‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 76 sur 163 · V. Les apôtres sont pêcheurs d'hommes · texte numérisé non relu

V. Les apôtres sont pêcheurs d'hommes

Douze pauvres pêcheurs faibles, timides, ignorants, renversent les idoles, font connaître et adorer le Dieu Créateur , soumettent l'univers à Jésus-Christ. A la vue d'un tel prodige, peut-on douter que l'emploi grossier de ces hommes n'ait été changé, et que Jésus-Christ ne les ait fait pêcheurs d'hommes? Mais il faut qu'il les ait changés eux-mêmes en d'autres hommes. Suivonsles après l'Ascension de leur Maître : ils se retirent à Jérusalem dans une maison. Là renfermés , persévérants tous dans un même esprit en prières (Act. î, 14), ils attendent l'effet des promesses qu'ils ont reçues.

VI. Les apôtres reçoivent le Saint-Esprit. Au temps marqué le Saint-Esprit descend sur eux. Les langues de feu sont des signes sensibles de la vérité et de la charité qui les pénètrent. Ils sortent de leur retraite. , ils publient au milieu de Jérusalem les merveilles de Dieu en toutes sortes de langues, ils annoncent la gloire de Jésus-Christ, ils rendent témoignage à sa résurrectio'n , ils démontrent par les Ecritures, dont tous les secrets leur ont été dévoilés , qu'il est le Messie promis par les prophètes: ils éclairent , ils convainquent, ils persuadent. Les prêtres , les docteurs de la loi , les sénateurs leur défendent avec de grandes menaces de parler de Jésus-Christ : Jwjczvousmémes , répondent les sages disciples, s'il est juste devant Dieu , de vous obéir plutôt qu'à Dieu. (Act. iv , 19 ; v , 29.)

Vil. Sagesse des apôtres. Dans leurs discours, dans leurs ouvrages éclate une sagesse en comparaison de laquelle toute sagesse humaine n'est qu'une vaine enflure , une vaine ostentation de pensées, ou fausses , ou stériles. Saint Paul qui avait eu plus d'étude que les autres apôtres et qui s'était cru fort sage et fort éclairé , lorsqu'il était dans les ténèbres , méprisa tout ce

PREUVES Dr LA IŒLIGIOiN DE JESUS-CHRIST. — PART. III.

qu'il 'connaissait , avant que de connaître Jésus-Christ, et regarda tout le reste comme une perte et comme une ordure, en comparaison de la sagesse qu'il reçut de lui.

VIII. Don des miracles. Les apôtres soutiennent la sagesse de leur prédication , de toute la force des miracles. Les maladies, la mort, les démons, toute la nature respecte, dans leur bouche , le nom sacré de Jésus- Christ , tremble , obéit. Et leur puissance passe dans ceux qui embrassent la foi qu'ils prêchent.

IX. Force et courage des apôtres. Qu'oppose-t-on à une si grande sagesse et à tant de prodiges? les menaces, les prisons, les sup- . plices , la mort. Les apôtres ont été revêtus de la force d'en haut. Souffrir pour le nom de Jésus-Christ, c'est leurs délices , c'est Jeur gloire. (Act. v, 4-1.) L'amour de leur Sauveur les rend intrépides et invincibles. Si Dieu est pour nous, dit l'un d'entre eux. au nom de tous les autres, qui sera contre nous ? qui nous séparera de l'amour de Jésus- Christ? sera-ce l 'affliction, ou les déplaisirs, ou la persécution , ou la faim , ou la nudité, ou les périls , ou le fer et la violence ? selon qu'il est écrit : On nous égorge tous les jours pour V amour de vous , Seigneur ; on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie. Mais parmi tous ces maux , nous demeurons victorieux parxelui qui nous a aimés. Car je suis assuré que ni la mort , ni la vie, ni les anges , ni les principautés , ni les puissances, ni les choses présentes, ni les futures, ni la violence , ni tout ce quil y a de plus haut, ou de plus profond, ni toute autre créature , ne nous pourra jamais séparer de V amour de Dieu en Jésus-Christ Notre-Scigneur. (Rom. vm, 31, 35 seq.)

Ce déli universel que fait saint Paul à tout ce qui n'est pas Dieu, de surmonter par les supplices l'amour que Jésus-Christ a pour lui, n'est pas une simple saillie de l'esprit, ou un mouvement passager d'un cœur transporté d'un pieux excès. Il est fondé, ce défi, sur mille épreuves. Saint Paul s'était vu souvent près de la mort. Il avait reçu des Juifs, cinq différentes fois, trente-neuf coups de fouet. Il avait été battu de verges par trois fois. 11 avait été lapidé une fois. Il avait fait naufrage trois fois. 11 avait été souvent dans les voyages, dans les périls sur les fleuves, dans tes périls de la part des voleurs, dans les périls de la part de ceux de sa nation, dans les périls (le la part des païens, dans les périls au milieu des villes, dans les périls au milieu des déserts, dans les périls sur mer, dans les périls entre les faux frères. Il avait souffert toutes sortes de travaux et de fatigues, de fréquentes veilles, la faim, la soif, beaucoup déjeunes, le froid et la nudité. ( Il Cor. xi, 23-27.) C'est ainsi qu'il peint lui-môme ses travaux aux veux des fidèles de Corintho. Que n'endura-t-il pas depuis la date de cette lettre?

Il avait déjà dit en parlant de lui et des autres apôtres : Nous prenons garde de ne donner en quoi que ce soit aucun sujet de scandale, afin que notre ministère nesoit point

déshonoré. Mais agissant en toutes choses comme des ministres de Dieu, nous nous rendons recommandobles par une grande patience dans les maux, dans les nécessités pressantes, et dans les extrêmes afflictions; dans les plaies, dans les prisons, dans les séditions, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes? (// Cor. vi, 3 seq.)

Etait-il naturel que le monde sortît sans résistance et sans combat, de l'état de ténèbres et de corruption où il était plongé? Il avait vieilli dans l'idolâtrie. Enchanté de ses idoles, depuis des milliers de siècles, il n'écoutait plus la nature qui criait contre elles. Les préjugés, l'éducation, les sens, les passions, l'intérêt, la politique, la philosophie, tout combattait dans l'homme pour les dieux fabuleux. L'idolâtrie élait faite pour le plaisir. Les divertissements, les spectacles, la licence même faisaient partie du culte divin. A ces plaisirs goûtés par religion, les apôtres substituaient un Dieu crucifié, et l'obligation indispensable de se crucifier soimême, par une guerre continuelle et aussi longue que la vie, contre ses sens et ses passions. Quels cris ne devaient pas pousser des cœurs enivrés d'une joie sensuelle? Les apôtres, il est vrai, attachaient de magnifiques récompenses au renoncement des plaisirs sensibles. Mais tout se terminait à des biens invisibles que l'œil n'a point vus, et que l'oreille n'a point entendus. Quelles idées pour des esprits de chair et de sang! Ces grandes idées ne devaient-elles pas passer pour des songes et des rêves?

Dans le décri où tombait l'idolâtrie, l'ouvrier qui gagnait sa vie à fabriquer des idoles, pouvait-il demeurer tranquille? 11 me semble entendre les clameurs de ces artisans intéressés, courant de rue en rue, réclamant la grandeur de leurs dieux, soulevant les peuples contre les disciples de Jésus-Christ. Quels ressorts ne devaient pas faire jouer les prêtres, qui se voyaient abattus avec leurs dieux?

La politique romaine devait se croire attaquée dans ses fondements. Home se vantait d'être une Wlle sainte par sa fondation. Consacrée dès son origine par des auspices divins, dédiée par son auteur au Dieu de la guerre, elle croyait devoir ses victoires à sa religion. Attaquer cette religion , c'était donc'en vouloir au fondement de l'empire. Les»Chrétiens, ennemis des dieux, devaient donc être traités comme ennemis de la république. H fallait les exterminer. Avec quel orgueilleux dédain le philosophe, bouffi de sa science, devait-il entendre des gens simples, sans éloquence, qui ne savaient quo Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié?

Je ne suis donc pas surpris de voir ce qu'il y a de grand dans le monde, s'unir contro les apôtres et contre la religion qu'ils prêchent; les savants, les sages et les rois: les uns écrire, les autres condamner, les autres tuer. Ce qui m'étonne, c'est que -des gens simples, comme los apôtres et les premiers Chrétiens, par la seule force de la parole, malgré les préjugés, les sens, les pas-

sions, l'intérêt, la politique, la philosophie,

a balle ni l'idolâtrie, fassent adorer le vrai Dieu, répandent l'amour de la vertu, établissent l'empire de Jésus-Cbrist dans Je inonde.

X. Ce qui m'étonne, c'est de voir Jésus- Christ détruire par des instruments si vils et si faibles, le culte judaïque dans Jérusalem qui en était le centre, et en faire sa première Eglise. Ce qui m'étonne, c'est de voir Jésus-Christ détruire le culte des idoles dans Rome qui en éiait le centre, et en faire Je centre de sa religion, et son Eglise principale. Ce qui m'étonne, c'est de voir Jésus- Christ se former une Eglise aussi étendue que la terre, et la conserver, depuis dixsept cents ans, toujours invincible, quoique arrosée du sang de ses enfants; toujours une, quoique déchirée par mille sectes; toujours sainte, quoique infectée par la corruption d'un nombre prodigieux de ses membres. Que Jésus-Christ est puissant I

Article III. — 'L'exécution des promesses ae Jésus- Christ n'était possible qu'à Dieu. Jésus-Christ est donc Dieu.

I. Il n'y a que le souverain Maître de la matière et de l'esprit, qui puisse unir ces deux substances; il n'y a donc que lui qui puisse rétablir entre elles le commerce une fois rompu. La seule vérité éternelle peut inspirer la connaissance et l'amour de la vérité. Qui peut convertir l'homme, que celui qui peut l'éclairer, dissiper ses erreurs, arracher son cœur à la créature, et le tourner par amour vers le Créateur? La raison seule par essence est la lumière des esprits. 11 n'y a que le Créateur qui ait les cœurs en sa puissance. Lui seul est le Dieu des armées qui donne la victoire souvent à des coupables, pour punir d'autres coupables. Il n'appartient qu'à la sagesse éternelle de communiquer l'Esprit de vérité et de sagesse, en se communiquant elle-même. C'est le Dieu fort qui donne le courage. C'est l'Auteur de la nature qui en peut déranger les lois. Il n'y a que le souverain Arbitre des événements, la cause universelle, qui puisse couvrir de sa protection une société aussi étendue que la terre.

II. Quelles sont les promesses de Jésus- Christ? Nous les avons entendues : Jésus- Christ promet de réunir son âme à son corps après leur séparation, de répandre la vérité par tout le monde, de convertir les nations idolâtres, de punir un peuple rebelle; de donner à ses apôtres l'Esprit de vérité, la sagesse, la force, la puissance des miracles, une protection éternelle. Jésus-Christ promet donc ce que Dieu seul peut promettre. Jésus-Christ a ranimé son corps, il a fait publier et recevoir son Evangile, il a converti les nations, il a puni les Juifs, il a communiqué h ses apôtres le Saint-Esprit, la sagesse, la force, il a opéré des miracles par ceux qui ont cru en lui : l'Eglise est fondée cl protégée : Jésus-Christ a donc exécuté ce que Dieu seul peut exécuter. Il promet en

Dieu, il agit en Dieu. Quand il ne nous dirait pas qu'il est le Fils de Dieu, pourrionsnous le méconnaître, à tant de marques de sa puissance? Mais il nous assure qu'il est dans le sein de Dieu, qu'il est né de lui, qu'il est une même chose avec lui, qu'il est dans lui, qu'il fait tout ce que Dieu son Père fait. Ses promesses et l'exécution de ses promesses, sont une démonstration aussi évidente de la vérité de sa parole, que de l'infinité de sa puissance.

III. Quelle idée avez-vous, mon cher Eusèbe, de l'Etre souverainement parfait? Il est celui qui appelle le monde visible du néant; qui dans le creux de sa main renferme toutes les eaux de la mer ; qui avec quatre doigts mesure l'immense étendue des cieux; avec trois soutient la pesante masse de la terre; avec deux tient les montagnes suspendues dans la balance; à qui personne ne donna jamais ni conseil, ni lumière ; devant qui toutes les nations ne sont que comme une goutte d'eau qui tombe d'un seau, et comme ce petit grain qui donne à peine la moindre inclination à la balance; qui fait lever les îles comme un peu de poussière; qui a fondé la terre; qui, du séjour immobile où il est assis au-dessus de son globe, ne regarde tous les hommes, avec Jes mouvements qu'ils se donnent, que comme des sauterelles qui s'agitent; qui a étendu les cieux comme un rideau, et qui lésa suspendus comme un pavillon; qui fait marcher dans un si grand ordre l'armée des étoiles, et qui les appelle toutes par leur nom, sans qu'aucune manque à obéir; à qui il ne faut qu'un souffle pour faire sécher les princes et les juges du monde, et pour les enlever comme de la paille mise en poudre. (Isa. xl.)

L'image est grande : mais elle me paraît imparfaite; vous ne venez de peindre que le Dieu de la matière. Le monde invisible, le monde des esprits, dont un seul vaut mieux que tous les corps possibles; ce monde est-il indépendant de l'Etre suprême ? Pourquoi donc ne rehaussez-vous pas l'idée de votre Dieu par un trait si beau?

IV. Le monde des esprits, répondez-vous, est sans doute le pins parfait ouvrage de la Divinité : mais cet ouvrage paraît soustrait à l'empire de la Majesté suprême. Il n'y a presque point, sur la terre, d'intelligences qui connaissent le Créateur et qui l'aiment. Elles se sont fabriqué à elles-mêmes des divinités; ou plutôt, sous des noms vains et chimériques, elles adorent leurs pencliants; elles sont esclaves de leurs désirs injustes, impurs, avares, malins, envieux, meurtriers, trompeurs, outrageux, superbes, sans prudence, sans modestie, sans affection, sans loi, sans miséricorde. (Rom. i.)

Jésus-Christ se montre à vous et vous dit : Je suis le Fils de Dieu; je vais souffrir la mort, et en mourant, je formerai un nombre infini d'adorateurs sincères de la majesté. de mon Père et de la mienne. Il meurt en effet ; il ressuscite; il charge douze pauvres pêcheurs de l'exécution de ses promesses. En

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\h lui voyant confier à des ignorants et à des lâches, ne croyez-vous pas qu'il veut mettre un obstacle invincible à l'exécution de la parole qu'il vient de vous donner?

Ces douze pêcheurs sans science, sans éloquence, sans autorité, sans richesses, sans crédit, parlent; et à leur parole sort du néant un monde nouveau qui ne connaît que Dieu, qui n'aime et n'adore que Dieu, qui gémit sur ses illusions passées, qui pleure ses anciens égarements, qui a horreur de ses passions déréglées, un monde juste, chaste, libéral, méprisant les richesses, droit, simple, faisant son bonheur de celui de ses frères; respirant la tendresse et la paix; doux, patient, humble, prudent, modeste, fidèle, compatissant, persuadé qu'il est fait pour être éternellement uni à la Divinité, et n'aspirant plus qu'à la grandeur de sa destination.

Quelle idée vous donnent de Jésus-Christ ces nouvelles créatures? S'il vous eût fait spectateur de l'anéantissement de tous les corps visibles et d'une nouvelle création, vous paraîtrait-il plus puissant? Jésus-Christ est donc manifestement le Dieu des esprits. Par conséquent nous ne pouvons, sans irapiété, lui refuser le culte qu'il exige de nous comme Fils de Dieu. Adorons-le avec son Père, croyons en lui, mettons en lui notre confiance, attendons de lui la vie éternelle, aimons-le de tout notre cœur. Jl n'est pas possible de rien opposer à ses miracles, a ses prophéties, à ses promesses. Les miracles et les oracles du paganisme, et l'établissement du mahométisme, bien loin d'être des difiîcul tés sérieuses capables d'obscurcir les preuves de la divinité de Jésus-Christ, ne sont propres qu'à en faire sentir la force : montrons-le en peu de mots.

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