CHAPITRE III
EFFETS DE l'WÉNEMENT DE JÉSUS-CHRIST.
esns-Christ convertit les gentils par ses disciples, 'comme le Messie doit les convertir. — Les Juifs rejettent Jésus-Christ, comme Us doivent rejeter le Messie.
Article I. — Conversion des gentils.
I. Les prophètes avaient prédit que toutes les nations seraient bénies dans le Messie, l'objet de leur attente et de leurs désirs (Gm. xn, 3; xux, 10); qu'il serait leur paix (Agg. u, 10); qu'il les soumettrait à sa puissance. (Zach. ix, 14.) Que les gentils verraient la justice et la gloire de Sion, à l'arrivée de celui qui doit être sa lumière, et que Sion porterait un nouveau nom. (Isa. xlii, 6.) C'est dans le Messie que Dieu met sa complaisance; il l'a rempli de son esprit, pour apprendre aux Gentils la justice; pour être médiateur de l'alliance, et la lumière des nations. Il ne rappellera pas seulement ceux que Dieu s'est réservés dans Israël : par lui encore seront sauvés tous les peuples d'une extrémité du monde à l'autre. (Isa. xlix, 1 seq.)
II. Et ce salut sera le fruit de sa mort ; car il ne verra une longue postérité, que parce qu'il aura livré son âme à la mort. (Isa. lui, 1 seq.) Alors tous les peuples se ressouviendront du vrai Dieu, et se convertiront à lui. (Psal. xxi, 28.) Aussi le Messie ne convertira-t-il pas par lui-même les nations; mais par des hommes qui viendront et qui annonceront sa justice au peuple qui naîtra, et qui sera l'ouvrage du Seigneur (lbid., 32); par des hommes échappés de l'incrédulité générale, marqués d'un signe particulier, et envoyés aux nations d'Afrique, de Libye, de Mosoc, de Grèce et des îles les plus reculées. Ces envoyés feront connaître sa gloire aux nations, ils tireront du milieu d'elles, des frères; ils les offriront à Dieu comme une oblation sainte; et lo
Seigneur prendra parmi eux des prêtres et des lévites, {ha. lxvi, 19 seq.)
III. En Jésus-Christ ïes hommes ont élu comblés de toutes sortes de bénédictions spirituelles pour le ciel. (Ephcs. i, 3 ; Coloss. i, 20.) Par lui et en lui toutes choses ont été réconciliées, atjant pacifié par le sang qu'il a répandu sur sa croix, tant ce qui est en la terre que ce qui est au ciel. Il est notre paix. (Ephcs. h, 14.) Tout est soumis à sa puissance sur la terre. [Mat th. xxvih, 18.) Tous les peuples ont vu la gloire de Sion ; ils y ont participé. Jésus-Christ n'a fait qu'un peuple des gentils et des Juifs, ayant rompu en sa chair la muraille de séparation qui les divisait. (Ephes. n,lh.) Son Eglise qui réunit ces deux peuples ne porte pas le nom de Synagogue; elle est appelée chrétienne. (Act. xi, 20.)
IV. Jésus-Christ est ce serviteur de Dieu, et en même temps son fils bien-aimé, dans lequel il a mis toute son affection (Matth. ni, 17) ; et qu'il a rempli de son esprit. (Luc.iv, 1.) C'est lui qui a appris aux gentils plongés dans les ténèbres, et livrés aux désirs corrompus de leur cœur, la justice, en devenant lui-même leur sagesse, leur justice, leur sanctification et leur rédemption. (/ Cor. i, 30.) 11 est le médiateur du Testament nouveau (Hebr. ix, 15), l'unique médiateur entre Dieu et les hommes. (1 Tim. u, 5.) Il a appelé ceux que Dieu a sauvés en Israël, un petit nombre qu'il s'est réservé, échappé à l'incrédulité générale. (Rom. u, 5.) C'est lui qui a été envoyé pour sauver le monde. (Joan. m, 17.) 11 s'engage d'attirer tout à lui, quand il aura été élevé de la terre. (Joan. xn, 32.) 11 est mis en croix, il meurt, il ressuscite.
V. Alors appelant ses disciples, il les envoie avec la puissance de faire des miracles : Allez, leur dit-il, partout le monde, prêchez l'Evangile à toutes les créatures. (Marc, xvi, 15.) Levez-vous, dit-il à saint Paul, car je vous ai apparu, afin de vous établir ministre et témoin des choses que vous avez vues , et de celles aussi que je vous montrerai en. vous apparaissant de nouveau : et je vous délivrerai de ce peuple et des gentils auxquels je vous envoie maintenant , pour leur ouvrir les yeux, afin quils se convertissent des ténèbres- à la lumière, et de la puissance de Satan à Dieu; et que par la foi quils auront en moi, ils reçoivent la rémissionde leurs péchés, et quils aient part à l'héritage des saints. (Act. xxvi. 10 seq.)
Les apôtres honorés d'une si glorieuse commission, armés et soutenus de la puissance de Jésus-Christ, assurés du succès, font entendre leur voix 5 tous les peuples de toutes les langues ; ils les tirent du profond sommeil où ils sont plongés; ils les font ressouvenir du Dieu de leurs pères, du leur Créateur. La foi en Jésus-Christ les détrompe; ils sont purifiés par le baptême; ils deviennent de nouvelles créatures ; Dieu en est le Père; il leur donne le pouvoir d'être ses enfants : ils ne naissent ni du sang, ni pur la volonté humaine, mais ils
na^sent de Dieu même (Joun. i, 12) ; ils sont sa gloire et son ouvrage, étant créé» en Jésus-Christ dans (es bonnes œuvres (Ephes. n, 10); ils sont une oblation qui lui est Agréable, étant sanctifiée par le Saint-Esprit. [Rom. xv, 1G.) Tout cela se vérifie encore tous les jours. Les disciples de Jésus-Christ ne cessent point derépandrela connaissance du vrai Dieu parmi les nations les plus inconnues et les plus sauvages , h mesure qu'elles sont découvertes.
Article IL — Aveuglement des Juifs.
I. Le Messie, en même temps qu'il fera le bonheur des gentils , doit être le malheur des Juifs. Car ces derniers ont piqué Dieu de jalousie, et Dieu les menace de les piquer de jalousie par un peuple qui n'est point peuple, par une nation insensée. ( Dent. xxxii, 1 seq.) Quand l'attente des nations sera arrivée, la tribu de Juda cessera d'être. (Gen. xlix, 10.) La mort du Messie sera suivie de la destruction de Jérusalem et du temple, de l'abolition des sacrifices et de la désolation entière du peuple. (Dan. ix, 26.) Le bras de Dieu ne sera révélé qu'à un petit nombre. (Isa. lui, 1.) Le corps de la nation le verra sans le discerner. Ce seront des étrangers qui n'avaient point entendu parler du Messie, qui viendront à lui. (Isa. lxvi, 19.) Le peuple vers lequel il étendra ses mains, sera incrédule. 11 sera pour ce peuple une pierre d'achoppement et une pierre de scandale; un piège et un filet aux habitants de Jérusalem. (Isa. vin, 14.) Ils heurteront contre cette pierre ; ils tomberont et se briseront.
II. Ouvrons les yeux et voyons. La nation juive, ce peuple choisi, à qui la révélation divine et les Ecritures avaient été confiées; avec lequel Dieu avait fait alliance ; à qui il avait adressé tant de promesses; à qui il avait envoyé ses prophètes. (Rom. ix, i, 5.) Ce peuple qui attendait le Messie; dont Jésus-Christ naît; qui est instruit par lui en personne-, qui est le témoin de ses miracles et de ses mystères, dont les apôtres sont tirés; ce peuple est dépouillé de ses biens. Toutes ses richesses sont transportées dans les mains des nations insensées, aussi dépourvues de raison, que les dieux de pierre et de bois qu'elles adorent. Ces nations entrent en possession des richesses d'Israël. En croyant en Jésus-Christ, par son sang, elles approchent de Dieu. (Rom. xi-, 12; £<xh. h, 13.)
III. Mais Jésus-Christ est renoncé par le corps des Juifs : il est rejeté de tous dans Bethléem même, la ville de David ; el n'y trouve qu'une étable pour toute retraite. Il vient dans son propre empire, et ses sujets ne le reçoivent pas. (Joan. i, 11.) Quelques bergers ensuite, quelques étrangers l'adorent : mais dès qu'Héiode sait qu'il est né, il pense à lo faire mourir : et tous les savants de la nation qui citent à propos les Ecritures qui ont prédit le lieu où il a [iris
naissance, ou par indifférence, ou par crainte ne daignent pas s'en éclaircir.
Pendant plusieurs années, Jésus-Christ demeure inconnu, et comme un étranger dans son propre royaume. Dès qu'il commence à prêcher, "il trouve partout de la contradiction. 11 est souvent en péril de sa vie. Il est souvent contraint de s'enfuir. On conjure ouvertement contre lui. On exclut des synagogues ceux qui se déclarent pour lui. On va jusqu'à cet excès de fureur et d'aveuglement que de le condamner dans le conseil Je plus célèbre de la nation. On force le gouverneur romain de le faire attacher à la croix. On insulte à sa passion et à sa charité. Sa mort, et le silence que Dieu garde paraissent une preuve convaincante des calomnies de ses ennemis. Quelques hommes pauvres et sans crédit rendent témoignage à sa résurrection : mais tout ce qu'il y a de grand dans la religion et dans l'Etat s'oppose à leurs desseins; et l'on emploie contre eux les menaces, les châtiments et les derniers supplices.
IV. Jésus-Christ est donc, pour le corps de la nation juive, une pierre d'achoppement, une pierre de scandale, contre laquelle ils ont heurté. Ils sont enfin tombés, ils ont été brisés par cette pierre, ils en ont été écrasés et réduits en poudre. Ils ont versé le sang de l'innocent; ils ont demandé qu'il tombât sur eux et sur leurs enfants ; ils n'ont point voulu d'autre roi que César leurs désirs sont exaucés ; le sang du Juste crie vengeance; lesRomains sont aux portes de Jérusalem, la ville est prise, l'autel renversé, le temple brûlé, les sacrifices abolis, le peuple massacré. Ce qui échappe à la fureur du soldat est réservé pour le triomphe, ou dispersé. La désolation est entière, elle dure encore, et durera jusqu'à la fin des temps.