‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 78 sur 163 · fi · texte numérisé non relu

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Mahomet se dit instruit de ses volontés par le ministère de l'ange Gabriel. Quel imposteur ne peul pas tenir le même lan

gage ? On lui demande des preuves de sa mission. Vous ne devineriez jamais <e qu'il répond à une demande si naturelle : Venez, dit-il, et apportez quelques chapitres semblables à l'Alcoran ; quelque chose qui lui ressemble en doctrine, en instruction, en éloquence ; et appelez pour vous aider les idoles que vous adorez, si vous êtes gens de bien : s'ils n'exaucent pas vos prières, et ne vous donnent point de secours; connaissez alors que l'Alcoran est descendu du ciel par la permission de Dieu. Gabriel lui suggère d'autres réponses également convaincantes. (Chap. De la vache; de Jonas; de Ilod., etc.)-

Nous t'avons envoyé des préceptes clairs et intelligibles ; personne ne les abjurera que les méchants.... Les infidèles ont dit : Si Dieu ne nous parle, ou situ ne fais des miracles, nous ne le croirons pas ; ceux qui les ont précédés en ont autant ail, et leurs paroles ont été semblables à leur cœur. Rien ne nous empêche de faire paraître les miracles que désirent voir les habitants de la Mecque, que le mépris que leurs prédécesseurs en ont fait. Dis à ces hommes qui exigent des miracles : Je ne suis envoyé que pour prêcher la parole de Dieu. Il a envoyé des personnes à chaque nation pour leur enseigner le droit chemin.... Qui sait que la vérité contenue en ce livre ne t'a pas été envoyée de Dieu ? Celui qui en doute est aveuglé. Les personnes d'esprit n'en doutent pas... Les prophètes ne peuvent point faire de miracles sans la permission de Dieu. (Chap. De la vache; Du voyage de la nuit; Du tonnerre; De l'araignée.)

Gabriel ajoute : Nous avons fait paraître les miracles aux gens de bien... Mais la plus grande partie d'entre vous ne les connaissent pas ; les animaux qui marchent sur la terre, et les oiseaux qui volent en l'air, sont au nombre des créatures de Dieu... Dis-leur : Je ne vous dis pas que f aie en mon pouvoir tous les trésors de Dieu, ni que je sache le futur et le passé : je ne vous dis pas que je suis un ange : je ne fais que ce qui m'a été inspiré... Dieu est juge de toutes choses. Je ne puis pas vous faire voir promptement les tourments de l'enfer ni les châtiments de Dieu... Cela dépend de sa divine Majesté ; si i'avais cepouvoir, notre différend serait bientôt fini... Les miracles procèdent de Dieu ; ils ne savent pas le temps qu'il les fera paraître. Encore qu'ils verraient des miracles, ils ne se convertiraient pas. Je renverserai leurs cœurs, j'éblouirai leur vue, et ils ne se convertiront jamais. (Chap. De la vache; Des gratifications.)

Mahomet sentant bien que ces lieux communs étaient peu propres à vaincre l'incrédulité de ceux qu'il appelle infidèles, s'adresse aux vrais croyants, et leur met sans cesse devant les yeux la victoire qu'ils avaient remportée à Beder : il l'attribue à

qui avaient eornn.tttu pour eux, et la donne pour un signe évident de la divinité de sa mission. Il leur parle aussi d'un autre prodige opéré en sa laveur; c'est la tune partagée en deux. Ses sertaleurs lui en prêtent d'autres qui ne sont ni moins grands, ni moins étranges. Une partie de la lune, disent-ils, tomba dans la manche du Prophète, qui la restitua à la planète , pour ne pas la défigurer, en la privant de sa rondeur. Il avait des conférences, durant la nuit, avec un chameau. Une colombe lui parlait à l'oreille. Monté sur la monture des Prophètes, qui est la bête Alborac, il arriva en une nuit de la Mecque à Jérusalem, et de là il monta au ciel, dont il prit toutes les dimensions. Quels prodiges 1 Pensez-vous que ceux qui récitent de pareils contes, ont assez de foi pour les croire? (Chap. De la lignée de Joachim; Du butin; De la lune.)

II. Mais si Mahomet n'a ni opéré des miracles, ni prédit l'avenir, douterez-vous qu'il ait été prédit ? Il'rapporte deux prophéties, qui ne peuvent être plus claires ni plus précises. 11 attribue l'une à Moïse, l'autre à Jésus-Christ même. Ma miséricorde embrasss tout le monde, dit Dieu à Moïse qui prie de pardonner aux Israélites adorateurs du vau d'or, elle est pour ceux qui croient au Prophète qui ne sait ni lire ni écrire, et en ce qui est écrit de lui dans l'Ancien Testament et dans l'Evangile; il enseignera les choses honnêtes. Voici l'autre prophétie : Souvienstoi que Jésus>Fils de Marie, a dit aux enfants d'Israël : je suis messager de Dieu ; il m'a envoyé pour confirmer l'Ancien Testament, et pour vous annoncer qu'il viendra un Prophète après moi qui aura nom Mahomet.

(Chap. D'Aras. ; Du rang).

11 n'y a pas un mot de ces prétendues prophéties dans les Ecritures des Juifs et des Chrétiens. Que conclure de là? que Mahomet est un menteur. S'il a été prédit, c'est par saint Pierre (// Pelr. n) et par saint Paul (II Tim. m), quand ils avertissent les fidèles qu'il s'élèvera des maîtres de mensonge, des hommes audacieux et pleins d'eux-mêmes, vivant selon la chair, méprisant les puissances, renonçant le Seigneur quiies a rachetés; attaquant par leurs blasphèmes ce qu'ils ignorent. A ces traits, pouvez-vous méconnaître Mahomet?

III. N'attendez aucune lumière de cet esprit ténébreux. A l'exception de quelques règles de morale propres aux Juifs et aux Chrétiens; vous n'apprendriez dans l'Alcoran qu'à vous tourner du côté de la Mecque dans vos prières. A y aller en pèlerinage. A y sacrifier la femelle du chameau sur ses pieds. A tuer les infidèles. A avoir quatre femmes et autant de concubines' esclaves que vous en pourrez nourrir. A répudier vos femmes, et à les reprendre plusieurs fois. A vous laver dans l'eau en plusieurs cas; et si vous ne trouvez point d'eau, à mettre la main sur le sable, et vous essuyer la face et les deux mains. A vous abstenir

(il) Alcoran translaté d'arabe en français, par le sieuf du Ra\er.

Salomon dit

PAKT. IH.

de certains animaux. A croire à Mahomet. (Chap. De la vache; Du pèlerinage; De la vache; Des femmes ; Des gratifications.)

Nous verrons quelle récompense est promise aux observateurs de ces lois salutaires. Voyons auparavant quelques preuves de la profonde érudition de Mahomet.

Adam manifesta aux anges les noms de toutes choses. Les démons sont les anges qui refusèrent de s'humilier devant Adam, et de l'adorer, prétendant être plus que lui, parce qu'ils avaient été créés de feu sans fumée, au lieu qu'Adam n'avait été créé que de la boue de la terre. Après le meurtre d'Abel, un corbeau fit une fosse en terre, et montra à Cain la façon d'ensevelir le corps de son frère : ce qui fit dire au meurtrier : Que ne suis-je semblable â ce corbeau! Noé prêche l'unité de Dieu, il entre dans l'arche ; un de ses enfants ne veut point y entrer avec lui; il aime mieux chercher son salut sur une montagne. (Chap. De la vache; D'Aras; De la table; De Hod.)

C'est Abraham qui a bâti le temple de la Mecque. Ce patriarche convainquit d'erreur les idolâtres; fit la guerre à leurs idoles; les rompit à coups de hache, excepté le plus grand, auquel il suspendit sa hache, et dit : Peut-être qu'ils l'accuseront d'avoir rompu les autres. On voulut le brûler, mais le feu perdit sa chaleur. Lorsque les anges lui annoncèrent qu'il aurait un fils, sa femme s'approcha, et cria à haute voix, en se battant la face : Une vieille stérile ne fait point d'enfant. (Chap. De la vache; Des prophètes; Des choses dispersées.)

Jacob recouvra la vue par une chemise que lui envoya Joseph, et qu'on lui jeta sur la face. Joseph fut déclaré innocent du crime que lui imputait sa maîtresse par un enfant au berceau, et celte maîtresse impudique justifia sa passion honteuse , en faisant entrer Joseph dans un grand festin , auquel elle avait invité les dames de la xille. Ces convives occupées dans ce moment à couper la viande, furent tellement surprises et interdites de la beauté du jeune esclave, quelles se coupèrent leurs doigts au lieu de couper leur viande. (Chap. De Joseph.)

Moïse convertit par ses miracles les magiciens de Pharaon. La montagne sur laquelle il passa quarante jours fut réduite en cendres, lorsque le Seigneur y parut avec sa lumière. Quand il revint vers les Israélites, qui avaient adoré le veau d'or, il prit Aaron par la (été, le tira parla barbe et parles cheveux, disant : Fils de ma mère, comme as-tu gouverné ce peuple? (Chap. D'Aras.)

Pour confirmer l'élection de Saul, Samuel dit au peuple : Le signe de son règne sera que l'arche vous apparaîtra de la part de Dieu pour assurer vos cœurs, dans laquelle sera contenu le reste de ce qu'a délaissé le peuple de Moïse et d' Aaron, et sera portée par les anges, cela vous servira de signe de son règne, si vous croyez en Dieu. Lorsque Saiil est sorti avec ses troupes pour combattre ses ennemis, il a dit : Dieu vous éprouvera par un fleuve ; celui qui boira de ce fleuve ne sera pas des miens, si ce n'est qu'il en boive arec la main. (Chap. De la vache.)

Œuvres compl. ds li Fiuifçoifi 11

au peuple : Nous savons le langage des oiseaux. Son armée s'est un jour assemblée auprès de lui, composée d'hommes, de démons et d'oiseaux ; il l'a conduite à la vallée des fourmis ; une fourmi leur reine a crié ; O fourmis , entrez dans vos maisons , afin que Salomon et ses troupes ne vous foulent au pied sans le connaître. La huppe ne se trouve pas à celte armée : Salomon demande où elle est : elle se présente, lui dit qu'elle vient du royaume de Saba, où elle a vu une reine qui adore le soleil. Salomon veut avoir le siège royal de cette reine : un d'entre les démons s'offre de le lui apporter avant qu'il soit levé de sa place. Un de ceux qui savait nt l'Ecriture, s'offre de le lui apporter dans un clin d'œil. La reine de Saba arrive auprès de Salomon, reconnaît son siège royal, et promet d'adorer le Dieu de l'univers. Salomon mourut, rien ne fit connaître sa mort aux démons, que les vers qui avaient mangé le bout de son bâton où il était appuyé. Lorsque les démons l'ont vu choir, ils ont connu que s'ils eussent su le futur, et ce qui leur était caché, ils n'auraient pas si longtemps pâli à son service. (Chap. De la fourmi.)

Zacharie eut soin de l'éducation de la sainte Vierge. Toutes les fois qu'il entrait en son oratoire, il y trouvait mille sortes de différents fruits de diverses saisons. Il dit un jour : O Marie, d'où procèdent ces biens? Elle répondit : Ils procèdent de Dieu qui enrichit sans compte qui bon lui semble. Après que l'ange eût annoncé à cet te bienheureuse Vierge le mystère qui devait s'opérer en elle, elle se retira quelque temps en un lieu éloigné dit peuple, où elle sentit les douleurs de l'accouchement au pied a'un pulmir cl dit : Que ne suis-je morte! Pourquoi ne suis-je pas au nombre des personnes oubliées? L'ange lui dit : Ne l'afflige pas, Dieu a mis un ruisseau au-dessus de toi; ébranle le pied de ce palmier, les dalles tomberont; amasse-les, mange et bois et lave les yeux; dis â ceux que tu rencontreras que tu jeûnes, et que tu as fait vœu de ne parler à personne que ton ton jeûne nesoit accompli. Ses parents l'ont rencontrée qu'elle portait son enfant, et lui ont dit : O Marie, voilà une chose étrange; ô sœur d' Aaron, ton père ne t'apas commandé de mal faire et ta mère n'était pas une im~ pudique. Elle a fait signe à son enfant de leur répondre ; ils ont dit : Comment purlera l'enfant qui est dans le berceau? Alors son enfant a parlé et a dit : Je suis serviteur de Dieu; il m'a enseigné l'Ecriture, il m'a fait prophète, il m'a béni en tous lieux et m'a commandé de le prier ; il m'a recommandé la pureté tout le temps de ma vie et d'honorer mes père et mère ; il ne m'a pas créé ni violent ni malicieux; loué sera le jour que je ressusciterai. Ainsi parla Jésus, fils de Marie. Ce même Jésus dit aux enfants d' Israël : Je suis venu à vous avec des signes évidents de ma mission de la part de votre Seigneur, je vous frai du limon de la terre la figure d'un oiseau, je soufflerai contre, incontinent die sera oiseau, et volera par lu permission de Dieu, Ses apôtres Jui\demandèrint de faire descendre

Vô

(ht ne* une table couverte de mets pour lis rassasier. (Chap. De la lignée de Joachim ; De Marie ; De la vache.)

Si col essai de profondes connaissances (Je Mahomet dans l'antiquité ne vous suffit pas; vous ôtes maître de puiser à la source : YAlcoranesl plein de pareils contesridicules, de même que d'ignorances et de contradictions. Vous venez de l'entendre confondre la sainte Vierge avec Marie sœur d'Aaron. Quelle ignorance plus marquée ! Souhaitez-vous un exemple de contradiction ? lisez : ce prétendu prophète fait dire à Jésus-Christ qu'il mourra ; il le fait dire à Dieu même : 0 Jésus, je te ferai mourir. Et il nie bientôt après qu'il soit mort. Le* Juifs ont dit: Nous avons tué le Messie, Jésus, Fils de Marie, prophète et apôtre de Dieu. Certainement ils ne l'ont pas tué, ni crucifié; ils ont crucifié un d'entre eux qui lui rassemblait ; ceux qui en doutent font une erreur manifeste, et n'en parlent que par opinion; certainement ils ne l'ont pas tué, au contraire Dieu l'a élevé en soi. La contradiction est sensible. En voici d'autres (Chap. De Marie; De la lignée de Joachim ; Des femmes.)

Mahomet, en une multitude d'endroits de son Alcoran, se dit envoyé pour confirmer les anciennes Ecritures. Nous avons vu qu'il ne se défend que par ce moyen contre ceux qui lui demandent des miracles qui autorisent sa mission. 11 rend témoignage à la divinité de la Loi. Nous avons donné à Moïse le livre qui distingue le bien d'avec le mal. Certainement nous avons donné la loi à Moïse. Quel éloge ne fait-il pas de Jésus-Christ ? Nous avons inspiré la science à Jésus, Fils de Marie, et l'avons fortifié par le Saint-Esprit. Jean assurera que le Messie est le Verbe de Dieu. 0 Marie, Dieu t'annonce un Verbe, duquel procédera le Messie nommé Jésus.

Dieu lui dit : 0 Jésus je préférerai ceux qui t'auront obéi, aux infidèles, au jour du jugement. Il est le prophète, V apôtre de Dieu, le Verbe et son Esprit. Dieu mi adonné l'Evangile pleinde lumière pour conduire le peuple au droit chemin. En un mot, il faut croire à Moïse et à Jésus. Celui-là sera justifié au jour du jugement, qui croira aux Ecritures. (Chap. De la vache; de la lignée de Joachim; De Jonas ; De la table ; Du fer.)

Il est naturel de conclure de ces discours qu'il faut embrasser la doctrine des Ecritures ; qu'il faut s'attacher à Jésus-Christ, croire à sa parole, lui obéir. Ce n'est pas ce que Mahomet conclut. Il propose une religion nouvelle. Il condamne impitoyablement à la mort et à l'enfer tous ceux qui n'adoptent pas ses rêveries. Il traite d'impies et d'idolâtres les Chrétiens, parce qu'ils donnent un Fils à Dieu. Que résulte-t-il de là, sinon que Mahomet est un visionnaire qui ne sait absolument ce qu'il dit ? Vous répondrez peut-être qu'il ne serait pas possible de se refuser à cette conséquence, si Mahomet avouait que la religion qu'il propose fût nouvelle , et que l'Evangile fût dans sa pureté : mais c'est ce qu'il n'avoue pas : il prétend au contraire ne faire revivre que la re-

ligion d'Abraham, qui n'était, dit-il, ni ^«/v'/", «i Chrétien, et il accuse les Chrétiens d'avoir corrompu l'Evangile. (Chap. De la vache; De la table, etc.)

Permettez-moi de vous dire que ce ne sont là que des mots vides de sens. Il est insensé de vouloir faire revivre la religion d'Abraham et d'Ismaël, aux dépens de celle que Jésus-Christ, le prophète , l'apôtre de Dieu, son Verbe, son Esprit, est venu établir par tant miracles, de l'aveu même de Mahomet. 11 est insensé de distinguer la religion d'Abraham de celle des Chrétiens, au sujet de Jésus-Christ, car Abraham a cru en Jésus-Christ, comme les Chrétiens y croient: Il a désiré avec ardeur de voir son jour : il l'a vu, et il en a été rempli de joie. (Joan. vin, 56.) Il est insensé de distinguer Abraham des Chrétiens, en ce qu'Abraham n'a reconnu qu'un seul Dieu : les Chrétiens ont la même foi. Il est insensé de reprocher aux Chrétiens d'admettre plusieurs dieux, parce qu'ils donnent un Fils à Dieu. Le Père et le Fils, selon les Chrétiens, ne sont qu'un seul Dieu, parce qu'ils n'ont qu'une seule et même nature. Mahomet en disant contre ce dogme que Dieu n'a point de femmes, montre qu'il n'avait aucune idée d'une substance spirituelle et immatérielle. En un mot, ou l'Evangile est vrai, ou il est faux. Si l'Evangile est vrai, Mahomet est un impie, puisqu'il établit une religion qui lui e>t contraire. Si l'Evangile est faux, Mahomet est un impie et un imposteur : un impie, puisque sans avoir aucune preuve de sa fausseté, il le contredit : un imposteur, puisqu'il s'autorise, et qu'il se dit envoyé pour le confirmer. (Chap. De* gratifications.)

Mais n'espérez ni précision, ni justesse d'un épileptique. L'Aleoran n'est qu'un tissu d'histoires altérées de l'Ancien et du Nouveau Testament, un tissu de fables cent fois répétées, et de lieux communs sur la majesté de Dieu, sa puissance, sa bonté, l'ingratitude des hommes, la résurrection, les peines et les récompenses de l'autre vie, sans ordre, sans liaison, sans raisonnement: mais il n'est pas sans dessein : il est visible que Mahomet est un homme ambitieux et intéressé, qui veut dominer et s'enrichir. Malgré les protestations qu'il fait de son désintéressement dans le chapitre des choses dispersées, il se montre tel qu'il est dans les chapitres Du butin, De l'exil, De la dispute, De la rondeur. — Le butin, dit-il, appartient à Dieu et à son prophète. Dieu vous ordonne de donner au prophète une partie des conquêtes que vous ferez sur la Mecque. Vous devez obéir au prophète, et n'avoir aucun secret pour lui. H exige môme un respect pour sa personne qui aille jusqu'à ne pas parler à haute voix en sa présence. (Chap. Des clôtures.)

Qu'est-ce que c'est donc que Mahomet?

C'est un fourbe. 11 contrefait le prophète et l'inspiré ; il débite des fables en termes pompeux avec une assurance qui tient du prodige ; il séduit quelques Arabes ; il leur met les armes à la

main ; il acquiert de

nouveaux, disciples par la force et la violence, ou par l'attrait des conquêtes; il prêche une religion sensuelle, qui, par la polygamie portée au dernier excès, conduit à une béatitude scandaleuse. Il faut vous dire un mot de cette béatitude, pour ne rien laisser è désirer sur Mahomet.

Dans son paradis, sont de beaux jardins ornes de fontaines, où coulent des fleuves d'une eau inaltérable, des fleuves de lait incorruptible, des fleuves de vin délicieux au goût de toute saison. On y trouve toutes sortes de fruits beaux et savoureux, des dattes, des grenades, etc. Les vrais croyants, vêtus de pourpre, arrangés sur des lits délicieux, avec des verres remplis d'un breuvage agréable au goût, se voyant face à face, se présentant l'un à l'autre la tasse pour boire, ayant des pages à l'entour d'eux pour les servir, beaux comme des perles enfilées, buvant et mangeant à leur contentement, auront des femmes pures et nettes , blanches comme des œufs frais, semblables au corail et au rubis, avec des yeux très-noirs. (Chap. De la fumée; Des ordres ; De la vérité; Du combat ; De la vache ; De la montagne ; Du miséricordieux.)

Ne mettez point votre esprit à la torture pour chercher quelque sens caché sous ces expressions charnelles. Le prophète parle ici de l'abondance du cœur. Si les discours étaient moins clairs, vous trouveriez dans sa conduite tout ce qu'il faudrait pour en lever l'obscurité. Il n'y a pas un mot dans ses révélations, ni un seul trait dans sa vie d'où l'on puisse conclure qu'il ait eu la plus sombre idée des plaisirs spirituels.

Mais ne vous y trompez pas : la béatitude de Mahomet n'est que pour ceux qui auront cru en lui. Si vous êtes non-croyant, il faut vous attendre à être placé auprès du Zacon, arbre d'enfer, et à ère nourri de son fruit : cet arbre sort du fond de l'enfer, il s'élève en haut, et ses branches semblent la tête des diables. (Chap. Des ordres ; De la fumée.)

IV. Je vous renvoie ù l'histoire pour ayoir une idée des premiers disciples, d'un maître si dissolu, si cruel, si extravagant. Vous ne serez pas surpris qu'à la tête des Sarrasins, peuple sans mœurs, sans foi, sans humanité, accoutumés à courir et à piller les terres de leurs voisins, Mahomet fît des conquêtes et que sa religion en suivît les progrès. Il fallait de gré ou de force que les vaincus adoptassent les rêveries d'un pro-

f>hète qui avait pour maxime d'exterminer es infidèles, et qui regardait comme tel quiconque ne croyait pas en lui. Quand il n'eût pas usé de violence et de contrainte, le succès de ses armes devait faire le succès de sa doctrine. Vous connaissez les hommes ; la religion du prince devient aisément celle des sujets : la cupidité y trouve son avantage ; c'est le plus sûr moyen de parvenir aux honneurs, ou du moins d'éviter les disgrâces. Vous êtes trop sensé pour regarder comme un prodige les grands et rapides brigandages de Mahomet ; étrange prodige qui lai est commun avec tant de princes impies, tant de peuples barbares et île na-

tions idolâtres! Qu'est-ce que c'est que les conquêtes de Mahomet, si vous les comparez à celles des Romains dévoués au culte de Jupiter ?

V. Lorsque l'on réfléchit sérieusement sur l'établissement de tant de fausses religions, on rougit de l'humanité. Je sais que l'homme apporte en naissant une inclination pour la religion : c'est une suite de l'idée de Dieu qui est si profondément gravée dans son âme. Mais s'il ne peut, sans résistera la nature, ne pas recevoir une religion qui est appuyée sur des preuves divines ; peut-il, sans oublier qu'il est raisonnable, écouter un visionnaire qui, sans autre preuve que son impudence, vient lui dire : Voici de quelle manière la Divinité veut être honorée : c'est elle qui m'envoie vous instruire de ses volontés ; croyezm'en sur ma parole? A peine l'expérience de tant de siècles rend-elle croyable une si honteuse dégradation de la raison. Plaignons le malheur de tant d'hommes, qui, dans tous les temps, ont été les dupes de l'im-, posture.

VI. Plaignez-moi encore davantage d'avoir été dans la. triste nécessité de comparer un Mahomet avec Jésus-Christ, c'est-a-dire la souveraine Sagesse avec le fanatisme le plus outré. Jamais je n'aurais pu me résoudre à faire une si odieuse comparaison, si je n'avais cru qu'elle pouvait servir h vous rendre plus aimable la religion. Dieu a dans les trésors de sa sagesse une infinité de moyens de nous éclairer, de nous convaincre et de nous persuader. Mais je ne me lasse point d'admirer ceux qu'il a mis en œuvre par Jésus-Christ. Ils sont visiblement faits pour la raison, et sont une preuve bien claire que celui qui agit ici est l'auteur même de la raison.

Nous portions en nous-mêmes une idée distincte de l'Etre suprême : en consultant cette idée, nous avions découvert que lui seul peut disposer des lois de la nature, parce que ces lois ne sont que ses volontés libres ; que lui seul peut manifester l'avenir, parce que lui seul est le maître de tous les temps, et que tout est présent à son éternité ; que lui seul peut faire et exécuter des promesses dont l'effet suppose une puissance infinie, et qu'il ne peut employer sa puissance à rendre son nom témoin du mensonge; parce qu'il est la vérité.

Le Fils de Dieu vient en personne nous instruire. Veut-il que nous l'écoutions sur sa parole? Nous le ferions avec la soumission la plus parfaite, si nous étions certains que c'est lui qui nous parle; mais nous craignons de lui déplaire, si nous lui offrons le sacrifice de notre raison, sans être assurés de sa présensc. Jésus-Christ ne veut point être cru sur sa parole. Il administre h notre raison toutes les preuves qu'elle peut désirer. Il nous dit : Je suis le Fils de Dieu: c'est moi dont tant de prophètes, parlant au nom de Dieu, ont annonce la venue. Voyez les miracles que j'opère au nom de Dieu. Comparez les prophéties que je fais au nom

do Dieu avec l'événement. Jugez de ma personne par mes promesses et par leur accomplissement. Nous voyons, en effet, toutes les anciennes prophéties vérifiées en sa personne ; nous voyons ses miracles plus admirables par leur nature que par leur nombre et par leur grandeur; nous voyons la vérité de ses prophéties ; nous voyons l'effet de ses promesses. Ce n'est ni par le fer, ni par le feu qu'il établit par toute la terre sa religion si sublime dans sa doctrine, si pure dans sa morale, si consolante dans ses secours, si magnifique dans ses promesses, si terrible dans ses menaces : c'est malgré le fer et le feu. C'est par l'esprit de vérité et de sainteté qu'il inspire à ses disciples; c'est par les miracles qu'il leur fait opérer; c'est par la sagesse et le courage qu'il leur donne; c'est par les persécutions qu'il leur fait soutenir ; c'est par l'effusion de leur sang; c'est par la perte de leur vie , jusqu'à ce qu'il lui plaise de changer les rois qui la persécutaient, en ses protecteurs. Pouvons-nous résister à de telles preuves, ne pas tomber aux pieds de Jésus-Christ pour l'adorer comme le Fils de Dieu?

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