‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 59 sur 163 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

SAINT LUC N'A PU TROMPER DANS LES ACTES DES APÔ- TRES, NI SAINT PAUL DANS SES EPÎTRES.

Descente du Saint-Esprit prouvée par le don des langues — Guérison d'un homme boiteux de naissance. — Autres miracles rapportés pur saint Luc, liés indissolublement avec l'effet de la prédication des apôtres, et la non-supposition du Livre des Actes. — Miracles de saint Paul et des apôtres. — Dons miraculeux communiqués aux fidèles.

Article I. — Descente du Saint-Esprit prouvée par le don des langues ; guérison d'un homme boiteux de naissance.

I. Les disciples de Jésus-Christ, après son ascension, revinrent à Jérusalem. Là rassemblés en une maison au nombre de six vingt, ils persévéraient dans un même esprit en prières. (Act. i, 15, 14.) Saint Pierre proposa à l'assemblée, de faire choix entre les anciens disciples, d'un homme qui pût remplir la place vacante de Judas, et rendre témoignage avec eux à la résurrection de Jésus-Christ. Deux furent présentés, le sort tomba sur Mathias, il fut associé aux onze apôtres.

JI. Quand les jours de la Pentecôte furent accomplis , les disciples étant tous ensemble dans un même lieu, on entendit tout d'un coup un grand bruit , comme d'un vent violent et impétueux qui venait du ciel, et qui remplit toute la maison où ils étaient assis. En même temps ils virent paraître comme des langues de feu qui se partagèrent et s'arrêtèrent sur chacun d'eux. Aussitôt ils furent tous remplis du Saint-Esprit , et ils commencèrent à parler diverses langues , selon que le Saint- Esprit leur mettait les paroles en la bouche. Or il y aimit alors dans Jérusalem des Juifs religieux et craignant Dieu, de toutes les nations qui sont sous le ciel. Après donc que ce bruit fut répandu , il s'en assembla un grand nombre qui furent tous épouvantés de ce que chacun d'eux les entendait parler en sa langue. Ils en étaient ious hors d'eux-mêmes, et dans cet élonnement ils s' entredisaient : Ces gens-là qui nous parlent, ne sont-ils pas tous Galiléens't comment donc les entendons-nous parler chacun la langue de notre pays ? Parthes , Mèdes, Elamiles , ceux d'entre nous qui habitent la Mésopotamie , la Judée , la Cappadoce , le Pont et l'Asie , la Phrygic et la Pamphylic , l'Egypte et celte partie de la Libye qui est proche de Cyrènc, et ceux qui sont venus de Rome , Juifs aussi et prosélytes , Cretois et Arabes , nous les entendons parler chacun ennolre langue des merveilles de Dieu ? Etant donc étonnés , et ne pouvant comprendre ce qu'ils voyaient , ils s entredisaient : Que veut dire ceci? Mais d'autres

s'en moquaient et disaient ; c'est qu'ils sont ivres et pleins de vtn nouveau.

Alors Pitrre , accompagné des onze apôtres , éleva la voix et leur dit : 0 Juifs , et vous tous qai demeurez dans Jérusalem, considérez ce que je vais vous dire, et soyez attentifs à mes paroles. Ces personnes ne sont pas ivres comme vous le pensez, puisqu'il n'est encore que la troisième heure du jour. Mais c'est ce qui a été dit par le prophète Joël : Dans les derniers temps , dit le Seigneur , je répandrai mon esprit sur toute chair.... Je répandrai mon esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront.

0 Israélites , vous savez que Jésus de Nazareth a été un homme que Dieu a rendu célèbre parmi vous,}par les merveilles , les prodiges et les miracles qu'il a faits par lui au milieu de vous. Cependant vous l'avez crucifié et vous l'avez fait mourir par les mains des méchants, vous ayant été \livré par un ordre exprès de la volonté de Dieu , et par un décret de sa prescience ; mais Dieu l'a ressuscité et nous sommes tous témoins de sa

résurrection. Il a été élevé par la puissance de Dieu , et ayant reçu l' accomplissement de la promesse que son Père lui avait faite, d envoyer le Saint-Esprit , il a répandu cet Esprit-Saint que vous voyez et que vous entendez maintenant.... Que toute la maison d'Israël sache donc certainement que Dieu a établi Seigneur , et reconnu pour son Christ, ce Jésus que vous avez crucifié. Ayant oui ces choses , ils furent touchés de eomponelion en leur cœur. (Act. n , 1 seq.)

III. La descente du Saint-Esprit est annoncée par un vent impétueux qui ébranle la maison où sont assemblés les disciples de Jésus-Christ avec des femmes, la mère de J^ésus et ses frères, et par des -langues de feu qui se reposent visiblement sur leurs têtes, sans distinction d'âge et de sexe. Dans ce moment, les disciples ne sont plus ces hommes d'autrefois, timides, lâches et ignorants. Pleins de lumières, de zèle et de courage, ne pouvant plus retenir l'ardeur dont ils sont embrasés, ils sortent à l'instant de leur retraite, ils publient à haute voix les merveilles de Dieu. Tout le monde accourt. La Pentecôte a assemblé à Jérusalem des Juifs de tous les pays. Tous ces peuples entendent en leur langue naturelle, ce que disent ces hommes extraordinaires, oui étant en grand nombre, et changeant de langage de temps en temps, mettent chaque nation en état de prendre part aux actions de grâces qu'ils rendent à Dieu, et aux louanges qu'ils donnent à sa bonté. Ces nations diverses rassemblées de toutes les parties de l'univers, etqui en sont comme l'abrégé, surprises, étonnées, se disent mutuellement : Ces gens-là qui nous parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment donc les entendons-nous parler chacun la langue de notre pays ? {Ibid.)

IV. Quel prodige en effet 1 Quel Maître a instruit en un moment, les disciples de Jésus-Christ de tant de langues différentes, si

opposées pour la prononciation et }>our le génie ? Qui a formé tout à coup dans leurs cerveaux, ce nombre infini de tracesdi verses? Qui a lié dans leur mémoire, a tant de mots nouveaux des idées distinctes? Qui au milieu de tant de langues subitement infuses, leur fait eboisir celle qui convient, sans la confondre ni l'altérer parle mélange des autres? Qui peut les faire passer si rapidement de l'une à l'autre, et conserver dans toutes, tant de force et tant de dignité, tant d'éloquence pour célébrer les grandeurs de Dieu?

V. Imaginera-t-on ici de l'illusion ou de l'artifice ?Soupçonner tous ces peuples d'avoir été trompés, c'est les soupçonner d'avoir été tous sourds. Les soupçonner des'être'entendus avec les apôtres, c'est soupçonner l'impossible. Comment ces étrangers arrivés depuis peu à Jérusalem, auraient-ils été gagnés par les apôtres? Ils ne s'entre-connaissaient pas eux-mêmes, ils n'auraient pu se parler sans interprètes; ils étaient mutuellement étrangers les uns à l'égard des autres; leur nombre ne suflit-il pas seul pour rendre le concert impossible?

Soupçonnera-t-on les apôtres d'avoir appris toutes ces langues? Dans quel temps se seraient-ils appliqués à cette étude? Depuis l'ascension jusqu'à la Pentecôte? l'intervalle est trop court. Avant qu'ils se missent à la suite de Jésus-Cbrist? De pauvres gens occupés à la pêche, à raccommoder leurs blets et leur barque, n'ont pas le loisir d'étudier les langues; c'est trop que d'exiger d'hommes de cette espèce, une connaissance médiocre de la langue de leur pays. N'avaientils point reçu des leçons de Jésus-Christ? Quand Jésus-Cbrist eût employé toute sa vie à leur en donner, quelque habile qu'il fût, il n'eût jamais réussi; des cerveaux aussi durs que ceux de Pierre, de Jacques, de Jean, etc., n'étaient guère propres à recevoir tant de trace» différentes. Si les apôtrçs parlent donc toutes les langues, le miracle est réel : or il faut admettre le fait, ou accuser saint Luc de l'avoir invenié avec tous les autres faits qni en sont la suite; les discours de saint Pierre, la conversion de ceux qui l'écoutent, la naissance de l'Eglise chrétienne à Jérusalem.

VI. Si tous ces faits ne sont que des fictions inventées par saint Luc, il est évident que ces fictions sont publiques et notoires. Elles ont un nombre infini de témoins. Il n'est pas nécessaire de se transporter à Jérusalem pour découvrir l'imposture. Tous ces étrangers qu'on y suppose rassemblés de toutes les régions de la terr«, et qu'on fait admirateurs des prodiges que l'on raconte, de retour chez eux, peuvent être consultés. Ils divulgueront le mensonge. Les écrits de saint Luc trouveront des contradicteurs partout l'univers. Donc puisque le miracle du don des langues a été cru, il est indubitable.

VIL Comment n'aurail-il pas été cru ce miracle? Les Juifs et les païens de tous les pays, tant ceux qui se convertissaient que

ceux qui demeuraient dans les ténèbres, étaient eux-mêmes témoins de ce don communiqué aux apôtres. Dès le règne de Néron, il y avait une multitude prodigieuse de Chrétiens à Home, en Grèce, en Asie, dans tout le monde ; la prédication des apôtres les avait enfantés à Jésus-Chri>t. Tous ces peuples n'avaient pas la même langue, chacun avait son idiome particulier. Les apôtres avaient donc prêché dans les langues de chaque peuple; latin aux Romains, grec aux Corinthiens, persan aux Perses, égyptien aux Egyptiens, etc. Ils savaient donc toutes les langues. Tous les peuples étaient donc autant de témoins de la vérité du récit de saint Luc. Il était donc évident que le Saint-Esprit était descendu sur les apôtres. Les fidèles, en recevant le même don des langues, fortifiaient la preuve. Nous le verrons bientôt. Continuons la lecture des Actes des apôtres.

VIII. Guérison miraculeuse d'un hommo boiteux de naissance. Un jour, dit saint Luc, Pierre et Jean montaient au temple, pour être à la prière de la neuvième heure. Et il y avait un homme boiteux dès le ventre de sa mère, que l'on portait, et nue ïon mettait tous les jours à la porte du temple, qu'on appelle la belle porte, afin qu'il demandât l'aumône à ceux qui y entraient. Cet homme voyant Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, les priait de lui donner quelque aumône. Et Pierre arrêtant avec Jean sa vue sur ce pauvre, lui dit : Regarde z-nous ; il les regardait donc attentivement, espérant qu'il allait recevoir quelque chose d'eux. Alors Pierre lui dit : Je n'ai ni or ni argent, mais ce que j'ai je vous le donne : levez-vous au nom de Jésus de Nazareth, et marchez. Et l'ayant pris par la main droite, il le souleva, et aussitôt les plantes et les os de ses pieds s'affermirent. Il se leva à l'heure même en sautant, et il entra avec eux dans le temple, en marchant, en sautant et en louant Dieu.

Tout le peuple vit comme il marchait, et qu'il louait Dieu. Et reconnaissant que c'était celui-là même qui avait accoutumé d'être assis à la belle porte du temple, pour demander l'aumône, ils furent remplis d'admiration et d'étonnemenl de ce qui lui était arrivé. Et comme ce boiteux qui avait été guéri tenait Pierre et Jean par la main, tout le peuple étonné de cette merveille, courut à eux à la galerie qu'on nomme de Salomon. Ce que Pierre voyant il dit au peuple : 0 Israélites ! pourquoi nous regardez-vous comme si c'était par notre puisance, ou par notre sainteté que nous eussions fait marcher ce boiteux ? Le Dieu d' Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son fils Jésus, que vous

avez livré et renoncé devant Pilate Vous

avez fait mourir l'auteur de la vie, mais Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, et nous sommes témoins de sa résurrection. C'est sa puissance, qui par la foi en son nom, a raffermi les pieds de cet homme que vous voyez et que vous connaissez. Et la foi qui vient de lui a fait devant tous le miracle d'une si parfaite guérison. (Act. m, 1 seq.)

r IX. Le discours de saint Pierre convertit cinq mille personnes. Je vous prie, mon cher Eusèbe, de le lire tout entier, et le chapitre suivant où saint Luc raconte comment les apôtres furent interrompus par des prêtres et des sadducéens qui les mirent en prison ; leur comparution devant le tribunal de la nation; la sagesse des réponses qu'ils font aux interrogations et aux menaces de ces ennemis de Jésus-Christ et de sa mémoire ; l'effet que produisit sur leurs frères le compte qu'ils leur rendirent de tout ce que les princes des prêtres et les sénateurs leur avaient dit. La simplicité, de la narration et la liaison des faits, vous en feront mieux sentir la vérité que toutes les réflexions que je ferais. Mais en nous bornant au seul miracle opéré sur le boiteux, est-il possible d'en douter sérieusement?

X. Ce boiteux l'est dès sa naissance ; il a quarante ans; il avait été porté chaque jour à la porte du temple la plus célèbre et la plus fréquentée, pour y recevoir quelques aumônes; il était connu de tous les habitants de Jérusalem ; le temps où il est guéri est celui d'une prière publique ; les témoins du miracle sont en grand nombre; le miracle est opéré en un moment ; il est si parfait que le boiteux saute et bondit de joie, ne pouvant se lasser de rendre gloire à Dieu, et de témoigner aux apôtres sa reconnaissance. Dans le temps qu'il les retient avec ses mains comme ses bienfaiteurs, tout le monde s'assemble autour d'eux dans la galerie qui portait le nom de Salomon : alors saint Pierre, dans un second discours, convertit cinq mille de ses auditeurs. Ainsi tout est public, tout est notoire, et la maladie et la guérison. Si saint Luc n'est pas .sincère, il sera convaincu de mensonge par tous les habitants de Jérusalem. Et quand ces habitants se tairaient sur un mensonge aussi connu, les premiers Chrétiens de Jérusalem, si saints, si attachés à la vérité, ne se tairaient pas eux-mêmes.

Article II. — Aulres miracles des apôtres rapportés par saint Luc, liés indissolublement avec l'effet de la prédication des apôtres, et avec la non-supposition du Livre des Actes.

I. 11 n'est plus nécessaire d'examiner en détail tous les autres prodiges que saint Luc raconte, pour se convaincre qu'il n'a pu tromper : l'impossibilité est évidente. La punition d'Ananie et de Saphire sa femme, frappés de mort par la parole de saint Pierre, à cause de leur dissimulation (Act . v, 1 seq.), a-t-elle pu être inconnue aux tidèles de Je. rusalem, ou regardée par eux comme indubitable, s'ils n'avaient rien vu de tel? A-telle pu être écrite du vivant de saint Pierre et des autres apôtres, c'est-à-dire lorsque tout le monde en connaissait la vérité ou la fausseté; si cette punition n'avait été certaine et publique?

II. Pouvait-on faire accroire aux mêmes fidèles de Jérusalem que les apôtres faisaient beaucoup de miracles et de prodiges parmi eux? Pouvait-on leur faire accroire que l'ombre de saint Pierre guérissait les mala-

OlÙVUtS COMPL. DE LE FllANÇOIS. II.

dies; qu'ils avaient soin d'exposer leurs malades dans les rues sur des lits et sur des couchettes, pour être couverts de cette ombre, quand Pierre passerait? (Ibid., 12 seq.) Cette efficace de l'ombre d'un homme vientelle dans l'esprit? Si un fait si extraordinaire n'eût pas été aussi clair que le jour, saint Luc l'aurait-il écrit? et s'il l'eût écrit, pour quel auteur aurait-il passé? quel eût été le sort de son ouvrage ?

III. Pouvait-on ignorer à Samarie, si Philippe, l'un des sept diacres, y avait annoncé Jésus-Christ, et opéré de grands prodiges? Si saint Pierre et saint Jean, en imposant les mains sur ceux qui n'avaient reçu de saint Philippe que le baptême, leur avaient donné le Saint-Esprit avec les dons qui l'accompagnaient? (Act. vin, 1 seq.) La guérison d'Enée paralytique, couché depuis huit ans sur un lit, opéré au seul nom de Jésus- Christ par saint Pierre, devait être au moins aussi connue et aussi visible que la conversion de la ville de Lydde et du canton de Sarone, qui fut le fruit de ce miracle. (Act. ix , 32 seq.) La résurrection de T habite ou Dorcas, ne pouvait pas plus être feinte que la foi de plusieurs habitants de Joppé, que cette résurrection força de croire au Seigneur. (Ibid., 36.)

IV. Saint Paul (Act. xm, 11) frappe d'aveuglement le magicien Barjesu dans la ville de Paphos en l'île de Chypre, en présence du proconsul Sergius Paulus, qu'un tel miracle convertit. Cet aveuglement ne peut être de l'invention de saint Luc. Le proconsul Paul n'était pas un homme obscur, dont on pût débiter une fausse histoire. Etait-ce une chose indifférente pour un magistrat romain, qu'on dit de lui qu'il était devenu Chrétien, si le fait était inventé? Elymas si accrédité par ses fausses prédictions et par ses enchantements, aurait-il souffert qu'on l'eût déshonoré par un faux miracle?

V. Comment serait-il possible de nier la guérison d'un homme perclus de ses jambes, boiteux* dès le ventre de sa mère, qui n'avait jamais marché, opérée par un seul mot de saint Paul? Le boiteux recouvre l'usage de ses jambes, à la vue d'une ville entière; le miracle est si public et si éclatant que tous les habitants de Lystre prennent saint Paul pour un dieu, et veulent lui offrir des sacrifices. (Act. xiv, 7 seq.) Croirat-on sérieusement que saint Luc a imaginé que saint Paul ayant imposé les mains à quelques disciples d'Ephèse, le Saint-Esprit descendit sur eux, quils parlaient diverses langues, qu'ï/s prophétisaient? (Act. xix, 2 seq.)

VI. N'est-ce qu'une fable, que la guérison d'un jeune homme brisé par une chute d'un troisième étage, occasionnée par un profond sommeil? Tous les fidèles de Troade, ville de Phrygie , qu'on donne pour témoins; qu'on dit extrêmement consolés par ce miracle de saint Paul (Act. xx, 6 seq.); qu'auraient-ils dit de son ouvrage? Le môme auteur a-t-il pu feindre les guérisons qu'il

r>oô

attribue à l'imposition des mains de saint Paul, à sa prière dans l'île de Malte? Toute l'île aurait déposé contre des fictions aussi grossières. (Act. xxvni, 7 seq.)

VII. Quelque déterminé que l'on soit à douter de tout, et à tout nier , jamais on ne formera un doute sérieux sur l'histoire de saint Luc, par rapport à l'eliet de la prédication des apôtres, à la fondation des Eglises, à l'établissement de la religion chrétienne : car il est constant que le monde était idolâtre sous l'empire d'Auguste, et qu'il y avait un nombre infini de Chrétiens dans le monde, dès le règne de Néron. Or, il faut être stupide pour penser que les apôtres aient pu recevoir la morale de l'Evangile, par une autre voie que par la force des miracles les plus éclatants. Loin donc de soupçonner saint Luc d'être l'inventeur de ceux qu'il raconte , il y a lieu de s'étonner qu'il se soit borné à un si petit nombre. 11 ne faut que réfléchir, pour être contraint de suppléer à son modeste silence.

VIII. Un autre effet qui n'est pas moins constant, et qui exclut tout doute sérieux, c'est que le livre <Àes Actes des apôtres a été lu et reçu par les premiers Chrétiens : car cet ouvrage existe aujourd'hui, il existait il y a cent ans, il y a dix siècles, il y en a quinze, il y en a seize ; en un mol, il est impossible de lui assigner une autre époque que celle de la formation de l'Eglise chrétienne. Il faut donc de deux choses l'une, ou que les premiers Chrétiens aient cru vrais les laits contenus dans les Actes, ou qu'ils les aient crus faux; l'alternative est nécessaire. Si vous avouez que les premiers Chrétiens ont cru vrais les faits contenus dans les Actes, vous voilà forcé d'avouer conséquemment que ces faits sont réellement vrais, car les premiers Chrétiens, à moins qu'on ne les suppose sans yeux, sans raison, n'ont pu se tromper sur des faits publics et notoires, dont ils étaient témoins et spectateurs. """

Si vous dites que les premiers Chrétiens croyaient faux les faits, contenus dans le livre des Actes, comme ils n'ont point réclamé contre le mensonge, qu'ils ont conservé religieusement l'ouvrage; qu'ils l'ont mis dans les mains de leurs enfants qui l'ont fait passer jusque dans les nôtres, il est évident que les premiers Chrétiens donnaient l'ouvrage de saint Luc pour vrai, qu'ils en certifiaient les faits et à leurs enfants, et aux païens, et aux Juifs qui embrassaient la religion. 11 faut donc admettre une conspiration générale dans tous les premiers Chrétiens, pour autoriser le mensonge: or est-il rien de plus absurde qu'une semblable conspiration dans un nombre intini de personnes de tout âge, de tout sexe, de toute condition, de tout pays, de toute nation, qui sacrifient leurs biens et leur vie à la vérité?

Les païens étaient-ils du complot, eux qui ne pouvaient ignorer la fausseté des prodiges aitribués aux apôtres? auraient-ils gardé ie silence ? n'auraient-ilspas crié à l'impos-

ture? ne trouverait-on fias dans leurs auteurs des preuves manifestes des mensonges de saint Luc ? Us ne l'ont point attaqué, ils ont au contraire ratifié pour ainsi dire, tous les faits rapportés dans son ouvrage, en accusant les premiers Chrétiens de magie. Car il est évident qu'ils ne fondaient cette accusation que sur les prodiges qu'ils leur voyaient opérer.

Article III. — Miracles dont parle saint Paul dans ses Epilres aux Hébreux, aux Humains, aux jT/iessaloniciens, aux Corimliiens.

I. La pluplart des Juifs qui avaient embrassé la religion chrétienne à Jérusalem, demeuraient attachés aux sacrifices et aux cérémonies. Les persécutions auxquelles ils se voyaient exposés, se joignant à cet attrait pour la loi mosaïque, formaient une violente tentation contre le christianisme. Saint Paul leur écrivit pour les fortifier contre cette tentation, dont il renverse tous les fondements. 11 commence par leur donner la plus haute idée de la grandeur et de la majesté de Jésus-Christ. Il leur fait ensuite envisager les châtiments que mériterait leur apostasie. Si les désobéissances à la loi , leur dit-il, ont reçu la juste punition qui leur était due , comment pourrons-nous Véviter si nous négligeons r Evangile du véritable salut, qui ayant été annoncé premièrement par le Seigneur même , a été confirmé parmi nous par ceux qui Vont entendu , auxquels Dieu même a rendu témoignage par les miracles , par les prodiges , par les différents effets de sa puissance, et par la distribution des grâces du Saint-Esprit, qu'il a partagées comme il lui a phi. (Hebr. n , 2 , 3 , k.) Saint Paul répète ici les paroles qui terminent l'Evangile de saint Marc. Et les apôtres étant partis prêchèrent partout , le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant sa parole parles miracles qui raccompagnaient. (Marc, xyi , 20.)

IL Si les apôtres n'avaient rien fait de prodigieux, saint Paul oserait-il prendre les Hébreux à témoins de leurs miracles? Etaitce là un moyen de retenir les Juifs faibles et chancelants dans la religion ? Une religion étayée par des mensonges visibles, devaitelle paraître préférable à la loi appuyée sur tant de prodiges réels ? Rien ne serait donc moins sensé que le discours de saint Paul, si les miracles des apôtres n'avaient pas été d'une notoriété publique. Ce trait seul de s« lettre aurait dû déterminer tous les Juifs nouvellement convertis à retourner à Moï>e. Ecoutons le même saint Paul dans son Epître aux Romains.

111. Les Juifs et les gentils convertis à Rome fondaient leur vocation à la fui sur leurs mérites. Us en vinrent bientôt aux disputes et aux reproches, suites naturelles d'un orgueil aussi présomptueux. Pour arrêter un si grand mal dans ses commencements, saint Paul l'attaque dans sa source. Il anéantit tous ces mérites prétendus et démontre la gratuité de la grâce qui les avait appelés à la lumière de l'Evangile. II termine

sa lettre par des excuses de ce qu'il leur a parlé avec tant de force.

Je vous ai écrit ceci , mes frères , et peutêtre avec un peu de liberté , voulant seulement vous faire ressouvenir de ce que vous savez déjà , selon la grâce que Dieu m'a faite d'être le ministre de Jésus-Christ parmi les nations , en exerçant la sacrificature de l'Evangile de Dieu , afin que l'oblation des gentils lui soit agréable , étant sanctifiée par le Saint-Esprit. J'ai donc sujet de me glorifier en Jésus-Christ du succès de l'œuvre de Dieu. Car je n'oserais vous parler de ce que Jésus- Christ a fait pour moi, pour amener les nations à l'obéissance de la foi par la parole et par les œuvres , par la vertu des miracles et des prodiges , et parla puissance du Saint- Esprit, de sorte que j'ai porté l'Evangile de Jésus-Christ dans cette grande étendue de pays, qui est depuis Jérusalem jusqu'à Vlllyrie. (Rom. xv , 15-19.)

De quelle notoriété devaient être les miracles de saint Paul, puisqu'il s'en explique si hardiment à des étrangers qu'il n'a pas convertis I S'ils avaient été douteux ces miracles, quel effet eût produit sa lettre ? On eût méprisé les vains discours d'un homme que l'effronterie seule, appuyée de mensonges notoires, érigeait en docteur.

IV. Pour consoler les Thessaloniciens des maux qu'ils avaient soufferts, et pour les engager à demeurer fidèles à la religion, il leur parle ainsi : Nous savons, mes frères chéris de Dieu, quelle a été votre élection ; la prédication que nous vous avons faite de l'Evangile , n'ayant pas été seulement en parole, mais ayant été accompagnée de miracles , de la vertu du Saint-Esprit, d'une pleine abondance de ses dons. (I Thess. u , 4 , 5.)

Si ce discours était faux, que prouveraitil ? 11 prouverait que la religion prêchée par saint Paul est fondée sur la parole d'un homme, et d'un homme menteur jusqu'à l'impudence. Il serait impossible à aucun Thessalonicien d'en douter, s'il n'a point vu de miracles. On ne peut donc supposer que ce discours soit faux, sans supposer en même temps, et une folie réelle dans saint Paul, qui prend à témoins des yeux qui n'ont rien vu, et une stupidité inconcevable dans les Thessaloniciens, s'ils souffrent plus longtemps des pcrsécutionspourla religion chrétienne.

V. Ce qui troublait le plus l'Eglise dans sa naissance, c'étaient des Juifs mal convertis; ces hommes inquiets et superbes s'érigeaient en apôtres. 11 y en eut qui se glissèrent dans l'Eglise de Corinlhe; ils y semèrent la division. Chacun prit le parti pour le prédicateur qui était le plus de son goût. Cette division produisit de grands abus. Saint Paul n'en fut pas plutôt informé qu'il y opposa unedettre vraiment apostolique. Les faux apôtres étrangement irrités ne gardèrent plus de mesures, ils n'épargnèrent ni la personne, ni la doctrine d'un homme qui les avait démasqués. Une seconde lettre fut jugée nécessaire. Dans celle-ci l'Apôtre fait son apologie, d'abord avec une extrême modestie,

puis il pousse les faux maîtres et la sotte docilité de leurs disciples, avec une véhémence qui est bien digne de l'Apôtre des gentils, mais qui ne peut convenir qu'à lui seul.

Je n'ai point employé en vous parlant, dit-il aux Corinthiens , et en vous prêchant, les discours persuasifs de la sagesse humaine , mais les effets sensibles de l'esprit et de la vertu de Dieu. Afin que votre foi ne soit pas établie sur la sagesse des hommes , mais sur lapuissance de Dieu. (I Cor. n , 4 , 5.) Je loue mon Dieu de ce que je parle de toutes les langues que vous parlez, (1 Cor, xiv , 18.) Les marques de mon apostolat ont paru parmi vous dans toute sorte de tolérance et de patience , dans les miracles, dans les prodiges , et dans les effets extraordinaires de la puissance divine. [Il Cor. xn ,12.)

VI. Si saint Paul n'a pas fait de miracles à Corinlhe et des miracles multipliés , clairs, éclatants, il n'est point de Corinthien qui puisse l'ignorer. Saint Paul en s'autorisant de miracles, s'autorise de mensonges palpables, il veut donc passer pour un imposteur, il veut donc fournir aux faux docteurs des armes contre lui-même, il veut donc détacher de son parti les Corinthiens qui le respectent encore, il veut donc les forcer tous de le mépriser, lorsqu'aux mensonges il ajoute Je ton menaçant, en leur demandant : Voulez-vous que j'aille à vous la verge à la main? (/Cor. îv, 21.) Saint Paul est donc un insensé. Mais ne vous le parais-je pas moimême, d'insister si longtemps à justifier de mensonge un saint Paul, cet homme manifestement fait par la vérité pour la défendre et pour la répandre dans tout l'univers ? Il faut cependant, mon cher Eusèbe, que vous essuyiez encore l'examen de ce que dit ce grand Apôtre des dons miraculeux communiqués aux hdèles.

Article IV — Dons miraculeux communiqués aux fidèles.

I. Saint Paul fait le dénombrement de ces dons dans .sa 1" Eptlre aux Corinthiens. (xn , k seq.) Il y a, leur dit-il , diversité de dons, mais il n'y a qu'un même Esprit... Or, les dons qui manifestent au dehors la présence de l'Esprit , sont communiqués par lui à chacun pour l'utilité de l'Eglise L'un reçoit du Saint-Esprit le don de parler avec sagesse ; un autre reçoit du même Esprit le don de parler avec science ; un autre reçoit le don de la foi par le même Esprit ; un autre reçoit du même Esprit la grâce de guérir les maladies ; un autre le don de faire des miracles ; un autre le don de prophétie ; un autre le don du discernement des esprits ; un autr^ le don de parler diverses langues ; un autre le'don de l'interprétation des langues. Or, c'est un seul et même Esprit qui opère toute* ces choses, distribuant à chacunces dons selon qu'il lui plaît. 11 eu ajoute encore de nouveaux. (/ Cor. xiv, 26.) Lorsque vous vous assemblez , l'un est inspiré de Dieu pour composer un cantique, l'autr-c pour instruire,

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