‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 77 sur 163 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

On compare les miracles el les oracles du paganisme, et l'établissement du mahométisme, aux miracles, aux prophéties et à rétablissement de la religion de Jésus-Christ.

Article I. — Miracles

du paganisme.

es miracles a eu

I. On dit, pour infirmer les miracles de Jésus-Christ, que le paganisme a eu les siens. Mais peut-on, de bonne foi, faire une telle comparaison? Les miracles du paganisme sont dépourvus de toute vraisemblance, et ont plus l'air de récils fabuleux inventés à plaisir, que de faits historiques fondés sur de fidèles mémoires. Tite-Live (lib. i), malgré son penchant pour le merveilleux, déclare, dès le commencement de son histoire, qu'il n'a dessein ni d'affirmer, ni de réfuter tout ce qui se disait d'extraordinaire au sujet de Rome; Valère-Maxime (lib. i, c.8) etQuinle-Curce(lib. ix), déclarent la môme chose au sujet des prodiges qu'ils rapportent. Si tous les autres historiens ne font pas la même déclaration, leurs récits ennuyeux n'en ont paru que plus ridicules à d'autres païens plus sensés. Cicéron (De divinot.), par exemple, se moque, comme d'une pure fable, du miracle attribué à l'augure

Accius-Nevius, qui, dit on, coupa en deux un caillou avec un rasoir, en présence de Tarquin l'Ancien. Tous ces vieux conteurs de merveilles ne se donnent pas pour Lémoins des prodiges qu'ils rapportent : ils ne parlent que d'après des bruits vagues répandus parmi le peuple. Quand même ces écrivains se donneraient pour téEnoins oculaires, je ne sais si ce ne serait pas porter trop loin la crédulité que de se fier à leur témoignage : car ils ont fait si peu usage de leur esprit et de leur raison, ou plutôt ils ont renoncé si grossièrement aux lumières naturelles et aux traditions primitives, au sujet de la Divinité et de la religion, qu'ils ne doivent paraître que comme des enfants qu'une nourrice effraie ou rassure par ses contes.

De plus, qu'est-ce que les ptodiges si vantés dans le paganisme? Ou ce sont des faits qui se passent dans le secret et dans les ténèbres, et qui sont, par conséquent, indignes de toute attention; ou ce sont des événements naturels que l'ignorance travestit en miracles, parce qu'elle n'en sait pas démêler la cause; ou enfin, ce sont des productions de l'art et de l'industrie qui se joue de la simplicité du spectateur. S'il en est d'inexplicables par les lois de la nature, ils ont toujours des fins mauvaises et des suites criminelles; ils ne sont jamais donnés en preuves du paganisme; et, quand ils seraient- donnés en preuves, on n'en pourrait absolument rien conclure; parce qu'ils sont sans force et sans autorité. Au nom de qui étaient opérés ces prodiges? ce n'est point assurément au nom du Dieu créateur : or, c'est là le caractère distinctif du miracle divin ; du miracle, signe de vérité, digne de nos respects. Rien n'est capable de couvrir le défaut de ce caractère essentiel. Tout prodige qui en est dénué ne mérite que du mépris.

Quel rapport y a-t-il donc entre les prodiges méprisables du paganisme et les miracles opérés par Jésus-Christ; miracles multipliés à l'infini et faits à la face de la terre; miracles attestés par des témoins oculaires les plus dignes de foi; miracles avoués et reconnus par les Juifs, par les thalmudistes, par les païens, c'est-à-dire, par ceux qui en étaient les plus grands adversaires; miracles manifestement au-dessus de toutes les lois ds la nature, opérés au nom du vrai Dieu, donnés en preuves de la religion la plus sainte, embrassée par le monde entier.

IL Etendons uu peu ces remarques; le sujet le demande. Les incrédules ont sans cesse à la bouche quelques prodiges du paganisme, qu'ils opposent aux miracles de Jésus-Christ. 11 est bon de vous faire voir, dans cette affectation impie des incrédules, une preuve manifeste de leur mauvaise foi ou de leur ignorance.

Ne craignez cependant pas que je vous fatigue par un nombre infini de contes insipides. Je respecte trop votre raison pour l'entretenir ou la jeter dans la discussion d'une foule de fables et de chimères, telles qi esont,

par exemple, les merveilles que Porphyre et Jninblique attribuent à Pythagore et à Abaris son disciple, neuf ou dix siècles après la mort de leurs prétendus thaumaturges. Quels témoins qu'un Porphyre, qu'un Jamblique!

en fut-il jamais de moins dignes de foi? Et quelles merveilles nous -débitent-ils? que Pythagore se faisait entendre et obéir des bêtes mômes. Qu'il ordonna a une ourse, qui faisait de grands ravages dans la Daunie, de se retirer, et qu'elle disparut. Qu'il défendit à un bœuf, après lui avoir dit un mot à l'oreille, de manger des fèves, et qu'il n'y toucha plus. Qu'il disputa en un même jour dans une assemblée publique, en deux villes fort éloignées l'une de l'autre, et situées l'une en Italie, l'autre en Sicile. Qu'il prédisait les tremblements de terre, apaisait les tempêtes, chassait la peste, guérissait les maladies. Qu'il avait une cuisse d'or, qu'il montra à son disciple Abaris, prêtre d'Apol- 3on l'Hyperboréen, pour lui prouver qu'il était lui-même cet Apollon. Que cet Abaris était porté sur une flèche au travers de l'air, comme sur un Pégase, et faisait bien du chemin en peu de temps, sans que ni les rivières, ni les mers, ni les lieux inaccessibles aux autres hommes, pussent ou arrêter ou retarder ses courses. Des auteurs capables de faire sérieusement des contes si ridicules ne méritent pas d'être réfutés. Tous ces philosophes pythagoriciens, platoniciens, les plus ardenls docteurs de l'idolâtrie et les plus zélés adversaires du christianisme n'étaient, avec leur prétendu savoir, que des imbéciles, avides de nouveautés, courant sans règles après le merveilleux: infatués des extravagances de la magie, ne parlant que de démons et de génies sans savoir ce qu'ils disaient, occupés sans cesse de sacrifices magiques, de spectres et d'apparitions. Je me bornerai à quelques-uns de leurs contes, par lesquels vous pourrez juger des autres.

Jésus-Christ a guéri les malades, il a ressuscité des morts. Mais, disent les incrédules, les dieux Esculape et Sérapis opéraient des guérisons. L'empereur Vespasien rendit la vue à un aveugle, rétablit la main d'un estropié. Apollonius de Tyane ressuscita un mort, et fit plusieurs autres prodiges. (Corn. Tacit., Hist., 1. îv, n. 81.)

Demandons à messieurs les incrédules quels sont les témoins de ces faits qu'ils nous objectent. Sont-ce des hommes sensés, vertueux, éclairés, sincères, désintéressés, ennemis par religion du mensonge et do l'imposture, qui aient vu les faits qu'ils racontent, qui les aient vus et examinés, qui aient opéré eux-mêmes des miracles pour autoriser leur témoignage, qui aient communiqué le don d'en opérer à ceux qui recevaient leur témoignage, qui, par la seule force des faits qu'ils attestaient, et des miracles qu'ils opéraient et qu'ils faisaient opérer, aient forcé une infinité de personnes detoutûge, de tout sexe, de toute condition, de renoncer à une religion sensuelle, dans laquelle elles étaient nées, et dans la-

Ut

quelle elles avaient vieilli, pour en embrasser une nouvelle, pure, sainte, ennemie de toutes les fiassions? Sont-ce des témoins qui, par la seule force des faits qu'ils attestaient, et des miracles qu'ils opéraient et qu'ils faisaient opérer, aient inspiré la connaissance du vrai Dieu, l'amour de la vertu, l'horreur du vice et de la duplicité à un nombre infini de personnes, et leur aient tellement persuadé la vérité des faits qu'ils attestaient, qu'ils les aient disposées à tout perdre, à tout sacrifier, biens, fortune, amis, parents, patrie, la vie même, plutôt qu'à ne pas rendre à leur tour témoignage aux faits qu'ils avaient entendus ou vus de leurs yeux? Sont-ce des témoins qui aient scellé leur témoignage de leur sang? Enfin sontce des témoins dont le témoignage n'ait point été contredit, mais au contraire confirmé par les hommes les moins suspects, et même par leurs plus grands ennemis?

Tels sont les témoins des miracles de Jésus-Christ. Les premiers disciples de Jésus- Christ étaient des hommes pleins de bon sens, de vertu, de sincérité, de désintéressement, d'horreur du mensonge et de l'imposture, ils avaient vu ses miracles fréquents et multipliés : ils les avaient vus et examinés durant des années entières : ils reçurent de lui le pouvoir d'en faire de semblables, et le pouvoir d'en communiquer le don à ceux qui recevraient leur témoignage. C'est par la force de ces miracles qu'ils tirèrent le monde des ténèbres de l'erreur : c'est par la force de ces miracles qu'ils répandirent dans l'univers la connaissance du vrai Dieu, l'amour de la vertu, la haine du vice et de la fausseté : c'est par la force de ces miracles qu'ils formèrent un nombre infini de disciples si irrépréhensibles dans Jeurs mœurs et dans leur conduite, que les gouverneurs de provinces les plus éclairés, après les recherches les plus exactes, ne pouvaient leur reprocher que de s'engager par serment à fuir toutes sortes de crimes et à être véritables et justes, c'est-à-dire à être Chrétiens. Presque tous ces témoins scellèrent de leur sang le témoignage qu'ils ren-' daientaux miracles de Jésus-Christ; et convainquirent tellement leurs disciples de la vérité de leur témoignage par les miracles qu'ils faisaient en leur présence, qu'ils les disposèrent à rendre le même témoignage aux dépens de leur vie. (Plin., epist. 97; Tertull., Apologet.; Euseb., Hist. ccclcs., 1. iv, c. 8.)

Quel était l'éclat et la certitude des miracles de Jésus-Christ 1 Ces miracles sont attestés par des empereurs, et des empereurs idolâtres. Tibère en étant informé par Pilate, qui lui en avait envoyé une relation, proposa au sénat de meitre Jésus-Christ nu nombre des dieux, et menaça du supplice ceux qui accuseraient les Chrétiens. C'»st un fait avancé et soutenu par Tcrtullien (Apologet,, c. o), dans un 'ouvrage public adressé aux empereurs et au sénat. L'empereur Adrien, touché des mômes miracles, bâtit des lemules nour servir aux Chrétiens;

et ils les eût consacrés, si les prêtres de ses idoles ne l'en eussent détourné par cette raison : que s'il consacrait ces temples, tous les autres deviendraient déserts, et que le Dieu des Chrétiens serait seul reconnu pour Dieu dans toute la terre. L'empereur Alexandre Sévère, après avoir révéré Jésus-Christ en particulier comme Dieu, voulut encore lui élever des autels. Ces deux derniers faits sont publiés et garantis par Lampnde (In Alex.), auteur païen. Enfin, ni les Juiis, ni Celse. ni Porphyre, ni Julien 1 Apostat, les plus 'grands et les plus acharnés adversaires de Jésus-Christ, n'ont nié ses miracles,^ ceux de ses disciples en eux-mêmes, mais uniquement dans leur attribution à l'esprit de Dieu : tous les ont reconnus et avoués, les premiers dans leur ïalmud, qui est des premiers siècles de l'Eglise; les seconds dans leurs écrits qui subsistent, et dans les réponses des Pères à leurs écrits qui sont perdus, en les attribuant à l'opération des génies, ou mal faisants ou ennemis de l'empire romain. Est-ce donc porter trop loin la simplicité et la crédulité, que d acquiescer au témoignage de tels témoins?

Peut-on rejeter leur déposition sans se reprocher intérieurement sa mauvaise foi?

Voyons si l'on peut leur comparer les témoins des prodiges objectés par les incrédules. , . .

Sur quel fondement portent les guérisons attribuées aux dieux Esculape et Sérapis. n'est-ce pas sur des bruits vagues et populaires, qui ne peuvent jamais former une preuve solide et raisonnable?

Les guérisons mises sur le compte devespasien par Tacite et par Suétone, sur le récit qu'ils en avaient entendu, doivent paraître un peu suspectes à tout homme qui fait usage de sa raison. Le général romain, proclamé empereur par l'armée de Syrie, s'était laissé faire, par de lâches ilatteurs, l'application des oracles qui regardaient le Messie. Lorsqu'il vit que ses affaires prenaient un heureux tour, et qu'il avait à Rome un puissant parti, ne put-il point croire qu'il était de son intérêt de persuader aux peuples qu'il était appelé à l'empire par les dieux? 11 était facile à Vespasien d aposter un prétendu aveugle et un prétendu estropié, et de gagner des médecins. 11 avait auprès de lui un homme habile et fécond en expédients •. c'était Apollonius de Tyane. Les prodiges de celui-ci sont encore moins appuyés que ceux de Vespasien. Philostrale, qui a recueilli son histoire, n'a vécu que plus de cent ans après. Et cette histoire, selon les plus savants critiques, n'est qu un tissu de fables et de faussetés. Ya-t-iUlonc du sens à comparer les miracles de Jésus-; Christ aux miracles du paganisme? ceux-ci sont dénués de toutes preuves, -et ceux-là en ont d'aussi claires que les rayons du soleil. Si les incrédules qui font cette comparaison, ne connaissent pas la différence de ces preuves, ce sont des ignorants souverainement méprisables; et s'ils connaissent

cette différence, il n'y a plus aeiermes pour définir leur mauvaise foi.

111. Mais supposons ici égalité de preuves, c'est-à-dire, supposons que «les faits objectés par les incrédules fussent attestés par des témoins oculaires graves, éclaires, désintéressés, véridiques, en un mot, que ces faits fussent indubitables, y aurait-il de la bonne foi et de la raison à les opposer aux miracles de Jésus-Christ?

Si les guérisons attribuées à Esculape et à Sérapis ont eu quelque chose de réel, le bon sens veut qu'on en cherche la cause dans la science de ces inventeurs de la médecine, dont on fit des dieux, et dans les remèdes et les secrets qu'ils laissèrent, et que l'ignorance ou l'imposture divinisèrent, dans un temps où l'on divinisait tout.

Apollonius a ressuscité un mort : est-ce un mort tel que le fils de la veuve de Naim, enseveli selon la coutume des Juifs? est-ce un mort tel que Lazare, enfermé depuis quatre jours dans un sépulcre? C'est une jeune fille romaine prête à se marier, qu on croit morte, et qu'on porte sur un lil à déj couvert; Apollonius la touche et dit quelques paroles tout bas. Alors cette fille s'éveille, commence à parler et retourne à la maison de son père. Mais était-elle réellement morte? ceux qui sont présents n'osent l'assurer. 11 sortait encore quelque vapeur de son visage, et il tomba de la rosée qui put bien la faire revenir de sa pâmoison. C'est ainsi que les propres admirateurs d'Apollonius rapportent ce prétendu miracle.

Je ne parle point de ses autres prodiges : ou ils sont trop peu sérieux, comme son intelligence du langage des oiseaux, ou il est trop aisé d'apercevoir la fraude et I imposture, comme dans le grand chien qu'on trouva dans le monceau de pierres dont il avait fait assommer et accabler un pauvre vieillard à Ephèse.

Vespasien guérit un aveugle, et une main malade. Est-ce un aveugle-né, ou une main desséchée par une longue paralysie? c'est un aveugle qui peut recouvrer la vue par des remèdes humains : c'est une main dont les articles sont disloqués, et qui peuvent être remis humainement. C'est le jugement que portent de ces maladies les médecins que l'empereur consulte. Peut-on comparer ces faits aux miracles de Jésus-Christ? 11 faut être stupide pour ne pas voir l'énorme différence qui s'y trouve, ou manquer de sincérité, pourlesmettreen parallèle. (Corn.,

Tacit*., Mst., 1. iv, n. 81.)

IV. Mais supposons une plus grande conformité entre ces faits qu'on nous objecte, et quelques miracles de Jésus-Christ ; je veux dire : supposons les miracles du paganisme réellement supérieurs à tout l'art et à toute l'industrie humaine ; s'ensuivrat-il que les miracles de Jésus-Christ ne sont pas des miracles, et qu'ils ne peuvent ser vir de preuves, ni a sa mission, ni a sa doctrine, ni à l'idée qu'il nous donne de luimême? Dételles conséquences ne sont ni justes, ni sensées ; elles ne sont propres qu à

convaincro de plus en plus les incrédules d'ignorance ou do mauvaise foi.

Ou le's incrédules reconnaissent un Dieu Créateur de l'univers, ou ils n'en reconnaissent point. S'ils n'en reconnaissent point, il est éyident que ce sont des insensés : car les miracles du paganisme, s'ils sont réellement conformes à ceux de Jésus-Christ, démontrent qu'il n'y a rien de nécessaire dans ce qu'on appelle lois du mouvement, lois de la nature; que ces lois sont soumises à une volonté libre, toute-puissante, créatrice; parce que d'un côté, il est évident que les miracles de Jésus-Christ sont au-dessus de toutes les lois de la nature, et qu'il est évident d'un autre côté, qu'il n'y a que l'Auteur de la nature qui puisse lui avoir imposé des lois, ne pas les suivre, et en disposer comme il lui plaît.

Si les incrédules reconnaissent un Dieu Créateur, ils ne peuvent refuser de reconnaître en lui la puissance de créer des esprits distingués de nos âmes, auxquels il donne un pouvoir sur les corps, semblable à celui que notre âme a sur le corps qui lui est uni : car assurément il n'y a rien dans cette supposition qui ne soit très-possible. Or, il n'en faut pas davantage pour expliquer tous les miracles du paganisme, pour faire sentir le faux et le travers de tous ces prétendus beaux génies qui les opposent, ces miracles, à ceux de Jésus-Christ.

Dieu pourra permettre à ces esprits qui se seront pervertis eux-mêmes, d'abuser du pouvoir qu'ils ont reçu dans leur création, sur la matière, et d'agir sur les corps de certains hommes; de mettre, par exemple, dans leurs yeux des obstacles qui les empêchent de voir, de disloquer leurs membres, d'en suspendre le mouvement, jusqu'à les faire regarder comme morts. Dieu pourra leur permettre ensuite d'ôter des yeux ces obstacles, de rétablir les membres dans leur situation naturelle, de ne plus suspendre Je mouvement des organes. C'est donc à l'opération de ces esprits, qu'Apollonius et Vespasien devront les prodiges qu'on leur prête.

Mais, dira l'esprit fort, le Dieu Créateur peut - il permettre de semblables choses? Oui. Sa bonté, sa sagesse, sa vérité ne sont ici en aucune sorte intéressées. Ce n'est point à lui qu'on s'adresse pour obtenir de tels prodiges. Son nom n'est point invoqué. Ce n'est point sa puissance qu'on réclame, ni les malades, ni ceux à qui ils ont recours, ne pensent seulement pas au Dieu Créateur qui leur a donné l'être. Apollonius, au lieu de faire servir les grands talents de l'esprit et du corps à la gloire de celui de qui il les tient, ne les emploie qu'à détourner les hommes de son culte, et à les séduire en les entretenant dans le culte des faux dieux, dont il se dit le favori. Vespasien est dans le temple de Sérapis ; consulte ce dieu, et lui fait des prières pour se le rendre propice. Dans ce temps, l'aveugle d'Alexandrie vient se jeter à ses genoux pour recouvrer Ja vue, prétendant être envoyé nar Sérapis.

Celui qui a mal à la main, prétend de même avoir reçu un ordre du même dieu de s'a dresser à lui.

J'avoue, dira l'esprit fort, que ces malades, aussi bien qu'Apollonius et Vespasien, sont dans l'erreur : mais qu'y a-t-il de plus capable de les y entretenir et de les y confirmer, que les prodiges dont il est question? Dieu peut-il donc permettre de tels prodiges ?

Ces hommes méritent d'être livrés à un sens dépravé, à cause de l'abus qu'ils font de leur raison. L'erreur où ils sont n'est point invincible, elle est volontaire. Ils n'ont, pour ainsi dire, qu'à ouvrir les yeux pour en sortir. Qu'ils se rendent attentifs à toutes les preuves qu'ils portent en euxmêmes de l'existence d'un Dieu unique et Créateur • qu'ils se rendent attentifs à toutes celles qui les environnent : ils reconnaîtront bientôt que ce n'est point Sérapis qui les a faits; qu'ils ne doivent rien attendre de ce dieu chimérique; qu'il est un Créateur qu'ils doivent uniquement adorer comme le principe et la source de tous les biens. Le mauvais usage qu'ils font du bon sens , leur ingratitude, leur aveugle crédulité, leurs superstitions idolâtres, leur vaine confiance dans leurs faux dieux, leurs crimes, méritent d'être punis par cette espèce de prodiges. 11 n'est pas plus étonnant que Dieu permette ces moyens d'erreur, qu'il est étonnant qu'il permette qu'il y ait des hommes vicieux, des athées, des déistes, qui en entraînent d'autres dans le vice et dans l'irréligion, par leurs scandales, par leurs discours et par leurs écrits impies.

Les miracles de Jésus-Christ portent un caractère bien différent. Ils sont faits au nom du vrai Dieu Créateur du ciel et de la terre. C'est sa puissance que Jésus-Christ invoque : c'est à sa puissance qu'il les attribue : c'est en son nom qu'il les opère : ces miracles ne peuvent donc être réels , sans venir immédiatement de Dieu, et sans être des effets que Dieu produit pour autoriser Jésus-Christ : ces miracles sont donc des signes infaillibles de vérité, s'ils sont réels : or il n'est pas possible de former le moindre doute sur leur réalité ; il est donc évident que les miracles de Jésus-Chii:>t sont des preuves divines de sa mission , de sa doctrine, et de l'idée qu'il nous donne de lui-même.

11 n'y a donc nulle comparaison entre les miracles de Jésus-Christ, et les miracles du paganisme, ni par rapport à la certitude de ces miracles, ni par rapport à la nature de ces miracles, ni par rapport au principe de ces miracles. Si ceux du paganisme sont réels , ils ne prouvent qu'une chose, qui est la justice terrible de Dieu, et la colère du ciel qui éclate sur les hommes qui abusent de leur raison, et qui se livrent volontairement à l'erreur. 11 est donc évident que les incrédules ne peuvent opposer les miracles du paganisme aux miracles de Jésus- Christ, que par la plus insigne mauvaise foi, ou par la pi us grossière ignorance.

V Après tout ce que nous venons de dire sur les miracles de Jésus-Christ, il n'est pas nécessaire que je vous ramène à la fable des Juifs modernes , qui attribuent ces miracles à un nom secret caché dans le temple, ni au blasphème de leurs pères qui les attribuaient au démon. La fable est risible.

Qu'est-ce que c'était que ce nom? qui en avait jamais ouï parler avant Jésus-Christ, ni longtemps après? qui l'avait caché dans le temple? Peut-on recourir à de pareilles fables? Est-il possible qu'il y ait des hommes capables de les débiter ou de les recevoir? Le blasphème excite l'indignation.

Jésus-Christ, vainqueur des idoles, destructeur de l'empire des démons , restaurateur du culte qui est dû à la majesté suprême, n'a pas besoin d'être justifié.

Il a repoussé lui-même par des raisonnements invincibles, comme nous l'avons vu, cet infâme reproche. Il n'était venu sur la terre que pour détruire l'ouvrage de I esprit de mensonge, qui avait usurpé le culte qui n'était dû qu'à Dieu, et qui avait dans tout «e monde des temples et des autels. [1 Joan. m, 8.) Ce fut pour rendre en quelque sorte palpable la fin de sa venue, qu il permit, dans le temps de sa manifestation , à cet esprit malfaisant d'entrer dans les corps de plusieurs hommes, où il ne causait que des convulsions affreuses et des accidents funestes, propres à le rendre haïssable. 11 1 en chassa ensuite avec empire et par une seule parole. 11 était donc visible que Jésus-Christ était descendu du ciel pour chasser le démon de la terre, et pour y établir le règne de Dieu Est-ce là l'effet de la magie? Il faut que le Juif renonce à Moïse , ou qu'il cesse de blasphémer. . „

VI La divinité de la mission de Moïse roule entièrement sur ses miracles et sur ses prophéties. Les miracles et les prophéties n'ont force de preuves, qu'autant qu ils sont divins. Il n'est constant qu'ils sont divins, qu'autant au'ils sont faits au nom du Dieu Créateur. Voilà ce que la raison dicte, comme nous l'avons montré (9) : voilà ce que Moïse enseigne. Si un prophète corrompu par son orgueil entreprend de parler en mon nom, dit Dieu, et de dire des choses que je ne lui ai point commandé de dire , ou s il parle au nom des dieux étrangers, il sera puni de mort. Que si vous dites secrètement en vous-même: comment puis-je discerner une parole que le Seigneur ria point dite? voici le signe que vous aurez : si ce que le prophète a prédit au nom du Seigneur n arrive point, cest une marque que ce ri était point le Seigneur gui l'avait dit. (Deut. xvm, 20, 21, 22.) Le signe infaillible de la divinité d'une prophétie est donc qu'elle soit faite au nom de Dieu, et qu'elle soit vérifiée par l'événement. Le miracle doit avoir le même signe, d'être opéré au nom du Seigneur. Or les miracles et les prophéties de Jésus-Christ ont ce signe; donc ils sont divins; donc Jésus-Christ est véritable; donc il est le Mcs-

sie; donc il est le Fils de Dieu. Si vous refusez de le croire, vous devez par une conséquence nécessaire, refuser de croire Moïse. Persistez-vous à vous attacher à Moïse, et à rejeter Jésus-Christ: ce n'est plus la raison qui vous guide, c'est le caprice, c'est la passion, c'est la folie.

Le Juif ne peut donc ouvrir la bouche contre les miracles de Jésus-Christ. Tout ce qu'il dirait retomberait nécessairement sur ceux de Moïse. S'il dit pour appuyer le blasphème de ses pères, que Jésus-Christ avait reçu des leçons de magie en Egypte; je ne lui demanderai pas dans quelle partie de l'Egypte on faisait des miracles semblables à ceux de Jésus-Christ; dans quel coin de ce pays on donnait de si rares leçons ; quels étaient les maîtres qui les donnaient ; comment les empereurs Tibère et Néron si curieux et si avides de cet art, ne purent, avec toutes leurs richesses et toute leur puissance, en déterrer les professeurs. Je ne prendrai pas la peine de lui nier que Jésus- Christ ait reçu des leçons en Egypte, parce qu'il n'y a été qu'à un âge où il était impossible qu'il en reçût, n'y ayant été que peu de temps après sa naissance jusqu'à la mort d'Hérode, c'est-à-dire tout au plus la première année de sa vie. Ce que je demande au Juif blasphémateur, est de me dire s'il croit bien fondée l'accusation qu'il forme contre Jésus-Christ. Si cela est, comment pourra-t-il en laver Moïse, instruit dans toutes les sciences des Egyptiens? Mais do si absurdes chimères ne méritent pas d être réfutées. Jamais la magie n'a eu de plus grands adversaires que Jésus-Christ etMoïse. Leurs miracles ne sont point du ressort de cet art abominable. Ils sont opérés au nom du vrai Dieu : or tout miracle qui a ce caractère, ne peut êtreque divin, comme nous l'avons l'ait v

être qi oir (10)

(9; Part, il, sect. 2, col

Article II. — Oracles du paganisme.

I. Nous avons vu dans l'article précédent que l'incrédule est un ignorant ou un homme de mauvaise foi, quand il oppose les miracles du paganisme aux miracles de Jésus-Christ. Nous allons voir qu'il n'y a point de rapport entre les prophètes du paganisme et les prophètes du vrai Dieu, entre leurs prédictions , entre leurs inspirateurs ; et que par conséquent l'incrédule manque, ou de lumière, uu de sincérité, quand il oppose les oracles du paganisme aux prophéties de Jésus-Christ.

Il est impossible d'apercevoir aucun rapport entre les prophètes du paganisme et les prophètes du vrai Dieu, si ce n'est celui qui se découvre entre des personnes sages et des personnes insensées. Dans quel état fallait-il que lût la pythie de Delphes pour rendre des oracles? Enivrée par la vapeur qui sortait du sanctuaired'Apollon, ses cheveux lui dressaient sur sa tête, son regard était farouche, sa bouche écumail, un trem-

(lG).JMd.

blement subit s'emparait de tout son corps ; elle était agitée de fureur. Ce n'est que dans cet état qu'elle proférait, par intervalles, quelques paroles mal articulées. ( Vino. , JEnci'L, lil). vi.j Les prophètes du vrai Dieu rendaient les réponses divines avec une noble tranquillité. Et cette fureur que Virgile attribue à la pythie, faisait si peu partie du caractère prophétique , que Dieu la donne comme une marque de la fausseté des oracles. C'est moi, dit Dieu , qui fuis voir lu fausseté des devins, et qui force ceux qui se mêlent de deviner à prendre tous les mouvements des insensés et des furieux. ( Isu. xuv, 25.) De plus, les prophètes du vrai Dieu rendaient les réponses en plein jour et devant tout le monde {Isa. xlv, 19; xlvi, 16); au lieu que les prêtres et les prêtresses du paganisme ne rendaient leurs oracles que dans des lieux secrets, à l'écart, dans l'obscurité des antres.

Que de puérilités ne voyait-on pas à Dodone, où Jupiter donnait ses réponses par des bassins d'airain retentissants, ou par des chênes parlants, c'est-à-dire par certains instruments attachés au haut des chênes, qui, agités par le vent ou d'une autre manière, rendaient un son coniusl A quelles ténébreuses cérémonies ne fallait-il point s'assujettir pour obtenir une réponse de Trophonius, fameux oracle dans la Béotie ? On devait, pour être digne d'être admis dans son antre, se retirer durant quelques jours avec ses prêtres, offrir plusieurs sacritices , se laver dans trois petites rivières. On était alors admis à la vue et à l'adoration de l'idole. Après des cérémonies préliminaires , celui qui les avait pratiquées, vêtu d'une tunique de lin, avecune ceinture de franges, était conduit à la caverne creusée dans une montagne, où l'oracle se faisait entendre. 11 descendait par une petite échelle dans cette caverne , au fond de laquelle il en trouvait une autre , dont l'ouverture était fort étroite. 11 y présentait les pieds, s'étant couché par terre , et tenant en ses deux mains deux gâteaux faits avec du miel, pour donner aux serpents, disait-on, et les endormir. Il était attiré dedans par une vertu secrète. Là, il entendait une ; voix, ou il avait quelque vision qui l'avertissait de l'avenir. Puis il en sortait les pieds devant, et était repoussé dehors comme il y avait étéattiré.Etant de retour, étourdi et hors de soi, les prêtres le plaçaient dans un trône appelé le trône de Mnémosyne, déesse de la mémoire, et lui demandaient ce qu'il avait vu ou entendu. Ils le conduisaient ensuite dans un lieu consacré à la bonne fortune el au bon génie, où il faisait écrire dans un tableau tout ce qu'il avait appris de l'oracle. Je ne.vous demande point ce que vous pensez de la vertu secrète, qui tirait par les pieds dans l'antre , et qui en repoussait , eldes visions qu'on y avait, ou des voix qu'on y entendait. 11 me semble que la vertu secrète ne vous paraît être que le bras nerveux de quelques fourbes cachés au fond de ces noires cavernes , et que les visions ne vous paraissent que

des songes extraordinaires excités par la fumée de certaines drogues.

IL La différence entre les oracles du paganisme et les prophéties du vrai Dieu , n'est pas moins frappante qu'entre les prophètes. Il n'y a ordinairement rien de clair dans les oracles du paganisme, que la fourberie des prêtres ou des prêtresses intéressés, qui, pour s'attirer des présents et pour étendre leur crédit , enveloppaient leurs réponses de termes si douteux et si ambigus, que, quel que fût l'événement, ils pouvaient recevoir un sens qui s'y rapportât. Il est d'abord constant que la pythie de Delphes s'est laissée corrompre plus d'une fois par des présents. Démosthènes était si persuadé que Philippe, roi de Macédoine , avait mis en œuvre ce moyen pour la faire parler en sa faveur, qu'il disait que cette prêîresse philippisail. 11 n'est pas moins constant que le caractère ordinaire des oracles était l'ambiguïté et l'obscurité, en sorte qu'une même réponse pût convenir à plusieurs événements tous différents et souvent opposés.

Crésus , roi de Lydie, n'ose [tas entreprendre la guerre contre les Perses, sans avoir consulté les dieux. Il députe à Delphes. Quelle réponse en tire-t-il ? Qu'en passant le fleuve Hulijs, il ruinerait un grand empire. Quel empire? le sien ou celui de ses ennemis? c'est à lui à deviner : mais quel que dût être le succès, l'oracle aura toujours dit vrai. Le même Apollon fait à Pyrrhus une réponse aussi équivoque , qui marque également qu'il peut vaincre les Romains, et que les Romains peuvent le vaincre. Apollonius île Tyane, qui faisait le prophète, était trop habile homme pour ne pas prophétiser comme le dieu de Delphes : c'était le moyen de ne pouvoir jamais être convaincu de faux. Etant à l'Isthme de Corinthe, il dit : Cette langue de terre sera coupée ou plutôt ne le sera pas. Ce qui fut pris pour une prédiction de l'entreprise de Néron, qui commença à la faire couper, et n'acheva point. 11 était assurément difficile qu'une telle prophétie ne s'accomplit. Est-ce là le caractère des prophéties qui viennent de Dieu? Est-ce là surtout le caractère des prophéties de Jésus-Christ, qui sont si claires, si circonstanciées, et suivies d'un événement si marqué et si certain?

III. Si le paganisme peut citer quelques oracles moins obscurs, qui ne soient ni supposés, ni le fruit de l'imposture, ni d'heureuses conjectures de l'esprit humain qui jugeait de l'avenir par la conalssance qu'il avait du présent et du passé, telles qu'on en trouve dans Polybo et dans Cicéron , par rapport aux changements qui devaient arriver dans la république romaine; en un mot, si dans le paganisme il est des oracles clairs, circonstanciés , et suivis d'un événement précis; on n'en peut rien conclure ni en faveur du paganisme, ni contre la véritable religion, parce que tous les oracles manquent du caractère nécessaire pour faire preuves; car ni les p\ thons, ni les pytho-

nisscs ne rendaient leurs oracles au nom du Dieu Créateur. Il ne faut point chercher d'autre principe à ces oracles, que celui que nous avons assigné aux miracles du paganisme. Dieu, pour punir l'aveugle et sacrilège crédulité des païens, aura permis que les démons eussent connaissance de l'avenir en certaines occasions, et le prédissent clairement : comme il permet qu'il y ait des astrologues etdes.diseurs de bonne aventure, qui prédisent quelquefois des choses qui arrivent effectivement, pour punir la folle et impie crédulité de ceux qui les consultent, du nombre desquels sont souvent nos prétendus esprits forts, qui, faisant gloire de rejeter les prophéties les plus claires, et de se roidir avec une opiniâtreté effroyable contre les preuves les plus convaincantes de la religion, n'ont pas honte de se livrer totalement aux vaines prédictions des plus grands fourbes et des plus grands imposteurs, et souvent de s'appliquer eux-mêmes à la recherche de l'avenir par la sance des astres , par la situation des planètes et par leurs différents aspects , en un mol, par ce qu'on appelle astrologie judiciaire, science, si on peut lui donner ce nom, la plus extravagante et la plus fausse, également destituée de principes et d'expériences.

Peut-on douter si les oracles du paganisme doivent être attribués à l'opération du démon, lorsqu'on réfléchit sur le culte qu'ils autorisaient? On voyait chez les Carthaginois \es pères et les mères, plus cruels que les bêtes mêmes, livrer impitoyablement leurs enfants, et les villes se dépeupler tous les ans de leur plus florissante jeunesse, pour obéir à l'ordre barbare de leurs oracles et de leurs dieux. Mais peut-on douter si c'étaient des démons qui inspiraient les pythons et ies pythonisses , lorsqu'on voit Jésus-Christ qui était venu pour détruire l'empire des démons, imposer silence à tous ces oracles? Saint Paul commande au nom de Ji'sus-Christ à un esprit de python de sortir d'une fille, et cet esprit sort à l'heure même. (Act. xvi, 18.) Le premier venu d'entre les Chrétiens avait ce pouvoir. Tertullien, dans son apologie de la religion, défie les païens d'en faire l'épreuve, et consent qu'on fasse mourir un Chrétien qui ne pourra pas obliger ces donneurs d'oracles à avouer qu'ils ne sont que des- démons. Lactance (Inst. divin., lib. De vera sapientia et relig.) nous apprend que tout Chrétien, par le signe de la croix seulement, les rendait muets. Vous savez que Julien l'Apostat étant venu à Dapbné, faubourg d'Antiochcjiour consulter Apollon, ce dieu, malgré tous les sacrifices (jue l'emperour lui offrit , demeura muet, et no. recouvra la parole que pour répondre a ceux qui lui demandaient la cause de son silence, qu'il s'en fallait prendre à de certains morts enterrés dans le voisinage. Ces morts étaient des martyrs chrétiens, entre autres saint Iiabvlas. A quoi pensent donc les incrédules , d'opposer aux prophéties de Jésus-Chribt les oracles du paganisme? Ces

oracles ne peuvent servir qu'à prouver Ja divinité de Jésus-Christ.

IV. Je ne vous parle point 'des oracles des sibylles, si fameux chez les païens : parce qu'il n'y a rien de plus obscur ni de plus incertain que tout ce que l'on raconte de ces oracles. Vous savez que l'on appelait sibylles des femmes qui prétendaient être inspirées et prédire l'avenir. On ne sait ni le temps où elles ont commencé de paraître, ni leur nombre. Tout ce que l'on dit de la vente que fit une de ces femmes à Tarquin le Superbe, de trois volumes de ces sortes d'oracles, a bien l'air d'un tour inventé par Tarquin même, pour en imposer au peuple et pour faire trouver dans les livres sibyllins tout ce qui plairait au gouvernement. La suite de l'histoire en fournit plusieurs exemples. Je ne vous en rappellerai qu'un, mais qui en vaut seul un mille. Vous n'ignorez pas quelle était la passion de César pour la royauté : cet ambitieux Romain, prêt à connais- - marcher contre les.Parthes, corrompit les membres du sacré collège, pour faire trouver un oracle qui portait que les Parthesne pouvaient être vaincus que par un roi. Ce qui donna lieu à ces bons mots de Cicéron , qui dévoilent tout le mystère : Prions les membres du collège de tirer de ces livres tout ce qu'il leur plaira, pourvu que ce ne soit pas un roi, que, ni les dieux ni les hommes ne souffrirontjama-is à Rome.

Ce qui paraît sûr, c'est que le profond secret dans lequel on renferma ces livres à Rome sous les rois, et, après l'abolition de la royauté , sous les consuls, donnaient moyen à ceux qui en avaient la garde de supposer telle prédiction qu'il leur nlaisait. Et l'usage que l'on en faisait dans les conjonctures critiques et délicates, où il s'agissait de gagner les esprits de la multitude, ne permet guère de douter que les livres sibyllins ne fussent un des ressorts de la politique romaine, un des mystères du gouvernement dont se servaient ceux qui en étaient les maîtres, pour mener le peuple par une fausse apparence de religion. Mais ce qui est indubitable, c'est que ces sybilles, si réellement il y en a eu, n'étaient pas inspirées par l'Esprit de Dieu : il ne peut sortir d'un principe si pur et si saint, des oracles aussi impies et aussi abominables que ceux qu'ontirait souvent des livres sybillins, de sacrifier un Grec et une Grecque, ou un Gaulois et une Gauloise, et de les enterrer vifs dans la place aux bœufs. Quelle obligation n'avons-nous pas à Jésus-Cbrist do nous avoir délivrés de tant de ténèbres et de tant d'horreurs?

Ahticle III. — Etablissement du maliumélisme.

I. L'établissement du mahométisme ne peut faire impression que sur un homme qui ne pense point. Qu'est-ce que Mahomet? quel est l'auteur de .sa mission? quels sont ses miracles? quelles prophéties l'ont annoncé? quelle lumière répand-il sur la terre? quels furent ses premiers disciples? quelle est Ja cause des progrès de sa secte?

ŒUVRES COMPLETES DE LE FRANÇOIS, envoyé de Dieu (11) et des milliers d'ange

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