? Quoi 1 des millions d'hommes de divers pays, de tout âge, de toute condition, professent une religion qui n'enseigne que la vérité et qui proscrit le mensonge, sacrifient tout à la vérité, plaisirs, honneurs, biens, fortunes; renoncent à toutes les espérances humaines, se livrent à tous les outrages et à toutes les persécutions pour la vérité. Tels étaient les premiers fidèles; et ces mêmes hommes conspirent ensemble à recevoir la fausseté connue, à la certifier à ceux qui embrassent leur religion ; et aucun membre de ces Eglises, malgré les disputes, les divisions, les jalousies dont on les dit déchirées , ne révèle le secret 1 Pour imaginer de tels hommes, il ne faut pas être homme. 11 est donc évident que les livres du Nouveau Testament, sont faits dès le temps de la première formation de l'Eglise chrétienne, par ceux dont ils portent le nom.

Sont-ils venus jusqu'à nous sans altération ? Les mêmes preuves qui démontrent leur non-supposition nous assurent leur intégrité. L'application de ces preuves se fait toute seule.

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