‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 66 sur 163 · CONSÉQUENCES DE L'ACCOMPLISSEMENT DES TROPHÉTIES DANS JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE L'ACCOMPLISSEMENT DES TROPHÉTIES DANS JÉSUS-CHRIST

Première conséquence, les prophéties sont vraies : elles ne peuvent être regardées comme d'heureuse» conjectures vérifiées pur le hasard, ou comme fabriquées sur l'événement. — Seconde conséquence, les prophéties sont divines. — Troisième conséquence, Jésus-Christ est te Messie. — Vain reproche des Juifs.

1. Vérité des propnéties. Il est temps, mon cher Eusèbe, d'en venir aux conséquences qui naissent de l'accomplissemest des prophéties. La première qui se présente d'ellemême, c'est que ces prophéties sont véritables. C'est un principe que la vérité d'une prédiction dépend de sa conformité avec l'événement. Ici la conformité est entière. Elle est si parfaite, que les prophètes paraissent plus historiens que prophètes. L'avenir obscur, impénétrable à l'homme, leur est si clairement dévoilé, qu'ils paraissent raconter ce qu'ils voient actuellement de leurs yeux. Leurs prédictions sont donc vraies. La conséquence est évidente ; et les réflexions que nous avons faites sur ces prophéties don-

nent àcetto conséquence une force qui doit soumettre tout esprit raisonnable.

II. Il n'est pas possible de regarder les prophéties touchant le Messie, comme d'heureuses conjectures vérifiées par le hasard. Laissons à l'ignorant ce misérable mot de hasard, qui ne signifie rien ; il n'est propre qu'à lui servir d'enveloppe. Les effets prédits sont si extraordinaires, si peu vraisemblables, même après l'événement, que l'esprit humain, quelque pénétrant et quelque fécond qu'on le suppose, ne porte pas jusquelà ses conjectures. D'ailleurs tout est prédit, les moindres circonstances, le lieu de la naissance, les ancêtres, la mère, le genre de vie, les actions, la mort, la résurrection, la gloire. £5 changements du monde, le bonheur des uns, le malheur des autres. les conjectures vont-elles jusqu'à un tel détail, un détail si inouï, dépendant de tant de causes libres, et qui sont presque toutes hors du ressort de la nature?

III. Ce n'est pas un seul homme qui conjecture ; c'est un peuple entier qui est occupé du même objet, qui l'attend, qui l'annonce, pendant des milliers d'années. C'est un grand nombre d'hommes qui ne se copient pas les uns«les autres : ils sont séparés par les temps et par les lieux ; ils sont pleins dû même objet ; tous le peignent, mais les uns sous un rapport, les autres sous un autre; les uns sous presque tous les rapports, les autres sous un petit nombre, mais incom-' municables. Les traits énars sont d'après nature ; il ne faut que les rapprocher et Jes unir pour former le tableau ressemblant. Ce qui frappe dans ce tableau, c'est que malgré sa vérité il ne paraît qu'un tissu de morceaux incompatibles. La grandeur et la bassesse, la gloire et l'ignominie, les richesses et la pauvreté, la puissance et la faiblesse, la sainteté la plus érainente et le traitement du plus grand coupable, la mort et la vie, les conquêtes et les pertes, le triomphe et. l'esclavage; tels sont quelques-uns des traits qui entrent dans le tableau, naturel toutelois et fini. Comment serait-il l'effet du hasard ?

IV. Je serais plus tenté d'imaginer ici de la supercherie. Ce tableau n'aurait-il point été peint après coup, c'est-à-dire, Jes prophéties n'auraienl-elles pointété fabriquées après l'événement? Mais si j'admets l'événement, mes soupçons sur les prophéties sont en pure perte : il faut que mon incrédule plie sous l'autorité de Jésus-Christ. Je veux cependant examiner de plus près mes soupçons.

Y. Il est aussi certain que les prophéties touchant le Messie ont précédé l'événe'ment, qu'il est certain qu'il y a eu dans le monde avant Jésus-Christ, un peuplo connu sous le |ttOm de Juif: les deux faits sont appuyés .sur les mômes preuves. Je ne puis nier le second que par un excès d'ignorance et de folie, je ne puis donc soupçonner la vérité du premier.

VI. U est "certain que la nation juive en corps .n'a pas reconnu Jésus-Christ pour le Messie; qu'elle l'a fait mourir; et qu'elle a persécuté ses disciples. Il est certain que les gentils ont reconnu Jésus-Christ pour le Messie, et qu'ils ont reçu son Evangile prêché par ses apôtres. Il est également certain que ces mêmes Juifs et ces mêmes gentils reçoivent et ont toujours reçu les prophéties. Jamais cependant-ni les uns ni les autres n'auraient pu recevoir l'imposture. Les Juifs ne l'auraient pas reçue, parce qu'elle était contre leurs préjugés. Les gentils ne l'auraient pas reçue, parce qu'elle était contre leurs fiassions. Par quel enchantement deux peuples si ennemis eussent-ils de concert admis la même imposture?

VIL 11 est certain que les Juifs ont rejeté Jésus-Christ; qu'un petit nombre avec les gentils l'a reconnu pour le Messie, et que les livres du Nouveau Testament ont été reçus comme fidèles et exacts. Ces trois faits supposent l'antiquité des prophéties. Jamais Jes Juifs qui ont rejeté Jésus-Christ ne se sont inscrits en faux contre les prophéties, mais seulement contre l'application qu'on lui en faisait. Ils les employaient même pour autoriser leur conduite à l'égard des disciples de Jésus-Christ. Et pour dire quelque chose de plus tranchant, c'était de leurs mains que Jésus-Christ et les apôtres les avaient reçues. LesJuifsqui reconnaissaient Jésus-Christ y étaient forcés par l'évidence des prophéties. La même évidence déterminait les païens à l'adorer. Les apôtres el Jésus-Christ cûême pressent les Juifs incrédules par les prophéties : en sorte que, supposez la nouveauté de ces prophéties, le? livres du Nouveau Testament fourmillaient en faussetés notoires et publiques. Il faut ,donc tout nier, et renoncer visiblement à la raison, Ppour soupçonner d'imposture le.* iprophéties touchant le Messie. Leur vérité 'est donc une chose démontrée. Il n'est pas moins évident qu'elles sont divines.

| VIII. Divinité des prophéties. Dans le* principes établis sur les prophéties (5), nous avons exigé deux conditions, pour qu'elles soient divines : la première, qu'elles soient faites au nom de Dieu créateur du ciel et de la terre ; la seconde, qu'elles soient vérifiées par l'événement. Nous avons remarqué qu'il, est impossible que des prophéties revêtues de ce double caractère, ne soient pas divines. Ici les faits sont palpables. Les prophètes qui annoncent le Messie parlent tous au nom de Dieu, ne se donnent que pour ses interprètes et ses organes, ne font que leur prêter leur langue. Voici ce que dit le Seigneur : leurs prédictions d'ailleurs sont vérifiées avec une exactitude que nous n'aurions jamais pu espérer. Donc les prophéties sont divines : donc les prophètes sont inspirés.

IX. Observez, mon cher Eusèbe, que la divinité des prophéties rejaillit, pour ainsi dire, sur Moïse; car elle établit l'autorité et l'inspiration des prophètes : or les pro»

(S) Voy. part, u, col. 246

les genti pour les Juifs ;

phètes rendent tous témoignage à la divinité delà mission de Moïse.

X. Jésus-Christ est le messie. Jésus-Christ a paru sur la terre dans le temps que la république des Juifs subsistait, avant la destruction du second temple ; il est né à Dethléem, de la famille de David, d'une mère vierge; son nom est Jésus ; il a été pauvre; il a eu un précurseur; il a prêché; il a prédit l'avenir; il a opéré des miracles ; il a donné des lois; il est entré à Jérusalem monté sur une ânesse et un ânon; il a éta- Lli une nouvelle alliance ; il a institué un nouveau sacrifice ; sa sainteté est admirable ; il est mort ; il a délivré les captifs; il est ressuscité ; il eslmonté au ciel ; il a converti

s; il a été une pierre de scandale il a vérifié en sa personne jusqu'à la moindre parole des prophètes : tout est accompli : Jésus-Christ est donc le Messie.

Depuis dix-sept siècles, les gentils et les Juifs mettent cette vérité à la portée d'un enfant; les premiers par leurs lumières, les derniers par leurs ténèbres. Mais l'aveuglement des Juifs est si étonnant, qu'il convient d'en rechercher l'origine et la cause.

XI. Ce que disent les Juifs de nos jours pour la justification de leurs pères et pour la défense de l'opiniâtreté avec laquelle ils résistent eux-mêmes à l'évidence, ne me parait propre qu'à montrer l'épaisseur du voile qu'ils ont sur le cœur, selon saint Paul (1 Cor. m, 13), et qui ne sera levé que lorsqu'ils se tourneront vers le Seigneur.

Jésus-Christ, disent-ils, est venu abolir la loi; il n'était donc pas le Messie promis à nos pères : car Dieu est immuable ; et il n'a pu autoriser l'abolition d'une lui qu'il avait donnée lui-même. Nous avons prévenu cette difficulté dans la seconde partie (6). Ajoutons quelques réflexions pour la dissiper entièrement. Jésus-Christ n'est pas venu abolir la loi en ce qu'elle renferme d'essentiel, et qui a rapport aux mœurs, il est venu l'accomplir; il est venu la développer et l'étendre ; il est venu enseigner la manière de l'accomplir; il est venu la faire accomplir. Il n'en est pas de même de la loi qui n'a pour objet que des cérémonies; des pratiques, une police extérieure ; sous ce rapport, la loi n'était pas du premier dessein du souverain législateur, comme nous l'avons remarqué. Elle n'était donnée que pour un temps. Elle ne renfermait que des ombres et des figures qui devaient s'évanouir lorsque le Messie apporterait la vérité. A l'avénement du Messie, la circoncision du cœur devait prendre la place de la circoncision de la chair. La victime pure et sans tacbe devait être substituée au sang des animaux .sans raison et sans mérites; la sainteté de l'âme aux purifications du corps; en un mot, le culte intérieur et spirituel au culte extérieur et sensible. Et si les lois qui prescrivent ces pratiques sont appelées éternelles, ce n'est que par rapport à ce qui en

était l'esprit et qui en faisait Târne. C'est par rapport aux vérités qu'elles figuraient, ou par opposition à des lois dont la durée était fixée au temps que les enfants d'Israël passeraient dans le désert.

De quelle utilité pourrait être un signe, tel que la circoncision, pour distinguer les peuples entre eux, lorsque toutes les nations auront reçu la bénédiction promise à Abraham, et que tous les peuples, réunis dans la connaissance du Dieu vivant, ne formeront plus qu'un seul peuple d'adorateurs ? Lorsque la terre devenue un temple consacré à célébrer le nom terrible du grand Dieu, depuis l'Orient jusqu'à l'Occident seront dressés des autels où l'on immolera à la suprême Majesté une victime toujours sainte, toujours agréable, toujours acceptée ; faudra-t-il aller à Jérusalem, égorger des boucs et des taureaux, et arroser de leur sang l'autel des holocaustes ? Lorsque les Juifs et les gentils auront été lavés dans le sang de l'Agneau, sanctifiés par ses mérites, délivrés de leurs péchés, réconciliés avec Dieu, auront-ils besoin de se laver avec la cendre de la génisse détrempée dans de l'eau, incapable de pénétrer jusqu'à la conscience? Dieu est esprit, et il veut des adorateurs en esprit et en vérité.

Il est immuable, qui en doute? puisqu'il est l'Etre nécessairement parfait, qui ne peut rien perdre, ni rien acquérir. S'ensuitil qu'il n'a pu donner des lois arbitraires pour un temps? s'ensuit-il qu'il n'a pu substituer une loi parfaite à une imparfaite? s'ensuit-il qu'il n'a pu prescrire à l'homme des règles pour le temps où il le laissait dans l'enfance, et l'en décharger dans le temps où il lui a plu de l'élever à un état de maturité et de raison? On conclurait avec autant de fondement de l'immutabilité do Dieu qu'il ne peut faire succéder la lumière aux ténèbres, ni faire passer l'homme de l'enfance à l'âge viril. Dieu change ses ouvrages, sans changer lui-même. Le Messie, selon les prophètes, doit être roi et auteur d'une nouvelle alliance; donc il doit être législateur. En un mot, Jésus-Christ a fait tout ce que devait faire le Messie ; et n'a fait que ce que devait faire le Messie. Les reproches que font les Juifs contre Jésus-Christ sont donc des reproches frivoles, et ne peuvent servir à rendre raison de l'aveuglement de leurs pères.

Page 1