‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 57 sur 163 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES ÉVANGÉLISTES Di'ONT PU TROMPER.

En réduisant la proposition aux miracles de Jésus- Christ, on examine si leur vérité ou leur fausseté était de notoriété publique, dans le temps que les apôtres prêchaient et qu'ils écrivaient. — On te démontre par rapport à la multiplication des painsy à la résurrection du fils de la veuve de Naïm, à celle de la fille du chef de la Synagogue, à celle de Lazare. — // était donc facile de convaincre de faux les évangéiisles. — Intérêt que le monde devait prendre aux miracles de Jésus-Christ — Promesses de Jésus-Christ avant son ascension, elles ne peuvent être de l'invention des évangélistes.

Article I. — La vérité ou la fausseté des miracles de Jésus-Christ était de notoriété publique dans le temps que les apôtres prêchaient et qu'ils écrivaient.— Multiplication des pains dans le désert, résurrection du (ils de la veuve de Natta.

I. Il est des faits décisifs dans l'histoire de Jésus-Christ; ce sont ses miracles. Sont-ils vrais? tout est vrai.

La proposition se réduit donc à examiner si les évangélistes ont pu tromper dans le récit qu'ils font des miracles opérés par Jésus-Christ. Ces miracles sont en trop grand nombre; il faut, mon cher Eusèbe, nous borner à quelques-uns, mais en suivant une méthode, dont l'application soit facile à tous les autres. Voici celle que je me propose : nous remarquerons les diverses circonstances des miracles que rapportent les évangélistes, pour découvrir si la vérité ou la fausseté de ces miracles était d'une notoriété publique, dans le temps que les apôtres prêchaient et qu'ils écrivaient; car il n'est pas possible que sur des faits notoires ils aient trompé.

II. Multiplication des pains dans le désert. Hérode le Te'trarque apprit ce qui se publiait des miracles de Jésus; il dit à ses officiers : C'est Jean-Baptiste qui est ressuscité d'entre les morts, et c'est pour cela qu'il fait tant de prodiges. Jésus ayant donc appris ce qu'Hérode disait de lui, partit de ta dans une barque, pour se retirer à l'écart dans un lieu désert : et le peuple oui le sut, le suivit à pied de diverses villes. Lorsqu'il sortait, ayant vu une grande multitude de personnes, ses entrailles furent émues de compassion, et il guérit leurs malades. Mais Icsoir étant venu, ses disciples l' allèrent trouver et lui dirent : Ce lieu est désert, et l'heure est déjà pasHe;

renvoyez le peuple , afin qu'ils s'en aillent dans les villages acheter de quoi manger. [Mat th. Mil, 1,13, 14.) Jésus leur dit : Il n'est pas nécessaire qu'ils y aillent; donnez-leur vous-mêmes à manger; et il dit à Philippe : D'où achèterons -nous des pains pour donner à manger à tout ce monde ? Mais il disait ceci pour le tenter, car il savait bien ce qu'il devait faire. (Joan. vi, 5.) Philippe lui répondit : Quand on aurait pour deux cents deniers de pain, cela ne suffirait pas afin que chacun en eût tant soit peu. Jésus dit : Combien avezvous de pains ? Allez vous en informer; et après la recherche faite, André, frère de Simon Pierre, lui vint dire (Marc, vi, 38) : il y a un petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons : mais qu'est-ce que cela pour tant de gens ? (Jean, vi, 9.) Jésus leur dit : faitesles asseoir sur l'herbe verte : et ils s'assirent en divers rangs, les uns de cent personnes, et les autres de cinquante. (Marc, vi, 39, 40.) Jésus prit les pains, et ayant rendu grâces, il les distribua aux disciples, et les disciples à ceux qui étaient assis; et on leur donna de même des deux poissons autant qu'ils en voulurent. Après qu'ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Amassez les morceaux qui sont restés, afin que rien ne se perde; et les ayant ramassés, ils emplirent douze paniers des morceaux des cinq pains d'orge qui étaient restés après que tous en eurent mangé. Or, ceux qui mangèrent de ces pains, étaient au nombre de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les petits enfants. (Malth. xiv,

Ces personnes ayant vu le miracle qu'avait fait Jésus, disaient : C'est là vraiment le Prophète qui doit venir dans le monde. Mais Jésus sachant qu'ils devaient venir l'enlever pour le faire roi, s'enfuit encore sur la montagne, lui seul. (Joan. vi, 14.)

11 avait déjà fait partir ses disciples, en les obligeant de monter, sans lui, dans une barque, pour aller à CapharnauLU. Il y parut lui-même le lendemain. Ce lut là que la multitude, qu'il avait nourrie dans le désert, lui demanda comment il y était venu ; puisqu'il n'était pas monté dans la barque ou étaient ses disciples. Alors Jésus-Christ leur lit ce long discours rapporté par saint Jean qui commence par ces paroles : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains, et que vous avez été rassasiés, travaillez pour avoir, non la nourriture qui péril, mais la nourriture qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l'homme vous donnera, parce que c'est lui que Dieu le Père a marqué de son sceau (Ibid., 26 seq.) ^111. Le miracle est grand; cinq pains et deux poissons sont entre les mains de Jésus- Christ, ce que le grain et la semence sont, chaque année, entre les mains de la. Providence. Le miracle est-il réel? Lo récit en est simple et si naturel, qu'il n'est pas possible d'y trouver do quoi appuyer le plus léger soupçon. 11 est naturel que les peuples, témoins des miracles de Jésus-Christ, le sui-

vent en foule et jusque dans les déserts, sans songer aux extrémités auxquelles ilss'exposent. 11 est naturel qu'en conséquence d'un tel oubli, la nuit s'approchant, les apôtres fassent remarquer à Jésus-Christ l'étal de ce peuple; que Jésus-Christ, touché de compassion , pourvoie à leurs besoins ; que pauvre comme il était, sans autre ressource, dans un désert, que sa puissance, il y ait recours pour soulager ce pauvre peuple; que le peuple, plein d'admiration et de reconnaissance, le prenne pour le grand prophète que Dieu avait promis par Moïse, et qu'il veuille le déclarer roi, selon les idées qu'il a du Messie. Tout se suit, tout se soutient dans ce récit.

IV. Faisons cependant quelques efforts pour l'attaquer. Ne pourrait-on pas imaginer que Jésus-Christ, de concert avec ses disciples, a trompé le peuple? (Car, rien ne serait plus insensé que d'associer à la fourberie le peunle même, plus de dix mille personnes.) 11 ne peut donc y avoir de concert qu'entre Jésus-Christ et ses disciples : mais ce sont les disciples mômes de Jésus- Christ qui l'avertissent qu'il est temps de congédier le peuple, afin qu'il se retire dans les villages voisins, et qu'il y trouve de quoi manger. Où est ici l'ombre du concert? Supposons-en néanmoins; il s'agit de tromper une multitude d'hommes, de femmes et d'enfants.

V. On ne peut y réussir, ou qu'en leur, faisant accroire qu'ayant faim, ils ont mangé, qu'ils sont rassasiés, qu'il y a de leurs restes pour remplir douze paniers; quoiqu'ils n'aient vu ni pains ni poissons, et qu'ils soient dévorés par la faim : ou qu'en dérobant à leurs yeux d'abondantes provisions, dont on a fait amas pour contrefaire un miracle.

La première manière de tromper le peuple est trop risible pour nous y arrêter; la seconde ne l'est guère moins. Jésus-Christ et ses disciples sont trop pauvres, pour faire de si grandes provisions. Un amas de pains et de poissons, pour dix raille personnes, n'est pas aisé à cacner dans un désert. Vingt mille yeux continuellement ouverts sur une douzaine d'hommes, éclairent de trop près leurs démarches pour qu'elles leur échappent. Un peuple assis sur l'herbe, distribué en diverses bandes de cinquante ou de cent, dans une situation aussi tranquille, peut-il manquer de voir où ceux qui le servent puisent des aliments en abondance? Il est donc impossible de supposer sérieusement que Jésus- Christ, avec ses disciples, ait trompé le peuple, en ne le nourrissant que par des moyens naturels. Le peuple ne l'aurait pas pris pour le grand Prophète. Jésùs-Christ n'aurait pas pris occasion de ce miracle, de lui reprocher d'être plus sensible à l'elfet temporel du prodige, qu'à l'usage qu'il en devait faire pour son salut éternel.

VI. il est donc évident que le miracle de la multiplication des pains est réel, ou que le récit n'est qu'une fable imngijiép ryir les évangélistes. Si c'est une fable, e'Ie a contre

elle dix raille témoins, les femmes et les enfants étant au moins en pareil nombre que les nommes. Une seconde multiplication do sept pains, et quelques petits poissons, rapportée par saint Matthieu (c. xv), fournit une nouvelle preuve de la puissance de Jésus- Christ, ou de nouvelles armes contre les évangélistes. En multipliant les miracles, ils multipliaient pour eux ou contre eux, les témoins ; aux dix mille dont nous venons de parler, ils en ajoutaient huit mille.

VII. Résurrection du fils unique de la veuve de Naïm. Jésus-Christ, après avoir guéri à Capharnaùm le serviteur du centenier, allait le jour suivant en une ville appelée Naïm; et ses disciples l'accompagnaient avec une grande foule de peuple. Et comme il était près de la porte de la ville, il arriva qu'on portait en terre un mort, qui était fils unique de sa mère, et cette femme était veuve, et il y avait une grande quantité de personnes de la ville avec elle. Le Seigneur Vayant vue, ses entrailles en furent émues de compassion et il lui dit : Ne pleurez point. Et s'approchant, il toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s'arrêtèrent, et il dit : Jeune homme, levez-vous, je vous le commande. En même temps le mort se leva en son séant, et commença à parler; et Jésus le rendit à sa mère. Tous ceux qui étaient présents furent saisis de frayeur, et ils glorifiaient Dieu en disant : Un grand prophète s'est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Le bruit de ce miracle se répandit dans toute la Judée, et dans tout le pays d'alentour. (Luc. vu, 11 seq.)

VIII. Le récit est trop circonstancié, pour venir d'un fourbe toujours ennemi d'un détail qui ne sert qu'à le trahir. Jésus-Christ revient de Capharnaùm. Le convoi est en marche. Il est déjà à la porte de la ville, suivi d'une grande partie de ses habitants. La mère ne peut se consoler de la perte d'un fils unique, elle fond en larmes. Le tombeau est préparé. Le mort va y être mis. Jésus- Christ arrive. A la vue d'une mère affligée, ses entrailles sont émues de compassion. Il approche; il touche le cercueil ; les porteurs s'arrêtent. Il commande à la mort. Le jeune homme se lève, il parle, il est rendu à sa mère; les spectateurs sont saisis de frayeur, ils glorifient Dieu. Le bruit du miracle se répand partout.

IX. Le lait est vrai dans toutes ses circonstances, ou il est tout entier de l'invention des apôtres : car imaginer de la collusion entre Jésus-Christ et le jeune homme, ou une simple léthargie, c'est imaginer. S'il n'y a que de la feinte de la part du jeune homme; il a bien des complices. Ceux qui ont embaumé, ou du moins lavé son corps, selon la coutume des Juifs : ceux qui ont lié ses membres avec des bandes de toile, et qui ont couvert sa tête d'un suaire, sont nécessairement du complot. La ville de Naïm ne peut manquer d'être aussi du secret : dans une petite ville, au moins dans le voisinage, une maladie est rarement inconnue; une mort l'est encore moins. La feinte n'est donc pas possible. "

Peut-être le jeune homme n'est qu'en léthargie. Qui l'a d*t à Jésus-Christ? Comment le sait-il? Comment ne commande-t-il qu'au moment qu'elle vient de se passer? A-t-il aperçu quelque mouvement? Les porteurs n'ont rien senti ; tousles assistants n'ont rien vu ; il faut que Jésus-Christ touche le cercueil, pour que l'on s'arrête; le jeune homme attend en paix le commandement de Jésus pour se lever, et pour parler ; à ce commandement, ses membres, quoique liés, agissent, deviennent capables de tous les mouvements. Tout cela est inconcevable.

X. Le fait est donc vrai dans toutes ses circonstances, ou il est faux. S'il est faux, la fausseté est notoire. Toute la ville de Naïm déposera contre saint Luc; non-seulement dans toute la ville, mais les environs, toute la Judée qu'on fait admirateurs d'une résurrection qui n'ajamais eu d'existence.

Article II. — Résurrection de la fille de Jane , et celle de Lazare.

I. Résurrection de la fille de Jaïre. Jésus- Christ ayant délivré un possédéd'une légion de démons, repassa du pays des Géraséniens à l'autre bord de la mer de Tibériade. Là une grande foule de peuple s'amassa autour de lui. Et un chef de la Synagogue, nommé Jaïre, le vint trouver, et le voyant, il se jeta à ses pieds, et il le suppliait avec grande instance, en lui disant : J'di une petite fille qui esta l'extrémité: venez lui imposer les mains pour la guérir et lui sauver la vie. Jésus s' en alla avec lui ; et il était suivi d'une grande foule dépeuple, qui le pressait. Alors une femme malade d'une perte de sang depuis douze ans, qui avait beaucoup souffert entre les mains de plusieurs médecins, et qui ayant dépensé tout son bien, n'en avait reçu aucun soulagement, mais s'en était toujours trouvée plus mal, ayant ouï parler de Jésus, vint dans la foule par derrière, et toucha son vêtement ; car elle disait : Si je puis seulement toucher son vêlement, je serai guérie. Au même instant la source du sang qu'elle perdait, fut séchée, et elle sentit dans son corps qu'elle était guérie de cette maladie. Aussitôt Jésus connaissant en soi-même, la vertu qui était sortie de lui, se retourna au milieu de fa foule, et dit : Qui est-ce qui a touché mes vêtements ? Ses disciples lui dirent : Vous voyez que la foule vous presse de tous côtés, et vous demundez qui vous a touché? Et il regardait tout autour de lui, pour voir celle qui l'avait touché. Alors cette femme qui savait ce qui s'était- passé en elle, étant saisie de crainte et de frayeur, vint se jeter à ses pieds, et lui déclara toute la vérité. Et Jésus lui dit : Ma 'fille votre foi vous a sauvée; allez en paix, et soyez guérie de votre maladie.

Lorsqu'il parlait encore, il vint des gens du chef de la Synagogue, qui lui dirent : Yotre fille est morte, pourquoi voulez-vous donner au Maître la peine d'aller plus loin? Mais Jésus ayant entendu cette parole, dit au chef de la Synagogue : Ne craignez point, croyez seulement. Et il ne permit à personne de le suivre, sinon à Pierre, à Jacques, et à Jean

PREUVES DE LA RELIGION DE JESlfë-CHRlST. — PART. II!.

frère de Jacques. Etant arrivé dans la maison de ce chef de la Synagogue, il y vit une troupe confuse de personnes qui pleuraient, et qui jetaient de grands cris ; auxquels il dit en entrant : Pourquoi faites-vous tant de bruit, et pourquoi pleurez-vous? Celte fille n'est pas morte, elle n'est qu'endormie. Et ils se moquaient de lui. Alors ayant fait sortir tout le monde, il prit le père et la mère de l'enfant, et ceux qu'il avait menés avec lui, il entra au lieu où la fille était couchée. Il la prit par la main, et lui dit :« Talitha Cumi, » c'est-à-dire Ma fille, levez-vous, je vous le commande. Au même instant la fille se leva, et commença à marcher, car elle avait déjà douze ans; et ils furent merveilleusement étonnés. Mais il leur commanda très-expressément que personne ne le sût ; et il leur dit qu'on lui donnât à manger. (Marc. v, 21 seq.)

II. Je ne m'arrête pas à la guérison de Phémorroïsse. Je vous prie seubment, mon cher Eusèbe, de remarquer les circonstances singulières de ce miracle. Jésus-Christ au milieu d'une foule qui le presse, discerne le simple attouchementde ses habits. Cet attouchement guérit à l'instant un mal incurable. Une femme honteuse de son mal, n'ose en demander la guérison en public; mais elle est sûre de sa guérison, si elle touche seulement en secret, le bas de la robe de Jésus- Christ. Ces circonstances et toutes les autres sont si peu naturelles et tellement extraordinaires, qu'elles ne paraissent [tas pouvoir se présentera l'imagination d'un fourbe ; et si elles se présentaient, il n'oserait jamais les confier au papier. Venons à la résurrection de la fille de Jaïre.

III. Ce père infortuné se prostrne aux pieds de Jésus-Christ, devant une foule de peuple ; il lui demande la guérison d'une tille malade à l'extrémité. Jésus-Christ est sensible à des prières si touchantes. Pendant qu'il est en chemin avec Jaïre, on avertit ealui-ci que sa fille est morte, et qu'il est inutile que Jésus-Christ aille plus loin. Jaïre abattu et consterné ne demande plus rien. Jésus-Christ l'exhorte à croire et a espérer la résurrection de sa fille, comme il en avait espéré la santé. Pendant le reste du chemin, la mort devient publique. Jésus-Christ la traite d'un simple sommeil. Son expression, capable d'un double sens, est tournée en raillerie par ceux qui la prennentà la lettre, et qui la trouvent insensée par rapport à une mort indubitable. La maison est en pleurs, les cris y retentissent de toutes parts, les personnes gagées pour augmenter le deuil,

ar une lugubre musique, exercent aetuelement ce triste ministère Jésus-Christ est obligé de leur imposer silence et de les chasser. Il prend le père et la mère de l'enfant avec trois de ses disciples; il entre au lieu où est la morte ; il la prend par la main; il lui ordonne de se lever. Elle se lève, elle marche, elle mange.

IV. Bien loin de soupçonner ici du complot, je suis étonné de voir aux pieds de Jésus-Christ, un chef de la Synagogue. Qu'un centenier, qu'un païen, que le peuple s'adres-

sent à lui pour être soulagés dans leurs misères, cela se conçoit. Mais un chef de la Synagogue, un homme enflé de la science de la Loi, un homme connu, en place, ignoret-il que Jésus-Christ est l'objet du mépris et de la haine des princes des prêtres? Ignoret-il que les scribes et les pharisiens, ont conjuré sa perte? lgnore-t-il que sa démarche ne peut exciter que leur fureur contre lui-même? Il faut que la puissance de Jésus- Christ soit bien éclatante, pour réduire un chef dela.Synagogue. La tendresse paternel le l'emporte snnsdoutedans ce moment, étouffe toutes ses autres {tassions, et l'entraîne vers Jésus-Christ, non pour lui demander une résurrection, car la fille n'est pas morte, mais une simple guérison. 11 pensait si peu à la résurrection, que lorsqu'il apprend la mort, il ne demande plus rien.

V. Quand il y aurait de l'artifice de la part de Jésus-Christ et de Jaïre : yen avait-il de la part des gens qui viennent annoncer que sa fille est morte, qu'il est inutile que Jésus- Christ aille plus loin? Est-ce Jaïre, est-cs Jésus qui publient la mort? Tous ceux qui se moquent de Jésus-Christ, parce qu'il traite cette mort d'un simple sommeil ; tous ceux qui sont dans la maison, et qui la font retentir de leurs cris; tous ces lugubres musiciens sont-ils du complot?

VI. H est évident que la résurrection delà fille du chef delà Synagogue est notoirement réelle, ou (pie le récit en est fabuleux. Les apôtres donnenteontre eux un témoin connu et de poids. Jaïre les démentira, et suffira seul pour les confondre. Quand il serait muet; toute sa maison, tout !e voisinage parlera pour lui. Le mensonge des apôtres ne sera plus douteux ; il sera public.

VIL Résurrection de Lazare. (Joan. x, 22 seq.) Pendant la fête de la Dédicace, les Juifs s'assemblèrent autour de Jésus-Christ, et lui demandèrent s'il était le Christ. Sa réponse les irrita, ils voulurent se saisirde lui ; mais il sortit d'entre leurs mains, et se retira au delà du Jourdain, au lieu où saint Jean avait habité, lorsqu'il baptisait.* Marie et Marthe, sœurs de Lazare envoyèrent lui dire.

Seigneur, celui que vous aimez est malade : ce que Jésus ayant entendu, il dit : Celle maladie n'a point la mort pour terme, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu en soit glorifié. Or Jésus aimait Marthe et Marie sa sœur, et Lazare Ayant donc entendu dire qu'il était malade, il demeura encore deux jours au lieu où il était. Et il dit ensuite à ses disciples : Retournons en Judée. Ses disciples lui dirent : Maître, il n'y a qu'un moment que les Juifs vous voulaient lapider, et vous retournez encore là. Jésus leur répondit : N'y a-t-il pas douze heures dans le jour? Celui qui marche durant le jour, ne se heurte point, parce qu'il voit la lumière du monde ; mais celui qui marche la nuit, te heurte, parce au'il n'a point de lumière. Il leur parla de la sorte, et ensuite il leur dit : ÎSotre ami Lazare dort, mais je vais le réveiller. Ses disciples lui répondirent : Sei-

gneur, s'il dort, il sera guéri. Mais Jésus entendait parler de sa mort, uu lieu qu'ils croyaient qu'il leur parlait du sommeil de ceux gui dorment. Jésus donc leur dit clairement .Lazare est mort, je me réjouis pour l'amour de vous, de ce que je n'étais pas là, afin que vous croyiez : mais allons à lui. Sur quoi, Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : Allons aussi nous autres, afin de mourir avec lui.

Jésus étant arrivé, trouva au il y avait déjà quatre jours que Lazare était dans lefombeau; cl comme. Béthanie n'était éloigné de Jérusalem que d'environ quinze stades, il y avait quantité de Juifs qui étaient venus voir Marthe et Marie, pour les consoler de la mort de leur frère. Marthe ayant donc appris que Jésus venait, alla au-devant de lui, et Marie demeura dans la maison. Alors Marthe dit à Jésus : Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort : mais je sais que Dieu vous accordera encore à celle heure tout ce que vous lui demanderez. Jésus lui répondit : Votre frère ressuscitera. Marthe lui dit : Je sais qu'il ressuscitera dans la résurrection générale au dernier jour. Jésus lui repartit : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, quand il serait mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. Croyez-vous cela? Elle lui répondit : Oui, Seigneur, je crois quevousétesle Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu dans ce monde

Marthe, après celte confession, s'en alla, et vint dire en secret à Marie sa sœur : le Maître est ici, et il vous demande ; et elle, l'ayant entendu, se leva aussitôt et le vint trouver. Jésus n'était pas encore entré dans le bourg, mais il était encore au même lieu où Marthe l'avait rencontré. Les Juifs qui étaient avec Marie dans la maison , et qui la consolaient, ayant vu quelle s'était levée si promptement et qu'elle élait sortie, la suivirent en disant : Elle va au sépulcre pour y pleurer. Marie étant venue au lieu où était Jésus , et l'ayant vu, elle se jeta à ses pieds, et lui dit : Seigneur , si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort. Jésus voyant qu'elle pleurait , et que les Juifs qui étaient venus avec elle, pleuraient aussi, frémit en son esprit, et se troubla lui-même : et il leur dit : où l'avez-vousmis ? Us lui répondirent : Seigneur, venez et voyez ; et Jésus pleura. Les Juifs dirent entre eux : Voyez comment il l'aimait ; mais quelques-uns ajoutèrent : Celui-ci qui a ouvert les yeux d'un aveugle-né , ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne mourût point? Jésus frémissant de nouveau en lui-même, vint au sépulcre. C'était une grotte, et l'on avait mis une pierre pardessus. Jésus leur dit : Otez la pierre. Marthe, qui élait ta sœur du mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà mauvais, car il est là depuis quatre jours. Jésus lui répondit : Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu? Ils ôlèrcnt donc la pierre ; et Jésus levant les yeux en haut, dit ces paroles : Mon Père, je vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé. Pour moi. je

sais bien que vous m'exaucez toujours, mais je dis ceci pour ce peuple qui m'environne, afin qu'ils croient que c'est vous qui m'avez envoyé. Ayant dit ces mots, il cria à haute voix : Lazare , sortez dehors. A l'instant celui qui était mort sortit, ayant les pieds et les mains liés de bandes, et son visage était enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : Déliezle, et le laissez aller.

Plusieurs d'entre les Juifs qui étaient venus voir Marie et Marthe , et qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. Mais quelques autres allèrent trouver les pharisiens, et leur rapportèrent ce miracle. Les princes des préires et les pharisiens tinrent donc conseil ensemble, et dirent : Que faisonsnous? Cet homme fait plusieurs miracles. Si nous le laissons faire, tous croiront en lui; et les Romains viendront et ruineront notre ville et notre nation. ... Ils ne songèrent donc plus depuis ce jour-là, qu'à trouver le moyen de le faire mourir; et ce fut pour cela que Jésus s'en alla au pays qui est auprès du désert, en une ville nommée Ephraïm , où il demeura avec ses disciples. (Joan. xi, 3 seq.)

Saint Jean rapporte ensuite le retour de Jésus à Béthanie, son souper avec Lazare, l'action de Marie qui déplaît à Judas, la démarche de ce traître, qui promet aux prêtres de leur livrer Jésus-Christ, pour trente piè-

ces d'argent. L'évangélisle poursuit ainsi Une grande multitude de Juifs ayant su que Jésus était à Béthanie, y vinrent de Jérusalem, non-seulement pour Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu'il avait ressuscité d'entre les morts. Mais les princes des prêtres délibérèrent de faire mourir aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs se retiraient d'avec eux à cause de lui, et croyaient en Jésus. Le lendemain, une grande quantité de peuple qui était venu à la fête (de Pâques) ayant appris que Jésus venait à Jérusalem, prit des branches de palmiers, et s'en alla audevant de lui, en criant : Béni soit le Roi d'Israël, qui vient au nom du Seigneur... Le grand nombre de ceux qui s' étaient trouvés avec lui, lorsqu'il avait appelé Lazare du tombeaui et l'avait ressuscité d'entre les morts, lui rendait témoignage. Et ce fut aussi ce qui fit sortir tant de peuple pour aller au-devant de lui, parce qu'ils avaient ouï dire qu'il avait fait ce miracle. De sorte que les pharisiens dirent entre eux ; vous voyez que nous ne gagnons rien : voilà tout le monde oui court après lui. (Joan. xn, 9 seq.)

Je croirais avoir perdu l'esprit, si je m'arrêtais un moment à la pensée extravagante des esprits forts de nos jours, qui ne voient dans Lazare que le pendant de Restilut, prêtre de Calame. Saint Augustin (De civ. Dei, lib. xiv, c. 2k), raconte que ce piètre avait le secret de si bien contrefaire le mort, qu'il perdait le sentiment, la voix, la chaleur, le mouvement, qu'on le tournait danscet état, qu'on le retournait, qu'on l'agitait, qu'on lui appliquait Je feu, sans l'émouvoir, et sans lui arracher un symptôme de vie. Qu'a de commun avec la. mort de Lazare, celte mort feinte , volontaire , momentanée du

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prêtre Restitut ? Est-elle la suite d'une maladie? Est-elle suivie des cérémonies usitées parmi les Juifs dans l'ensevelissement de leurs morts, capables seules de tuer? Dure-t-elle quatre jours? Rend-elle infect le cadavre? Ne nous arrêtons donc pas davantage à une pensée si extravagante.

VIII. Reprenons en peu de mots les circonstances du miracle de la résurrection de Lazare. Jésus-Christ est éloigné de Béthanie. Lazare tombe malade. Marie et Marthe, ses sœurs, avertissent aussitôt de son état le grand Médecin. Le malade meurt. La mort devient publique à Jérusalem. Plusieurs Juifs en viennent pour consoler les deux sœurs. Ces Juifs ne peuyent ignorer depuis quel temps Lazare est dans le tombeau. Ils suivent Marie en disant : elle va au sépulcre pour y pleurer. Ils sont présents à tout. Témoins des larmes que Jésus-Christ répand, ils les regardent comme une manque de faiblesse et d'impuissance. Ils sentent l'odeur qu'exhale le cadavre renfermé depuis quatre jours, et qui fait chanceler la foi de Marthe. Ils voient ôter la pierre. Ils entendent ces paroles puissantes sorties de la bouche de Jésus-Christ: Lazare, sortez dehors. Ils sont frappés de la prompte obéissance du mort ; le corps se relève les pieds et les mains, liés de bandes, le visage enveloppé d'un suaire. Ils le voient délier et marcher. Peuvent-ils douter de la mort? Si Lazare n'était pas mort, quand on l'ensevelit , le suaire ne l'aurail-il pas étouiïé? il a les bras et les jambes liés de bandelettes, comment sort-il du tombeau ? Dans cet état, peut-il avoir de soi-même aucun mouvement?

IX. Si les apôtres ont voulu imposer au genre humain par la résurrection de Lazare, ils ne pouvaient s'y prendre d'une manière plus insensée. Le lieu, le voisinage de Jérusalem, un grand nombre d'habitants de cette ville, une famille connue, fourniront tous lès moyens que l'on peut désirer pour les convaincre de faux. On ne se borne pas aux témoins oculaires : on assure que les princes des prêtres et les pharisiens en sont informés ; qu'ils tiennent conseil ensemble, non pour examiner la vérité du miracle, tant il est manifeste, mais pour mettre fin aux miracles de Jésus-Christ ; qu'ils prononcent contre lui un arrêt de mort ; qu'ils ne délibèrent plus que de la manière de l'exécuter. Saint Jean fait encore venir de Jérusalem plusieurs Juifs, pour voir Lazare ressuscité; et cette curiosité, selon lui, allume la fureur des princes des prêtres contre Lazare. Enfin, cet apôtre donne ce miracle pour le motif des acclamations avec lesquelles le peuple reçoit Jésus -Christ à Jérusalem, tant le miracle est éclatant.

X. Je craindrais , mon cher Eusèbe , de vous accabler, si je poussais plus loin l'examen des miracles do Jésus-Christ rapportés par les évangélistes. J'aime mieux que vous ayez le plaisir de le faire vous-même en suivant la méthode que je viens de vous tracer. Vous verrez qu'il n'en est presque aucun qui ne dût être vrai, ou faux publi-

quement, durant la vie des évangélistes. El voici sur ce point un raisonnement qui se présentera de lui-même à votre esprit.

Article III. — Les évangélistes n'ont pu tromper dans le récit des miracles de Jésus-Christ. — Intérêt qu'avaient ceux qui embrassaient la religion [chrétienne, et ceux qui la rejetaient, de les examiner. — Tous les ont avoués.

1. Les évangélistes n'ont pu tromper personne sur des faits notoires, dans le temps qu'ils écrivaient et qu'ils prêchaient ; car il eût été facile de les convaincre de mensonge, puisque leurs mensonges eussent été notoires. Or, dans le temps que les évangélistes prêchaient, et qu'ils écrivaient, la fausseté , ou la vérité des miracles de Jésus-Christ était de notoriété publique dans toute la Judée; le récit seul des évangélistes suffit pour en persuader ; ils citent un nombre prodigieux de témoins. Donc ils n'ont pu tromper.

IL Je vous prie, mon cher Eusèbe, d'observer que je confonds les temps de la prédication et des écrits des évangélistes, parce qu'ils commencèrent, à la vérité, de publier de vive voix leur doctrine avant que de l'écrire : mais il est manifeste qu'ils ne consignèrent en leurs écrits que ce qu'ils avaient prêché. Autrement, il n y aurait point eu de conformité entre les vérités annoncées de vive voix, et les écrits qui parurent dans la suite. On aurait lu, dans ces écrits , des choses nouvelles et inouïes; on y aurait trouvé le contraire de ce qu'on avait entendu. Qui n'aurait alors opposé les discours aux écrits ? Qui n'aurait eu les uns et les autres pour suspects? Qui ne se serait défié de semblables maîtres ? Saint Irénée (De Monarch.y et apud Euseb., 1. v, c. 20), est un exemple du soin que l'on avait de confronter, ce que les disciples de Jésus-Christ racontaient de ses discours et de ses miracles, avec les écrits des évangélistes et des autres apôtres.

Observez en second lieu, que pour prouver que les évangélistes n'ont pu tromper, il su/fit que les faits qu'ils rapportent, fussent notoires dans le temps qu'ils les publiaient. Mais la notoriété de ces faits étant indépendante des écrits des évangélistes , elle devait subsister même après leur publication. Ainsi on aurait pu démontrer la fausseté de ces faits, après la mort des apôtres, s'ils n'avaient eu de réalité que dans leurs écrits.

III. Les apôtres, direz-vous, prêchaient et écrivaient tout ce qu'ils voulaient. Personne n'a daigné se donner la peine d'examiner les contes qu'ils débitaient. Quel intérêt, en effet, devait prendre le monde aux discours et aux écrits de douze misérables pêcheurs?

IV. Quel intérêt ? 11 n'en est point de plus essentiel. Les Juifs et les païens, qui embrassaient la religion prêchée par les apôtres, étaient intéressés à s'instruire de la vérité des miracles de Jésus-Christ. Il s'agit pour les païens, d'abandonner une religion sensible, riante, favorable aux passions,

professée dès l'enfance, pour en embrasserune nouvelle, terrible aux sens parla pureté de sa morale, supérieure à la raison par la

f)iolbndeur de ses mystères, opposée à toutes es espérances humaines, par les persécutions auxquelles elle expose. Et cette religion, dont la morale attaquo toutes les passions, dont les mystères accablent la raison, dont les persécutions les plus atroces sont inséparables, n'a point d'autre fondement que les miracles. S'ils sont faux, cette religion n'est qu'une chimère. Les paï ns sont donc insensés, s'ils l'embrassent sans être certains des miracles.

Il s'agit |>our les Juifs attachés si légitimement à la religion qu'ils tiennent de Dieu par le ministère de Moïse , d'en embrasser une qu'ils regardent comme nouvelle ; Nous savons, disaient-ils, que Dieu a parle' à Moïse : ruais pour celui-ci, nous ne savons d'où il est. {Rom. ix, 29 ) Il s'agit de reconnaître pour le Messie, un homme qu'ils viennent de traiter comme un imposteur, et qui n'a aucun trait de ressemblance avec celui que le corps de la nation s'est figuré et qu'elle attend; de croire que cet homme est le Fils de Dieu, qu'il est sorti du tombeau par sa puissance, qu'il est monté au ciel, qu'il est le souverain Juge des vivants et des morts; de plier leur esprit à tous ses discours, quelque incompréhensibles qu'ils puissent être; de soumettre leur cœur à ses lois, quelque ennemies qu'elles soient de l'amour des richesses, des plaisirs sensuels, du faste et de l'orgueil ; de renoncer à plusieurs pratiques commodes , qui semblent être permises et autorisées par Moïse; de n'attendre en celte vie que des croix et des tribulations ; de n'avoir aucun égard aux idées et aux jugements de leurs docteurs, de leurs pontifes , de leurs magistrats ; de résister à toutes les puissances qui les gouvernent; d"êlre préparés à la perte de leurs biens et de leur vie. On ne peut qu'applaudir à leur changement, s'ils sont certains des miracles qu'on leur annonce. Sans cette certitude, il n'est pas possible de les excuser de folie.

Supposons les Juifs et les païens qui se sont convertis, séduits par les discours artificieux de douze pauvres pêcheurs. La supposition est risible, je l'admets, et je soutiens qu'ils sont insensés, s'ils persévèrent dans leur séduction. Quoi 1 les railleries et res insultes de leurs amis et de leurs proches, la haine et la fureur de leurs concitoyens, les délations et les injustices de leurs ennemis, la perte de leurs biens et souvent de leur vie, tout cela ne serait pas assez puissant pour ouvrir leurs yeux sur le fondement caduc de leur illusion? Ils ont cru des miracles sans preuves , et ils n'eu exigeront jamais? Les voilà à portée de découvrir la fausseté de tant de contes puériles qu'ils ont entendus , et ils négligeront de faire un pas nour s'en assurer? Cela est au-dessus de la vraisemblance. Puisqu'ils

sont inébranlables dans la religion nouvelle qu'ils professent, que rien n'est capable de les séparer de l'amour de Jésus -Christ, ni !a mort ni la vie, il est nécessaire qu'ils aient des preuves invincibles de la vérité de tout ce que leur ont dit les apôtres , ou il est nécessaire que leur folie n'ait point de bornes.

Eh bien, direz-vous, quel inconvénient y aurait-il à regarder tous ces premiers sectateurs des apôtres comme des insensés ? Quel inconvénient? N'en trouvez-vous aucun à renverser le fondement de la certitude humaine? Ce fondement est que les hommes ne sont pas fous (4-). De plus, dans le cas présent, ce ne serait pas seulement attaquer la certitude humaine, ce serait en vouloir à la raison; puisqu'il faudrait accuser de folie les hommes, dans le temps précisément qu'ils donnent les preuves les plus marquées de sagesse et de bon sens. Comparez, je vous {•rie, les païens et les Juifs devenant chrétiens, avec eux-mêmes dans l'état qui précède l'heureux moment de leur conversion. Les païens ensevelis dans les plus épaisses ténèbres , éloignés entièrement de Dieu, ( Ephes. iv, 18, 19), se plongeant avec une ardeur insatiable dans toutes sortes d'impuretés, se font Chrétiens et deviennent lumière, bonté, justice, vérité. ( Ephes. v, 8,9.) Les Juifs voleurs, adultères, sacrilèges, se.glorifiant dans la loi pour déshonorer Dieu par ie violementrle la loi (Rom. h, 23), que reçoivent-ils par le baptême de Jésus- Christ? Us reçoivent toutes les vertus, le désintéressement, la charité, la pureté, la sainteté. (Act. iv.) Ainsi les premiers Chrétiens'ne pourraient vous paraître insensés, que parce qu'ils seraient trop raisonnables.

V. Les Juifs qui rejetaient et qui combattaient la prédication des apôtres, de même que ceux qui la recevaient, étaient intéressés à examiner les miracles que les apôtres attribuaient à Jésus-Christ. Au milieu de Jérusalem, dans toutes les synagogues, par tout l'univers, les apôtres publient que les Juifs ont accompli toutes les prophéties, eu faisant mourir le Messie qui leur était promis, l'auteur de la paix et de la justice qu'ils attendaient depuis quatre mille ans; qu'ils sont déicides; que les serines et lés pharisiens, les prêtres et les pontifes, tout ce qu'il y a de plus respectable dans la nation, sont des hypocrites, des calomniateurs , des blasphémateurs. Si les miracles «le jésus- Christ sont vrais, toutes ces accusations sont fondées; les Juifs sont homicides, déicides, hypocrites, calomniateurs, blasphémateurs, dignes de l'horreur de toutes les nations. Si les miracles de Jésus-Christ sont faux , Jésus-Christ a été justement crucifié ; tous ses discours et ceux de ses disciples ne sont que de vaines déclamations; l'honneur des pontifes est en sûreté; leur haine contre les apôtres mérite les plus grands éloges

Si les miracles de Jésus-Christ sont faux, les scribes et les pharisiens , les prêtres et les pontifes ont en main les preuves les plus

(4) Voy. part, h, col. 000 et 000.

Zoà

évidentes de leur fausseté, ils n'ont , pour ainsi dire, qu'à ouvrir la bouche : que toute la Judée proteste qu'elle n'a rien vu, qu'elle n'a rien entendu; cotte simple protestation décriera pour jamais les apôtres; ils passeront dans l'univers pour des imposteurs et des fourbes; abandonnés à leur folie, personne ne daignera, ni les écouter, ni les suivre ; ils seront l'objet du mépris de tous les peuples les Juifs demeureront fidèles à la loi de Moïse, et attendront le vrai Messie ; les gentils continueront de respecter le temple de Jérusalem, et d'y envoyer leurs offrandes. L'honneur et la religion engagent donc les prêtres et les pontifes, les scribes et les pharisiens, tonte la nation juive à publier, à la face de l'univers, la fausseté des miracles de Jésus- Christ. S'ils sont réellement faux ces miracles, les Juifs ne peuvent garder le silence, sans renoncer à 1 honneur et à la religion.

VI. Les genlilsqui résistaientà la prédication des apôtres, de même que ceux qui y étaient dociles, étaient intéressés à examiner les miracles de Jésus-Christ. Us voyaient quelques hommesvolerde province en province, de ville en ville, assembler autour d'eux une fouie de peuple, dans les places publiques, déclamer contre le ridicule néant des divinités adorées , prêcher une nouvelle religion , publier les merveilles d'un Dieu crucifié, attirer et persuader un grand nombre de leurs auditeurs. Ses pontiies jaloux de leur autorité, les magistrats ennemis des sectes nouvelles, le peuple attaché à ses préjugés et à ses superstitions, tous doivent s'opposer au progrès de la prédication de ces maîtres hardis et téméraires. Il n'y a qu'à dévoiler leur grossière imposture. Rien n'est plus facile. Il ne faut que députer en Judée; ce n'est pas une région inconnue, barbare et inaccessible; c'est un pays soumis aux Romains : les premières recherches à Jérusalem éclairciront tout, et les auteurs de tant de fictions, seront couverts d'une confusion éternelle.

Il est même inutile d'aller tout vérifier sur les lieux : les gentils ont parmi eux une infinité de témoins qu'ils peuvent entendre. Les Juifs dispersés dans toutes les parties de l'empire romain, dont le plus grand nombre ne manquait point de se rendre à Jérusalem, pour y célébrer la pûque , avaient vu de leurs yeux les prodiges de Jésus-Christ. (Joan. vu.) C'était dans ce temps-là même, que Jésus-Christ affectait de faire éclater sa puissance. Ses prodiges avaient donné souvent lieu à des divisions et à des disputes narini ces Juifs étrangers, et avaient excité leur curiosité jusqu'à vouloir voir de leurs yeux Lazare ressuscité. (Joan. xu.j Outre celte foule de témoins si peu suspects, et répandus de toutes parts on peut appeler en témoignage tous ces gentils (fui se trouvaient à Jérusalem dans le même temps, et qui avaient demandé avec un si grand empressement, à voir Jésus-Christ dont on publiait tant de merveilles.

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