VII. Vous sentez, mou cher Eusèbe, l'in
térêt que devait prendre le monde entier aux discours et aux écrits des premiers disciples de Jésus-Christ ; et en même temps, combien il était aisé de découvrir la fausseté manifeste de tous ces discours et de ces écrits, si effectivement ils eussent été faux. Cependant ni les Juifs, ni les païens n'ont démontré la fausseté d'un seul miracle de Jésus-Christ. Jamais les témoins cités par les évangélistes, n'ont réclamé contre eux. Jamais on n'a tenté d'entendre ces témoins. Jamais on n'a essayé de les engagera donner un démenti aux récits circonstanciés qu'on la lisait dans les évangiles. Il s'agissait néanmoins de faits publics et notoires. Et sur ces faits, des milliers de Juifs, des millions de païens croyaient en Jésus-Christ, soumettaient leur esprit à des mystères incompréhensibles, et leur cœur à une morale ennemie, de toutes les passions , renonçaient à toutes les douceurs de la vie, souffraient tous les outrages , donnaient leur vie pour Jésus-Christ. Les miracles de Jésus-Christ étaient donc évidents, dans le temps que les apôtres prêchaient et qu'ils écrivaient. Il est impossible d'ébranler la force de cette démonstration, que par la supposition d'une folie universelle, durant la vie des premiers disciples de Jésus-Christ.
VIII. Pourquoi nous arrêter si longtemps à prouver ce que ni les Juifs, ni les païens n'ont jamais contesté. Tous , dans tous les temps, ont avoué que Jésus-Christ a opéré des miracles. Mais pour prévenir les conséquences qui en naissaient contre eux, il les attribuaient à la magie. (CELs.,apud Orig. h ; Cont. Cels.; Julian Apostat., apud Cyrilï. Alex., vi ; Pokphvre, Talmud.) Les Juifs modernes ont eu recours à une autre défaite qui n'est pas moins pitoyable. Selon eux, 1 origine des miracles de Jésus-Christ était la découverte qu'il avait faite de la prononciation du nom ineffable de Dieu, Jehovah. Mais il n'est pas ici question de l'idée chimérique que les Juifs et les païens se formaient du principe de ces miracles; nous verrons ailleurs que! était ce principe. Il s'agit à présent de leur certitude. Comment les Juifs et les païens eussent-ils pu en douter? Ils voyaient ces miracles répétés en mille manières, par les disciples de Jésus-Christ, et par ceux qui croyaient en lui. C'est ce que nous allons voir, mon cher Eusèbe ; mais comme les miracles opérés par les apôtres et par les premiers fidèles, sont une suite des promesses de Jésus-Christ avant son ascension , l'ordre veut que nous entendions ces promesses.
Aut:ci.e IV. — Promesses de Jésus-Christ avant son ascension. — Elles ne sont pas de /' invention des évangélistes ; et si elles ont eu leur effet, elles toni une preuve de l'ascension de Jésus-Clirisl.
I. Cependant les onze disciples s'en allèrent en Galilée, sur la montagne où Jésus leur avait ordonné de se trouver. (Mat th. xxviu, 1G.) Et s'il s'est fait voir en une seule fois a plus de cinq cents frères assemblés. (1 Cor. xv , G.) Les onze se voyant là , ils l'adoré'
rèrcnt; quelques-uns néanmoins furent dans le doute. Après il s'est fait voir à Jacques , puis à tous tes apôtres, lit s'approchant d'eux , il leur parla et leur dit : Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. (Matth. xxvm, 17; / Cor. xv,7; Mat th. xx vm, 18. ) Allez donc par tout le monde, prêchez V Evangile à toute créature. [Marc. xvi, 15.) Instruisez toutes les nations , les baptisant au nom du l'ère , et du Fils , et du Saint-Esprit , et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai prescrites. (Matth. xxvm, 19.) Celui qui croira et qui sera baptisé , sera sauvé ; mais celui qui ne croira point , sera condamné. Et voici les miracles que feront ceux qui auront cru: ils chasseront les démons en mon nom , ils parleront de nouvelles langues. Ils prendront les serpents avec la main , et s'ils boivent quelque breuvage mortel , il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains sur les malades, et les malades seront guéris. (Marc, xvi, 16, 17, 18.) Et assurez-vous que je serai toujours avec vous jusqu'à la consommation des siècles. (Matth. xxvm , 20.)
Et mangeant avec eux , il leur commanda de ne point partir de Jérusalem , mais d'attendre la promesse du Père que vous avez, leur dit-il , ouïe de ma bouche. Car Jean a baptisé dans l'eau, mais dans peu de jours vous serez baptisés dans le Saint-Esprit. (Act. i , 4,5.) Puis il leur dit : C'est là ce que je vous disais , lorsque j'étais encore avec vous, qu'il fallait que tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, dans les prophètes , et dans les Psaumes , fût accompli. A lors il leur ouvrit l'esprit , afin qu'ils entendissent les Ecritures ; et il leur dit : C'est ainsi qu'il est écrit, et c'est ainsi qu'il fallait que le Christ souffrit , et qu'il ressuscitât des morts le troisième jour , et qu'on prêchât en non nom, la pénitence et la rémission des péchés parmi lotîtes les nations, en commençant par Jérusalem. Or vous êtes témoins de ces choses. Je vais envoyer sur vous le don de mon Père , qui vous a été promis ; cependant demeurez dans la ville de Jérusalem , jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la vertu d'en haut. Il les mena ensuite jusqu'à Béthanie. (Luc. xxiv , 44 seq.) Alors ceux qui se trouvèrent présents lui demandèrent : Seigneur , sera-ce en ce temps que vous rétablirez le royaume d'Israël; et il leur répondit : Ce n'est pointa vous à savoir les temps et les moments que le Père a réservés à son souverain pouvoir: mais vous recevrez la vertu du Saint- Esprit , qui descendra sur vous , et vous me rendrez témoignage dans Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie , et jusqu'aux extrémités de la terre. (Act. i, 6,8.)
Après ces paroles , il leva les mains et les bénit; et en les bénissant, il se sépara d'eux, et il fut enlevé dans le ciel : il y monta à leurs yeux, et ils le virent s'y élever. (Luc. xxiv, 50, 51.) Mais dans la suite, il entra dans une nuée qui le déroba à leur vue. Et comme ils étaient attentifs à le regarder montant dans le ciel , deux hommes vêtus de blanc se présentèrent soudain à eux, qui leur dirent :
Hommes de Galilée , pourquoi vous arrêtezvous à regarder au ciel '{ Ce Jésus , qui en vous quittant s'est élevé dans le ciel, viendra de la même sorte que vous l'y avez vu monter. Alors les disciples l'ayant adoré, retournèrent à Jérusalem comblés de joie , et ils étaient sans cesse dans le temple, louant et bénissant Dieu. Amen. (Act. i, 9 seq.)
II. Les évangélistes sont-ils inventeurs de ces promesses? La décision de la question dépend de l'accomplissement des promesses, et l'accomplissement est un fait dont les yeux sont les juges. Les apôtres faisaientils les miracles qui devaient être les signes et les preuves de la foi? En communiquaientils le pouvoir à ceux qui les écoutaient avec docilité ? S'ils faisaient des miracles, s'ils en communiquaient le don, les promesses sont certaines, leur vérité est palpable. S'ils ne faisaient aucun miracle, la fausseté des promesses était sensible. Le plus ignorant d'entre les Chrétiens, en lisant ces promesses dans les Evangiles, s'en fût moqué, eût méprisé et les apôtres et Jésus-Christ. Où en sommes-nous, aurait-il dit aux apôtres?
Vous promettez qu'au nom de Jésus-Christ vous opérerez des merveilles; vous assurez que ceux qui croiront en lui, seront autant de thaumaturges; nous croyons et nous sommes dans la même impuissance qui a précédé notre foi; voire pouvoir est aussi borné que le nôtre; vous êtes donc de vrais fourbes, ou si vous êtes sincères, c'est que V04LS avez été trompés par Jésus-Christ. Il est donc évident que les évangélistes n'ont pu tromper dans le récit qu'ils font des promesses de Jésus-Christ ; à moins que l'on imagine les hommes de leur temps, d'une espèce différente de nous, sans raison, sans yeux, sans oreilles.
III. Remarquez en passant, que si les promesses que les Evangélistes mettent dans la bouche de Jésus-Christ avant son ascension, ont eu leur effet, il est impossible de soupçonner les apôtres d'avoir eu desseinde tromper dans le récit entier de l'ascension. Dans quel temps auraient-ils inventé l'ascension et les discours de Jésus-Christ? Seraitce avant de prêcher aux J uifs et aux gentils, ou après le succès de l'Evangile ?
Avant leur prédication? par quelle lumière connaissaient-ils la foi de tous les peuples et la conversion de l'univers ? Comment pouvaient-ils se promettre une protection si sûre de la part de Jésus-Christ, qu'ils savaient n'être ni ressuscité, ni monté au ciel? Par quels prestiges espéraient-ils faire croire à tous les hommes qu'ils avaient le don des miracles et le pouvoir de le communiquer ?
Si c'est après l'événement qu'ils ont imaginé l'ascension de Jésus-Christ, et les paroles qu'ils lui attribuent, quelle était donc la matière de la prédication des apôtres avant que ces fictions eussent été concertées? Que prêchaient-ils ? Que disaient-ils de Jésus- Christ, , soit aux Juifs, soit aux gentils ? Et comment avaient-ils persuadé aux uns etaux autres qu'il était assis à la droite de son Père
dans le ciel, et qu'il viendrait juger tous les hommes, avant qu'ils eussent eu la pensée de le feindre ? L'exécution des promesses prouvera mieux que tous les raisonnements. Examinons si saint Luc et saint Paul, qui ont donné l'histoire des événements qui suivirent l'ascension de Jésus-Christ, et de la prédication des apôtres, ont pu tromper.